38ème congrès du PCF

Marx dépassé ? Pierre Laurent s’est adressé hier a moi personnellement.

, par  Gilbert Remond , popularité : 3%

Bonjour les camarades, j’ai de la chance, Pierre Laurent s’est adressé à moi personnellement il y a quelque jours. Mais il s’adressait aussi par la même occasion à d’autres d’après ce que j’ai lu tout de suite après et même à tous les communistes du parti, sans le dire avec ce mot là. Ce mot le gène, il préfère parler commun, un terme qui désignait dans l’ancien régime l’espace réservé a la domesticité. Bref il s’est adressé à moi, à eux, à tous. Il l’a fait en utilisant cette calligraphie spéciale qui sévit dans la bobosphère depuis quelques années. C’est devenu la norme dans les publications de la gauche dite radicale.

Je dois dire que ce tou.te.s a quelque chose qui me rebute avec ses coupures visualisées par des points qui prétendent tout dire, tout tenir, par économie, par démagogie, par fusion des genres, le masculin comme le féminin, dans un singulier pluriel qui trouble la lecture, un tout, tout de suite qui me donnerait facilement envie de m’arrêter là dans ma lecture, d’autant plus que sa manière très DRH de procéder, me donne à penser que lorsqu’il souligne un lendemain de fête exceptionnelle, c’est qu’il a une vilaine idée derrière la tête : réussir un plébiscite qui lui donne plein pouvoir pour poursuivre sa politique de déstabilisation de la forme parti héritée de Tours, bien que cela ne le gène pas d’en faire l’application en ligne politique via ses proches avant les décisions de congrès. Il suffit d’ entendre les déclarations et appels des Wurtz, Brossat et compagnies depuis quelques jours ( voir ci-dessous leurs prises de positions).

Il commence par nous dire qu’il a ressenti beaucoup de fierté au milieu d’une foule impressionnante pour mieux appuyer la démonstration qu’il s’apprête à faire, à savoir que cette mobilisation populaire, doit nous faire converger vers son texte : « le communisme est la question du XXIème siècle ».

Il est vrai que d’année en année la présence de la foule qui se presse sur la fête de l’Humanité reste réellement impressionnante. Elle traduit un attachement qui résiste à nos pertes d’influences électorales, comme si était attaché à sa manifestation, quelque chose qui ne se traduit plus dans le système dit de représentation, un système qui apparaît de plus en plus étranger aux catégories populaires.

Et en effet, la gauche et ses élus ont beau chercher à reprendre des bastilles symboliques avec des manifestations spectacles ritualisées organisées sur leurs traces dans la cité, vouloir déclencher des marées humaines pour faire la fête a Macron, le fait est là, leurs défilés médiatiques, n’arrivent pas à la cheville des foules venues à la seule fête populaire d’ampleur ancrée dans ce pays, la fête de l’Humanité, une fête portée et fréquentée par des générations de communistes tout au long de l’histoire du parti, par leur dévouement et leur savoir faire, une fête associée à l’idée des luttes et de leurs débouchés révolutionnaires. Ils peuvent toujours, de comité libéraux en front de gauche, prétendre ce qu’ils veulent : la fête de l’humanité reste dans l’imaginaire collectif, la fête des cocos et de leur journal. Elle pose dans le concret des attitudes et des mots qui leur sont accolés, le seul projet de transformation du monde qui n’ai jamais tenu, celui qui conduit à l’abolition de l’exploitation de l’homme par l’homme par l’abolition de la propriété privée des grands moyens de production et d’échange, dans le cadre d’une révolution socialiste.

Cette année encore la foule était au rendez vous. J’y étais et je peux en témoigner ! Que ce soit pour écouter Lavillier, ou que ce soit le samedi soir dans les allées de la cité internationale, elle donnait à voir un grand nombre de femmes et d’hommes venus au rendez vous de la fraternité révolutionnaire. Si cela est, je ne pense pas que « le printemps des communistes » ou que les trente quatre thèses de la base commune des 39 du conseil national y soit pour quelque chose. J’ai plus tôt le sentiment comme l’a souligné la presse nationale, que le côté festival y avait sa part, mais aussi ces générations de communistes que je viens de mentionner, les luttes du printemps, celles des cheminots, des agents des services publiques, de la jeunesse étudiante menacée dans son droit aux études et malmenée par les forces de l’ordre bourgeois ce printemps dernier.

Dans sa lettre, Pierre Laurent prétend avoir beaucoup circulé sur la fête, beaucoup discuté, rencontré des centaines de personnes. De tout ce que je viens de rappeler, il ne dit rien, il ne retire qu’une seule chose de ses rencontres « l’inquiétude face à ce qu’ils et elles ressentent comme risque des risques de divisions de notre organisation, mais aussi l’espoir toujours intact d’un congrès extraordinaire » et c’est de cela avant tout dont il voulait nous entretenir pour jouer une fois de plus sur le légitimisme et le réflexe de citadelle assiégée qu’il faut défendre à tout pris, y compris au détriment du parti lui même et du nécessaire bilan critique de sa stratégie mortifère.

Je ne sais pas comment il s’y est pris, quel panel il a constitué pour arriver à ces résultats impressionnants. Il ne voit que cette sombre perspective sans cesse rappelé par ses relais dans le parti : le risque de division du fait des textes alternatifs et des tendances qu’ils ont pourtant instauré.

Comme le ridicule ne semble pas les atteindre, ils vont jusqu’à prétendre comme le fait Wurtz dans un autre appel à voter pour la base commune du comité national :
« J’ai toujours été hostile à tout ce qui, dans le Parti communiste, tend indirectement, à une logique de tendances. Lorsqu’à été instituée la procédure des "textes alternatifs" dans la préparation de nos congrès, j’avais mis en garde ses instigateurs sur le risque que cela favorise, de fait, l’appauvrissement des débats de fond au profit d’une bataille de "camps" ou, pire, d’espèces de "campagnes électorales" entre dirigeants ». Ah bon, quand s’est-il opposé, en votant contre, à un tel danger ? Avez vous déjà enregistré un vote de Wurtz opposé aux orientations qui ont favorisés ce droit aux textes alternatifs ? Qu’a-t-il voté au congrès de Martigues ?

Ils n’ont vraiment peur de rien pour arriver à leur fin, comme si ce n’étaient pas eux qui en avaient conçu les principes en supprimant le centralisme démocratique et en instaurant celui de réseaux y compris avec des non communistes comme le permettra la liste "Bouge l’Europe". Ils ont même inventé un nouveau devoir : on discute en interne. J’ai entendu un tel rappel au règlement à plusieurs reprises sur la fête ou sur les réseaux sociaux. Interdiction de faire de la diffusion de nos textes ailleurs que dans le parti, interdiction de dire ce que nous pensons de leurs méthodes ailleurs que dans l’organisation ; c’est le moyen idéal pour tuer dans l’œuf toute contestation surtout quand elle ne se réunit pas, ne distribue pas les textes ou ne permet pas leur discution dans le cadre des assemblées militantes.

Ça devient un peu spécieux et éculé ce type d’argument surtout quand cela concerne des gens qui passent leur temps à donner leurs états d’âme dans la presse bourgeoise ou qui utilisent un logiciel importé des État-Unis pour s’adresser aux adhérents. Cette manière de faire me rappelle quand Giscard avait demandé aux français de faire le bon choix en 81, c’est-à-dire pour lui évidement !!

Ça sent la trouille et l’improvisation de dernier moment. Ce n’est pas correct de profiter de sa position d’autorité pour peser sur chacun. De deux choses l’une, ou le choix de vote existe avec tout ce que cela implique dans le paradis de la démocratie bourgeoise, ou on revient au centralisme démocratique et alors plus de problème d’interne et d’externe, on débat à partir d’un texte sérieusement rédigé, proposé et amendé par l’organe dirigeant qui fait une analyse réelle et concrète des enjeux nationaux et internationaux. C’est devenu l’argument des faibles et c’est mis à tout propos ; cela dit, c’est vrai qu’à la fête de l’Huma, quand on voit débouler Hamon and co, bras dessus bras dessous, on se demande où est l’interne et où est l’externe. Il y a un sérieux problème de limite à retrouver pour savoir qui est qui, et c’est bien l’enjeu de ce congrès puisqu’il en est un.

Comme l’écrit Laurent Brun « Plus les enjeux politiques sont clairs moins les enjeux de personnes prennent le pas sur les choix ». Il serait temps d’en revenir au fond, avec les outils que nous ont donné nos glorieux prédécesseurs. « Les luttes ont besoin d’un parti communiste qui éclaire les enjeux » poursuit Laurent Brun qui s’inquiète de voir les reculs de la conscience de classe, les divisions dans le monde du travail. Laurent Brun analyse la situation dans les termes suivant : « Les luttes sont peu nombreuses, ne convergent pas et peinent à être victorieuses. Le mécontentement est généralisé mais les capitalistes sont parvenus à si bien diviser, isoler, et déprimer les citoyens, que ces derniers abandonnent même les espaces d’expression dont ils disposent encore. L’abstention progresse, l’engagement recule, et la frustration qui naît de cette situation débouche sur le développement des populismes ». Il en conclut au contraire des deux premiers textes soumis à notre vote qui préconisent de se rassembler avec d’autres c’est-à-dire de disparaître au profits d’autres : que « Le Parti Communiste est l’outil qui fait reculer le fatalisme de ceux qui sont exploités et privés de pouvoir. Il est l’outil qui aide à forger les volontés fermes. Dans la situation d’aujourd’hui il est donc, encore plus que par le passé, le remède dont la société a besoin. ».

Pierre Laurent certes invoque la tournée des hôpitaux en France, la lutte des cheminots, les batailles contre l’évasion fiscale, mais il oublie de dire que ceux qui en sont les principaux animateurs sont généralement ceux qui soutiennent le "Manifeste pour un XXIème siècle" (Laurent Brun, Brunel, Michèle Picard, Eric Boquet, etc... vous trouverez leurs appels a voter le "Manifeste" ci-dessous). Malgré cette citation et au lieu d’en tirer des conclusions militantes en vue de l’organisation de ces luttes et des moyens à leur apporter sur un plan théorique, il ne voit que trois exigences indissociables dont son texte se fait l’écho « confiance dans nos idées et initiative communiste, esprit unitaire, novation et audace dans une époque où tout se bouleverse à très grande vitesse », bref, limité aux lieux communs du savoir managérial, il utilise des formules passe partout pour éviter de parler de son bilan ou pour aborder les problèmes de fond dont souffre les travailleurs de notre pays. Certes comme tout analyste de l’actualité sociale, il reconnaît ces souffrances, mais son projet qui propose « un dépassement du capitalisme et de tous les systèmes de domination » est d’abord et avant tout celui d’une petite bourgeoisie qui veut que rien ne change radicalement et dont la peur la plus manifeste est celle de l’expression violente d’une révolution, c’est-à-dire de la rupture qu’impose une véritable alternative au capitalisme, par son abolition (terme qu’utilisaient les marxistes léninistes jusqu’à l’arrivée des interprétations révisionnistes des textes de Marx conduits par Lucien Sève et de ses amis refondateurs).

Voudrait-il sérieusement sortir du capitalisme qu’il s’y prendrait autrement pour le déclarer, par exemple, il pourrait commencer par en décrire les mécanisme de fonctionnement, analyser son stade de développement actuel, au lieu de cela son projet commence par nous décrire les conséquences de ces mécanismes : la planète menacée par le réchauffement climatique, la pollution inédite, le pillage des ressources etc… Voudrait-il en sortir sérieusement qu’il commencerait par suivre la méthode que Marx nous explique en préambule de sa préface à sa « contribution à la critique de l’économie politique » où il écrit « j’examine le système de l’économie bourgeoise dans l’ordre suivant : le capital, la propriété foncière, le travail salarié ; l’État, le commerce extérieur, le marché mondial. Sous les trois premières rubrique, j’étudie les conditions d’existence économique des trois grandes classes en lesquelles se divise la société bourgeoise moderne ».

A l’opposé des mollesses modernistes de la base commune de la direction, le "Manifeste" souligne « le rôle irremplaçable du parti communiste qui doit, en visant des objectifs sociaux audacieux, travailler sans cesse les contradictions pour faire grandir la conscience de la nécessité, pour les réaliser, de bouleverser la logique du système, aussi bien en ce qui concerne les moyens financiers que les pouvoirs institutionnels », car comme nous l’explique Marx, et j’en finirais avec lui puisque le "Manifeste" nous engage à retrouver toute la vigueurs de ses analyses pour aborder les temps d’aujourd’hui en vu de préparer ceux a venir :

« Le résultat général auquel j’arrivais et qui, une fois acquis, servit de fil conducteur à mes études, peut brièvement se formuler ainsi : dans la production sociale de leur existence, les hommes entrent en des rapports déterminés, nécessaires, indépendants de leur volonté, rapports de production qui corres­pondent à un degré de développement déterminé de leurs forces productives maté­rielles.

L’ensemble de ces rapports de production constitue la structure économique de la société, la base concrète sur laquelle s’élève une superstructure juridique et politique et à la­quel­le correspondent des formes de conscience sociales déterminées. Le mode de production de la vie matérielle conditionne le processus de vie social, politique et intellectuel en général. Ce n’est pas la conscience des hommes qui détermine leur être ; c’est inversement leur être social qui détermine leur conscience.

À un certain stade de leur développement, les forces productives matérielles de la société entrent en contradiction avec les rapports de production existants, ou, ce qui n’en est que l’expression juridique, avec les rapports de propriété au sein desquels elles s’étaient mues jusqu’alors. De formes de développement des forces productives qu’ils étaient ces rapports en deviennent des entraves. Alors s’ouvre une époque de révolution sociale. Le changement dans la base économique bouleverse plus ou moins rapidement toute l’énorme superstructure. Lorsqu’on considère de tels bouleversements, il faut toujours distin­guer entre le bouleversement matériel - qu’on peut constater d’une manière scientifiquement rigoureuse - des conditions de production économiques et les formes juridiques, politiques, religieuses, artistiques ou philosophiques, bref, les formes idéologiques sous lesquelles les hommes prennent conscience de ce conflit et le mènent jusqu’au bout. Pas plus qu’on ne juge un individu sur l’idée qu’il se fait de lui-même, on ne saurait juger une telle époque de boule­ver­se­ment sur sa conscience de soi ; il faut, au contraire, expliquer cette conscience par les contradictions de la vie matérielle, par le conflit qui existe entre les forces productives socia­les et les rapports de production. Une formation sociale ne disparaît jamais avant que soient développées toutes les forces productives qu’elle est assez large pour contenir, jamais des rapports de production nouveaux et supérieurs ne s’y substituent avant que les conditions d’existence matérielles de ces rapports soient écloses dans le sein même de la vieille société. C’est pourquoi l’humanité ne se pose jamais que des problèmes qu’elle peut résoudre, car, à y regarder de plus près, il se trouvera toujours, que le problème lui-même ne surgit que là où les conditions matérielles pour le résoudre existent déjà ou du moins sont en voie de devenir. À grands traits, les modes de production asiatique, antique, féodal et bourgeois moderne peuvent être qualifiés d’époques progressives de la formation sociale économique. Les rap­ports de production bourgeois sont la dernière forme contradictoire du processus de produc­tion sociale, contradictoire non pas dans le sens d’une contradiction individuelle, mais d’une contradiction qui naît des conditions d’existence sociale des individus ; cependant les forces productives qui se développent au sein de la société bourgeoise créent en même temps les conditions matérielles pour résoudre cette contradiction. Avec cette formation sociale s’achè­ve donc la préhistoire de la société humaine. » tiré de la "Contribution a la critique de l’économie politique"

Marx dépassé ? Devant la pauvreté des analyses que l’on nous sert depuis des années, ne pensez-vous pas que c’est dans la force de ses textes que nous réapprendrons à penser ?

Gilbert Rémond

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