Revue Unir les communistes nr 7-8

Le tous ensemble des syndicalistes de classe Compte-rendu des rencontres communistes de Vénissieux du 30 avril 2016

, par  Anna Persichini , popularité : 2%

Intervention de Anna Persichini (CGT IBM).

Bonjour, je m’appelle Anna Persichini. Je suis déléguée syndicale CGT à IBM Nice. Chez IBM les plans de suppressions d’emplois se succèdent chaque année grâce à la complicité des organisations syndicales. La CGT seule, combat une direction qui suit sa feuille de route pour délocaliser, réduire le nombre de salariés par tous les moyens : PSE, ventes d’entités, licenciements pour insuffisance au travail.

L’entreprise ne risque pas de devenir une SCOP ; c’est une multinationale qui dicte les lois du travail à tous les gouvernements là où elle s’implante et quand le gouvernement du pays devient trop gourmand, elle délocalise là où elle peut réduire les salaires et gagner des réductions d’imposition voire imposition zéro.

Beaucoup de travailleurs CGT dont je fais partie, réduits à la défensive par le rapport des forces actuelles, surtout quand ils dépendent d’un patronat américain, d’une culture d’entreprise nauséabonde, à proximité d’une ville où Ciotti et le FN règnent en maîtres et dans un site où les ingénieurs et cadres, représentent 99% du personnel. C’est déjà pour nous un exploit permanent que de tenir bon puisqu’il m’arrive bien souvent, quand je défends le personnel avec trop de zèle, qu’on me dise : « Mme Persichini, on n’est pas en Corée du Nord !!! ».

Tout d’abord, je crois qu’il faut mener la lutte des idées comme vous le faites tous. Le syndicat ne doit pas seulement revendiquer, il doit sans cesse prouver que les revendications sont crédibles et que les superprofits sont là pour permettre de financer le progrès social.

Il faut faire le lien en permanence entre les mauvais coups concoctés dans l’entreprise et les mauvais coups portés par les gouvernements de droite comme de gauche. Cela implique aussi de montrer la nocivité intrinsèque de l’euro et de l’Union européenne. Car tous ces mauvais coups sont pensés et orchestrés depuis Berlin et Bruxelles comme on le voit avec la loi El Khomri.

Je crois aussi qu’il faut clairement dénoncer la stratégie perdante des états-majors syndicaux qui nous mènent de défaite en défaite depuis 2003, époque où Bernard Thibault, avait déclaré que « la CGT n’a pas vocation à bloquer le pays », alors qu’il se rendait avec Blondel et Chérèque à Helsinki, au congrès de la C.E.S. qui allait applaudir Giscard et sa constitution européenne…

Oui, à ce niveau aussi, on retombe sur le problème européen. C’est en effet pour intégrer la CES et pour quitter la FSM, que notre CGT n’a cessé depuis les années 90 de s’écarter du syndicalisme de classe. Elle préfère flirter avec la CFDT – au nom du « syndicalisme rassemblé ». La CGT a avalé le mensonge paralysant de l’« Europe sociale » ; cela veut dire qu’elle a menti aux travailleurs sur la nature de classe de l’UE en faisant croire qu’on pourrait réorienter vers la gauche cette dictature supranationale où l’extrême droite monte partout et où les communistes et le syndicalisme de classe sont interdits, comme on le voit ces jours-ci en Pologne. Il ne faut pas seulement combattre les patrons et leur gouvernement mais il faut aussi, et publiquement, dénoncer les orientations syndicales pro-U.E. et pro-C.E.S. qui empêchent une véritable riposte, sans quoi les travailleurs ne peuvent pas devenir acteurs.

C’est pourquoi je ne vois aucune contradiction à militer dans mon entreprise, mon syndicat et ma branche professionnelle, et à participer au Front syndical de classe qui doit cesser d’être diabolisé alors qu’il est animé par des camarades comme Roger Silvain qui furent au cœur des avancées de 68. Il faut faire les deux, se battre dans les instances syndicales et se fédérer, se coordonner, « faire front » à l’inter-pro pour peser sur la Confédération.

Sans le "tous ensembles" des syndicalistes de classe dans les congrès et hors des congrès, comment préparer le "tous ensemble" à l’inter-pro des salariés, comment par exemple appeler à une manif centrale de combat comme y invitent Mikael Wamen et les Goodyear, si on tremble à l’idée de se faire rappeler à l’ordre quand on essaie de construire des luttes communes. Si on ne le fait pas à temps, nous savons tous ce qui se passera : les patrons, l’état, la CFDT, sont tous prêt à LIQUIDER les conventions de branche, les statuts, la Sécu, tout en écrasant les salaires et l’emploi.

Mais n’y a-t-il pas risque alors de « faire de la politique » ?

Camarades, nous ne ferons pas un pas en avant si nous continuons d’être prisonniers de cette opposition stérile entre syndicalisme et politique. Tant que le PCF de combat et la CGT de classe marchaient ensemble, chacun ayant ses modes de décision propre, la classe ouvrière était à l’offensive. Depuis que, sous prétexte d’indépendance syndicale, les syndicats rouges ont été abandonnés par les militants politiques, le PCF a dérivé vers la social-démocratie et la CGT a dérivé vers le réformisme. Et en fait d’indépendance, la CGT s’est liée à la CES qui est grassement subventionnée par l’Union européenne. Il ne s’agit pas d’obéir aux ordres des politiques, c’est bien dans le syndicat qu’on décide démocratiquement. Mais tant qu’on ne met pas en question la propriété capitaliste des moyens de production, tant qu’on ne dit pas un mot contre les guerres impérialistes qui ruinent des pays entiers et aggravent l’austérité chez nous, on ne peut pas avancer. C’est quand ils avaient peur du changement de société que les patrons lâchaient des avancées, se borner aux revendications est aussi nuisible aux revendications syndicales que se borner à l’électoralisme est nuisible aux élections quand on milite politiquement. Je ne vois donc aucune contradiction à être à la fois, au vu et au su de mes collègues et de mes camarades syndiqués, une syndicaliste et une militante politique adhérente au PRCF comme d’autres ici sont à Rouge Vif ou au PCF. Ce n’est pas confusion des genres, c’est la franchise d’une prolétaire car ainsi les collègues savent où ils vont et me respectent.

Je vous remercie de votre attention.

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