Les présidentielles

Un vent de fraîcheur a ragaillardi le PCF

, par  Pascal Brula , popularité : 2%

Ce que j’ai ressenti à l’annonce du résultat de la consultation de la conférence nationale du 5 novembre dernier, c’est comme un vent de fraîcheur qui aurait soufflé dans le PCF, mortifiant ce microcosme politicien qui s’affaire à sa direction. Des portes se sont désormais ouvertes. La situation est loin d’être parfaite, il y a certainement des aspirations contraires dans ce vote, mais c’est la première fois qu’une majorité d’adhérents retrouve une certaine confiance, loin de toute autophobie si bien décrite par Domenico Losurdo dans son ouvrage "Fuir l’histoire". Ce vote répond du tac au tac aux magouilles de Pierre Laurent qui, avant le 37ème congrès, avouait dans une interview à Valeurs actuelles, excusez du peu, qu’il « travaillait en permanence » depuis déjà longtemps avec les frondeurs du PS pour discuter des prochaines échéances électorales, et qu’il se réjouissait presque, que le candidat qui en ressortirait ne serait pas issu du PCF. Entre temps, a eu lieu le mouvement contre la "loi Travail" et le rejet général du PS, parti qui est apparu alors aux yeux de tous sous son vrai visage, à savoir un des nombreux fers au feu de la grande bourgeoisie. Et la primaire à laquelle Pierre Laurent voulait soumettre le PCF en la faisant accepter par le congrès, a pris alors beaucoup de plombs dans l’aile. Cerise sur le gâteau, voyant que ses plans étaient mis à mal, il a préféré, la veille de la conférence nationale, jeter le PCF dans les bras d’un autre réformisme, celui de Mélenchon, que les médias capitalistes n’arrêtent pas de gonfler pour l’annoncer possible présent au second tour, comme en 2012... Alors le résultat de ce vote interne, on peut le savourer, même s’il recouvre, je le répète, une grande disparité, voire même des volontés contradictoires : il marque cependant le premier coup de semonce à cette démarche continue des directions successives du PCF d’aller vers sa liquidation, qui amènerait la France vers une situation à l’italienne. Un des corollaires à ce premier enseignement, c’est que Pierre Laurent et sa clique dirigeante sont morts politiquement. En tireront-ils les leçons ? Cela n’a pas l’air, puisqu’ils jettent encore leurs derniers feux au service d’une hypothétique "candidature de rassemblement" ; en effet, au cas où les adhérents choisiraient un des leurs pour les représenter, « cette candidature pourrait à tout moment, sur la base d’un accord politique, se retirer au profit d’une candidature commune d’alternative à l’austérité » selon le texte qu’ils ont fait voter le 5 novembre. Leur acharnement à vouloir la fin du PCF est édifiante, car c’est bien de cela qu’il s’agit.

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Mélenchon et Marie-Georges Buffet

De l’autre côté, il y a Mélenchon qui est l’autre face du même problème, à savoir celui de la liquidation. Par qui est-il porté au sein du PCF ? Au 37ème congrès par le texte 1 qui avait clairement affiché la couleur : la démarche est mouvementiste, contre les partis, à la manière inspirée de Podemos ; les auteurs de ce texte promettaient même de dissoudre en douceur le PCF dans un Front de Gauche renouvelé. Derrière ce texte, il y a l’équipe de Marie-Georges Buffet ainsi que la mouvance de ceux que l’on a appelé à tort les "refondateurs" (notamment à l’origine de la destruction de la fédération de Seine-Saint-Denis), dont une partie a quitté le PCF et créé "Ensemble" avec la très médiatisée Clémentine Autain, dont les propos, notamment en matière internationale, sont le plus souvent franchement réactionnaires. Depuis la première heure, tout ce petit monde œuvre pour Mélenchon. Comment pourrait-il en être autrement, puisque c’est M-G. Buffet qui l’a imposé en 2011, elle qui voulait « métamorphoser » le PCF et qui avait été battue sur cette question par une conférence nationale (déjà !?) en 2007 suite à sa calamiteuse candidature antilibérale. Le vote du 5 novembre l’a rendue furieuse : « depuis des mois, nous portons ce message de rassemblement de la gauche pour un vrai changement et ce soir, le message donné par la conférence nationale, casse tout ce combat en privilégiant une candidature communiste » a-t-elle déclaré ! Son positionnement relève également d’un acharnement à gommer le PCF, elle qui prétendait poursuivre la "mutation" de Robert Hue, et qui, il y a quelques années de cela, à la question d’un journaliste de France Inter, rejetait le marxisme d’un revers de manche. Pire, aux questions de camarades du Bassin d’Arcachon au soir d’une campagne législative partielle, elle lâchait « le communisme c’est fini » alors qu’elle était secrétaire générale du PCF. Il n’y a donc rien à attendre de ce côté-là.

L’effacement voulu par les directions

Mais certains prétendent que l’absence de candidature aux présidentielles n’est pas grave, car le plus important, ce serait les législatives puisque nous sommes opposés à ce système présidentielle relevant d’un scrutin ô combien antidémocratique. Peut-être bien, mais rien n’est plus faux, rien n’est plus erroné que de ne pas tenir compte de cette réalité, même si elle ne nous plait pas. Pour rappel, je voudrais dire que j’ai vécu en interne, jeune adhérent, les conséquences de notre absence aux présidentielles de 1974 au profit de Mitterrand ; suite à cela, le PCF s’était juré collectivement de ne plus refaire une telle erreur. Mais depuis, il y a eu Robert Hue et la participation au gouvernement Jospin, gouvernement de collaboration de classe, puis la catastrophique candidature antilibérale de M.-G. Buffet et surtout l’effacement derrière Mélenchon en 2012. Cette année là, avec l’illusion créée par son score aux présidentielles, ça se bousculait au portillon des circonscriptions, et puis patatras, la baudruche médiatique s’est dégonflée aux législatives au détriment encore du PCF dont l’absence aux présidentielles a forcément joué (même si je n’oublie pas tous les renoncements à son identité révolutionnaire et le recul de son implantation dans les milieux populaires). Ainsi donc, l’absence du PCF aux prochaines élections présidentielles, consciemment voulue par ses dirigeants, qu’il s’agisse de P. Laurent ou M-G Buffet, relève d’une volonté de défaire, de détricoter la structure, l’organisation, le parti ; elle révèle leur vrai visage, celui du réformisme, qui n’attache plus aucune importance à l’organisation communiste, ni à l’analyse du capitalisme, et donc encore moins à l’objectif à moyen terme que nous pourrions mettre en avant, le socialisme, société de rupture avec la capitalisme. La présentation d’un candidat PCF à l’élection présidentielle doit donc se voir comme un acte de survie du parti. Car il y aurait tout à perdre à se retrouver dans une situation à l’italienne.

Paradoxalement, nombreux dans la mouvance communiste hors PCF, se sont réjouis de la tournure des évènements, voyant logiquement dans la division de la direction et dans la soumission à une candidature réformiste (frondeurs ou Mélenchon), la fin de l’organisation PCF et donc la possibilité de récupérer les "futurs" militants qui seraient alors en déshérence, afin de construire ce parti théorique dont la France aurait besoin. Manque de chance, les évolutions diverses qui ont rejailli sur le PCF en interne (mouvement social, arrivées de jeunes communistes…) ont fait que la conférence nationale a dit non. Désolé pour leur idéalisme contrarié, les adhérents du PCF n’ont pas encore dit leur dernier mot… ce qui devra toutefois être confirmé à la fin du mois.

Pour quel programme ?

Reste la question du programme. Même si certains à la direction jouent encore désespérément la carte d’un futur "candidat de rassemblement" issu du PS, Pierre Laurent, en prenant fait et cause pour Mélenchon, semble avoir laissé de côté la solution "frondeur". Il n’y a donc en concurrence, que le programme de Mélenchon et celui du PCF : or les deux font essentiellement référence à "L’Humain d’abord" qui est un programme réformiste, social-démocrate, d’aménagement du capitalisme (cf. la comparaison avec les 110 propositions de Mitterrand). Cela explique que certains au PCF, essayent de trouver des différences entre les deux, et comme celles-ci ne sont pas significatives, ils taclent Mélenchon de manière bête et méchante (chauvin, populiste…) et non pas politique, même si effectivement, il y a ponctuellement des différences (SMIC à 1300 €, fin du nucléaire civil…). Son langage "radical" et ses rodomontades n’y changent rien ; si on creuse un peu, derrière son plan B, il n’y a aucune volonté de sortir de l’UE et de l’euro dont il faut absolument s’affranchir si l’on a l’intention de mener une autre politique. Mélenchon en reste encore à ce qu’il avait dit lors de son vote pour Maastricht, à savoir « l’avènement de la nation européenne porteuse de paix, de civilisation et de solidarité ». Mais au-delà de la question programmatique, il y a bien un problème avec Mélenchon : vouloir s’inféoder à ce personnage, c’est s’enfermer volontairement, se suicider politiquement. Il s’agit d’un social-démocrate, un keynésien qui nous berce de l’illusion qu’il est possible de s’arranger avec le capitalisme, et dont la culture politique est fondamentalement anticommuniste. Certains veulent croire, à l’instar des médias capitalistes, qu’il a des chances d’être au second tour, qu’il va tout renverser, et qu’à lui seul il serait capable de "rassembler pour un vrai changement" (dixit la très anticommuniste MG Buffet), ce n’est que du rêve éveillé. La baudruche Mélenchon, lorsqu’elle sera dégonflée au soir du premier tour, entrainera hélas beaucoup de désillusions qui feront encore reculer les espoirs de changement.

Une situation inédite

Cette question du programme est en fait surtout reprochée par la mouvance communiste hors PCF, qui craint que si les adhérents venaient à gagner un candidat estampillé PCF, cela ne servirait à rien puisqu’il n’aurait pas de programme communiste. Mais chaque chose en son temps. Gagnons d’abord en interne la bataille de la candidature, ce qui n’est pas encore fait, et la bataille du programme viendra par la suite : la lutte commence au sein du parti disait Lénine. Gagner le fait qu’un candidat aux présidentielles s’affiche PCF, même si ce candidat ne porte pas de programme communiste, serait un progrès que l’on mesure mal ; ce serait d’abord une défaite sans précédent de la direction réformiste. Cela ne pourrait qu’aider tous ceux qui se réclament du communisme, compte tenu de ce que représente le PCF dans l’histoire et l’inconscient collectif des français ; être le parti de la Sécurité sociale, cela ne peut pas s’effacer ! Ne pas avoir de candidat serait troquer une attitude de combat contre une attitude électoraliste de soumission propre au mouvement social-démocrate, et éteindre pour longtemps toute lueur révolutionnaire. L’état actuel du rapport de forces dans la société est tel que, oser penser que la "gauche" puisse remporter ce cycle électoral, montre l’incompétence de nos dirigeants. La seule certitude que nous ayons, c’est que si le PCF existe encore demain et qu’il a gagné en forces communistes organisées, nous serons ressortis plus forts de cette épreuve et nous serons mieux à même d’affronter les importants combats contre les régressions sociales qui nous sont promises par les "chiens de garde" du capital.

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