Création d’une association des anciens de la JC...

Jeunesse et précarité, un débat stimulant...

, par  pam , popularité : 4%

Le renforcement d’un mouvement de la jeunesse communiste dans le Rhône comme dans d’autres départements décoiffe. Des jeunes sans complexes se réapproprient l’histoire communiste, confrontent les débats idéologiques actuels à l’histoire des idées et à l’apport du marxisme... Ils le font avec la passion et l’engagement qui caractérise la jeunesse et ça bouscule... tant mieux !

C’est pourquoi il faut aider à tisser des liens utiles avec l’ensemble des communistes, à gérer les contradictions qui existent nécessairement avec un parti qui est fortement marqué par la gestion municipale et la place des élus dans le contexte historique d’union de la gauche, à faire grandir ce point de vue communiste de la jeunesse, à l’aider à se consolider et se renforcer, à relever le défi toujours délicat pour la jeunesse du passage entre générations, et bien sûr à terme à renforcer ensuite le parti lui-même, à éviter aussi les pièges du gauchisme et élargir le rassemblement communiste malgré les divisions existantes du parti...

Personne n’a de leçons à donner à la JC, mais tout ce qui permet de renforcer des liens politiques solides entre la JC et le parti est une bonne chose, pour le parti comme pour la JC.

C’est sans doute le sens profond de cette rencontre à Pierre-Bénite de la JC avec ses anciens, et plus généralement des communistes, notamment de cette ville avec le premier adjoint, Daniel Deleaz, venu saluer la jeunesse dans cette salle Ambroise Croizat, tout un symbole !

Et les jeunes avaient choisi d’organiser cette rencontre sous forme d’un débat comme ils les multiplient, sur un thème politique de leur activité, pour lequel ils démontrent une capacité d’analyse et de réflexion très forte, et une vraie qualité d’organisation : une introduction argumentée et écrite, une gestion précise des interventions, et une conclusion claire... dans un timing maitrisé.

J’espère qu’ils pourront faire un compte-rendu assez détaillé du débat utile qui a suivi, autant par les témoignages de jeunes, de la JC comme de la JOC, que par ceux des militants du parti présents.

Mais ce débat m’a donné envie de réagir car les écoutant avec intérêt et surpris devant le nombre d’intervenants, tous apportant une réelle contribution à la discussion, je me suis inscrit trop tard.

Pour ma part, je voulais insister sur le lien étroit entre précarité et exploitation...

Car le risque dans une action qui dénonce la précarité, c’est d’en faire une caractéristique spécifique à la jeunesse, ou une catégorie de salarié à part, comme si en quelque sorte, être précaire était une situation de la personne et pas de son emploi. On pourrait ainsi dire qu’un précaire est "plus exploité" qu’un non précaire, ce qui pousse en fait à opposer les catégories selon les formes d’exploitation. Or, il y a des "précaires" dans quelques secteurs porteurs qui ont une relative assurance de passer d’un poste à un autre, tant qu’ils sont en forme avec la compétence qui garantie leur "employabilité", et il y a des salariés rivés à leur poste en CDI, surexploités par l’intensité et la durée du travail, jusqu’à épuisement ou restructuration...

Chômeurs et travailleurs, Précaires et Statutaires, nous sommes tous exploités !

Il me semble au contraire qu’il faut montrer que la précarité est une des formes, devenue majoritaire dans de nombreux secteurs, de l’exploitation. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas parler concrètement de la précarité, des temps partiels, de la fin du CDI... mais il faut le faire en montrant toujours que sous toutes ces formes, l’exploitation renvoie au fonds au rapport entre travail et capital, et que le statutaire permanent à temps plein est donc, souvent, tout autant exploité que le précaire faisant le même type de travail.

De ce point de vue, la précarité joue un double rôle. Elle organise l’exploitation directe uniquement quand celle-ci est nécessaire au patron, et renvoie le reste du temps dans le même statut que le chômage, c’est-à-dire celui de l’armée de réserve, toujours disponible pour l’exploitation, mais organisant la concurrence entre les travailleurs pour faire baisser le coût du travail.

Cette analyse conduit à faire attention aux déclarations qui caractérise une particularité de telle ou telle situation, sans montrer en quoi elle contribue à une situation globale d’exploitation. Ainsi du chômage. Certes, les restructurations industrielles notamment renvoie chaque année des milliers de travailleurs au chômage, mais au total, il y a plus de travailleurs au boulot en 2012 qu’en 2000 ou qu’en 1980... Car il y a plus d’actifs, que les femmes travaillent désormais massivement...

Et les études sur le nombre d’emploi de l’INSEE nous montre que l’enseignement a perdu 150.000 emplois en 10 ans... ce qui ne vient pas naturellement à l’esprit quand on parle des suppressions de poste.

Revenons à la jeunesse... il y avait plus de jeunes de 15 à 24 ans à l’ANPE en 1981 qu’à Pôle Emploi en 2012... Pourquoi ? Bien sûr parce qu’ils sont plus scolarisés, pour une part parce qu’on les enlève ainsi des statistiques du chômage, mais aussi pour une part parce que les études s’allongent. Mais ce qui est important à souligner, c’est qu’il y a des milliers de jeunes qui travaillent ! Ils sont massivement précaires, à temps partiel, saisonniers, ou même stagiaires, mais ils sont exploités au travail !

Caractériser les situations spécifiques, de chaque catégorie, métier... est nécessaire pour organiser la résistance à partir des questions concrètes, mais si on en reste à la spécificité de chaque situation, on ne favorise pas nécessairement la mobilisation, car tout le monde sait qu’au fonds, on ne peut pas s’en sortir localement ou dans une revendication spécifique, sans mettre en cause la logique profonde de chaque situation spécifique, l’exploitation du travail, quel qu’en soient les formes. C’est le sens d’un syndicat de classe, affirmant que la lutte des travailleurs est au fonds une lutte pour un changement de société, et c’est seulement sur cette base que le syndicat peut être rassembleur.

De fait, on sait que le chômage est nécessaire au système, justement pour renforcer au maximum l’exploitation... Le capital a un besoin vital du travail, il le détruit autant que possible, mais, c’est sa contradiction principale, il ne peut se renouveler sans trouver un travail à exploiter !

Mais d’où vient la conscience de classe ?

Une question complémentaire est revenue souvent dans la discussion. Pourquoi ne constatons-nous pas plus de mobilisations ? pas plus de réactions devant de telles agressions contre les conditions de vie et de travail ? Et parfois la réponse semble être "parce que la conscience de classe n’est pas assez forte", et ce qui conduit alors de nouveau à la question "pourquoi", la réponse renvoyant aux choix historiques faits par le parti communiste, qui aurait la responsabilité de cette baisse de la conscience de classe.

Certes, les choix du PCF et notamment depuis Martigues, la campagne de Marie-Georges Buffet en 2007 évitant soigneusement de parler de luttes de classe, celle du PCF en 2012 refusant de parler de nationalisation et de socialisme, tous ces choix stratégiques ont bien sûr un impact bien réel sur les consciences... Mais il faut pourtant noter que les dirigeants du PCF se sont rarement fait engueuler sur ce sujet par les travailleurs eux-mêmes... Et mieux encore, de nombreux groupes d’extrême gauche ont continué à utiliser un vocabulaire marxiste de luttes de classe sans connaitre de progrès militant ou électoral. Et c’est en assumant le même type de transformation que la LCR devenue NPA a connu au contraire quelques succès...

Est-ce que nous résoudrons ce problème par un effort de pédagogie ? de propagande ? Il faudrait en quelque sorte avec notre drapeau partout reconstruire cette conscience de classe, principalement par une bataille idéologique.

Cette hypothèse ne me semble pas très marxiste, comme si les idées venaient principalement de la discussion "intellectuelle" ou de la propagande. Or, tout nous montre, y compris les extraordinaires moyens de propagande soviétiques et les encore plus extraordinaires moyens de propagande états-uniens, que cela ne suffit pas à faire grandir une idée dans les masses pour qu’elle devienne une force matérielle...

De fait, la conscience ne progresse que par l’expérience, dans la réalité du travail et de ses contradictions. C’est un constat connu de la pédagogie comme science... Et la conscience de classe ne nait que quand les travailleurs découvrent une idée comme une réponse utile à une question concrète qui leur est posée, et que cette réponse ouvre vers une perspective globale pour la classe toute entière, quand cette réponse pose, à partir de leur préoccupation concrète, la question de l’unité de la classe toute entière, quand, posant leur revendication et discutant des conditions nécessaires pour l’imposer, les travailleurs réalisent qu’ils imposent le point de vue de leur classe sociale toute entière, contre la classe dominante, et qu’ils ont besoin de faire des alliances avec toutes les classes non capitalistes pour gagner leur propre revendication.

Ainsi, il me semble que pour mobiliser plus largement contre la précarité, il faut bien sûr dénoncer ce que les précaires connaissent, mais il faut le faire en montrant que c’est un mode d’exploitation, comme le chômage, mode d’exploitation qui permet une organisation du travail hyper-productive, dont les faibles sont exclus, tout en reposant sur des bas salaires...

Nous avons donc besoin de revendications, de campagnes, qui partent des situations concrètes pour faire émerger la conscience de l’unité de classe... Oui, un bon slogan pourrait être "précaires, statutaires, même combat" ou "chômeur, tu es exploité comme celui qui bosse !"

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