38ème congrès

Base commune : Suffisance, absence de courage, surdité, sous-estimation de la situation ?

, par  Francis Velain , popularité : 1%

A congrès extraordinaire à réussir, avons nous une base commune extraordinaire pour le préparer ?

Si j’ai bien compris, nous avons convoqué le congrès avec la volonté de nous rassembler à partir d’un bilan où nous nous serions tout dit pour révolutionner ensemble le PCF. J’ai donc commencé à lire.

1. Nous savons ce qu’est le capitalisme dans son état actuel, qu’il est en crise structurelle et met les hommes dans de terribles impasses.

2. Nous savons ce que doit faire le mouvement qu’est le communisme.

3. La France forte de ses traditions révolutionnaires issues de 1789 doit s’opposer à la Bourgeoisie qui veut briser les acquis révolutionnaires et réinsérer notre Nation dans le peloton de tête des pays capitalistes impérialistes.

4.Nous savons les défis à relever. Il faut dégager les pilotes.
Le 1er défi est de relever la question écologique ; donc nous voulons l écocommunisme ; A croire que Marx n’a jamais écrit le Capital...
Nous voulons « le bien vivre » mais attention pas un bien vivre abstrait puisque débattu démocratiquement, car comme chacun le sait, les dialogues de Platon démontrent depuis toujours que les débats raisonnables ne sont jamais empreints d’idéalisme.... Mais nous conditionnons, ne l’oublions pas, les besoins sociaux au 1er enjeu ! la question écologique.
Il faut que le plus grand nombre « s’approprie ». Donc il faut de vraies nationalisations et il faut un développement volontariste des communs qui se multiplient sous nos yeux en marge... Ah ? La révolution passera par les marges ?!

5. Nous sommes dans une société de classes où « l’oppression » de classes est sexuée. Aussi nous voulons le libre développement de chacun et chacune, au nom de la justice. Le non développement des personnes est causé par la division du travail. Aussi il faut éduquer et former à la culture.

6. « Le fait économique majeur de la décennie qui a suivi la crise financière de 2007-2008 est que le système capitaliste poursuit une spéculation financière effrénée ». Ca on doit se le dire depuis quelques congrès. Mais soit. En tout cas moi je croyais qu’il fallait mesurer qu’avec Macron s’accélèrent la casse des acquis sociaux, du code du travail, du secteur public, des communes, et que les privatisations reprennent. Donc il faut toujours proposer d’utiliser l’argent autrement et tout cela sera réglé.... Un peu juste ?

J’ai soudainement l’impression que ce texte est précieux au sens qu’il pourrait servir durant plusieurs congrès, pas tant pour sa radicalité hélas, mais parce qu’il nous laisse dans notre régime de croisière ! Comme si nous n’étions pas un peu plus dans une phase d’accélération d’un certain remodelage de la société ; Comme si nous ne devrions pas considérer que l’existence du PCF est en jeu ; Comme si nous n’avions pas besoin de nous remonter les manches et de mettre les mains dans le cambouis d’une, deux, trois, peut-être quatre voire sept décennies...

J’espérais un texte parlant fort et clair, d’un courage intellectuel digne de celui de Marx dans « La lutte des classes en France 1830-1850. « L’histoire nous a donné tort à nous aussi, elle a révélé que notre point de vue d’alors était une illusion. Elle est encore allée plus loin : elle n’a pas seulement dissipé notre erreur d’alors, elle a également bouleversé totalement les conditions dans lesquelles le prolétariat doit combattre. Le mode de lutte de 1848 est périmé aujourd’hui sous tous les rapports, et c’est un point qui mérite d’être examiné de plus près à cette occasion ». J’espérai donc un texte proposant une analyse de nos erreurs et en quoi, du fait de notre échec, il fallait nous considérer dans une nouvelle situation de fait...

J’espérai le souffle d’un Engels sans compromission devant les faits  : « Le moment est venu, en face du relâchement actuel qui se manifeste presque partout après deux années de luttes, de présenter à nouveau au peuple allemand les figures rudes, mais vigoureuses et tenaces de la grande Guerre des paysans. Trois siècles se sont écoulés depuis, et bien des choses ont changé et cependant, la Guerre des paysans n’est pas si loin de nos luttes d’aujourd’hui et les adversaires à combattre sont en grande partie restés les mêmes qu’autrefois. Les classes et fractions de classes qui ont trahi partout en 1848 et 1849, nous les retrouvons, dans le même rôle de traîtres, déjà en 1525, quoique à une étape inférieure de développement ».
Les mots sont rudes. Trop sans doute mais ils témoignent d’une volonté certaine de clarifier les responsabilités pas tant des individus en soi, que les grilles d’analyse, les choix stratégiques et leurs raisons.

J’espérais la lucidité d’un Gramsci : « En raison de ces déficiences, le prolétariat ne parvient pas à prendre la tête de l’insurrection de la majorité de la population, et à la faire déboucher sur la création d’un État ouvrier ; bien au contraire, il subit lui-même l’influence des autres classes sociales qui paralysent son action. La victoire du fascisme en 1926 doit donc être considérée non comme une victoire remportée sur la révolution mais comme la conséquence de la défaite subie par les forces révolutionnaires en raison de leurs faiblesses intrinsèques ».

Je suis devant un texte mièvre, sans courage, sans dynamique. Notre échec n’a rien changé ! En fait ce texte nous condamne à rester dans la seringue dans laquelle le PCF est entré depuis quelques temps. Depuis quelques temps... Mais combien au fait ?
Alors je suis parti à la recherche de quelques dates pouvant faire repère.

«  La « fin de l’Histoire » n’a pas eu lieu ; cette fable élaborée alors que le capitalisme semblait triompher, dans les années 1990, a été pleinement invalidée par le mouvement de l’Histoire même. Le capitalisme, dans sa phase mondialisée génère au contraire de violentes contradictions qui aiguisent les tensions et nourrissent des foyers de guerre partout sur la planète ». J’ai la confirmation que je suis encore vivant et le capital tout autant. C’est rassurant.

Notre peuple a « un puissant héritage : de sa devise républicaine à la Sécurité sociale en passant par son ancrage laïque, le préambule de 1946 ou la vivacité de ses organisations révolutionnaires syndicales et politiques. Les luttes sociales et politiques en 2018 en témoignent de manière vivante ». Aucune raison de nous inquiéter ? De nous bouger ?

J’ai ensuite trouvé 1978. « À partir du mouvement de la société française et d’une analyse des échecs rencontrés depuis mars 1978, nous devons construire une nouvelle offre jargon étrange pour un parti qui se veut différent des autres... stratégique qui soit un véritable changement de paradigme. Cette stratégie nouvelle ne consiste pas à refaire mieux ce qui a échoué, mais à faire différemment : il s’agit de soutenir et d’impulser en permanence dans la société des mouvements de luttes à visée transformatrice. C’est une démarche stratégique qui doit s’articuler autour des mouvements contradictoires de la société, et guider notre stratégie électorale de conquête du pouvoir. L’élection présidentielle pose un problème spécifique lourd au PCF depuis 1965. Ce problème croît à mesure que la présidentialisation de la vie politique progresse ».

Si je reprends ce morceau de bravoure par la fin, notre dramatique situation est liée à la Ve république.
On aurait pu espérer lire quelque chose sur l’évolution des forces productives, du salariat, d’autant qu’entre 65 et 78, il y a 1968, et toute une série de luttes portant sur la gestion des entreprises, la reconnaissance des qualifications, des luttes contre la désindustrialisation, avec des convergences catégorielles, générationnelles, d’immenses solidarité entre professions, entre monde du travail et paysans, l’unité syndicale de la base au sommet, un fort mouvement internationaliste, et en même temps la marque que tout cela n’était pas suffisant pour compenser les 1er signes du décrochage du PCF du monde du travail. Le texte nous invite au mieux à réfléchir aux résultats électoraux comme si c’est eux qui conditionnaient notre capacité à nous enraciner dans la société. J’aurai pourtant parié que c’était l’inverse.

Je ne désarme pas. Je passe à la date suivante je tombe sur 1950 ! Alors je me remets à espérer. Le texte allait peut-être expliquer la nature du salariat, des forces productives d’alors et donc l’ancrage historique du PCF ; Et à partir de là, examiner ce qui a bougé. Que nenni. Il s’agit simplement d’alerter.
Les immenses acquis du CNR sont en ligne de mire afin « de transformer qualitativement les structures de l’économie du pays, de changer profondément les équilibres institutionnels en asphyxiant les dernières formes de contre-pouvoir ayant subsisté sous la Ve République ».

Oui, le patronat est toujours un peu rancunier... Mais il me semble que nous sommes avant tout dans une phase de restructuration « schumpétérienne » et tout autant face à une destruction systématique du code du travail, du tissu industriel et communal, des départements, du rôle de l’état dans le développement territorial.
Là ce n’est plus seulement le CNR. C’est à la fois le retour au XIXe et la destruction de la Nation républicaine, de son unité, de sa solidarité, par le retour de la vielle Gironde des régions et des métropoles les plus riches.

Je persévère à chercher la prochaine date : « Les deux prochaines échéances qui nous attendent, élections européennes en mai 2019 et municipales en 2020, doivent être préparées dès maintenant ». Ah ? Et nous avons même vocation à nous présenter à chaque scrutin. Très bien...
Mais entretemps, quand réfléchissons à l’enjeu de nous réancrer dans la monde du travail et à partir de quelle analyse ? Chaque chose en son temps ?

« Jeunes comme retraité·e·s, salarié·e·s comme indépendant·e·s, militant·e·s de la paix comme écologistes, féministes comme antiracistes, toutes et tous confrontés dans leurs combats aux traités et politiques de l’UE, doivent trouver dans les européennes de 2019 une occasion de porter leurs idées eux-mêmes aux côtés de candidats communistes incorruptibles face aux pouvoirs de l’argent, combatifs et déterminés à placer toujours l’humain et la planète au cœur de leurs actions. C’est ainsi qu’est construite notre liste, qui reste ouverte à de nouvelles jonctions avec le mouvement social et les partis de la gauche de transformation sociale et écologique. Nous travaillons à faire élire des député·e·s européen·ne·s communistes et issus de ces luttes de progrès dans la perspective d’un groupe de gauche confédéral, large et rassemblé au parlement européen ». Je comprends. Tout va bien madame la marquise et vous avez raison : Avant 2020, il y a trop à faire. On n’aura pas le temps de réfléchir et donc de changer notre fusil d’’épaule...

En toute fraternité, je veux dire aux camarades qui ont travaillé sur le texte proposé, qu’ils n’ont pas répondu, de mon point de vue, à ce qui est nécessaire.

J’hésite : Est-ce parce qu’ils ont choisi de ne froisser personne ? Est-ce parce que finalement, ils considèrent la trajectoire actuelle du PCF comme la bonne ?
Est-ce par suffisance à l’égard de la colère sourde qu’expriment à mots plus ou moins couverts quelques camarades qui parlent certes en leur nom, mais sans doute un peu plus ?
Est-ce à cause d’une incapacité de la commission de rédaction à surmonter des divisions que l’on sait traverser le parti depuis quelques temps ?

Est cela diriger ? Etre de la direction n’engage-t-il pas à apporter autre chose à l’intellectuel collectif communiste ?
Si les blocages sont à ce point rédhibitoires, pourquoi ne pas avoir osé identifier les questions qui clivent, qui fâchent, et ne pas avoir, tout simplement, oser proposer un document fondé sur une série de questionnements ouverts ? Oser s’en remettre réellement à la souveraineté des communistes pour décider ?
D’ailleurs à quoi ont donc servi la préconsultation, puis les contributions et les échanges sur le site dédié ?

En tout état de cause, c’est la direction nationale qui a failli. Elle aurait dû remettre le travail en chantier avant de livrer ce texte à la sagacité des communistes. Eventuellement en changeant de tout au tout la commission de rédaction. Ou prendre le temps de réécrire le texte.

En dessous de quel niveau d’affaiblissement du PCF, ceux en responsabilité actuellement se décideront ils de mettre dans les mains des adhérents des textes permettant réellement d’identifier les faiblesses structurelles, théoriques, idéologiques, donc les besoins, de l’organisation ?

Jusqu’où, le PCF devra-t-il descendre pour que l’organisation ne soit plus prise en otage par les certitudes des uns contre celles des autres ?

Le parti qui se réclame de la dialectique n’aurait-il plus de dirigeants capables de proposer des pistes de sortie de crise par le haut ? Au moment où certains abreuvent le débat d’une société vouée à reposer sur des « communs », j’hésite entre en sourire ou en pleurer !
En tout état de cause, il faudrait reconstruire un tout autre texte.

Une nouvelle fois les communistes vont sans doute devoir se ranger pour se compter, ou derrière le texte voté par la direction nationale, ou derrière d’autres propositions. Comment d’ailleurs reprocher à ceux qui en prendront l’initiative d’user de ce droit désormais statutaire puisque la direction nationale a prouvé une nouvelle fois sa profonde incapacité à faire et à proposer du commun, du partage, du tous ensemble, du rassemblement ?

Le texte proposé ne traite pas en tout état de cause des besoins réels, idéologiques et organisationnels, de l’organisation au vu de son état. Il fait comme si nous avions du temps devant nous, un avenir garanti. Est-ce bien-sûr ?
Les communistes peuvent-ils encore espérer échapper au calvaire de plusieurs textes quand celui mis en débat ne nous prépare qu’un congrès organisé dans la droite ligne des derniers. Aussi banal dans ses certitudes, aussi clivant donc par ses impasses sur nombres d’enjeux et de fait plus explosif que les précédents au vu de l’état de notre déjà grand affaiblissement.

Se retrouver dans la même situation que lors des précédents congrès, ne serait pas sérieux au regard de l’affaiblissement du PCF dans son implantation territoriale, son absence d’activité actée vers et dans les lieux de travail, ses forces organisées, ses difficultés à lire correctement l’évolution des forces productives et du monde du travail, et à travailler efficacement avec le mouvement syndical, notamment la confédération CGT.

A ce stade de la préparation, les adhérents sont privés de moyen statutaires pour imposer que le texte soit remis en chantier. C’est regrettable ; dommageable. Organiser un parti réellement communiste reste une gageure.

De son vivant, Marx vit s’unifier et dériver le mouvement ouvrier allemand et en critiqua vertement les thèses fondatrices (critique du programme Gotha).
Il conseilla ceux qui portaient au mieux les repères de classes. Il les encouragea à mener le débat de l’intérieur. Il demanda que sa critique ne soit pas publiée. Elle ne le fut que bien des décennies plus tard. C’est désormais un des textes majeurs à se réapproprier pour apprendre à faire critique et pour faire valoir les principaux repères qui à minima devraient structurer la pensée commune des communistes, à commencer par leurs dirigeants.

Je suivrai ses conseils ! Je reste communiste encarté. Je le resterai. Je ne me tairai pas.
Et j’appelle à ceux qui se réclament de Marx de faire comme moi afin de trouver une voie pour sortir l’organisation de ses impasses actuelles.

Je suis disponible pour un texte alternatif qui s’inspirerait de la critique du programme de Gotha. L’état du PCF nécessite que la masse et la direction du PCF partagent un minimum de repères fondamentaux.

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