Dedans, dehors... la dialectique appliquée à l’organisation

Ou comment faire le choix de sortir de l’émiettement...

, par  pam , popularité : 5%

D’échéances en échéances ; congrès, élections, manifestations, la stratégie de la direction du PCF s’affirme de plus en plus clairement vers une nouvelle force politique dans le cadre du Parti de Gauche Européen, comme le souligne l’élection de Pierre Laurent à la présidence d’un PGE assumant la rupture avec les partis communistes portugais, tchèques ou grecs, c’est à dire avec trois des partis communistes européens les plus forts en organisation et en résultats électoraux.

Sans doute, cette direction espère en une victoire de la gauche en 2012 dans laquelle un score significatif d’une candidature médiatique de type Mélanchon pourrait permettre d’asseoir une structure nationale dans les institutions, en négociant au mieux les places législatives ou ministérielles. C’est pourquoi elle insiste à chaque occasion pour que les communistes ne cherchent pas à imposer un candidat du PCF face à Mélanchon. Pierre Laurent répondant à des journalistes justifiant la nécessité d’un débat sur la candidature Mélanchon en avouant "vous ne pouvez pas empêcher des communistes de se dire, pourquoi pas un communiste ?", et précisant si c’était nécessaire que "Chassaigne n’est pas le candidat du PCF..."

Avec cette stratégie, l’issue n’est évidemment pas dans l’effort militant de construction d’une organisation d’action et de rassemblement, et les demandes répétées de la majorité des communistes de continuer le parti communiste français ne sont que des freins et des obstacles à surmonter. Il faut certes des bras pour les campagnes électorales très médiatiques, mais l’essentiel est ailleurs...

Dans ce contexte, les communistes continuent à renâcler, protester ou dénoncer... mais dans le désordre et l’émiettement... Des milliers de militants ont quitté le parti, parfois dans l’éloignement de la vie politique, souvent dans une activité sociale, quelques milliers cherchant à faire vivre leur engagement communiste de diverses manières, mouvement politique comme le PRCF ou l’URCF, associations comme Rouge Vif Paris ou Marseille ou Colère et Espoir, le RCC... Il y en a d’autres...

Dans le parti même, l’opposition à cette stratégie s’est exprimée avec force à plusieurs reprises, et notamment avec le texte "Faire Vivre et Renforcer le PCF" au 34eme congrès en 2009, signé par 808 communistes, et obtenant 25% des votes pour le choix de la base de discussion. un quart d’entre eux se sont retrouvés au congrès d’étape de 2010 dans une contribution tandis qu’un autre quart s’exprimait sur un texte signé par 445 autres communistes qui n’avaient pas signé celui de 2009... Dans l’appel du 4 décembre pour une candidature communiste, on retrouve sur 286 signatures à la date du 28 décembre, 174 communistes qui n’avaient signé aucun des textes précédents...

Dans ceux qui, dans des débats souvent vifs, ont contribué à élire la direction actuelle, les critiques ne manquent pas. Le texte de soutien à la candidature Chassaigne proposé par le réseau ANR recueille 232 autres signatures...

Bref, à chaque fois qu’on propose aux communistes de s’exprimer d’une manière ou d’une autre pour dire "nous voulons continuer le parti communiste français", ils le font ! Ce sont d’ailleurs les militants qui avaient bousculé la préparation du 34eme congrès en imposant lors de l’assemblée nationale des animateurs de section en Décembre 2008 le maintien du PCF.

Sans doute est-ce fort de cette expérience que pour le prochain congrès, la direction réunit cette fois uniquement les... secrétaires de section.

Mais ce qui apparait de ces faits, c’est que si les communistes, dans une diversité de situations et d’analyses, se retrouvent très nombreux pour défendre la nécessité d’un parti communiste, ils le font en ordre dispersé, sous des formes souvent contradictoires, et sans apparaitre capable de construire une unité militante pour peser de dedans et de dehors sur l’orientation du parti. Au mieux, ils freinent la transformation du PCF [1].

Bien sûr, ceux qui tentent de construire une autre organisation, PRCF, URCF notamment, ne peuvent que se sentir confortés par l’évolution toujours plus claire de la direction du PCF et par l’incapacité apparente de l’opposition interne à s’organiser réellement nationalement. Si le PCF n’hésite pas à réutiliser des mots comme capitalisme ou lutte de classes, qui avaient disparus du vocabulaire des dirigeants pendant de nombreuses années [2], les décisions politiques sont toutes celles d’une "force de gauche" ayant rompu avec l’histoire communiste.

Mais de la même manière, ceux qui sont restés au PCF ne peuvent que considérer que l’émiettement persistant des forces communistes hors PCF malgré les nombreuses initiatives de convergence confortent l’idée qu’on ne peut reconstruire "ex nihilo". La surprise que constitue le renforcement accéléré de la jeunesse communiste et la qualité des débats de son dernier congrès donne confiance au contraire dans le fait que l’espace politique du PCF est toujours disponible...

Prenons l’exemple de la déclaration du PRCF sur l’appel du 4 décembre. Le texte ne fait pas dans la dentelle dans la critique, mais si on prend le temps de le lire au fonds, on peut constater en fait de nombreux points d’accords avec les communistes qui ont lancé cet appel pour une candidature communiste en 2012.

Bien sûr, l’appel ayant pour objectif immédiat de mobiliser les communistes dans la préparation du prochain congrès, et s’adresse donc d’abord aux communistes du PCF. Mais nulle part, il n’exclut qui que ce soit. Le PRCF lui même accepte la double appartenance, en considérant que le fait de rester ou pas au PCF est une question qui peut être conjoncturelle selon les situations locales. Des militants du PRCF adhérents au PCF peuvent donc tout à fait contribuer à cet appel.

Et si l’objectif immédiat est interne, l’objectif principal est plus large. A l’évidence, ce texte est fait pour servir dans toute l’année 2011 en perspective de 2012. Tous ceux qui considèrent que le point de vue communiste doit être présent dans la bataille politique avant, pendant et après 2012 peuvent se retrouver pour prolonger cet appel. Pourquoi le PRCF, avec d’autres, ne peut-il intervenir sur cette question ?

Bien sûr, le texte du PRCF reprend, avec forces citations, l’idée fondamentale qu’il faut, comme en 1920, séparer le réformisme du communisme. Et pour certains, cela veut dire, séparer les communistes du PCF devenu réformiste. Sauf que pour d’autres, cela veut dire, "faire vivre et renforcer" un PCF resté communiste, "avec, sans ou contre" sa direction réformiste, en tout cas, de manière autonome sur des bases communistes. C’est ce que font dans la pratique de nombreux communistes qui continuent à faire vivre des cellules et des sections, malgré la désertion totale de la direction nationale des questions d’organisation [3].

De ce point de vue, il est contreproductif de porter des jugements intempestifs sur les militants qui agissent dans des situations diverses. Prenons un seul exemple. Les 3eme rencontres internationalistes de Vénissieux, en présence de 10 partis communistes, dont le PCP et le KKE, avec plus de 200 militants passionnés et l’ambassadeur de Cuba, étaient-elles "démobilisatrices" ?

On en peut que partager l’avis que "les vrais communistes doivent agir ensemble", mais comment dire "sans des sottises du genre « hors du parti point de salut » ?". Car a quoi peut servir la convergence des "vrais" communistes si ce n’est pour reconstruire un parti. Certes, ce n’est sans doute pas pour tout de suite, mais cette question ne peut être évacuée ! Oui, la question du parti est centrale, et pour ceux qui continuent à agir dans le PCF, la question du PCF comme parti communiste à reconstruire est centrale. Puisque que "les vrais communistes doivent agir ensemble", il faut que le plus grand nombre possible, trouvent les formes qui permettent de construire ce parti de demain, de dedans et de dehors, en respectant les situations historiques...

Le dépassement dialectique de la contradiction dedans-dehors est de considérer ce qui nous réunira "à terme", c’est à dire l’organisation utile aux communiste que doit être, que sera, le Parti Communiste, le PCF ou en tout cas, un parti qui assumera l’héritage historique du PCF !

Et une manière concrète de poser cette question, c’est bien de considérer que tous les collectifs organisés de communistes peuvent être des points d’appuis pour retrouver une capacité nationale. L’urgence est alors le renforcement de tous ces points d’appui, renforcement en organisation, adhérents, outils de travail, efficacité pour intervenir dans les luttes, renforcement idéologique en partageant des outils de formation, des analyses et des connaissances sur la société et les luttes de classe, renforcement politique en cherchant à faire émerger des dirigeants nationaux capables de se parler, en toute franchise, mais en tout camaraderie.

Oui, le choix de l’émiettement n’est pas fatal, et un point de vue matérialiste de la question peut conduire des communistes engagés sous des formes différentes à se respecter et à se renforcer dans une stratégie de convergence, car rien ne se réglera pas par un "accord" de sommet, par un groupe de dirigeants qui trouveraient enfin la déclaration signée par tous et qui permette enfin la convergence. Le processus de reconstruction ne peut être qu’un processus lent et militant, le rythme étant principalement lié au mouvement social et à la crise elle-même du système qui "produit ses propres fossoyeurs".

[1ce qui n’est déjà pas si mal si on pense à la brutale dissolution du puissant PCI et de ses conséquences dramatiques pour le mouvement ouvrier italien

[2rappelons-nous les discussions du 33eme congrès

[3sauf pour centraliser nationalement les fichiers d’adresse et les cotisations...

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  • (2002) Lenin (requiem), texte de B. Brecht, musique de H. Eisler

    Un film
    Sur une musique de Hans Eisler, le requiem Lenin, écrit sur commande du PCUS pour le 20ème anniversaire de la mort de Illytch, mais jamais joué en URSS... avec un texte de Bertold Brecht, et des images d’hier et aujourd’hui de ces luttes de classes qui font l’histoire encore et toujours...

  • (2009) Déclaration de Malakoff

    Le 21 mars 2009, 155 militants, de 29 départements réunis à Malakoff signataires du texte alternatif du 34ème congrès « Faire vivre et renforcer le PCF, une exigence de notre temps ». lire la déclaration complète et les signataires

  • (2011) Communistes de cœur, de raison et de combat !

    La déclaration complète

    Les résultats de la consultation des 16, 17 et 18 juin sont maintenant connus. Les enjeux sont importants et il nous faut donc les examiner pour en tirer les enseignements qui nous seront utiles pour l’avenir.

    Un peu plus d’un tiers des adhérents a participé à cette consultation, soit une participation en hausse par rapport aux précédents votes, dans un contexte de baisse des cotisants.
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  • (2016) 37eme congrès du PCF

    Texte nr 3, Unir les communistes, le défi renouvelé du PCF et son résumé.

    Signé par 626 communistes de 66 départements, dont 15 départements avec plus de 10 signataires, présenté au 37eme congrès du PCF comme base de discussion. Il a obtenu 3.755 voix à la consultation interne pour le choix de la base commune (sur 24.376 exprimés).