Voter pour Hindenburg pour éviter Hitler ? Observations entre les deux tours des cantonales

, par  Jean Levy , popularité : 5%

Elections cantonales : "Voter UMP pour éviter Le Pen", c’est comme en 1933 en Allemagne "Voter pour Hindenburg pour éviter Hitler ?" par Jean Lévy

Trois jours après le vote de dimanche, et à la lecture des chiffres annoncés, nous pouvons commenter les résultats du scrutin pour en tirer quelques leçons.

PREMIER FAIT : L’AMPLEUR DE L’ABSTENTION

Plus de 58% de non votants et de bulletins nuls : cela fait seulement 4 Français sur 10, ayant exprimé un choix politique, et donc, comparé au scrutin de 2004, plus de 2 millions de citoyens, ayant mis un bulletin dans l’urne, il y a sept ans, qui ne se sont pas déplacés le 20 mars 2011.

Il s’agit là d’une abstention politique, signifiant le rejet par la majorité de électeurs de l’ensemble des candidatures, du PCF au Front national, en passant par l’ensemble des formations, dites de « gouvernement », PS et UMP

Les pourcentages obtenus par l’ensemble des candidats, FN compris, sont donc à relativiser, compte tenu de l’abstention.

Cependant, les chiffres « moyens » de celle-ci recouvrent des disparités très importantes qu’il faut analyser.

C’est ainsi que les départements et les cantons ruraux sont moins affectés par le phénomène que ceux situés en milieu urbain. La proximité de l’élu joue positivement dans les zones rurales.

Mais la disparité, dans l’ampleur de l’abstention, ne se limite pas à ce facteur.

C’est ainsi que les circonscriptions d’habitat ouvrier, davantage affectées par la crise sociale, battent un record d’abstentions, comparées aux cantons « bourgeois » et résidentiels.

Prenons le cas de la Seine-Saint-Denis : à Aubervilliers, seuls 27,13%, des électeurs se sont exprimés, 27,90% à Saint-Denis, 31,91% à Saint-Ouen, alors qu’à Neuilly, Versailles ou Saint-Germain-en-Laye, le pourcentage avoisine ou dépasse les 40%.

D’autre part, l’écart est net entre les bureaux des « centre villes » et ceux des cités, ces derniers marquant le maximum d’abstentions.

LA « VAGUE BLEUE » DU FRONT NATIONAL

L’ensemble des candidats présentés par le FN obtient, mesuré au plan national, 15% des suffrages, mais ce pourcentage, strictement calculé sur les cantons où un candidat frontiste était présent, atteint 19%, chiffre jamais atteint du temps de Jean-Marie Le Pen.

Cependant, pour le Front national comme pour les autres formations, il faut relativiser le résultat, du fait du taux d’abstentions : cela réduit l’influence réelle du FN à 8% des inscrits. Rappeler ces chiffres n’est pas réduire l’importance et le danger du Mouvement de Marine Le Pen. Car, dans le cas d’une élection présidentielle, les électeurs se prononceraient « pour Marine », alors que dimanche dernier, ils ont donné leurs suffrages à d’illustres inconnus, ce qui a pu réduire l’impact.

Le 20 mars, le Front national a dépassé la barre des 20% dans 22 départements :

Var : 27,54% - Bouches-du-Rhône : 26,86% - Alpes-Maritimes : 25,85% - Vaucluse : 25,84% - Aube : 24,80% - Gard : 24,51% - Oise : 24,21% - Aisne : 23,66% - Moselle : 23,33% -Nord : 23,09% - Hérault : 22,93% - Pas-de-calais : 22,86% - Seine-et-Marne : 21,54% - Haute-Marne : 2,37% - Loire : 21,18% Pyrénées Orientales : 20,76% - Aude : 20,61% - Eure 20,30% - Yonne : 20,29% - Val d’Oise : 20,18%.

Ces chiffres sont éloquents et ne prennent pas en compte les cantons où le FN était absent…

Nous reviendrons ultérieurement sur les explications politiques qui ont permis au Front national d’atteindre ces pourcentages, en particulier dans les centres ouvriers, du Nord, du Pas-de-Calais, de Moselle…

Notons la percée significative du FN en milieu rural, Seine-et-Marne, Aube, Eure, Yonne, mais aussi en Bretagne et dans l’Ouest, où jusqu’ici, le mouvement frontiste avait du mal à émerger.

LA DEROUTE DE L’UMP

Celle-ci, prévue par le rejet massif de la politique (et de la personnalité) de Nicolas Sarkozy, au plus bas dans les sondages. L’UMP en avait prévu les effets, car nombre de candidats qui s’en réclamaient jusqu’ici, avaient évité de se référer à la personne du Président ou à son mouvement.

Malgré ces précautions, les chiffres sont accablants. C’est ainsi, par exemple que dans le Val-de Marne, l’UMP atteint difficilement, dans de nombreux cantons, les 15%, même sous le vocable de camouflage de « majorité présidentielle ».

Globalement, l’UMP comptabilise 17% des suffrages exprimés, 32% en ajoutant toutes les candidats « divers droites » et « centristes ».

C’est dire le désaveu de la masse des Français à l’égard de Nicolas Sarkozy, de son gouvernement et de son parti.

LE VOTE COMMUNISTE

Les candidats présentés par le PCF et le Front de Gauche ont globalement amélioré leur score antérieur : ils représentent aujourd’hui 10% des suffrages exprimés nationalement. Mais cette réalité recouvre des situations diverses.

Dans un contexte de très forte abstention, les « sortants » communistes s’imposent comme la première force dans le Val-de-Marne, avec de 35 à 50% des suffrages exprimés. Or, dans ce département, le Parti socialiste, par une candidature commune avec les Vert-Ecologie, visait à supplanter les élus communistes pour s’emparer de la présidence du Conseil général.

La manœuvre a échoué. C’est un signe encourageant de bon sens populaire.

Une amélioration des scores du PCF est également perceptible en Seine-Saint-Denis, mais la très grande abstention relativise ce succès. Il faut signaler à Montreuil, le résultat obtenu par une candidate communiste, aujourd’hui « sans carte », qui a obtenu plus de 10%, en concurrence avec le candidat officiel du PCF (19, 81%), celui-ci devançant le socialiste sortant.

Mais les résultats les plus notables du PCF l’ont été en terre rurale. En Haute-Vienne, au Puy-de-Dôme, dans l’Allier, ses candidats ont souvent atteint des sores allant de 40 à plus de 50%, selon certains cantons. Or, du fait d’une abstention plus réduite, ces pourcentages vont de 20 à plus de 40% des inscrits, ce qui nous rappelle la grande époque du Parti.

Malheureusement, ces exemples sont très rares.

UN FRONT « REPUBLICAIN » AVEC L’UMP,

C’EST VOTER HINDENBOURG POUR EVITER HITLER…

C’est clair : le parti du président est rejeté massivement par les Français.

C’est dire l’inanité des appels du Parti socialiste à voter pour les candidats de Sarkozy, en cas de duels UMP-FN dimanche prochain.

La volonté de nous « refaire le coup » du « danger Le Pen », édition 2002, corrigée 2011, est manifeste. Cette stratégie est mortelle pour les Français, à qui l’on dit maintenant que « Sarkozy est un moindre mal », voire, fait parti de « la droite dite républicaine ». Il n’ y a pas pire moyen de conduire nombre d’électeurs à voter Le Pen, face à ce qu’il perçoit déjà, comme « l’UMPS », confortant l’idée fort répandue que « la gauche, c’est comme la droite ».

Que les dirigeants du PS, qui ont en commun avec l’UMP, l’amour de l’Europe intégrée et la passion de l’économie de marché, fassent voter pour les candidats de Sarkozy, rien d’anormal. Mais les électeurs socialistes, eux, sont au quotidien, les victimes de la politique du pouvoir. Vont-ils se « tirer une balle dans le pied » en suivent la même voie, c’est une autre affaire.

« Faire front avec Sarkozy pour éviter Marine Le Pen », rappelle le précédent historique allemand du début des années 30. Pour faire barrage à Hitler, le Parti Social Démocrate avait appelé à voter pour le maréchal Hindenburg. Le vieux militaire, candidat des « junkers », des banques et de la grande industrie, avait été élu, face au candidat de nazis, le NSDAP. Le Parti communiste allemand, lui, avait présenté Ernst Thälmann, rassemblant près de 4 millions de voix.

Nous étions alors le 10 avril 1932.

Neuf mois plus tard, le 30 janvier 1933, ce même maréchal désignait Adolf Hitler, comme chancelier du Reich.

On connaît la suite…

S’oriente-t-on en France à « gauche » vers une situation identique ?

Question subsidiaire : quelle va être la position du PCF et de ses candidats dans les 89 cantons où l’UMP demeure le seul challenger du Front national ?

LA MORALE DE L’HISTOIRE

En résumé, seule une politique concrète de rupture avec le capitalisme peut inverser le phénomène. Or, une force alternative crédible, populaire et nationale, qui porte cette politique, fait défaut. Celle-ci doit clairement s’opposer à l’intégration européenne, et donc, proposer le retrait de la France de l’euro et de l’UE.

Faute d’une telle perspective, une large fraction de notre peuple va continuer à se fourvoyer dangereusement dans un vote Front national.

Dans ces conditions, le 27 mars, la « vague bleue Marine » risque de se muer en un raz de marée…

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    Le 21 mars 2009, 155 militants, de 29 départements réunis à Malakoff signataires du texte alternatif du 34ème congrès « Faire vivre et renforcer le PCF, une exigence de notre temps ». lire la déclaration complète et les signataires

  • (2011) Communistes de cœur, de raison et de combat !

    La déclaration complète

    Les résultats de la consultation des 16, 17 et 18 juin sont maintenant connus. Les enjeux sont importants et il nous faut donc les examiner pour en tirer les enseignements qui nous seront utiles pour l’avenir.

    Un peu plus d’un tiers des adhérents a participé à cette consultation, soit une participation en hausse par rapport aux précédents votes, dans un contexte de baisse des cotisants.
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    Texte nr 3, Unir les communistes, le défi renouvelé du PCF et son résumé.

    Signé par 626 communistes de 66 départements, dont 15 départements avec plus de 10 signataires, présenté au 37eme congrès du PCF comme base de discussion. Il a obtenu 3.755 voix à la consultation interne pour le choix de la base commune (sur 24.376 exprimés).