38ème congrès PCF

Oui, les communistes ont la liberté de décider d’une réorientation ! Réponse à Bob Ingey

, par  pam , popularité : 2%

L’article de Bob Ingey intitulé « Les communistes ont la liberté de décider » pourrait provoquer des réactions de colères de nombreux communistes. Mettons le sur le compte du dépit de la défaite des idées qu’il portait dans le parti communiste pour le choix de la base commune.

Bob était un des promoteurs du texte dit du "Printemps", mais il n’en parle pas dans cet article écrit pour tenter de délégitimer le choix fait par les communistes. Pourtant, les communistes ont été un peu plus nombreux à voter pour le 38ème congrès que pour le 37ème, ce qui n’a pas empêché le texte défendu par Bob Ingey de perdre la moitié de ses voix, passant de 23,6% à 11,9%. Mais Bob Ingey n’en tire aucune conclusion et considère que les communistes n’ont pas compris, n’avaient pas lu, n’ont pas voulu dire ce que le "Manifeste" disait clairement, qu’il fallait une réorientation... Ils auraient aujourd’hui la « liberté de décider », mais à condition de déjuger leur vote, et comme il n’y croit pas, Bob Ingey annonce d’ores et déjà qu’il votera contre le texte final ! Il ne veut pas chercher comment surmonter les divisions bien réelles en tentant de "dépasser" dialectiquement les contradictions entre les textes. C’est une bien pauvre conception du débat entre communistes !

Bob Ingey considère que le résultat du vote des communistes est une majorité « très relative » et tente de faire parler ceux qui n’ont pas participé au vote afin de donner le sentiment que le "Manifeste" est illégitime. Pourtant il fait partie de ceux qui ont voté les statuts ouvrant cette procédure de choix de base commune, et il faut donc comprendre qu’elle ne lui allait que dans la mesure ou elle ne permettait pas d’autres choix que ceux qu’il valide. Pourtant, si le "Manifeste" n’a effectivement qu’une majorité relative, majorité relative nette cependant, son choix est reconnu par tous comme un événement, un premier pas dans ce congrès "extraordinaire". L’enjeu est bien pour tous les communistes de tenir compte de ce vote pour réussir le congrès et en sortir avec une très large majorité autour d’une réorientation politique. Le "Manifeste" est la base commune de départ, pas le texte d’orientation d’arrivée. Mais à l’évidence, cette construction majoritaire ne se fera pas en remettant en cause le premier vote des communistes. Oui, les communistes sont libres de se rassembler très majoritairement pour transformer le "Manifeste" en texte de congrès !

Il affirme que ceux qui ont voté pour le "Manifeste" le découvrent aujourd’hui, merci pour eux, excuse-les bob, ils sont un peu bêtes... Mais comme Bob est intelligent, il alerte sur « les reculs, les incohérences mais aussi les angles morts »... On pourrait demander de quels "reculs" Bob parle, mais on peut deviner que le plus important est d’affirmer que le parti communiste doit s’organiser, se renforcer, pour être utile au monde du travail et permettre un rassemblement populaire qui ne soit pas un mouvement "alter" dans lequel il se perde. Pour Bob, affirmer l’utilité du parti communiste, c’est un recul, car il fait partie de ceux qui depuis des années militent pour une "métamorphose" du parti en autre chose, en un mouvement qui rompe définitivement avec l’histoire communiste, avec les autres partis communistes, avec le marxisme, avec la classe ouvrière.

Il considère que ce vote serait un « réflexe "dégagiste" d’un côté contre l’actuelle direction, de l’autre côté contre Mélenchon ». On ne savait pas que les communistes étaient adeptes du "dégagisme", et les seuls qui ont parlé des personnes dans le débat sur la base commune sont ceux qui défendaient le texte de la direction disant que le choix des textes se résumait à une question de "casting". Mais l’immense majorité des communistes a discuté du contenu des textes, certes pas dans un commentaire de texte scolaire, mais à partir des questions issues de l’expérience. Et ce qui leur est apparu indispensable en premier lieu, c’est de faire un vrai bilan de décennies de transformation du parti, et seul le manifeste leur proposait une base pour faire ce bilan nécessaire ! Non, aucun dégagisme, et si bien évidemment partout les communistes se préparent à renouveler leur direction, ils le font en cherchant comment assurer la continuité du fonctionnement du parti, tout en rendant visible la réorientation que portera le congrès. Le dégagisme est plutôt chez cet ancien dirigeant fédéral du Rhône me disant, parce que j’organisais une soirée sur Lénine, « on a viré les léninistes, ce n’est pas pour les laisser rentrer par la fenêtre... ».

Bob Ingey prend deux exemples pour illustrer les défauts de la base commune.

Le premier concerne l’Europe où la base commune reconnait que « nous avons des différences sur la façon d’en finir avec cette construction ». Bob en conclut que « la base commune adoptée n’est pas capable d’avoir une position claire sur ce que nous proposons pour l’Europe... ». C’est sans doute pour cela que Bob ne partageait pas la demande d’un vrai bilan qui a conduit à la rédaction du "Manifeste". Car c’est bien la réalité de points de vues différents sur la bataille contre l’Europe de la concurrence qui a conduit le "Manifeste" à ouvrir le débat que la direction sortante n’a jamais accepté d’ouvrir réellement. La fuite en avant dans "l’Europe sociale", la confusion autour des questions de souveraineté nationale, l’enfermement dans le piège idéologique de la fausse opposition macroniste entre progressistes et nationalistes a effectivement rendu les communistes "illisibles" dans le débat politique européen. Et la base commune appelle justement les communistes à conduire ce débat essentiel pour reconstruire une position communiste dans l’ambition « d’en finir avec cette construction ». Est-ce ce qui dérange Bob Ingey ?

Le deuxième exemple porte sur l’absence selon lui de la question des élections locales de 2020, ce qui le conduit à considérer que les promoteurs du "Manifeste" chercheraient à retourner à l’union avec le PS de préférence avec la FI. Amusant quand on sait que plusieurs des coauteurs du "Manifeste" sont connus pour avoir mené des batailles difficiles contre le PS aux élections municipales, et les gagnant comme à Vénissieux, alors même que les plus connus des élus proches de Bob sont associés à des exécutifs socialistes, notamment en Seine-Saint-Denis, le département ou le courant refondateur a le plus fortement transformé le parti.

Ce qui gêne sans doute Bob Ingey, c’est l’insistance du "Manifeste" à refuser de confondre rassemblement populaire et alliance électorale, ce que résume le titre du paragraphe consacré à cette question « Une union populaire et politique agissante ».

Les communistes doivent travailler en permanence au rassemblement le plus large de toutes les couches salariales et populaires, à développer la conscience des contenus et conditions des changements nécessaires, et à créer les conditions de l’union des forces de progrès. Celle-ci n’est pas un but en soi : elle est un moyen pour la mise en œuvre de choix politiques nouveaux. Il s’agit de construire une union populaire et politique agissante pour sortir de la crise.

Dans un cadre de rassemblement politique, il nous faut continuer à mener des campagnes autonomes afin de faire progresser le rapport de forces en faveur de nos idées.

Il nous faut tendre la main et mettre au défi toutes les forces politiques de gauche, sans partenaire privilégié a priori, sur les réponses aux questions précises posées par les luttes.

Ce qui conduit le "Manifeste" à affirmer clairement :

Aussi importantes soient-elles, les élections ne sont qu’un moment de l’activité révolutionnaire des communistes.

En conclusion, Bob Ingey a cette formule incroyable pour celui qui visiblement ne se pose aucune question sur la part de ses idées dans les difficultés des communistes. Il reproche aux rédacteurs du "Manifeste" de ne « jamais oser la moindre autocritique »... Ceux qui justement demandent et entament un "bilan stratégique", c’est à dire une "autocritique" de l’ensemble du parti, et c’est l’originalité de leur texte, sont pour beaucoup des dirigeants du PCF. Si certains se sont exprimés contre les orientations du parti depuis plusieurs congrès, c’est loin d’être le cas de tous. Autrement dit, le "Manifeste" est le seul texte qui entamait justement une auto-critique qui fut une tradition des partis communistes.

Et quels autres textes ont ouvert cette "autocritique" nécessaire des communistes ? Quelle critique Bob engage-t-il sur la tentative de "métamorphose" du parti proposée par les refondateurs en 2007 et refusée par l’assemblée nationale des communistes ? Il a en fait bien du mal à digérer un vote des communistes qui met un terme aux tentatives de dissolution du PCF poursuivies par Robert Hue puis Marie-Georges buffet, et dont Pierre Laurent n’a jamais pu ou voulu se dégager.

Oui, les communistes sont libres, libres de construire une large majorité pour un congrès extraordinaire ! Et pour cela, ils ne considèrent pas les contradictions héritées de l’histoire comme des antagonismes qui ne peuvent se régler que par la division. Au contraire, le courant refondateur est né entre autres d’une critique justifiée de l’institutionnalisation et de l’électoralisme du parti, de la colère de nombreux communistes devant ce qu’ils ressentaient comme une soumission au parti socialiste. Lucien Sève dénonçait avec raison le "centralisme technocratique"... Mais ce courant doit prendre sa part de l’autocritique. Il a notamment accéléré la perte de repères des communistes dans le monde du travail, se concentrant sur les couches sociales urbaines éduquées, développant l’idée de la "forme parti dépassée" qui semblait en vogue à la grande époque de l’altermondialisation, mais dont l’expérience a largement montré l’impasse et le danger, désarmant le mouvement social enfermé dans le spontanéisme et l’émiettement groupusculaire. Il a affirmé le "communisme déjà-là" pour rejeter l’idée de la révolution, désarmant idéologiquement les couches sociales qui ont le plus besoin de porter la colère contre cette société et l’exigence de la rupture.

Je connais beaucoup de communistes sensibles à certaines thèses du "Printemps", et ils ont toutes leur place pour contribuer à un congrès extraordinaire qui peut nous permettre d’affirmer que le parti communiste a de l’avenir, et même qu’il est de retour. Mais il faut pour cela rejeter fermement les appels à la division de Bob Ingey !


Le texte diffusé par Bob Ingey

La liberté des communistes

Les communistes ont placé en tête le texte « Le Manifeste » avec une majorité très relative (12 719 voix soit 42,14% des exprimés et 25,83 % des 49 231 communistes à jour de leurs cotisations).

Ce texte, qui est devenu notre base commune, beaucoup le découvrent aujourd’hui (même parmi celles et ceux qui ont voté pour) avec une lecture plus attentive.

Passé le temps du réflexe « dégagiste » d’un côté contre l’actuelle direction, de l’autre côté contre Mélenchon et le besoin de se rassurer autour d’une forte personnalité communiste, vient le moment de s’intéresser au texte.

Et là beaucoup de nos camarades sont en train de découvrir les reculs, les incohérences mais aussi les angles morts de ce texte.

Deux exemples

A quelques mois d’une élection importante, les Européennes, si la base commune parle de constat partagé sur l’Europe (page 15 ligne 54), c’est pour dire aussitôt « Mais nous avons des différences sur la façon d’en finir avec cette construction » (ligne 55) et d’enfoncer le clou « si nous ne pouvons sans doute pas trancher ces questions (cf sur l’Europe) au prochain congrès... » (page 16 ligne 34). Près de 25 ans après le référendum sur Maastricht, la base commune adoptée n’est pas capable d’avoir une position claire sur ce que nous proposons pour l’Europe...

Autre exemple, tout aussi significatif, à l’exception de l’idée : s’il n’y a pas une tête de liste communiste aux européennes cela « aurait de graves conséquences aux élections municipales » (ce qui est très discutable), ces dernières ne sont pas abordées dans le texte. Quelles ambitions ? Quels rassemblements pour les municipales de 2020 ? les départementales et les régionales de 2021 ? Ces questions sont absentes de ce texte alors même que des discussions s’engagent d’ores et déjà sur plusieurs territoires avec le… PS. Loin des prétentions du texte sur « mettre un terme à notre effacement », nous sommes déjà prêts à nous effacer, pour quelques places, lors des prochaines échéances avec un partenaire que viennent de quitter les derniers éléments de son aile gauche...

Indécision sur l’Europe, silence sur les échéances de 2020 et de 2021, le tout accompagné d’une volonté de faire porter la responsabilité aux autres (un coup sur Mélenchon, un coup sur la direction nationale) sans jamais oser la moindre autocritique.

Il en est ainsi, par exemple, de notre proposition de « sécurité d’emploi et de formation » que nous portons depuis plusieurs décennies, sous la direction de 4 secrétaires nationaux différents, sans que cela imprègne la société. La faute à qui ? Aux autres !?

Au final comme beaucoup de camarades je constate que ce texte est difficilement amendable. J’ai entendu des rédacteurs de ce texte dirent de celui-ci qu’il donnait un sens et que s’il pouvait être amélioré à la marge, le sens ne devait pas être modifié.

Je pense profondément que ce « sens » est un profond recul et pose problème à une majorité de communistes. Non seulement aux plus de 57 % des votants qui n’ont pas fait ce choix, mais aussi à une majorité des plus de 18.000 communistes qui n’ont pas participé au vote.

Dans le cadre du débat je ferai des amendements et des motions. Mais ne partageant pas le sens général de ce texte, au final je voterai contre ce texte même amendé.

Pour faire accord avec une majorité de communistes, c’est un tout autre texte qui doit sortir du congrès.

Les communistes ont encore la liberté d’en décider…

Robert Injey

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