Revue Unir les communistes nr 11 : spécial 38ème congrès

La France dans l’Union européenne et la mondialisation

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La contestation des politiques de l’union européenne se développe dans la confusion sur la nature de la mondialisation, sur le besoin de protections et de droits, sur la nature des services publics et des nations. Sur la base de la défense de l’indépendance nationale et de la souveraineté du peuple français, le PCF a longtemps dénoncé la construction européenne comme une construction capitaliste [1], au même titre que l’OTAN ou le FMI, avant d’affirmer sans débat depuis les années 90 et la direction de R.Hue, qu’il était possible de construire une « Europe sociale ». Ce choix n’a jamais fait l’objet d’une décision claire de changement de stratégie. Il est discuté par une partie des communistes depuis plusieurs congrès. Ce devrait être un élément majeur du bilan stratégique nécessaire aujourd’hui.

La grande majorité du peuple ne fait avec raison aucune confiance aux institutions de l’Union Européenne. Il sait qu’elles ont été fondées pour garantir la concurrence et en connait les effets, délocalisations, travailleurs détachés, baisse des salaires, casse des services publics, lobbyings des multinationales... Mais il ne fait non plus aucune confiance aux institutions en général de la 5ème république. Cependant quand il s’agit de la France, nous mettons en cause les institutions, et nous affirmons la nécessité d’une autre république. Mais quand il s’agit de l’Europe, nous donnons l’impression d’être enfermés dans le cadre contraint des traités existants. Or, nous avons dit NON à ces traités résumés dans la constitution de 2005 refusée par notre peuple, mais imposés par les gouvernements. De fait, ces traités assurent une véritable dictature capitaliste et l’expérience grecque montre qu’il est impossible de sortir de l’austérité en respectant les directives européennes et les traités.

La confusion politique, aggravée par la recomposition de 2017 portant à la présidence un défenseur de l’Union Européenne dans le pays qui avait voté NON en 2005, rend le débat difficile. Tout est fait pour enfermer les choix du peuple de France dans l’opposition piégée entre une justification de la construction européenne, quitte à proposer de la réformer, et le repli nationaliste organisant la protection dans la mondialisation qui ne serait qu’étrangère... Le "America First" de Trump a donné une grande légitimité aux forces réactionnaires qui veulent une "Europe des nations" nous protégeant du monde, de la Chine, comme des migrants..., une Europe plus militaire, policière, conservatrice...

Il faut donc avec fermeté combattre l’illusion d’un repli nationaliste faussement protecteur, ou pire d’une affirmation nationale dans la guerre économique, et toujours dénoncer le rôle du capitalisme français dans la mondialisation. Mais il est devenu impossible de ne pas dire comment nous résisterions aux institutions européennes, qui feraient tout pour empêcher une autre politique en France. Même quand les gauches européennes étaient majoritaires, l’union européenne a conduit les seules politiques que ces traités lui permettent, celles de la "concurrence libre et non faussée". L’expérience grecque confirme l’importance de se donner les moyens de refuser tout "diktat" européen.

Peut-on combattre le repli nationaliste sans affirmer qu’il est possible de désobéir aux directives européennes, sans envisager de refuser de respecter les traités existants ? Comment faire percevoir qu’il est possible de bousculer les institutions de l’union européenne jusqu’à les mettre en cause pour ouvrir le chantier d’autres coopérations internationales ? Le siècle dernier nous a appris que les révolutions se sont toujours déroulées dans un cadre national. Ne faut-il pas poser avec force l’exigence de la souveraineté populaire, donc de la souveraineté nationale, pour pouvoir mettre en cause les institutions européennes dans leur forme actuelle et engager la construction de nouvelles solidarités et coopérations.

Peut-on aborder la question européenne, les conditions d’une politique de relance volontariste sans poser la question de la maitrise de l’outil monétaire et du crédit ? Ouvrons sans tabou le débat sur la monnaie unique pour mobiliser la monnaie au service de l’emploi, de l’investissement utile, du financement des infrastructures, de la recherche, de la réindustrialisation. Nous devons retrouver les outils monétaires d’une politique économique de rupture en France, d’une politique de coopération en Europe comme dans le monde, pour se libérer à la fois de la domination du dollar, mais aussi de la main-mise des grandes banques mobilisant le crédit au seul service des oligarchies. Cette question se pose à l’échelle de l’entreprise dans l’utilisation des profits, à l’échelle nationale d’un système bancaire public, à l’échelle européenne dans un système monétaire européen à réinventer, comme au niveau mondial dans un panier de devises mondiales libérant les échanges de la dictature du dollar.

Ouvrons en grand les débats sur l’Europe, mais aussi la méditerranée, et plus globalement le monde… à partir d’une réelle ambition de réinventer les coopérations et échanges internationaux dans un monde multi-polaire où la crise multiforme de la mondialisation capitaliste et de ses puissances dominantes ouvrent un immense espace pour la coopération et le développement. Nous devons affirmer notre choix de la paix dans le monde, du désarmement, et donc de la sortie de la France de l’OTAN. Nous devons à la fois affirmer une conception du monde rejetant toute domination néocoloniale, tout impérialisme, et expliquer le rôle que nous proposons pour une France progressiste affirmant, en Europe et ailleurs, ses choix en ruptures avec la « concurrence libre et non faussée ».

Nous pensons que les communistes de toute l’Europe, malgré leurs divisions, peuvent lancer un appel commun à tous les peuples, pour affirmer que la modernité est dans l’abolition du capitalisme, que le communisme est une idée neuve en Europe.

Il permettrait d’ouvrir les débats utiles sur ce que peut être une autre société, une forme de socialisme adaptée à chaque pays, sur les conditions nécessaires du respect de la souveraineté politique des peuples.

Union européenne, euro… c’est au congrès de s’en emparer pour permettre aux communistes de décider !

Pierre-Alain Millet
Septembre 2018

[1Contre le traité de Maastricht (1992) instituant la BSE et l’euro, Antoine Casanova, historien, alors membre du bureau politique du PCF, disait ceci : « la nation française perdrait cette liberté des libertés qu’est la souveraineté nationale, c’est-à-dire le droit pour chaque peuple à disposer sans cesse lui-même de son destin. (...) La subsidiarité, selon le traité de Maastricht, assure en fait au pouvoir central de la Communauté européenne, le droit intégral (et par là même un pouvoir absolu supérieur à celui des parlements, expressions pourtant de la souveraineté populaire de chaque pays) de se substituer aux États nationaux en tous les domaines, y compris ceux qui ne sont pas de sa compétence directe. ».

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