Le nouveau logo du PCF

Un logo pour porter la force d’un combat, d’une ambition, d’une stratégie

, par  Hector Bravo , popularité : 14%

Le Logo questionne

Le logo questionne. De quoi s’agit-il ? En principe, il a un but de communication et permet une meilleure identification. Hérité de l’héraldisme, l’étude des blasons, cette vielle coutume permettait une reconnaissance facile par un large public. C’est un moyen un moyen d’identification indispensable et très recherchée par la communication moderne.

Cette identification est destinée à deux publics différents :
- ceux qui y en sont et ont une vue de l’intérieur. Ils s’identifient donc à un symbole qui les représentent et qui leur dit un message et porte leurs valeurs. C’est alors un élément fédérateur.
- ceux qui n’en sont pas et ont une vision de l’extérieur. Ils y voient un message, un groupe, une représentation. Cela peut donc être différemment apprécié et peut soit être un élément d’adhésion ou au contraire un élément de défiance, voire de rejet.

Le message porté par le logo peut donc être différemment interprété suivant d’où on vient, des expériences personnelles, de sa propre culture et savoir, ce que l’on attend de l’avenir et de ses convictions personnelles.

Pour ce qui nous concerne notre ancien logo, les outils, avait un message dans ces deux directions, adhésion du monde du travail au parti d’une part et message vers ceux qui sont la classe dominante, la bourgeoisie, d’autre part. Il signifiait que nous étions le parti des travailleurs, des masses laborieuses, paysans et ouvriers, de ceux qui n’ont que leur travail pour vivre. Il s’opposait donc à ceux qui vivent des profits du travail, des capitalistes qui sont les vrais profiteurs, les vrais parasites de la société.

On a tous en mémoire cette vielle image où Lénine balaie la planète des profiteurs, monarques et bourgeois. C’était là un message très clair envers les classes dominantes. Le marteau et la faucille disent en quelque sorte la même chose : « nous sommes le parti des travailleurs, des ouvriers et paysans ! »

La faucille et le marteau qui sera repris par de nombreux partis communistes et ouvriers après la 3ème internationale, indiquait aussi une stratégie de conquête qui avait pour but de rassembler tous les travailleurs afin de renverser la table. Il montrait donc clairement que la stratégie était basée sur l’antagonisme social systémique de la société capitaliste : la lutte de classe. Celle qui oppose de fait celui qui a besoin d’un salaire digne pour vivre de son travail et ceux qui ont comme intérêt de contraindre les masses salariales pour leurs seuls profits et domination. Du fait même que le marteau et la faucille étaient repris par des partis de pays différents donnait un ton international à la stratégie de conquête. Il s’agissait à l’époque de renverser les pouvoirs partout dans le monde, la révolution se voulait mondiale. Le poids de ce symbole marqua pour des décennies les esprits et jusqu’à aujourd’hui, il renvoi à ce passé et à toute l’histoire qui s’en est suivi, remplie d’espoirs d’un nouveau monde, d’un nouveau projet pour toute l’humanité, basé sur l’égalité entre chaque peuple, chaque travailleur et chaque homme et femme, mais aussi aux dérives graves qui ont permis à nos adversaire d’instiller une stratégie anti-communiste mondiale. La guerre froide n’ayant été qu’un moyen de parvenir à l’échec du mouvement communiste mais qui n’en est pas la cause principale, car à notre sens elle est à chercher dans les dérives étatiques et autoritaires mais aussi dans une pratique politique, économique et sociale dogmatiques, qui conjugués à l’hostilité des pays capitalistes donna lieu à une paranoïa d’état, aidés en cela par un homme qui entacha de sang les valeurs humanistes du communisme, et cela pour longtemps.

Que nous dit ce nouveau logo ? D’abord on y voit une étoile à cinq branches qui est un symbole que les mouvements révolutionnaires utilisent souvent mais aussi et très largement par les USA ou l’union Européenne. On le retrouve dans de nombreux drapeaux nationaux, Maroc, Vietnam, Chine, Somalie, Algérie, Chili, Tunisie, Syrie, Surinam, Turquie, Cuba etc. La liste est longue et indique que l’étoile à cinq branches est très répandue et ne répond donc pas à une seule vision ou une seule idée. Du monde arabo-musulman en passant par l’Amérique et le monde occidental cette étoile n’est donc pas une singularité qui donnerait un message clair. Reprise dans tant de situations, on ne peut donc en faire sienne mais elle est tout au contraire un message qu’il faut placer dans un contexte. D’autre part et étrangement, l’étoile n’apparait pas dans le mouvement ouvrier français bien qu’elle apparaisse sur le drapeau de l’union soviétique. Elle n’est pas non plus une représentation utilisé en France ou très peu lors du "Front de Gauche". Cette étoile est donc une importation, un référencement à autre chose qui ne nous est pas propre, qui n’est pas de notre histoire ou culture de lutte. En cela, elle surprend donc comme un antagonisme visuel et iconique mais d’un autre côté, se laisse facilement accepter.

Logo Ensemble On remarquera, et la vidéo le confirme, que cette étoile est stylisée de sorte à laisser entrevoir non seulement un humain mais aussi la forme hexagonale représentative de la France dans un entremêlement subtil et plutôt réussi. Sur l’humain, la référence au slogan "l’Humain d’abord" est évidente, mais l’utilisation d’un seul homme interroge. La forme humaine peut notoirement renvoyer à l’homme, l’humain, certes mais aussi à l’individu, l’homme seul. En contradiction avec la notion de commun et collectif, propre au mouvement communiste. Par un seul individu, on valorise l’être humain individuel, individualiste, tant vanté par le consumérisme et tous ceux qui sont à l’opposé de notre spectre politique. D’autres mouvements de gauche utilisent aussi l’étoile-homme dans leurs logos. Comme la "Gauche unitaire" puis "Ensemble", mais ils ont pris le soin d’en Logo gauche unitairemettre plusieurs.

Quant à l’hexagone, il est naturellement la représentation de la France. On le retrouve dans les logos de vieux partis de droite ou centre droit. Ce style dénote plutôt un changement dans la pensée et l’histoire du mouvement communiste internationaliste. Le renvoi à la France est ici une première car le mouvement communiste s’est surtout dénoté par sa volonté d’unir les peuples. Il porte une vision internationaliste qui certes n’est pas en contradiction avec les valeurs de patriotisme ou nationales, mais qui dans la culture communiste lui est largement préféré. Dans le contexte politique actuel, on peut donc légitimement se demander pourquoi cette inversion de valeurs ou plutôt pourquoi ce changement d’orientation ? Préférer dans la symbolique, le national à l’international est ici, tout de même, un choix qui porte une signification qui est loin d’être anodine et ne peut être par conséquent négligée ou prise juste pour un attachement sentimental. S’agit-il d’une réponse au « repli sur soi » et aux mouvements nationalistes ? Ou s’agit-il d’un besoin d’affirmer que nous aussi sommes de la France ? En quoi, se référer à la France fait de nous un mouvement plus enclins à répondre à la perte de repères de nos concitoyens, au vide qui transcende notre société et subtilement remplacée par les thèmes portés traditionnellement par l’extrême-droite ?

Vient ensuite cette feuille, largement utilisé par le marketing commercial comme symbole d’écologie ou d’économie. Par exemple, Renault l’utilise pour ses voitures dans la fonction "eco". On remarquera qu’il s’agit d’une feuille elliptique ressemblant à celles des hêtres ou oranger, très différentes du chêne qui est elle aussi une feuille très utilisé dans beaucoup de symboliques tels que dans les armoiries de la République ou par la droite, mais pas que. Il ne s’agit pas non plus de l’olivier symbole de paix ou du laurier symbole de victoire. La vidéo indique qu’il s’agit du cerisier. On constate qu’elle est en haut de l’étoile comme le serait une feuille bourgeonnant au bout d’une branche, en croissance donc. Cela renvoie d’évidence à la symbolique du printemps, le temps des cerises.

Cette feuille est aussi une précision pour montrer un attachement à l’écologie, à l’heure où les changements climatiques, dont le capitalisme porte une très grande responsabilité, mettent en danger l’humanité toute entière. Cependant, elle dénote avec l’image même que portent les communistes, loin des préoccupations écologiques, et pour cause, le PCF est identifié comme le défenseur du nucléaire, de l’industrie, du progrès technique etc. L’aspect productiviste nous est souvent reproché et collé au dos. Pourtant, le capitalisme promeut très largement et partout dans le monde, un consumérisme effréné qui par l’exploitation absurde des ressources naturelles, les politiques libérales de déréglementation laissent la part belle aux pollueurs de tous poils. Ce système montre, de lui-même, son incapacité à prendre la vraie mesure des enjeux climatiques. Institutions, politiciens, patrons ne cherchent qu’à protéger le système capitaliste en ne prenant que des mesures minimalistes que les experts du GIEC eux-mêmes dénoncent régulièrement. La dernière publication du 8 octobre 2018 est d’ailleurs et une fois de plus, très inquiétante. Seulement 1% de chances d’atteindre l’objectif fixé par l’accord de Paris en 2015 soit une élévation de 1,5°C. La vraie tendance est plutôt de plus de 3,2°C si l’on continue comme cela. Qui peut croire que le capitalisme est la réponse aux problèmes de l’humanité et de la planète toute entière ? Seule une remise en cause profonde du système économique, des injustices sociales et l’accaparement par certains des riches peut changer la donne et seuls les communistes ont la volonté d’en finir avec le capitalisme et devraient être disposés à une stratégie à cette fin. La feuille sur le logo, au sens écologique, est donc une précision qui devrait être inutile. Or les concepteurs du logo ont clairement estimé nécessaire de réaffirmer cette volonté écologique, conscients que dans la société, nous ne sommes pas identifiés comme tels. C’est là plutôt un aveu d’échec des politiques menés par nos dirigeants et le parti. Elle apparait donc avec un retard immense sur le reste de la société et notamment des autres partis de gauche et donne le sentiment de vouloir recoller au peloton. Dans la réalisation de cette symbolique, il aurait été sans doute plus utile que les concepteurs s’interrogent sur les causes réelles de la crise écologique et des réponses à donner qui ne peuvent passer, comme le décrit le GIEC, que par une profonde mutation de toute l’économie mondiale, donc de la remise en cause du capitalisme comme moteur de l’avenir de l’humanité.

Nous portons nous-mêmes nos égarements, notre manque de clarté, nos hésitations et nos alliances qui nous ont été préjudiciables. Le nouveau logo devrait plutôt porter la force d’un combat, d’une ambition, d’une stratégie à l’image de ce que furent la faucille et le marteau. Il aurait aussi pu porter une part de cette histoire que nous revendiquons, mais le choix a été différent. C’est une nouvelle fois regrettable car on ne peut changer de logo tous les jours sous peine d’être encore moins identifiables et visibles. C’est là un don mesquin de la part de la direction sortante obnubilé comme beaucoup d’autres politiques par le court terme, l’immédiateté. Une stratégie qui ait l’ambition de renverser la table ne peut être que le résultat d’une réflexion et d’une projection sur le long terme. C’est, ce qu’avaient compris Marx et Engels déjà à leur époque. Bien qu’on ne puisse enlever le besoin d’avoir une identification qui nous soit propre, elle aurait dû être partagée et donc travaillée avec tous, pour une stratégie et image en cohérence.

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    Les résultats de la consultation des 16, 17 et 18 juin sont maintenant connus. Les enjeux sont importants et il nous faut donc les examiner pour en tirer les enseignements qui nous seront utiles pour l’avenir.

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