Dedans, dehors... la dialectique appliquée à l’organisation

Ou comment faire le choix de sortir de l’émiettement...

dimanche 2 janvier 2011
par  pam
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D’échéances en échéances ; congrès, élections, manifestations, la stratégie de la direction du PCF s’affirme de plus en plus clairement vers une nouvelle force politique dans le cadre du Parti de Gauche Européen, comme le souligne l’élection de Pierre Laurent à la présidence d’un PGE assumant la rupture avec les partis communistes portugais, tchèques ou grecs, c’est à dire avec trois des partis communistes européens les plus forts en organisation et en résultats électoraux.

Sans doute, cette direction espère en une victoire de la gauche en 2012 dans laquelle un score significatif d’une candidature médiatique de type Mélanchon pourrait permettre d’asseoir une structure nationale dans les institutions, en négociant au mieux les places législatives ou ministérielles. C’est pourquoi elle insiste à chaque occasion pour que les communistes ne cherchent pas à imposer un candidat du PCF face à Mélanchon. Pierre Laurent répondant à des journalistes justifiant la nécessité d’un débat sur la candidature Mélanchon en avouant "vous ne pouvez pas empêcher des communistes de se dire, pourquoi pas un communiste ?", et précisant si c’était nécessaire que "Chassaigne n’est pas le candidat du PCF..."

Avec cette stratégie, l’issue n’est évidemment pas dans l’effort militant de construction d’une organisation d’action et de rassemblement, et les demandes répétées de la majorité des communistes de continuer le parti communiste français ne sont que des freins et des obstacles à surmonter. Il faut certes des bras pour les campagnes électorales très médiatiques, mais l’essentiel est ailleurs...

Dans ce contexte, les communistes continuent à renâcler, protester ou dénoncer... mais dans le désordre et l’émiettement... Des milliers de militants ont quitté le parti, parfois dans l’éloignement de la vie politique, souvent dans une activité sociale, quelques milliers cherchant à faire vivre leur engagement communiste de diverses manières, mouvement politique comme le PRCF ou l’URCF, associations comme Rouge Vif Paris ou Marseille ou Colère et Espoir, le RCC... Il y en a d’autres...

Dans le parti même, l’opposition à cette stratégie s’est exprimée avec force à plusieurs reprises, et notamment avec le texte "Faire Vivre et Renforcer le PCF" au 34eme congrès en 2009, signé par 808 communistes, et obtenant 25% des votes pour le choix de la base de discussion. un quart d’entre eux se sont retrouvés au congrès d’étape de 2010 dans une contribution tandis qu’un autre quart s’exprimait sur un texte signé par 445 autres communistes qui n’avaient pas signé celui de 2009... Dans l’appel du 4 décembre pour une candidature communiste, on retrouve sur 286 signatures à la date du 28 décembre, 174 communistes qui n’avaient signé aucun des textes précédents...

Dans ceux qui, dans des débats souvent vifs, ont contribué à élire la direction actuelle, les critiques ne manquent pas. Le texte de soutien à la candidature Chassaigne proposé par le réseau ANR recueille 232 autres signatures...

Bref, à chaque fois qu’on propose aux communistes de s’exprimer d’une manière ou d’une autre pour dire "nous voulons continuer le parti communiste français", ils le font ! Ce sont d’ailleurs les militants qui avaient bousculé la préparation du 34eme congrès en imposant lors de l’assemblée nationale des animateurs de section en Décembre 2008 le maintien du PCF.

Sans doute est-ce fort de cette expérience que pour le prochain congrès, la direction réunit cette fois uniquement les... secrétaires de section.

Mais ce qui apparait de ces faits, c’est que si les communistes, dans une diversité de situations et d’analyses, se retrouvent très nombreux pour défendre la nécessité d’un parti communiste, ils le font en ordre dispersé, sous des formes souvent contradictoires, et sans apparaitre capable de construire une unité militante pour peser de dedans et de dehors sur l’orientation du parti. Au mieux, ils freinent la transformation du PCF [1].

Bien sûr, ceux qui tentent de construire une autre organisation, PRCF, URCF notamment, ne peuvent que se sentir confortés par l’évolution toujours plus claire de la direction du PCF et par l’incapacité apparente de l’opposition interne à s’organiser réellement nationalement. Si le PCF n’hésite pas à réutiliser des mots comme capitalisme ou lutte de classes, qui avaient disparus du vocabulaire des dirigeants pendant de nombreuses années [2], les décisions politiques sont toutes celles d’une "force de gauche" ayant rompu avec l’histoire communiste.

Mais de la même manière, ceux qui sont restés au PCF ne peuvent que considérer que l’émiettement persistant des forces communistes hors PCF malgré les nombreuses initiatives de convergence confortent l’idée qu’on ne peut reconstruire "ex nihilo". La surprise que constitue le renforcement accéléré de la jeunesse communiste et la qualité des débats de son dernier congrès donne confiance au contraire dans le fait que l’espace politique du PCF est toujours disponible...

Prenons l’exemple de la déclaration du PRCF sur l’appel du 4 décembre. Le texte ne fait pas dans la dentelle dans la critique, mais si on prend le temps de le lire au fonds, on peut constater en fait de nombreux points d’accords avec les communistes qui ont lancé cet appel pour une candidature communiste en 2012.

Bien sûr, l’appel ayant pour objectif immédiat de mobiliser les communistes dans la préparation du prochain congrès, et s’adresse donc d’abord aux communistes du PCF. Mais nulle part, il n’exclut qui que ce soit. Le PRCF lui même accepte la double appartenance, en considérant que le fait de rester ou pas au PCF est une question qui peut être conjoncturelle selon les situations locales. Des militants du PRCF adhérents au PCF peuvent donc tout à fait contribuer à cet appel.

Et si l’objectif immédiat est interne, l’objectif principal est plus large. A l’évidence, ce texte est fait pour servir dans toute l’année 2011 en perspective de 2012. Tous ceux qui considèrent que le point de vue communiste doit être présent dans la bataille politique avant, pendant et après 2012 peuvent se retrouver pour prolonger cet appel. Pourquoi le PRCF, avec d’autres, ne peut-il intervenir sur cette question ?

Bien sûr, le texte du PRCF reprend, avec forces citations, l’idée fondamentale qu’il faut, comme en 1920, séparer le réformisme du communisme. Et pour certains, cela veut dire, séparer les communistes du PCF devenu réformiste. Sauf que pour d’autres, cela veut dire, "faire vivre et renforcer" un PCF resté communiste, "avec, sans ou contre" sa direction réformiste, en tout cas, de manière autonome sur des bases communistes. C’est ce que font dans la pratique de nombreux communistes qui continuent à faire vivre des cellules et des sections, malgré la désertion totale de la direction nationale des questions d’organisation [3].

De ce point de vue, il est contreproductif de porter des jugements intempestifs sur les militants qui agissent dans des situations diverses. Prenons un seul exemple. Les 3eme rencontres internationalistes de Vénissieux, en présence de 10 partis communistes, dont le PCP et le KKE, avec plus de 200 militants passionnés et l’ambassadeur de Cuba, étaient-elles "démobilisatrices" ?

On en peut que partager l’avis que "les vrais communistes doivent agir ensemble", mais comment dire "sans des sottises du genre « hors du parti point de salut » ?". Car a quoi peut servir la convergence des "vrais" communistes si ce n’est pour reconstruire un parti. Certes, ce n’est sans doute pas pour tout de suite, mais cette question ne peut être évacuée ! Oui, la question du parti est centrale, et pour ceux qui continuent à agir dans le PCF, la question du PCF comme parti communiste à reconstruire est centrale. Puisque que "les vrais communistes doivent agir ensemble", il faut que le plus grand nombre possible, trouvent les formes qui permettent de construire ce parti de demain, de dedans et de dehors, en respectant les situations historiques...

Le dépassement dialectique de la contradiction dedans-dehors est de considérer ce qui nous réunira "à terme", c’est à dire l’organisation utile aux communiste que doit être, que sera, le Parti Communiste, le PCF ou en tout cas, un parti qui assumera l’héritage historique du PCF !

Et une manière concrète de poser cette question, c’est bien de considérer que tous les collectifs organisés de communistes peuvent être des points d’appuis pour retrouver une capacité nationale. L’urgence est alors le renforcement de tous ces points d’appui, renforcement en organisation, adhérents, outils de travail, efficacité pour intervenir dans les luttes, renforcement idéologique en partageant des outils de formation, des analyses et des connaissances sur la société et les luttes de classe, renforcement politique en cherchant à faire émerger des dirigeants nationaux capables de se parler, en toute franchise, mais en tout camaraderie.

Oui, le choix de l’émiettement n’est pas fatal, et un point de vue matérialiste de la question peut conduire des communistes engagés sous des formes différentes à se respecter et à se renforcer dans une stratégie de convergence, car rien ne se réglera pas par un "accord" de sommet, par un groupe de dirigeants qui trouveraient enfin la déclaration signée par tous et qui permette enfin la convergence. Le processus de reconstruction ne peut être qu’un processus lent et militant, le rythme étant principalement lié au mouvement social et à la crise elle-même du système qui "produit ses propres fossoyeurs".


[1] ce qui n’est déjà pas si mal si on pense à la brutale dissolution du puissant PCI et de ses conséquences dramatiques pour le mouvement ouvrier italien

[2] rappelons-nous les discussions du 33eme congrès

[3] sauf pour centraliser nationalement les fichiers d’adresse et les cotisations...


Commentaires

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jeudi 20 janvier 2011 à 20h15, par  Gilles Questiaux

Un commentaire de Pasquale Noizet, sur Réveil Communiste :

Je me sens en phase avec ce texte très clair et qui pose bien la problématique qui traverse notre parti notamment celle de son émiettement.

Avec la présidence du PGE, la direction de notre parti tend vers une nouvelle force politique à l’exemple de die Linke et cela se retrouve dans le Front de Gauche. Il a été décidé en congrès de former des fronts de lutte qui se sont réduits au Front de Gauche. La stratégie de rassembler la gauche alors que cette gauche a du mal à se définir tant elle diverge en son sein, parce que le PS qui en a été historiquement le porte drapeau, s’est droitisé au point de pactiser avec l’ennemi, que ce soit la droite française pour ceux qui ont rejoint le gouvernement de Sarkozy ou qui adhèrent à la social démocratie libérale pour ceux qui siègent et qui votent au Parlement Européen. Que cherche la direction du PCF en surfant sur le thème de « gauche » de « rassemblement » plutôt que sur « communisme » « progressisme » « socialisme » ? Pourquoi a-telle tant de mal par exemple à amender un texte que nous avons été 34 à ne pas voter au dernier CN où je demandais d’ajouter à « crise » le mot « capitalisme » et nationaliser les banques ? (voir mon Intervention au CN du PCF du 7 janvier 2011 : s’appuyer sur la colère populaire pour contrer la crise du capitalisme). Il y a des mots que l’on dit dans les discours mais que l’on n’écrit pas. La direction semble vouloir donner l’illusion d’avancer idéologiquement avec lds mots comme « luttes de classe » « marxisme » « socialisme » mais seulement dans ses discours. Dans ses écrits il en reste quelques miettes et encore à force de s’être acharné dans les amendements du côté de l’opposition à la direction. Comment Mélenchon est-il sorti du chapeau de Marie-Georges Buffet ? Qui avait créé la fausse rumeur publié dans Le Monde comme quoi Mélenchon avait été le candidat choisi à la conférence de section du parti ? Et pourquoi ? Mélenchon est aussi inscrit au PGE et tout converge vers cette ligne de la gauche en France qui comprend « le PS, Europe Écologie (donc les Verts) le Front de gauche qui en fait se résume au PCF et au PG » Car s’il s’agissait véritablement de toute la gauche il y aurait aussi au moins le NPA. Oui où est l’erreur ?

On rassemble la gauche mais une certaine gauche et on regarde vers l’union européenne pour la socialiser…à gauche où on retrouve toute la bande PS, Verts, Direction du PCF, PG. Et au niveau national on essaie de faire bonne figure en se départageant les postes éligibles aux élections législatives notamment pour le PCF en laissant Mélenchon se présenter comme Porte parole exclusif du Front de Gauche. Mais il y a un os. Sans attendre la permission du PCF Mélenchon qui a les dents longues mène déjà sa campagne en tant que leader du Front de Gauche. Le PCF s’en défend mollement, paternaliste à son égard en sachant bien comment contenter cet enfant terrible par la promesse d’une belle place à la présidentielle. Mais au fond la direction sait bien que le score sera médiocre. Alors où est l’intérêt d’un Mélenchon ? Il est hypocrite de dire que c’est pour rassembler la gauche. Je reste persuadée que ce rassemblement à gauche est la réplique de la gauche européenne et que c’est là l’ambition de notre direction. Parce que lorsque l’on traverse une crise du capitalisme aussi visible, aussi criante, et que l’on dit que l’on veut rassembler à gauche alors que c’est le peuple tout entier qu’il s’agit de convaincre, que ce sont les abstentionnistes qu’il s’agit d’aller voir sur le terrain, on peut se poser la question du message que l’on veut faire passer qui serait « le parti communiste est de gauche plus qu’il ne se réclame du socialisme, il n’est plus révolutionnaire ».

Nos forces dans et hors le parti, quelles sont-elles ? Pour commencer je voudrais mettre en garde les camarades qui pensent qu’il vaut mieux lâcher la proie pour l’ombre, quitter le bateau tant qu’il est temps, c’est-à-dire fonder avec tous les communistes qui le veulent, qu’ils soient du dedans ou du dehors, un autre Parti communiste français. Je les mets en garde parce qu’un parti qui se scinde est perdant. Sortir du parti c’est comme sortir de la matrice de 1920, abandonner ce qu’avant nous d’autres communistes ont bâti tant bien que mal. Hors cette matrice, il existe des microcosmes qui ont pris l’habitude d’être dehors bon gré mal gré mais qui fonctionnent en tant que tels et qui je pense, dans un parti reconstitué à l’extérieur du PCF auront des difficultés à exister de manière unitaire. Je crains que les camarades qui ont pris l’habitude de fonctionner en petit groupe avec une direction indépendante à leur tête, s’ils tombaient d’accord pour créer un nouveau parti communiste ou le rejoindre, créeraient en fait une coalition de courants incapable d’agir comme c’est le cas en Italie.

Je suis convaincue que c’est au-dedans du parti communiste français que l’on doit lutter jusqu’à gagner et faire entrer ceux et celles qui l’on quitté, ceux et celles qui « y entreraient bien mais » chacun veut toujours le meilleur, mais le parti communiste sera le meilleur lorsque toutes les forces en tendances qui sont au dehors retourneront dans la matrice, et redonneront toute sa force internationaliste, socialiste, pour mieux répondre à la crise du capitalisme et donner toutes ses chances à un changement radical de la société française. Même si c’est pas à pas, même si c’est dans la discussion. Peut-être dès maintenant devrions nous parler clairement de ce qui nous rapprochent et nous différencie mais attention à ne pas toujours couper les cheveux en quatre. Le peuple lui attend et j’espère que ce ne sera pas Marine Le Pen et Strauss Khan qui recueilleront son suffrage faute de combat et de proposition réelle de notre côté.

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