37ème congrès, le retour du centralisme démocratique... ?!

, par  communistes , popularité : 4%

- Quand des milliers de militants se demandent comment créer les conditions d’une grève générale réussie...
- Quand des milliers d’électeurs se demandent ce qu’on peut faire d’utile avec des élections "présidentielles"...
- Quand des milliers de communistes se demandent comment faire vivre et renforcer une organisation communiste ancrée dans le monde du travail...
- Après les décennies de "modernisation", "rénovation", "métamorphose"...à coup de collectifs, fronts, coordinations, mouvements, forums...
La question brute de l’organisation émerge dans les consciences et les débats. Et avec elle, la réponse que le mouvement ouvrier avait construit avec la création des partis communistes... le "centralisme démocratique"...

La contribution de Danielle Bleitrach évoquant la démocratie dans le parti, le questionnement de Xuan, et la réponse de Danielle...

Peut-être que la discussion sur un "réseau social communiste" a un lien avec ce débat sur le centralisme démocratique...

Contribution de Danielle Bleitrach...

La réflexion sera courte, depuis quelques jours je réfléchis à une contribution pour le Congrès du PCF, mais cette intervention dépend de son utilité réelle parce que l’essentiel est pour moi la construction d’une stratégie de passage au socialisme, le vrai avec dans l’immédiat une stratégie de Front populaire qui articulerait luttes, mobilisation populaire et élections. Cette stratégie a besoin d’un parti communiste fort, en nombre d’adhérents mais surtout en formation et organisation.

Il y a beaucoup de questions à aborder, et les contributions donnent l’impression de devoir remplir le programme imaginé jadis dans les classes préparatoires à l’Ecole Normale Supérieure : « Dieu et son temps »… Je crois sur le fond que cela témoigne de l’insatisfaction devant ce texte dont personne ne connaît le statut réel autant que l’importance que prend la question des primaires dont personne n’a donné jusqu’ici mandat au secrétaire du parti pour en faire la réclame au nom du collectif. Mais passons.

Donc si je devais centrer ma contribution, il y a trois questions qui me préoccupent et sur lesquelles il me semble que tout communiste devrait se prononcer :

La démocratie à l’intérieur du parti. Il me semble qu’elle est bafouée comme le démontre l’affaire des primaires mais pas seulement. Elle est bafouée parce que les dirigeants interviennent en tous lieux et en tous temps sans le moindre mandat de la base, ils racontent souvent ce qui leur passe par la tête et ne rapportent rien ou peu de ce qu’exprime la masse des communistes et même ceux dont ils devraient se préoccuper au premier chef, la référence aux sondages, à une « opinion publique » largement inventée par les médias prend la place de cette expression. Autre aspect nocif de cette absence de démocratie, elle se présente comme un progrès par rapport au centralisme démocratique, mais dans les faits elle n’est jamais que la poursuite de la démocratie bourgeoise "cause toujours, je m’en moque". Ce qui se transforme de fait dans une "verticalité féroce" et dans une désimplication des militants, sans parler d’un désaveu de l’électorat populaire. Donc ce type de "démocratie" devrait également être mise en relation avec la rupture du Parti avec sa base naturelle, la classe ouvrière, les exploités, les victimes du système capitaliste qui n’ont plus le droit à la parole, ni à l’action. C’est un peu comme les tendances de fait, quand il ne s’agit pas de véritables fractions entrées collectivement dans le parti (une spécialité des trotskistes de la Riposte et de l’équipe de Piquet) ou encore les motions alternatives au Congrès, c’est une démocratie fictive puisque la culture communiste est telle d’une part qu’elle repousse toute division et que d’autre part il se trouve toujours en accord avec la direction des gens chargés d’entretenir la division et la multiplicité des interventions pour interdire tout changement de ligne et de direction, quitte à en rajouter dans les références au marxisme fort pur et dur et à un internationalisme chatouilleux. Dans l’état c’est un jeu formel destiné à épuiser toute tentative de critique et de correction réelle, nous devons impérativement trouver un moyen de construire une nouvelle manière de répondre à l’exigence de Maurice Thorez quand il a réussi à éliminer la secte qui dirigeait le parti après l’épisode de sa prise en main par des opportunistes bourgeois : « que les bouches s’ouvrent, pas de mannequins dans le parti » sans être contraints à ce petit jeu d’une fausse démocratie.

La seconde question est celle de la paix, non seulement comme un problème européen comme il a été proposé de l’aborder mais par rapport à la France, à son gouvernement et au choix fait par ce dernier d’un alignement sur l’OTAN. Cette question devrait se poser non seulement comme un souhait pieux mais en terme de conditions du rassemblement. Il y a urgence et je suis souvent effrayée par ce volcan sur lequel nous vivons, à savoir un capitalisme sénile prêt à n’importe quoi pour maintenir son hégémonie et qui multiplie le chaos partout en attendant un affrontement encore plus dramatique. Le parti communiste ne retrouvera son audience auprès de notre peuple que s’il apparaît utile et quelle plus grande utilité que d’imposer la paix, c’est-à-dire la survie de l’humanité.

Mais la grande question que devrait se poser la congrès est celle du socialisme que nous voulons, comment reconstruire une perspective stratégique qui quelles que soient les étapes n’oublie jamais la finalité. Et c’est là que j’en arrive à ma possible contribution. Je crois que le silence que nous faisons au meilleur des cas (le pire étant l’alignement systématique sur les analyses de la bourgeoisie) sur ce qu’a été l’Union Soviétique est préjudiciable à notre définition de ce que nous voulons, non seulement pour nous mais pour notre peuple. Cela fait des années que j’ai entamé ce travail et depuis quelques années je bénéficie de l’aide de Marianne, nous préparons un livre sur le débat qui a lieu actuellement en Russie sur cet état des lieux.

Voilà chers amis et camarades les trois propositions d’intervention, j’aimerais votre avis.

Danielle Bleitrach

Le commentaire de Xuan

Je reviens sur la première question de Danielle, peut-être la plus importante. Peut-être le brin qui défait le nœud.

« [cette absence de démocratie] se présente comme un progrès par rapport au centralisme démocratique »

Sans doute le centralisme démocratique est-il le seul moyen de reconstruire le parti communiste, dès lors que les principes marxistes-léninistes sont réaffirmés et que les objectifs sont dans l’ensemble assez clairs pour tous.

Le fait est que le parti communiste – un véritable parti communiste – est aussi l’instrument de ces éclaircissements, de la définition.du projet et de ses méthodes.

Mais le centralisme démocratique peut-il être édifié avec la direction actuelle ? Il faut probablement le construire séparément, ou bien la direction imposera qu’il le soit en excluant ceux qui ont relevé le drapeau rouge, ou bien en les isolant.

Les communistes adhérents au PCF devraient sans doute envisager toutes les possibilités :
- d’une part celle consistant à se conformer aux règles actuelles, en préparant un projet alternatif.
- d’autre part celle d’une lutte sans merci.

Parce que la question qui n’est pas posée mais qui est inévitable, c’est la nature de classe de la direction du PCF. Il ne s’agit pas des individus bien évidemment mais de leur position dans la lutte des classes, après tant d’années de dévoiement.
S’agit-il de camarades qui se trompent et qu’on pourrait convaincre un jour ou bien de représentants politiques et idéologiques de la bourgeoisie dans le parti communiste ?

Danielle écrit aussi :

« rupture du Parti avec sa base naturelle, la classe ouvrière, les exploités, les victimes du système capitaliste qui n’ont plus le droit à la parole, ni à l’action »

Sans doute le centralisme-démocratique devrait-il être aussi, d’une certaine façon, leur expression.

Lors d’une réunion avec des camarades du réseau, un camarade demandait pourquoi les ouvriers et les chômeurs ne pouvaient pas participer à l’écriture du projet.
Statutairement ce camarade avait tort, mais sur le fond pas vraiment.

Ce sont les masses qui font l’histoire, et d’une certaine façon ce sont elles qui reconstruiront le parti communiste, parce qu’elles en ont besoin. C’est l’expérience que j’ai retirée de l’échec du PCMLF.

Qui interdit de porter le débat "dans la rue" ?

En réponse à Xuan : le centralisme démocratique et la nature de classe

Je crois que tu as parfaitement compris ce que je tente de poser à travers la question de la démocratie dans le parti. Il ne s’agit pas seulement de se sentir entendu, de savoir que son opinion compte, ce qui est très important si on veut un parti actif, et dont partout les militants pratiquent une sorte d’agitprop organisée mais aussi spontanée. Ce qui est la meilleure réponse à la domination sur les médias d’une véritable oligarchie qui ne nous est pas favorable. Si l’on attend que les médias, qui en France ont la particularité d’être possédés par les marchands d’armes nous soient favorables on peu attendre longtemps, mais il y a toujours eu un parti, un syndicat de masse et de classe, des associations capables de créer un contre pouvoir. Récemment est venue s’ajouter la puissance des réseaux sociaux. Si ceux-ci sont capables d’envoyer des jeunes gens se battre en Syrie, de créer des microcosmes complotistes, d’exciter l’irrationnel, il est évident qu’ils nous sont rarement favorables. Pourtant ils aident au retournement de l’opinion sur une base de classe comme dans le récent exemple de la loi El Khomry. Donc dans tous les cas la priorité est celle des contenus et toute forme de démocratie ne peut se poser qu’en relation avec la popularisation de contenus, quels sont-ils et au profit de qui ? En ce qui concerne nos propres objectifs qui demeurent la construction du socialisme, notre meilleure arme demeure des militants proches des exploités, de ceux qui ont besoin d’un changement et dont la voix est aujourd’hui étouffée, travestie dans une illusoire "opinion publique" qui n’est le plus souvent que celle du système médiatique. Ce contenu s’élabore dans des collectifs.

La conscience de son importance réelle du militant existait dans le centralisme démocratique tel que je l’ai connu même si cela impliquait que l’échelon supérieur tranche. Il y avait incontestablement une valorisation du militant, dans certains cas dramatiques qui ont été montés en épingle, il y avait procès. C’était même là le hic. Je pense à des cas en Union Soviétique, le philosophe Zinoviev dont j’ai récemment traduit la position sur Gorbatchev qui était un patriote et un communiste critiquait les abandons et les problèmes, il aurait dû être entendu. Le centralisme démocratique s’est alors avéré un moyen d’exclusion non des problèmes réels mais de ceux qui les exprimaient.

Outre le fait que le centralisme démocratique léniniste a connu des évolutions diverses, au cours desquelles il a été d’abord question de la manière de gérer les problèmes entre minorité et majorité et ensuite en privilégiant l’unité et ce du vivant de Lénine, suivant les exigences de la lutte, mais toujours a été recherché une discipline de combat et une unité d’action. Aucune procédure n’est en soi une garantie, la seule garantie est dans la définition des tâches à accomplir dans le combat de classe.

La question était déjà la nature de classe de ceux qui étaient au pouvoir, leur légèreté, leur vanité comme Gorbatchev. Parce que le centralisme démocratique à lui seul n’est pas une garantie. Il a néanmoins le mérite non seulement de valoriser l’adhérent, de renforcer l’unité du parti mais à travers le mandat impératif, c’est-à-dire le fait qu’à chaque échelon le dirigeant doit à la fois dire ce que disent les militants mais aussi savoir prendre ses responsabilités par rapport aux questions posées et revenir apporter la réponse argumentée et de là la discipline était exigée de tous.Paradoxalement cette culture continue à imprégner le parti et elle favorise aujourd’hui un légitimisme alors même que le contenu de classe pose problème autant que les résultats effectifs… En fait tout tenait à la nature de classe du questionnement et la richesse de la discussion en dépendant. C’est pourquoi quand je parle de la démocratie dans le parti c’est non seulement de l’échange base sommet dont il est question, mais bien de la capacité de la base comme du sommet d’être en relation avec sa base naturelle, la classe ouvrière, les exploités et d’en exprimer les intérêts objectifs (comme l’État bourgeois exprime l’intérêt objectif et général de la classe capitaliste selon l’analyse de Lénine dans "Que faire ?").

Ce qui est frappant aujourd’hui et qui dépasse les individus est à la fois la verticalité féroce de la démocratie bourgeoise, qui éclate avec cette question des primaires qui est imposée sans discussion par la direction alors que nous venons de connaître une véritable déroute aux élections régionales. Alors que par ailleurs on nous refile un texte illisible qui décourage l’intelligence et qu’il est plus fait allusion aux sondages qu’à l’opinion du militant dans son travail, son quartier ? A propos du texte du congrès et des textes alternatifs, j’ai découvert avec stupéfaction que les textes alternatifs étaient obligés à la même longueur et au même galimatias que celui de la direction. Personne, je dis bien personne sauf un retraité particulièrement consciencieux ne peut digérer pareille littérature en double voir triple exemplaire… C’est une fausse conception de la démocratie… Il faut une question de fond et trois pages maximum suffisent pour l’argumenter.

C’est pourquoi je trouve beaucoup plus efficace pour recréer une démocratie à l’intérieur du parti de partir du niveau qui me semble en premier audit le plus vivant : la section et celle-ci devrait pouvoir établir une sorte de cahier de doléance qui devrait remonter jusqu’à la fédération avec mandat impératif des délégués et de là jusqu’au CN. Ce qui n’interdirait pas le choix d’une motion alternative mais ne serait qu’une étape transitoire dont il n’y a pas en l’état grand chose à attendre, mais qui peut ultérieurement fournir la base à la constitution d’une nouvelle direction qui se sera montrée en capacité de dégager une stratégie correspondant aux problèmes de l’heure.

C’est la seule solution que je vois si l’on veut que le parti soit à nouveau vivant, utile à notre pays et aux exploités. Il est possible également qu’un autre organisme de base soit en train de se substituer aux sections si celle-ci s’avèrent trop sclérosées, je pense aux comités Goodyear qui sont en train d’apparaître.

Je suis revenue au parti pour faire un audit parce que je suis convaincue que face aux périls qui nous menacent en France et dans le monde, nous avons besoin d’un parti communiste, qui soit autre chose qu’une simple machine électoraliste alors même que les élections semblent impuissantes à être un mode d’intervention populaire… La démocratie est partout la clé, mais une démocratie qui se donne réellement les moyens de l’intervention populaire et qui de ce fait n’a rien de spontanée. Ce que je vois est un fort mécontentement comparable à celui qui existe dans le pays, une surdité des directions comparable à celle des dirigeants bourgeois au niveau de la nation, de l’Europe… Des manœuvres de plus en plus inefficaces pour maintenir des pouvoirs qui mordent de moins en moins sur la réalité. Au négatif, il paraît presque impossible de soulever la masse d’inertie que semblent devenus le parti et la société française. Mais il y a aussi ce besoin d’expression… d’être entendu qui peut être à la fois étouffé dans les difficultés quotidiennes ou trouver les moyens de nouvelles expressions collectives… Partout c’est la question de classe qui donnera la vie…

Danielle Bleitrach

Voir en ligne : Contribution sur la démocratie dans le parti

Brèves Toutes les brèves

Navigation

Annonces

  • (2002) Lenin (requiem), texte de B. Brecht, musique de H. Eisler

    Un film
    Sur une musique de Hans Eisler, le requiem Lenin, écrit sur commande du PCUS pour le 20ème anniversaire de la mort de Illytch, mais jamais joué en URSS... avec un texte de Bertold Brecht, et des images d’hier et aujourd’hui de ces luttes de classes qui font l’histoire encore et toujours...

  • (2009) Déclaration de Malakoff

    Le 21 mars 2009, 155 militants, de 29 départements réunis à Malakoff signataires du texte alternatif du 34ème congrès « Faire vivre et renforcer le PCF, une exigence de notre temps ». lire la déclaration complète et les signataires

  • (2011) Communistes de cœur, de raison et de combat !

    La déclaration complète

    Les résultats de la consultation des 16, 17 et 18 juin sont maintenant connus. Les enjeux sont importants et il nous faut donc les examiner pour en tirer les enseignements qui nous seront utiles pour l’avenir.

    Un peu plus d’un tiers des adhérents a participé à cette consultation, soit une participation en hausse par rapport aux précédents votes, dans un contexte de baisse des cotisants.
    ... lire la suite

  • (2016) 37eme congrès du PCF

    Texte nr 3, Unir les communistes, le défi renouvelé du PCF et son résumé.

    Signé par 626 communistes de 66 départements, dont 15 départements avec plus de 10 signataires, présenté au 37eme congrès du PCF comme base de discussion. Il a obtenu 3.755 voix à la consultation interne pour le choix de la base commune (sur 24.376 exprimés).