Revue Unir les communistes nr 11 : spécial 38ème congrès

La mondialisation, le capitalisme, le socialisme...

, par  Danielle Bleitrach , popularité : 1%

Les communistes français, dans le cadre de leur congrès extraordinaire, doivent penser leur rôle dans la société, en mesurant les profonds bouleversements vécus par la planète. Pour cela il leur faut retisser des liens de solidarité avec les communistes et les forces progressistes et inscrire dans une solidarité internationale renouvelée leur exigence de toujours d’une société de justice et de paix.

Dans le choc de la chute du mur, nous avons cru qu’il suffisait d’affirmer l’histoire propre du communisme français pour se dégager de l’échec du socialisme soviétique. C’était une erreur ; de plus en plus les forces de la réaction et même la social démocratie se sont employées à faire du communisme un repoussoir, allant jusqu’à créer une équivalence criminelle entre communisme soviétique et nazisme sous couvert de dénonciation du "totalitarisme". Cette révision de l’Histoire qui a eu une traduction jusque dans nos manuels scolaires est une indignité qui a accompagné partout une résurgence de l’extrême-droite qui a bénéficié en fait, en particulier au niveau européen, de cette lutte contre le communisme. 

Un bilan communiste de ce qu’a représenté l’Union soviétique est urgent pour sortir de la diabolisation qu’ont construite pour nous les porte-voix du capital. D’autant que loin de la "fin de l’histoire", nous avons assisté à la reprise plus forte que jamais des concurrences inter-impérialistes, d’une lutte concurrentielle pour le partage de l’énergie, des matières premières. Et comme toujours ces rivalités ont engendré elles aussi un bellicisme d’extrême-droite et une xénophobie entretenue par l’appareil de propagande comme la seule alternative à la mondialisation impérialiste. 

1- Loin de résoudre les contradictions, la chute du socialisme européen les a aggravées.

Il faut apprécier à sa juste valeur l’histoire du socialisme réel, ses conquêtes comme ses échecs qui doivent être intégrés aux effets de la crise du capitalisme. Depuis les années quatre-vingt, sous la domination capitaliste, l’économie capitaliste a connu une croissance poussive, incapable de remettre en cause le chômage et d’assurer un développement minimal du Tiers-monde, une crise d’accumulation qui a joué un rôle dans la stagnation du socialisme, mais qui, si on l’analyse aujourd’hui, montre pourquoi sa chute n’est pas la résolution de la crise, au contraire.

Nous assistons à une aggravation des contradictions générées par le capitalisme à son stade sénile, une véritable accélération de l’histoire avec une remise en cause de la domination des "vainqueurs" du dit socialisme soviétique et européen. Loin d’une ère d’abondance, il y a une montée en flèche des inégalités, du chômage, la remise en cause des conquis sociaux. Loin d’aboutir à la paix, il y a la multiplication des guerres au prétexte de la lutte contre les "tyrans", mais qui, en fait, organisent le pillage et la surexploitation des richesses et des êtres humains. L’OTAN qui aurait pu être supprimé avec le pacte de Varsovie, continue à se renforcer, à augmenter ses forces nucléaires. Il y a une tendance à la destruction de l’environnement et des conditions de vie de l’humanité par un capitalisme dans sa phase sénile...

L’Impérialisme a aggravé ses contradictions tout en engendrant ce qui lui permettait de poursuivre sa domination, la division entre les peuples et à l’intérieur des pays, du prolétariat. D’où cette conscience générale d’une impasse, d’une absence de perspective que le capital a voulu confondre avec la fin de l’histoire.

On le voit avec le terrorisme, Al Qaida et Ben Laden, alliés d’hier contre l’URSS, devenus l’ennemi au nom duquel l’OTAN peut faire la guerre. De même, les migrations servent aujourd’hui de bouc émissaire à l’extrême droite. L’impérialisme et le capitalisme ont réussi à reporter le poids des contradictions sur le travail et les pays sous-développés, sans résoudre les contradictions.

2- La domination impérialiste, ses trois piliers remis en cause

La première guerre mondiale était déjà un partage des territoires entre monopoles avec le rôle joué par les industries de l’armement, par les monopoles de l’énergie, par le secteur financier, qu’on retrouve aujourd’hui, mais avec des éléments nouveaux. D’abord, il y a la manière dont les USA, sortis victorieux de la deuxième guerre mondiale, ont pris le leadership sur d’autres puissances vassalisées comme l’Europe ou le Japon. 

Si la chute de l’Union soviétique a été suivie d’une certaine atonie des luttes, cet épisode a été de courte durée, et le puissant mouvement français de 1995 pour la défense des services publics a été un des premiers réveils des salariés, du prolétariat dont les bases s’étaient élargies et transformées. Il y a eu des mouvements divers, en particulier en Amérique latine, sous l’influence de Cuba et du chavisme. Cette période se caractérise à la fois par la "mondialisation" et par le refus de voir remis en cause la souveraineté des nations par l’imposition de politiques d’austérité, mais aussi par la difficulté de maintenir des positions sans construire un socialisme renouvelé.

Toute la période a été marquée par un interventionnisme accru de l’impérialisme favorisant les guerres, le retour des extrême-droites, sous des formes diverses, y compris dans ce qu’on a appelé l’islamisme qui s’est attaqué en priorité aux peuples musulmans. Cette extrême-droite a été encouragée, y compris en Europe, comme une alternative au mécontentement des peuples, un exutoire raciste à la mise en concurrence des travailleurs. 

Mais la puissance des USA, y compris sur ses vassaux, repose sur trois piliers qui sont aujourd’hui ébranlés :
- La puissance militaire, puisque même sans l’OTAN, les USA ont un potentiel militaire équivalent à celui du reste de la planète, nucléaire mais aussi avec des porte-avions, des bases partout.
- la puissance économique, lié au privilège exorbitant du dollar, monnaie universelle qui permet aux USA de faire payer leur endettement au reste de la planète et d’imposer leur prix, profit, loi de la valeur à tous. On peut même dire que jamais l’URSS n’a été en mesure de réellement s’opposer à cette loi de la valeur planétaire.
- la domination de l’information par l’Occident et les USA, ce qui a déterminé un véritable système de propagande mais aussi de gestion de l’économie.

A partir de 2008, nous avons une nouvelle phase de la crise du capitalisme, avec la bulle des subprimes qui témoigne de la difficulté de plus en plus grande de l’impérialisme de reporter à la marge l’impact de la financiarisation. La crise atteint le cœur du système, les USA eux mêmes.

Les équipes de Gazprom et du géant chinois CNPC célèbrent en juin 2018 la fin de la construction de la section du gazoduc passant sous le lit du fleuve Amour, gazoduc qui reliera la Russie à la Chine.

3-L’hégémonie américaine ne préserve plus ses alliés parce qu’il n’a plus les moyens de sa domination

Trump au pouvoir témoigne de cette crise qui frappe le pays le plus riche de la planète et le plus puissant. La manière dont le président des USA a traité ses alliés capitalistes au G7 signifie bien que désormais l’impérialisme vit ses contradictions avec plus de force, mais aussi que les USA veulent reporter les coûts d’une hégémonie de plus en plus difficile à maintenir sur les "alliés".

Parce que dans cette période qui se présentait comme la victoire définitive du capitalisme et la fin du communisme, des phénomènes jouent en contradiction avec cette apparente expansion du capitalisme : 
- Le premier est le développement des forces productives, avec ce qu’on a appelé "la révolution informationnelle", toute la modification de la relation capital-travail et la manière d’y faire face. Cette contradiction des forces productives avec les rapports de production existant est encore aggravée par la crise écologique et l’épuisement des ressources de la planète.
- Le second est la crise des USA, bras armé du capital qui parait désormais incapable d’assurer son hégémonie mondiale. Nous sommes devant l’ébranlement des formes institutionnelles, culturelles et politiques incapables d’organiser l’expression du mécontentement des peuples. Les formes politiques dites démocratiques qui devaient assurer la domination du capital et interdire tout changement des rapports de production sont repoussées avec colère par le prolétariat, les victimes de la crise du capital, produisant ce qui est dénoncé comme "populisme", tout comme le fascisme qui reporte la violence du mécontentement sur les catégories boucs émissaires. Partout où les communistes ont perdu pied, on assiste à la montée de ces "populismes" et parfois comme en Italie à leur alliance.
- Le troisième est la montée du multilatéralisme (BRICS, Organisation de Coopération de Shanghaï). Aucune de ces institutions n’est au niveau du pouvoir détenu par l’alliance autour des USA (Occident, Japon, Arabie saoudite...), mais la situation évolue rapidement.

4- Que faut-il penser du fait qu’un parti communiste, en Chine, est en train de prétendre assumer une nouvelle mondialisation ?

C’est dans ce cadre que nous devons analyser en priorité la montée en puissance de la Chine, un immense pays en état de disputer le leadership mondial, dirigé par un parti communiste qui revendique son adhésion au marxisme. Ce devrait être un de nos principaux thèmes de réflexion.

Car le monde a subi une métamorphose au XXIème siècle. Le classement des pays en termes de produit national brut le montre. En 2016, la Chine représentait 19% du produit mondial (en incluant Hong-Kong et Macao), pour 15% pour les USA, l’Inde étant en troisième place avec 7,7%. A noter qu’après le Japon (4,2%) et l’Allemagne (3,2%), on trouve la Russie (3,1%), l’Indonésie (2,6%), le Brésil (2,5%) devant le Royaume-Uni (2,2%) et la France avec (2,2%)… On comprend mieux la politique d’agression et de sanction contre la Russie qui n’a pourtant pas empêché la croissance de la Russie. Elle a en fait renforcé ses liens avec la Chine, dans le cadre d’une Eurasie devenue zone de plus fort développement. Le rôle de la Russie en Syrie, au Moyen-Orient lui a acquis une audience comparable à la perte de crédibilité de la France. Avec Sarkozy, puis Hollande, Fabius, aujourd’hui Macron et Le Drian, la France a perdu le rôle qu’elle pouvait jouer du temps de Chirac malgré son colonialisme, elle s’est rangé aux côtés des dictateurs et des oppresseurs comme dans le cas de son soutien aux saoudiens et au gouvernement israélien.

La période est donc marquée par la perte des moyens financiers et militaires d’une hégémonie de l’occident derrière les USA et une attractivité nouvelle pour un monde multipolaire, avec la Chine au devant. Il y a des possibilités de paix et de coopération, mais aussi l’apparition de concurrences exacerbées entre potentats locaux.

Le débat est urgent pour nous situer dans ce monde en plein bouleversement. 
On dit souvent que la Chine est un pays capitaliste, sans réellement connaître ce pays et sa politique. Certes la Chine a favorisé l’éclosion des milliardaires, mais elle a conservé une planification et une appropriation collective des leviers de l’économie.

Est-ce un simple capitalisme d’état ? Si la pauvreté a un peu reculé dans le monde, c’est essentiellement dû à la Chine dont les salaires ouvriers progressent plus vite que son économie. Les enjeux environnementaux négligés au début de son développement sont désormais une priorité qui en fait le pays le plus avancé dans un développement environnemental. La Chine développe sa présence économique sans jamais utiliser la force militaire, au contraire de tous les pays occidentaux, et elle joue systématiquement un rôle pour désamorcer les tensions. Enfin, l’ancien "atelier du monde" développe très vite une production à forte valeur ajoutée, notamment avec l’intelligence artificielle où sa concurrence avec les USA est manifeste. La Chine fière de ses victoires veut mieux faire connaître sa démarche politique, mais elle ne souhaite imposer son « socialisme de moyenne aisance » à personne !

Il nous semble essentiel d’approfondir dans un débat de fond cette nouvelle situation mondiale, pour nous prononcer sur quelques questions essentielles comme la paix, mais aussi les formes de coopération que nous proposons.

Pour cela, il est urgent de renouer les relations que nous avons rompu avec les partis communistes, dans une démarche d’écoute, de respect mutuel et de solidarité pour ceux des communistes qui trop nombreux subissent la répression sur tous les coins de la planète.

Il ne s’agit pas d’adopter un alignement sur les choix socialistes d’un parti au pouvoir ou connaissant des succès, mais bien premièrement de favoriser un dialogue, des luttes communes et d’autre part de le faire en approfondissant plus que jamais nos propres réflexions et actions en faveur d’un socialisme à la française.

Danielle Bleitrach
Septembre 2018

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