L’hypothèse communiste en débat

, par  Guillaume Sayon , popularité : 2%

Même si ce texte date d’octobre dernier et s’inscrit dans le contexte des débats de la dernière conférence nationale, il me semble intéressant de le remettre sur le haut du panier. En effet, toutes les questions que son auteur pose, sont pertinentes et toujours plus prégnantes, d’autant que la conférence nationale s’est entêtée à jouer la politique de l’autruche (encore une fois...) et à nier la réalité. Et ce texte est d’autant plus intéressant que son auteur est un jeune communiste, et qui plus est, un jeune élu !
Lepcf.fr

Au fil des dernières lectures du moment, je voulais revenir de manière synthétique et donc forcément caricaturée sur quelques éléments qui traversent actuellement le mouvement de la gauche dite radicale en France. J’exècre d’ailleurs cette expression, mais qu’importe, les dénominations ont finalement peu d’importance aux vues des problématiques qui se dessinent devant nous et de leur caractère crucial. Le mouvement révolutionnaire est en échec effectif actuellement, parce que non seulement il ne se pose pas les bonnes questions, mais qui-plus-est parce qu’il a rompu ce lien pourtant indispensable avec le peuple. Les querelles du Front de gauche, qui de toute manière est mort et enterré, quoi que puisse en dire Pierre Laurent, sont une sorte de scène de ménage au sommet entre des organisations qui ne sont pas héritières de la même histoire, de la même tradition politique. Je pense que le Front de gauche est en partie en échec parce qu’il est antilibéral avant d’être anticapitaliste. Aussi parce qu’il s’est enfermé dans les logiques électorales qui ne devraient pourtant que peu nous concerner mais j’y reviendrai par la suite.

Marx et les marxistes ont fait la démonstration que le problème essentiel que nous avons à traiter est directement lié à la nature même du capitalisme. Pour caricaturer légèrement, nous n’avons donc plus à nous interroger sur ce point mais plutôt à penser comment on permet le rassemblement des forces capables à un moment historique donné de s’unir pour renverser l’ordre établi et ainsi ouvrir l’ère révolutionnaire qui sera une transition politique et sociale vers quelque chose de nouveau que moi je nomme communisme, mais qu’on peut nommer autrement. Bien entendu ce qui semble être une évidence pour l’un, ne l’est pas forcément pour l’autre. Mais enfin il y a des reculs idéologiques et des reculs dans la dialectique lourds de conséquence.

Pour revenir rapidement sur le caractère électoral des choses, moi qui suis confronté depuis peu aux responsabilités d’un mandat d’élu, avec mon étiquette communiste, j’ai beaucoup de mal parfois à mesurer quel peut être mon poids, mon rôle révolutionnaire, en tentant d’élaborer un projet communal progressiste dans le contexte de l’austérité au sens de la contraction des dépenses publiques, de faire des économies sur tel ou tel budget pour maintenir des règles absurdes d’équilibre et d’orthodoxie économique. On peut se satisfaire bien entendu de maintenir un programme culturel de qualité visant l’émancipation intellectuelle, de garantir la gratuité des livres et des fournitures scolaires dans les écoles, de permettre dans les meilleures conditions la pratique du sport amateur… Néanmoins notre parti s’est orienté dans une gestion de patrimoine, un patrimoine d’élus qui ne sont en réalité et par la force des choses que des gestionnaires comme les autres. Cette "collaboration institutionnelle" qui a peut-être pu être à une époque un choix stratégique intéressant, demande sans doute à être réévalué sur l’échelle de la pertinence et de l’intérêt révolutionnaire.

Dans les faits on pourrait tolérer ce choix d’avoir des élus, si nous menions dans le même temps un travail de terrain minutieux où on permet au plus grand nombre de se saisir d’outils intellectuels, théoriques qui valideraient l’hypothèse communiste, une structure efficace qui permette de la mettre en mouvement dans le réel. Une sorte d’incarnation la plus aboutie de l’éducation populaire. Cela veut dire libérer le savoir qui est confisqué de par l’orientation politique des contenus de formation du système scolaire, des contenus de la presse et de la lecture bourgeoise des événements politiques. Le traitement de la Révolution Française, de la Révolution d’octobre, de la Commune le démontre d’ailleurs fort bien. Il faut pouvoir organiser dans les cités populaires, dans les cercles syndicaux et surtout dans le parti, des temps et des espaces de formation. Expliquer les mécanismes du monde économique et politique, expliquer les grands courants philosophiques, expliquer ce qu’a pu être l’histoire sociale et révolutionnaire de la France et d’ailleurs. Cela implique d’ailleurs, de prendre la mesure du rôle que les nouvelles technologies et Internet peuvent jouer dans ce processus. Je pense que les dominants ont bien compris qu’ils devaient faire appel aux plus sombres instincts de l’humanité pour garantir leur domination et l’existence du capitalisme lui-même. Il y a de fait une construction politique de l’ignorance. Car même si des mouvements de protestations fleurissent ici ou là, et bien sûr on doit s’en réjouir, il manque ces repères intellectuels, il manque cette discipline de la pensée pour véritablement ouvrir une brèche qui peut s’avérer déterminante.

J’ai confiance en l’intelligence collective pour peu quelle soit la plus libre et la plus armée possible. De surcroît, c’est parce que le peuple s’orientera vers un rejet massif du système établi au travers de cette discipline de la pensée que j’évoquais, que notre parti et d’autres devront (pour certains) se résigner à revenir dans le giron d’un communisme affirmé et assumé. Il nous faut impérativement produire de la pensée à tous les niveaux de la société. Il suffit de voir l’évolution sociologique des cadres du PCF pour comprendre certains phénomènes récents. A bien des égards nous nous sommes éloignés du peuple que nous disons pourtant incarner. Il doit se retrouver en nous ce peuple, tout comme nous devons nous retrouver en lui. Je précise que je parle de peuple pour ne pas parler de classe ouvrière dont le concept demande à être discuté aujourd’hui comme hier. Un débat que je n’ai pas les capacités et le temps de relater dans ce petit billet d’humeur.

Bref il y a énormément de travail et de question à se poser. Le PCF, c’est mon avis, est actuellement et depuis l’avancée du courant réformiste dans l’erreur. Néanmoins, l’histoire nous rattrape et la crise capitaliste que nous traversons depuis quarante ans maintenant permet de saines et pertinentes réinterrogations à la base. Une base qui refuse le mutisme et qui monte en pression. J’y vois donc des éléments encourageants pour l’avenir.

Guillaume Sayon
Adjoint à la culture à la mairie d’Avion

Tiré de son blog

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