37ème congrès

Faire du PCF le parti de la souveraineté populaire Contribution de Maximilien Dardel (Paris)

, par  lepcf.fr , popularité : 3%

Mais qui a peur de la souveraineté populaire ? Indubitablement le terme effraie parfois certains militants progressistes. Associé à tord aux errements de quelques "intellectuels", abandonné à l’extrême-droite, dénaturé par les identitaires, ce concept, pourtant central dans la crise politique multiforme que nous traversons, mérite d’être éclairci et réinvesti par les communistes.

La souveraineté populaire est le fondement nécessaire de toute projet démocratique, puisque c’est l’idée selon laquelle le peuple est seul maitre de son destin. Nous, communistes, avons vocation à bâtir une société qui réalise pleinement l’exigence démocratique, nous ne pouvons donc pas éluder un tel enjeu.

C’est bien sûr la Révolution Française qui la première a affirmé ce principe à la radicalité toujours valable. Ainsi l’article 3 de la Déclaration de Droits de L’Homme et du Citoyen proclame : le principe de toute Souveraineté réside essentiellement dans la nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément.

Et il convient ici de dissiper une confusion importante. Car si Rousseau distingue à l’origine la souveraineté populaire de la souveraineté nationale, ces deux concepts ne sont pas antinomiques et il s’agit d’ailleurs pour nous de les réconcilier. En effet la nation ne s’oppose au peuple que si elle est entendue comme une entité abstraite, immanente et transcendante, c’est le discours éculé qui vise à considérer qu’il existerait une "France éternelle" qui aurait une existence et une volonté propre. Or nous voulons que la nation soit une réalité matérielle construite sur la seule volonté du peuple à faire corps politiquement. C’est en ce sens que la Constitution proclame : « La Souveraineté nationale appartient au peuple ».

Pourtant force est de constater que ce principe est aujourd’hui ouvertement bafoué sur au moins deux points. Le premier découle de la nature des institutions de la Vème République, qui permettent de se passer largement de l’expression directe de la volonté du peuple au profit des intérêts capitalistes. La deuxième réside dans la subversion de la souveraineté par les institutions de l’Union Européenne. Si il ne s’agit pas de rentrer ici dans une longue description de ces mécanismes, nous pouvons voir comment le cas, par exemple, du contournement du rejet référendaire de la constitution européenne de 2005, incarne ces deux dérives.

Il ne s’agit pas de considérer la nation comme une fin historique en soi sans être conscient de son caractère de classe. Pourtant il nous faut faire le constat avec Lénine que la lutte des classes se concrétise avant tout dans le cadre national, et que c’est aujourd’hui dans ce cadre que les plus grandes avancés ont été conquises. Ce constat n’est évidemment en rien une remise en cause de l’impérieuse nécessité de la lutte et de la convergence internationaliste, bien au contraire, mais à la condition de ne pas la confondre avec le supranationalisme.

Nous aurions tord de sous estimer l’importance de la question de la souveraineté aux yeux des français et particulièrement des classes populaires, en établissant une "hiérarchie des luttes". Car les luttes ne se priorisent pas, elles se superposent et s’interconnectent, et cela n’est jamais aussi vrai que pour celle-ci.

Le dégout de la politique et la résignation démocratique sont le fruit direct du sentiment justifié que le peuple n’a pas de poids sur les décisions publiques. Comment réinvestir les classes populaires dans la vie publique si leurs décisions sont sujettes à l’approbation des élites économiques, et si une entité supranationale, dépourvue de légitimité démocratique, peut y faire déroger ?

Nous pourrions ainsi paraphraser Jaurès qui affirmait « A celui qui n’a rien, la Patrie est son seul bien » en disant : « A celui qui n’a rien, la souveraineté populaire est son seul pouvoir ».

La souveraineté populaire doit être défendue dans sa vision la plus complète, car elle ne peut être ni durablement déléguée ni divisée sans devenir une chimère. À l’instar de la mortifère doctrine Brejnévienne de la "souveraineté limitée", les délégations ou le partage de la souveraineté ne peuvent se concevoir en démocratie véritable sans le consentement directe et renouvelé du corps politique dans son ensemble.

Sans vouloir énoncer des réponses "toutes faites" au problème complexe mais inévitable de la souveraineté populaire, tachons néanmoins d’identifier certains principes : un projet politique de gouvernement à même de nous porter au pouvoir doit impérativement afficher notre résolution la plus ferme à faire prévaloir les choix démocratiques sur toutes les forces économiques, politiques ou institutionnelles qui s’y opposeraient. Par ailleurs, une refonte des institutions, au profit d’une expression plus directe et contraignante du corps politique est indispensable. Celle-ci pourrait se concrétiser par des formes de mandats impératifs ou révocatoires, des référendums d’initiatives populaires, une représentation parlementaire proportionnelle ou par toute mesure renforçant l’implication directe de l’ensemble des citoyens dans les prises de décisions.

Renoncer à la promotion de la souveraineté populaire comme principe intangible, c’est non seulement renforcer l’extrême droite, qui elle, prône une souveraineté ethnico-nationale antirépublicaine, mais aussi nous rendre incapable de garantir au peuple l’effectivité du projet que nous avons à lui proposer.

Ainsi, défendre la prévalence de la souveraineté populaire sur les institutions et les forces du capital qui l’usurpent n’est pas pour nous une simple question d’affichage ou de positionnement politique. C’est la condition sine qua non de la crédibilité politique du projet que nous portons et par là même de son succès.

Maximilien Dardel (75)

Source PCF

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