Revue Unir les communistes nr 11 spécial 38ème congrès

Le marxisme, l’outil scientifique des communistes

, par  Pascal Brula , popularité : 2%

L’année du bicentenaire de la naissance de Karl Marx coïncide avec celle du congrès extraordinaire du PCF. Nous ne saurions donc nous contenter de saupoudrer, de manière superficielle, le texte soumis aux adhérents de seulement quelques citations. L’œuvre de Marx est à la source de notre existence. La référence au marxisme est fondamentale pour tout parti qui se réclame du communisme : ne serait-ce que pour affirmer que le capitalisme n’est pas la fin de l’histoire, mais un système transitoire. Marx et Engels dans Le Manifeste nous donnent la clef de cette évolution sociale : « L’histoire de toute société jusqu’à nos jours n’a été que l’histoire de luttes de classes ».

Loin de toute référence dogmatique, le marxisme est à la fois une science et une philosophie de l’action qui nous donnent, et pour longtemps, des outils, des théories, des concepts qui sont incontournables pour décrire et comprendre correctement encore aujourd’hui, le fonctionnement du capitalisme, et donc pour le combattre mais aussi pour nous aider à entrevoir une sortie, un débouché politique et économique.

L’analyse du système capitaliste, c’est-à-dire de l’exploitation de l’homme par l’homme, et le combat contre ce système sont au cœur de l’œuvre de Marx. Ce dernier démontre que le fond de l’exploitation capitaliste et de la création de richesses se trouve dans la réalisation de la plus-value (surtravail) et non, comme certains cherchent à nous le faire croire aujourd’hui, dans la finance. Cette dernière n’est qu’un outil au service du capitalisme. Que les détenteurs de l’outil de production se cachent derrière l’actionnariat et l’ensemble du système financier ne change rien à l’affaire : à la base, il y a toujours extorsion de plus-value. Marx, en son temps déjà, dénonçait le "fétichisme de la finance", c’est-à-dire, penser que la finance est capable de produire elle-même des richesses : « Pour les économistes vulgaires qui essaient de présenter le capital (bancaire, ndlr) comme source indépendante de la valeur et de la création de valeur, cette forme est évidemment une aubaine, puisqu’elle rend méconnaissable l’origine du profit et octroie au résultat du procès de production capitaliste - séparé du procès lui-même - une existence indépendante » (Le Capital, Livre II, chapitre 24). Cela a évidemment des conséquences importantes pour un parti révolutionnaire : ses militants doivent être organisés en priorité dans l’entreprise et sur les lieux de travail, là où se crée la plus-value. Le fait que Macron s’en soit pris d’abord au code du travail ainsi qu’à l’allègement des impôts et cotisations des entreprises, confirme que la grande bourgeoisie sait bien d’où proviennent ses richesses.

Mettre le marxisme au cœur de notre pensée, c’est aussi savoir qu’il est illusoire, en restant dans le système capitaliste, de vouloir éradiquer le chômage, voire même de le faire baisser de manière nette. Voila quelques décennies que l’on observe la persistance d’un chômage de masse et l’extension de la précarité dans nos sociétés développées. On redécouvre « l’armée de réserve » chargée de maintenir la pression sur les salaires et de contribuer à accentuer la surexploitation des travailleurs.

Se référer au marxisme, c’est aussi ne pas avoir d’illusion sur le pouvoir d’Etat. Pour Marx et Engels, puis Lénine, l’Etat est non pas un compromis neutre de gestion de la société, qui aurait été créé par les hommes de manière bienveillante, mais bien un instrument de dictature de la classe dominante, la bourgeoisie capitaliste, lui permettant d’empêcher que la contradiction antagonique Capital/Travail générée par la propriété des moyens de production et l’exploitation de l’homme par l’homme, se règle en sa défaveur. C’est l’origine du premier rôle de l’Etat, le rôle répressif dont les travailleurs français subissent de plus en plus la violence dans leurs combats (manifestations contre la loi El Khomri, contre la privatisation de la SNCF, répression à Air France, à Continental, licenciement et emprisonnement des syndicalistes dont les huit de Goodyear…) au fur et à mesure que ceux-ci se heurtent au cœur des intérêts capitalistes. Mais l’Etat a bien d’autres rôles, comme celui d’organiser la mainmise idéologique de la bourgeoisie sur la société par l’intermédiaire de l’école, des universités, des médias, des religions… L’Etat est donc un terrain essentiel de la lutte des classes et ne peut donc se traiter par un simple toilettage de la constitution bourgeoise.

Pour résoudre cette contradiction inconciliable entre, d’une part le développement des forces productives, les progrès scientifiques et techniques, le besoin de maîtriser de manière harmonieuse notre environnement naturel, et d’autre part, leur dévoiement, leur blocage, le gâchis, la pollution, la surexploitation par la mainmise de la bourgeoisie sur les moyens de production, les travailleurs doivent s’organiser, se former, mettre en avant la classe qui est au cœur du système de production, développer et mettre en cohérence leur propre idéologie, se constituer en une force aguerrie à la lutte contre le capitalisme, offrir un objectif clair et réaliste de la prise du pouvoir, en un mot construire un parti communiste, un parti révolutionnaire. C’est aussi un enseignement fort du marxisme.

Renouer avec le marxisme, c’est également ne pas le réduire à la source unique que serait l’œuvre de Marx, en spécifiant que le marxisme n’est pas une doctrine constituée une fois pour toutes, mais une « théorie, matérialiste et dialectique, (qui) s’enrichit sans cesse à partir de l’avancement du savoir et de la pratique sociale, des expériences de l’action de classe des travailleurs en France et dans le monde, des enseignements positifs et négatifs de l’édification du socialisme » (Statuts du PCF en 1986). C’est donc manifester la volonté d’aller plus en avant dans la compréhension du réel et dans l’intervention pour sa transformation.

En résumé, loin de toute référence dogmatique, il s’agit de se servir de tous les enseignements du marxisme, ceux qui sont de portée universelle, scientifique, pour les confronter aux traits spécifiques de la situation concrète, les porter dans la réalité d’aujourd’hui pour les enrichir d’éventuels développements inédits. Le marxisme est donc à la fois un savoir constitué, une méthode d’analyse et un guide pour l’action, indispensables aux communistes pour abolir le capitalisme.

Par conséquent, nous demandons que la référence au marxisme soit réintégrée dans les statuts du PCF.

Pascal Brula
Septembre 2018

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