Il y a foule de communistes en France ! Mais pourquoi ne les entend-on pas ?

L’histoire de l’émiettement communiste et l’histoire (du début) de la reconstruction

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L’article de Gilles Questiaux « Il y a foule de communistes en France ! Mais pourquoi ne les entend-on pas ? » pose une question utile. Mais il aboutit à une réponse qui est en quelque sorte une tautologie. Pour construire l’unité des communistes et dépasser leur émiettement, il faut… nous unir dans un même parti. Autant dire que l’article ne nous dit rien d’autres que « il faut... ». Pourtant l’article fait des constats bien réels, notamment sur les postions politiques qui sont partagées par de nombreux militants pourtant dans des groupes ou organisations diverses, dans et hors du PCF,mais aussi sur l’histoire.

Oui, il y a crise du mouvement communiste, qui apparaît avec force au tournant des années 90 avec la chute de l’URSS, mais dont on peut discuter des traces bien avant, dans l’histoire complexe des stratégies de l’internationale communiste entre rassemblement populaire national et internationalisme, stratégies de front et stratégies de classes comme on disait, dans les suites du rapport Kroutchev, dans la recherche d’une voie pacifique au socialisme refusant de regarder en face ce que révélait le coup d’état au Chili, dans la recherche d’une voie électorale qui allait conduire au programme commun et à la domination de François Mitterand…

La perception d’une « opposition interne de moins en moins audible » est sans doute typiquement parisienne. C’est en effet à Paris que l’opposition s’est le plus fortement exprimée dans les années 80 et 90, jusqu’à pouvoir penser être majoritaire, avant de s’émietter plus fortement que partout. Cependant , le « récent remarquable succès des communistes de Vénissieux », n’est pas « l’exception qui confirme la règle ». Les résultats des départementales, comme la victoire de Gardanne dans des conditions proches de Vénissieux montre les possibles. Les bases d’opposition en Province sont en général moins divisées que dans la région parisienne. En fait, chaque situation est le produit d’une histoire, avec les caractéristiques du parti, fortement ouvrier dans le Nord, marqué par la résistance dans l’Allier, par le communisme municipal dans le Rhône…

Partout, les communistes ont subi de terribles chocs, le premier étant la terrible pression patronale dans les restructurations du travail, défaisant les collectifs ouvriers par tous les moyens, de l’intégration à la répression et la destruction. Mais il y aussi la guerre idéologique de la fin de l’histoire, du capitalisme triomphant, l’utilisation médiatique des « alters » de toute sorte réduisant le marxisme à une nostalgie et habituant les colères populaires aux solutions « dans » le système, jusqu’à cette écologie politique qui nous dit que tout est dans les « gestes qui sauvent », dans le local, seul lieu de l’action, même si on peut rêver au global. C’est exactement l’inverse de l’origine du mouvement communiste qui travailler, à partir des luttes concrètes, à construire le rapport de forces global pour poser partout la question de la rupture, de la révolution.

Comment s’étonner dès lors que les communistes aient reculé ? On peut faire l’histoire des décisions de direction qui ont accompagné ces reculs au lieu de leur résister, qui ont parfois organisé une véritable démission collective de l’organisation communiste abandonnant ses principes et ses règles de fonctionnement. Mais ce n’est pas la question déterminante du jour, parce que ces décisions n’ont jamais défait totalement le parti communiste en France, contrairement à l’Italie par exemple, et que un peu partout des communistes cherchent, hors ou dans le PCF, avec leurs expériences, leurs forces, les voies d’un retour du parti communiste.

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L’émiettement communiste n’est pas un défaut qui tiendrait aux acteurs de tel ou tel groupe, même si le sectarisme, le gauchisme ou à l’inverse l’électoralisme, existe bien entendu. Mais l’émiettement est d’abord un fait historique liée aux conditions historiques du recul du mouvement communiste, et bien entendu aux réalités sociales et politiques des luttes de classe dans un pays capitaliste développé, dont une part de la richesse vient de sa dimension impérialiste, et qui donc, comme le montrait Lénine, peut corrompre une partie du mouvement ouvrier « intégré » dans le système de domination.

Les contradictions entre les fonctionnaires et assimilés dans un secteur public qui reste protégé par son statut et les secteurs les plus précaires du travail, entre les secteurs industriels et les secteurs de services… ont produit des divisions dans le mouvement social, syndical et politique qui expliquent la diversité des trajectoires de militants communistes dans les dernières décennies. La direction d’un parti communiste a comme tâche première de construire en permanence cet intellectuel collectif qui assure en permanence que les histoires locales s’inscrivent dans l’enjeu global de la révolution. A l’évidence, et indépendamment même de ses erreurs stratégiques, les directions communistes successives n’ont pu jouer ce rôle, et l’organisation communiste s’est émiettée...naturellement ! A vrai dire, on ne peut que constater que les dirigeants successifs des différentes oppositions internes et externes n’ont pas non plus pu ou su jouer ce rôle unificateur ! Là encore, peu importe ce que les historiens en diront un jour, c’est pour nous de l’ordre du constat.

Donc, s’il faut chercher le chemin d’une reconstruction communiste, ce ne peut être en cherchant un « truc » qui viendrait compenser ce processus historique d’émiettement. Ce ne sont pas nos déclarations d’intentions qui vont modifier cette réalité historique, mais le mouvement des contradictions elles-mêmes, autrement dit, comment les luttes de classes vont pousser les acteurs à dépasser leurs luttes locales pour reposer la question de la révolution, ce qui « naturellement » les poussera à rechercher un processus unitaire. Car pour que l’accumulation des révoltes deviennent une révolution, il faut une capacité à penser une stratégie, organiser des acteurs présents dans les mouvements sociaux pour la mettre en œuvre, il faut donc un parti communiste. Mais on peut le dire et le répéter parce qu’on à lu « Que Faire ». ce n’est qu’une connaissance théorique ! C’est quand on est confronté à la question concrète, par exemple quand des militants font face à l’exigence de convergences de luttes inter-entreprises, entre différentes régions, dans une filière économique, dans les relations internationales…

Alors que faire de tous les groupes qui existent, qui se parlent ou pas, se critiquent ? Que faire aussi des communistes qui continuent à agir dans le PCF, pas parce qu’ils ont des illusions sur l’évolution possible de sa direction, mais parcequ’ils jugent, là ou ils sont, que c’est le plus efficace.

L’expérience personnelle de Gilles le pousse à espérer une solution qui viendrait résoudre le problème en quelque sorte « par en haut ». Il ne trouve pas comment agir avec d’autres communistes au PCF à Paris, et tombe dans un idéalisme de l’intention qui serait déterminante. Il généralise sa situation en considérant que le PCF est inutile et qu’il faut « évidemment nous unir dans un même parti, nous donner des tâches concrètes, raisonnables mais ambitieuses, et nous ouvrir largement au peuple ». Il considère qu’il suffit de l’affirmer parce qu’il ne voie pas pourquoi on est dans cette situation, qui se résumeraient à « des difficultés connues et classiques : pour s’unifier, il faut convenir de statuts, d’un programme (ce qui au semblerait assez facile) et d’une direction. Bien d’autres les ont résolus dans le passé, pourquoi pas nous ? »

Mais quand il dit « Rien ne justifie la dispersion des communistes », il se trompe, car il faut au contraire comprendre le processus historique bien réel qui a produit cette dispersion ! Rien ne la justifie car la situation exigerait de la dépasser, mais elle se justifie par sa propre histoire, qui n’est pas une histoire artificielle qui se résumerait aux questions de personnes. Au contraire, il faut comprendre comment des divisions successives sont nées des réalités sociales dans un contexte politique donné. Et il faut résoudre pas à pas ces questions politiques, idéologiques et pratiques qui ont fait cette dispersion. On ne peut les déminer une à une que dans l’intervention politique dans le mouvement social. Gilles a raison de citer la question du socialisme réel et des causes de sa chute comme une question décisive d’un processus de reconstruction communiste.Mais c’est loin d’être la seule question !

On peut prendre l’exemple de la perception de ce qui devrait constituer la classe ouvrière aujourd’hui, avec le point de vue par exemple de Said Boumamas, qui insiste sur sa composition immigrée et le lien avec le colonialisme Français, et le point de vue d’André Gerin, qui insiste sur l’urgence de relever le défi de la souveraineté nationale pour reposer la question de classe face au poison du nationalisme d’extrême-droite. Certains pourraient les considérer comme des opposants absolus, alors que si on prend le débat d’un point de vue de classe, on peut dialectiquement montrer comment question nationale et de classe interagissent. André Gerin dira « français immigrés, solidarité », et Said Boumamas dira « unité de la classe ouvrière telle qu’elle est », et les voies d’un rapprochement seront ouvertes. Mais rien ne sert d’avoir ce débat dans un salon. Il faut le poser dans des rassemblements réels, dans des entreprises ou des quartiers où transformer ce débat en organisation, en adhésion, en formation, en dirigeants.

Poser la question en terme de « qu’attendons-nous pour nous réunir en un seul parti ? », c’est faire croire que chacun est dans l’erreur dans sa situation léguée par l’histoire, alors que ceux qui militent et tentent de résister et construire, quelque soit leur situation politque ont raison de continuer. Pour une part, c’est plutôt le plus grand nombre de ceux qui ont démissioné de leur engagement qui ont tort... C’est aussi une déclaration incantatoire qui de fait pousse à la division notamment entre communistes dans et hors du PCF, alors que tout au contraire devrait les pousser à se parler dans le respect des situations de chacun.

Ainsi, répondre à la question « Il y a foule de communistes en France ! Mais pourquoi ne les entend-on pas ? », c’est d’abord reconnaître la réalité du rapport des forces dans lequel les forces communistes agissent, et c’est ensuite accepter que le rythme d’évolution de ce rapport de forces ne se décide dans aucune instance, conférence, rencontre, assises ou autre congrès. C’est le mouvement social dans les luttes de classe qui pose des questions auxquelles il peut répondre, pour peu que des militants fassent un effort d’organisation. Et dans la situation actuelle, l’effort d’organisation utile, c’est de respecter toutes les formes organisées d’engagement communiste, leur donner les outils pour se parler, parler ensemble quand c’est possible, et faire converger patiemment leur manière d’exprimer l’exigence révolutionnaire dans les luttes populaires.

C’est un défaut de jeunesse de vouloir brûler les étapes. Il faut reconnaitre les causes profondes de l’histoire de l’émiettement communiste pour accepter de travailler sans impatience à l’histoire de sa reconstruction.

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