Réunion nationale du réseau du 23 mars

Faire progresser dans le concret, pas dans les déclarations, les liens de travail entre communistes. Intervention de Pierre-Alain Millet

, par  pam , popularité : 2%

La priorité des communistes doit être de faire grandir en force et en contenu les batailles populaires, notamment pour l’emploi et contre l’austérité... Le tract du réseau, donc du parti, diffusé à Lyon dans la manif du 5 mars titré « Salaire, emploi, même combat » a été très bien reçu.

Mais s’il existe des points d’appui, une situation politique qui n’est pas statique, il faut voir aussi les limites, les difficultés, liées à la confusion sur ce que propose le PCF et mesurer l’avancée que représente pour la direction le dernier congrès. Quand elle proposait d’abandonner le parti, elle faisait face aux communistes, mais quand elle leur propose un parti de l’humain, elle les accompagne dans ce vers quoi pousse toute la société, l’adaptation au système, c’est-à-dire en politique, le réformisme...

Cette situation n’est pas le fait d’une poignée de dirigeants. Il faut comprendre pourquoi ils arrivent à rassembler suffisamment de communistes malgré les contradictions... Chacun voit par exemple le piège dans lequel la stratégie FG nous a mis pour les élections municipales, et pourtant les élus directement concernés ont massivement soutenus cette stratégie, tout du moins officiellement. Donc il ne suffit pas d’identifier cette poignée de dirigeants, mais de comprendre, en terme marxiste, historique, ce que cette orientation révèle.

J’ai proposé une formule provocante, "la classe ouvrière a le parti communiste qu’elle mérite". C’est peu dialectique, mais les idéologies ne naissent pas du vide, ni des personnalités dirigeantes, même si elles ont bien une responsabilité. Le marxisme nous aide à rechercher dans les réalités des luttes de classe les raisons du réformisme. Ne faut-il pas considérer que la classe ouvrière a longtemps cherché à prolonger le compromis historique des trente glorieuses qui reposaient sur le rapport des forces issu du CNR et sur l’existence de l’URSS. N’est ce pas au fonds ce compromis qui a conduit au choix de Mitterrand en 81. Les électeurs communistes ne sont pas passés au PS autour de 1981 parce que Mitterrand s’était présenté comme un grand révolutionnaire, mais parce que sur le fond, ils ont considéré qu’une gestion de gauche du capitalisme était possible et préférable.

Aujourd’hui, la classe ouvrière a pris de tels coups qu’elle n’y croit plus, mais elle se retrouve profondément divisée entre précaires et statutaires, français et immigrés, jeunes et anciens, ses moyens de résistance et d’organisation ont explosés. Ne faut-il pas considérer que les dirigeants syndicaux et politiques l’ont laissé tomber pour se consacrer aux couches moyennes et aux fonctionnaires, couches sociales qui recherchaient toujours le compromis avec le capitalisme. De ce point de vue, la référence au CNR peut conforter une forme d’illusion du retour à une situation idéalisée de ce compromis avec le capitalisme. Or, le compromis du CNR issu de la résistance portait sur la reconquête de l’indépendance de la France, pas sur la construction du socialisme. Mais peut-on reconstruire la souveraineté nationale de la France dans le capitalisme ? Il me semble au contraire que la question du socialisme est au cœur du rassemblement à construire aujourd’hui.

Cette question des conditions de l’unité du peuple est au cœur de nos difficultés, mais c’est justement l’aggravation de la crise, la précarisation générale, y compris des couches moyennes, les attaques que subissent les fonctionnaires à travers la RGPP, l’acte III... qui créent des conditions nouvelles de l’unité du peuple. C’est justement pour cela que l’urgence est de reprendre pied dans la classe ouvrière elle-même, de permettre la coordination des mouvements de luttes des travailleurs posant la question jusqu’au bout de la révolution, du socialisme, posant la question de la prise de pouvoir politique par le monde du travail.

Nos taches :

Notre première tâche est d’être attentif aux questions posées dans le mouvement. Si la question du socialisme est revenue dans le débat public et dans les luttes sociales, ce n’est pas par l’effet de notre bataille qui se mène à contre-courant dans le parti lui-même, mais d’abord par l’effet des contradictions réelles, qui reposent à chaque occasion des questions concrètes auxquelles des militants cherchent des réponses. Et c’est dans ces situations que nous pouvons aider les militants à progresser par l’expérience, à comprendre ce qu’ils vivent, les rapports de force, les freins à l’unité, à l’action sur de nombreuses questions économiques, politiques... Cela suppose un effort théorique pour apporter des réponses utiles, dans le concret des luttes, en passant des nombreux écrits de nos sites, qui restent trop souvent des textes de spécialistes, à des textes adaptés aux questions telles qu’elles sont posées, dans les luttes et l’actualité politique de ces luttes. Notre priorité n’est pas d’être dans l’actualité médiatique, mais dans l’actualité des discussions dans les ateliers et les bureaux.
- montrer par exemple le rôle de masque idéologique des questions sociétales, tout comme des affaires Cahuzac ou Sarkozy, pour empêcher que les questions sociales donnent le ton politique.
- dire la vérité sur le rapport des forces et montrer pourquoi de grandes luttes n’ont pu aboutir pour ne pas laisser des engagements stérilisés par la déception, et faire progresser la conscience du niveau nécessaire de rassemblement.
- faire prendre conscience de la nécessité d’une alternative historique à la stratégie d’union de la gauche, sortant du piège entre PS et FDG, aidant à prendre conscience du rôle historique de Mélenchon pour « terminer le travail » engagé par Mitterrand.
- éviter le piège de l’opposition entre la nation, la république et l’internationalisme. Sortir de l’Euro est nécessaire, mais pas suffisant pour refuser de nouvelles surexploitations, notamment dans cette France qui est aussi une puissance impérialiste.
- aider à unir les luttes pour l’emploi et le salaire, faire le lien avec les conditions de l’exploitation, les objectifs des luttes de classe, faire le lien entre bataille pour l’augmentation des salaires et la bataille pour d’autres rapports de production, pour une maitrise publique des investissements, une autre logique de production et de réponse aux besoins.

Notre organisation

Il nous faut trouver le chemin d’un renforcement de nos organisations locales et de notre capacité à faire vivre nationalement le point de vue communiste, affirmant le PCF comme notre choix d’un grand parti communiste à reconstruire, avec tous les communistes, du dedans et du dehors, et avec de nouvelles forces qui peuvent se lever. Mais je ne crois pas qu’on résoudra le problème par en haut, en affichant un nom, une coordination nationale, un nouveau cartel d’organisation. Dans l’état actuel des forces communistes, ce serait un peu comme le Front de Gauche, une alliance de dirigeants qui ont chacun des logiques propres à leur organisation.

Il faut progresser en vérité, c’est à dire d’abord dans nos bases, celles du parti comme celles d’autres groupes ou forces. Si la Polex ou Rouge Midi se renforcent, si la JC se renforce, tant mieux, et si la section de Béziers ou de Vénissieux se renforcent, c’est tout aussi positif. C’est ce qui compte à la fin, et ce doit être l’objectif des assises, aider au renforcement de toutes les bases militantes. Il me semble que c’est ce que dit le communiqué de la Polex qui « craint les parlottes théoriques » et appelle à « déterminer quelques objectifs de rupture avec le consensus opportuniste », et que cela « débouche sur l’organisation de luttes sur ces objectifs », considérant qu’il est « impératif que cela ne soit pas la création d’une nouvelle organisation (il y en a déjà trop qui se bouffent le nez !), que cela ne soit pas un cartel d’organisations (où chacun représente la sienne et propose aux autres de s’y rallier), mais un lien où des militants se mettent d’accord, individuellement, et en se respectant, sur quelques thèmes de lutte, et que cela permette de les organiser ».

Dans le réseau Faire Vivre et Renforcer le PCF, nous avons des différences, notamment de situations historiques et locales, mais nous apprenons à comprendre les situations de chacun et mener des actions communes. L’intérêt des rencontres de Marseille est de prolonger cette pratique de rencontres militantes. Comme le dit encore le collectif Polex "Cela ne pourra se réaliser, graduellement, qu’en éliminant en nos rangs, toute forme de carriérisme, d’électoralisme, d’opportunisme politicien » et j’ajoute de « sectarisme », de gauchisme…

Il n’y a pas de raccourcis, nous devons patiemment mais énergiquement multiplier les occasions de rencontres, faire progresser dans le concret, pas dans les déclarations, les liens de travail entre communistes.

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  • (2002) Lenin (requiem), texte de B. Brecht, musique de H. Eisler

    Un film
    Sur une musique de Hans Eisler, le requiem Lenin, écrit sur commande du PCUS pour le 20ème anniversaire de la mort de Illytch, mais jamais joué en URSS... avec un texte de Bertold Brecht, et des images d’hier et aujourd’hui de ces luttes de classes qui font l’histoire encore et toujours...

  • (2009) Déclaration de Malakoff

    Le 21 mars 2009, 155 militants, de 29 départements réunis à Malakoff signataires du texte alternatif du 34ème congrès « Faire vivre et renforcer le PCF, une exigence de notre temps ». lire la déclaration complète et les signataires

  • (2011) Communistes de cœur, de raison et de combat !

    La déclaration complète

    Les résultats de la consultation des 16, 17 et 18 juin sont maintenant connus. Les enjeux sont importants et il nous faut donc les examiner pour en tirer les enseignements qui nous seront utiles pour l’avenir.

    Un peu plus d’un tiers des adhérents a participé à cette consultation, soit une participation en hausse par rapport aux précédents votes, dans un contexte de baisse des cotisants.
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  • (2016) 37eme congrès du PCF

    Texte nr 3, Unir les communistes, le défi renouvelé du PCF et son résumé.

    Signé par 626 communistes de 66 départements, dont 15 départements avec plus de 10 signataires, présenté au 37eme congrès du PCF comme base de discussion. Il a obtenu 3.755 voix à la consultation interne pour le choix de la base commune (sur 24.376 exprimés).