Front de Gauche : Est-il possible d’aller vers un Front Populaire ?

dimanche 15 avril 2012
par  pam
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Le succès des meetings organisés par le Front de Gauche pour la campagne des présidentielles fait événement, mais pousse d’autant plus à s’interroger sur la suite, les conditions de mobilisation populaire après l’élection, le rapport de forces dans les luttes qui sont indispensables pour qu’une majorité de gauche engage une politique de rupture, mais qui sont encore plus indispensable si une telle politique de rupture était menée, compte tenu des résistances acharnées, de la guerre sociale, économique, idéologique, médiatique qui serait alors organisée par la bourgeoisie, le Medef et tous ceux qui sont les gagnants du capitalisme sans frein d’aujourd’hui.. et ils sont nombreux !

Dans ce contexte, les décisions que prendront les communistes, leurs députés à la prochaine assemblée, leurs dirigeants qui seraient sollicités pour un éventuel gouvernement de gauche, et tous ensemble à leur prochain congrès seront déterminantes. Comme depuis des années, la question de la nécessité ou non du parti communiste sera posée, ce que font déjà ceux qui proposent de transformer le Front de Gauche en parti politique.

C’est avec cette question cruciale en tête que, comme beaucoup de communistes, je poursuis la bataille pour faire vivre et renforcer le PCF, en décidant d’utiliser le vote Mélenchon comme porteur de l’exigence de virer Sarkozy, de faire reculer Le Pen et d’engager une vraie rupture politique, tout en mesurant les illusions, électorales, politiques, sociales qui s’expriment dans ce vote et la dureté des combats qui s’ouvriront après les élections, quelque soit son résultat, même extraordinaire.

Tentons de comprendre comment le vote des présidentielles et législatives va influencer sur ces rapports de forces.

Comment organiser les luttes pour le changement ?

Si le besoin de virer Sarkozy était et reste le fait dominant de cette période électorale, à la différence de 1981, le peuple n’attend pas de miracle de la gauche telle qu’on l’a connue, de la gauche que représente le candidat socialiste. Et chacun sait bien que la guerre menée contre les peuples, symbolisée par l’agression sauvage contre le peuple grec, cette guerre utilisant l’arme de destruction sociale massive que représente la « dette », cette guerre qui s’attaque contre le peuple espagnol ces derniers jours, cette guerre se déchaînera sur le peuple Français dès cet été. Le contrat de 6 mois proposé par Sarkozy pour « sauver » le site pétrolier près de Rouen est tout un symbole, la « trève » électorale [1] n’est bien que provisoire. Quel que soit le résultat des présidentielles et législatives, la France sera confrontée aux exigences de l’Union Européenne, des marchés, du patronat, du secteur bancaire, qui exigeront une réduction accélérée des dépenses publiques. Certains se souviennent des pressions politiques et économiques qui ont conduit Mitterrand au « tournant de la rigueur » en 1983. Mais en 2012 ce sera puissance 10, à la hauteur de cette crise systémique dont le capitalisme ne peut se sortir que par la guerre totale [2].

Le programme partagé porté par Mélenchon met en avant des revendications qui veulent ouvrir une perspective politique au mouvement social qui s’est exprimé sur le CEP, la recherche, les retraites, l’école, mais qui faisait face à la violence d’une droite décomplexée...

Mais il y aurait une illusion terrible, notamment pour les syndicalistes et militants associatifs de penser qu’une majorité de gauche, dynamisé par un Front de Gauche au plus haut, ferait disparaître par décision gouvernementale ce mur de l’argent contre lequel les grèves et manifestations se sont heurtées toutes ces dernières années !

Car, on sent déjà comment la droite, et avec elle, toutes les forces « gouvernementales », y compris des écologistes, toutes les forces « pro- européennes », utilisent la crise comme outil de division pour opposer les revendications sur les salaires aux inégalités, opposer salariés à contrat avec précaires et chômeurs, opposer les dépenses publiques aux dures conditions de travail du secteur productif... C’est ce que symbolise Sarkozy parlant du peuple, Bayrou parlant de l’industrie. Une telle bataille, décuplée après les élections, deviendrait une véritable guerre sociale tous azimut en cas de rupture politique, et poserait au mouvement social la même question qu’en 2009 : comment élargir toujours plus le rassemblement populaire jusqu’à le rendre irréversible ? Mesurons bien l’ampleur de ce qui est à faire. Passer des 3 millions de manifestants de 2009 à 5,10, 15 millions de manifestants ! Or, Jean-Luc Mélenchon aura mobilisé sans doute 500 000 personnes, ce qui est énorme pour les campagnes politiques depuis 30 ans, mais encore très insuffisant pour une véritable insurrection citoyenne. D’ailleurs en dehors des grands meetings fortement médiatisés, chacun peut constater que la campagne de terrain est très proche des précédentes, et dans mon expérience confrontée autant à l’abstention et au vote utile qu’à l’espoir du changement ! Le campus de la Doua, lieu symbolique du premier grand meeting de Mélenchon reste presqu’insensible à la campagne électorale, peu d’affiches, peu de tracts, et mobilisation difficile malgré l’urgence d’agir contre la casse de l’université...

La leçon des mouvements forts mais sectoriels sur la santé, l’école, la recherche, la retraite... c’est qu’une condition essentielle est d’inscrire chaque revendication sociale dans sa cohérence avec toutes les revendications, c’est à dire à l’isncrire dans l’intérêt général de tout le peuple. Or, il peut y avoir contradiction entre des revendications. Le cas de l’entreprise Brandt à Lyon, reprise par une coopérative ouvrière espagnole qui met en œuvre un plan de restructuration est illustratif, comme celui de cette bagarre devant le tribunal de commerce entre syndicalistes de deux sites industriels mis en concurrence. Mais le plus important est bien que la fracture sociale entre « inclus » et « exclus » pèse y compris sur le mouvement social. Au plus fort de la bagarre sur les retraites, chacun mesurait bien que la masse des précaires, chômeurs et des quartiers populaires ne faisaient pas de cette revendication leur propre bataille.

C’est le risque d’une lecture électoraliste du programme partagé, l’illusion qu’il suffira qu’un gouvernement l’applique pour que les problèmes se résolvent, comme si le cœur du rapport de forces n’était pas d’abord dans le peuple lui-même. L’appel à l’insurrection citoyenne tente d’agir contre ces illusions électoralistes, mais qui mesure réellement la capacité du peuple à ce mouvement dont il faut bien dire son nom, celui d’une révolution nécessaire ?

N’oublions pas la leçon chilienne. Si le coup d’état de Pinochet a finalement été décidé et organisé par la puissance US, il a été rendu possible par la situation sociale contradictoire marquée à la fois par les forces de soutien au changement, et par l’utilisation des contradictions sociales par la bourgeoisie pour diviser le peuple, ce que symbolisait la grève des transporteurs bloquant l’activité minière essentielle à l’économie chilienne. La leçon des mouvements sociaux récents est bien que nous ne sommes pas du tout prémunis contre de telles situations !

L’insurrection citoyenne, c’est s’engager dans une révolution !

- Oui, une des clés de l’augmentation massive des bas salaires, c’est la limitation des plus hauts salaires, mais c’est aussi un bouleversement dans la nature des activités économiques, des investissements massifs dans des secteurs industriels à reconstruire qui supposeront des réductions massives de dépenses dans d’autres secteurs, notamment liés aux choix de crise du capitalisme, de l’arme nucléaire au secteur publicitaire. Un tel bouleversement aura comme conséquence la création de milliers d’emplois, mais aussi la suppression de milliers d’autres. Si le bilan serait positif pour le peuple, il serait aussi la base sociale de la bataille que mènera la bourgeoisie, d’une ampleur dépassant largement celle du mouvement pour l’école privé en 1984.

- Le remboursement à 100% de tous les médicaments et soins utiles par la SECU, met en cause le fonctionnement actuel des mutuelles et leurs dizaines de milliers d’emplois, de leurs avantages acquis. Pour garantir le droit au médicament, il faut prendre la main sur leur production et distribution qui sont aujourd’hui guidé par le marché. Mais cela conduira à rationaliser le secteur pharmaceutique, cesser la production de « variantes » commerciales qui n’existent que pour créer un marché à forte marge, organiser la chaine logistique du médicament autour des centres de santé et sans doute des pharmacies, mettre en cause le packaging commercial... Ce sont là encore des dizaines de milliers d’emplois bouleversés...

- Devant le constat que la majorité des patrons sont aujourd’hui des rentiers, que ce capitalisme facteur historique de développement est aujourd’hui le capitalisme du désastre, le monde du travail est-il capable « d’entreprendre », de décider par lui-même où investir, comment, pour quel produit, dans quelles conditions de production, avec quelle efficacité économique, en assumant les enjeux de financement, d’équilibre de marché, de qualité des produits, dans un contexte mondial qui restera celui de la concurrence « libre et non faussée », de la guerre de tous contre tous ? Comment mettre en œuvre ce « droit de préemption » que met en avant avec raison le Front de Gauche dans un contexte ou la première revendication des salariés d’une usine restructurée est le niveau de leurs indemnités de licenciements ?

- Dans la crise de l’école où on mesure si souvent les tensions entre parents et enseignants, le poids d’une réelle fracture sociale qui se traduit par le phénomène massif de « l’évitement scolaire » d’un coté, et souvent le pré-étiquetage social des élèves par une école de plus en plus soumise aux critères quantitatifs de réussite individualisée, comment dépasser ces contradictions pour mobiliser autour de la transformation de l’école ?

Prenez le pouvoir ? Attention, il ne sera pas donné, et l’Union Européenne est son gardien !

Bref, le peuple doit prendre le pouvoir non pas pour revenir à ce qui se faisait dans les années 70, non pas pour défendre ses revendications locales ou sectorielles, mais pour jouer son rôle dirigeant dans une révolution politique, économique, industrielle, technologique...

Les mouvements sociaux des années 2000 ont tous buté sur la même difficulté, porter à partir des revendications sectorielles, un projet de société porteur de l’intérêt général de tout le monde du travail, du plus intégré dans le système au plus précaire. Cette fracture sociale qui rend la société Française de plus en plus violente est le principal défi pour aller vers un véritable Front Populaire. Ce ne seront pas la rencontre des manifestations socialistes et communistes qui en seront le fait marquant, mais la rencontre du mouvement social des entreprises, des fonctionnaires, des précaires et des quartiers populaires.

Ces contradictions seront exacerbées dans l’attitude face à l’Union Européenne. C’est de là que viendront des actions violentes contre toute mesure de rupture politique en France. Sanctions économiques, politiques, réglementaires qui pousseront tout gouvernement de gauche à la question de la « désobéissance européenne ». C’est une question qui divise à gauche, [3] entre ceux qui posent la question de la sortie des institutions européennes et ceux qui affirment qu’un changement politique à l’échelle de l’Europe est possible. Or, c’est aussi sur cet enjeu de la construction institutionnelle européenne que la fracture sociale et politique s’est cristallisée en France avec le NON de 2005 ! C’est un des ressorts utilisé par l’extrême droite, et même Sarkozy pour diviser le peuple.

Le rôle historique du parti communiste

Ouvrir la perspective d’un véritable Front Populaire, qui imposerait avec succès les revendications principales du programme partagé, suppose de prendre conscience de ces risques de divisions du peuple et donc des conditions de construction de son unité, de sa capacité à s’engager dans un processus révolutionnaire en résistant aux contre-attaques de toute sorte, en surmontant les contradictions entre revendications locales et globales, immédiates et de long terme, en assumant des choix prioritaires et donc des insatisfactions sociales. Cette unité suppose de renverser enfin la coupure avec la classe ouvrière, émiettée autant par la guerre économique menée par la patronat que par la désertion idéologique et militante du monde ouvrier, notamment par le parti communiste.

Car c’était son rôle historique, organiser le mouvement du peuple sur une base de classe dépassant les revendications sociales pour affirmer l’intérêt global du prolétariat, capable d’unir largement classe ouvrière et paysans avec les ingénieurs, cadres, enseignants, fonctionnaires, intellectuels et artistes, capable d’appeler au renforcement de la production comme en 1945, capable de mesurer avec réalisme les rapports de force et donc le niveau des objectifs politiques à mettre en avant comme en 1968. Personne ne peut confondre le Front Populaire et le parti communiste ! Mais personne ne peut croire que le Parti de Gauche peut jouer ce rôle historique d’outil du rôle dirigeant du prolétariat.

Les communistes ont donc une responsabilité historique à faire vivre et renforcer le PCF, et à poser cette question au cœur des mobilisations portées par le Front de Gauche, comme partout ou pèse encore le doute électoral et l’abstention.


[1] trève toute relative quand on pense aux dizaines de sites industriels en cours de destruction dans le silence des médias

[2] oui, le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée l’orage

[3] y compris dans le Front de Gauche, Jean-Luc Mélenchon étant parfois plus radical dans la désobéissance européenne qu’une part de la direction du parti très européiste


Commentaires

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samedi 21 avril 2012 à 16h38, par  Roquet

Bien d’accord avec toi, PAM. Dès lors qu’il y a Front de Gauche, il est logique que les candidats soient présentés dans le cadre du Front de Gauche. Encore faut-il que ce soit avec chacun, titulaire et suppléant,son étiquette. En vocabulaire politique, entre des partis et formations ayant chacun son identité,son fonds doctrinal,son organisation, un front est un accord sur un objectif commun à un moment donné, dans des circonstances données. Ce n’est pas une fusion, ce n’est pas la disparition de l’un ou de l’autre. Aux législatives de 1936, le Parti communiste faisait sa propre campagne dans l’objectif d’une victoire d’un Front populaire, il a obtenu dans la nouvelle Chambre ses propres députés (72). C’est dire s’il y a déjà quelque abus à comparer le Front de Gauche avec le Front populaire. Mais faire que des législatives de juin ne sortent que des députés Front de Gauche et non des députés communistes,ou du Parti de Gauche, ou de la Fase, ou autres, qu’il n’y ait donc PAS DE DEPUTES COMMUNISTES dans la prochaine assemblée, les communistes sincères le savent-ils, le mesurent-ils ? En tout cas il me semble important de tout faire pour le leur faire savoir, avec l’espoir que cela suscite une réaction. Fraternellement, Roquet

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samedi 21 avril 2012 à 10h06, par  pam

tu as bien raison de poser la question. Michèle Picard est candidate pour une gauche populaire de combat présentée par le parti communiste et le front de gauche. Mais il est vrai que peu de candidats du PCF se présentent comme candidat communiste. Paul Barbazange avait au début de sa campagne fait une affiche avec le logo PCF en gros. Ce n’est certes pas le cas général, et la pression médiatique pour le Front de Gauche a visiblement écarté de plus en plus le parti communiste du devant de la scène... même si dans quelques circonscriptions, des sections du parti présenteront des candidats PCF parfois contre l’accord national du FdG. L’Huma ne parle plus que de la gauche en général et du Front de Gauche en particulier, la stratégie "PGE" est devenue dominante et Pierre Laurent devient de plus en plus président du parti de gauche... européen avant de l’être du nouveau parti de gauche Français ?

Cependant, attention à ne pas confondre campagne électorale et stratégie politique même si bien sûr la première met en oeuvre et donc révèle la deuxième... Mais dans chaque situation locale. A Vénissieux, depuis que nous avons regagné le député en 1993, nous le conservons avec la moitié des voix socialistes des présidentielles. Ca n’empeche pas de faire une campagne au contenu communiste, mais sans considérer que le député cherche à convaincre tous ses électeurs d’adhérer au PCF ! Il y a bien une différence, et il est tout à fait normal pour un candidat de dire clairement qui il est (donc de dire qu’il est PCF), tout en menant une campagne large de rassemblement.

Que se passera-t-il après les présidentielles ? J’espère que certains députés communistes, quelles que soient leur campagne électorale, demanderont que le nom du groupe parlementaire fasse référence au PCF, sachant que ce n’est déjà plus le cas depuis 3 ans... Mais ce ne sera pas la seule question... ! L’accord PCF PG sera-t-il respecté ? Quid de la participation gouvernementale que Mélenchon annonce refuser de toute façon, mais que la direction du parti et l’huma valorisent en permanence sans l’avouer ouvertement.. ? Le FdG deviendra-t-il un parti politique comme le réclame de plus en plus de ses soutiens ?

A vrai dire, nous n’en savons rien, mais pour ce qui nous concerne où nous sommes, nous essayons d’être cohérent et rassembleur des communistes, tout en étant surtout utile au rassemblement populaire...

Tout s’accélérera sans doute entre présidentielles et prochain congrès du PCF après les assises du Front de Gauche... Mais tout sera surtout accéléré par la crise et la guerre sociale menée par l’UE du capital...

Le problème n’est pas tant de jouer aux devinettes, mais de chercher dans chaque lieu et situation ce qui renforce le mouvement populaire et la capacité à reconstruire le PCF...

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vendredi 20 avril 2012 à 17h54, par  Alain Agius

pour ma part je ne voterais pas melenchon mon vote seras protestataire a l’encontre de mon parti je voterais pour la candidate qui n’a pas "honte" de dire qu’elle est une candidate communiste

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jeudi 19 avril 2012 à 09h32, par  Roquet

Il est question au début de cet article des communistes et de leurs députés. Mais y aura-t-il des députés communistes ? Je vois déjà quelques affiches de "nos" candidats, ils y sont présentés chacun comme "candidat du Front de Gauche", pas du tout comme candidat communiste ou comme candidat présenté par le parti communiste dans le cadre du Front de Gauche, et n’y figure que le logo du Front de Gauche, rien d’autre. Comment un candidat du Front de Gauche, élu, deviendrait-il miraculeusement un député communiste ? S’il en est ainsi dans toutes les circonscriptions, s’il n’y a que des candidats Front de Gauche, point final, il n’y aura PAS DE DEPUTES COMMUNISTES dans la prochaine assemblée, pas de groupe communiste, pas d’existence parlementaire du communisme. Dès lors, comment pourrait-il en subsister une existence politique ? (Triste à dire, mais même Paul Barbazange ne se présente pas comme candidat communiste ou présenté par le PCF). Fraternellement, Roquet

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jeudi 19 avril 2012 à 08h47, par  pam

Ivan,

non seulement, je ne donne pas de leçons, mais j’essaie au contraire d’interroger ce qui se passe dans le réel dont il faudrait tenir compte, notamment pour ceux qui veulent "faire vivre et renforcer le PCF"

Car si j’essaie dans la mesure du possible de "penser" avec les outils que l’histoire nous a légué, je le fais pour agir et "transformer" le monde, et la première leçon du marxisme c’est de toujours partir du réel...

donc, mon texte cherche justement à bien comprendre ce qu’est ce mouvement autour de Mélenchon qui semble (médiatiquement) extraordinaire, et je cherche à savoir quelle est sa force potentielle dans les luttes de classes très dures qui sont devant nous.

Et tout ceux qui me donneront des raisons de penser que ce mouvement est porteur de quelque chose de plus qu’une campagne électorale me feront très plaisir ! Car c’est la seule chose qui justifierait le choix que beaucoup de communistes (dont moi) opposés à la stratégie FdG de la direction ont fait d’appeler à voter Mélenchon ! Si ce FdG est un chemin vers un véritable Front Populaire, alors tant mieux et nous nous y retrouverons...

Or, autour de moi, que ce soit dans mon quartier des Minguettes (certains diront que c’est de notre faute car nous avons combattu dans le parti la stratégie FdG), mais tout autant sur le campus de la Doua ou je travaille (avec une section qui pourtant défendait cette stratégie du FdG), ou dans ce que je vois ailleurs, je constate qu’en dehors des évènements médiatisés, le "mouvement Front de Gauche" reste très faible, et ne semble pas un outil d’organisation de la résistance populaire... Les sites internes, les meetings, l’huma... ne font pas le Front Populaire.

Donc tu as raison d’interroger ce qu’est la classe ouvrière aujourd’hui, ton livre avait apporté un regard utile, et il y a beaucoup de choses utiles écrites par des sociologues (Piallou), des économistes (production matérielle et non matérielle de Delaunay, des militants comme Hoareau sur le front de la précarité...). Mais nous manquons effectivement d’une analyse politique globale et partagée qui pourrait être la base de décisions d’organisation..

Le point qui me semble central dans notre expérience récente, notamment des derniers mouvements sociaux, est bien cette fracture entre une classe ouvrière "intégrée", avec une composante publique importante dont les intérêts catégoriels sont forts et pas toujours situé dans le cadre de l’intérêt général de la classe ; et une classe ouvrière "précarisée", la plus durement exploitée, la plus faiblement organisée...

Il ne s’agit pas seulement me semble-t-il de ce "lumpen prolétariat", qui était l’a coté de la classe ouvrière, mais cette partie précarisée me semble au contraire le coeur de la classe... et le décrochage du monde ouvrier dans le PC et le militantisme en général en est le symptôme

Ce sont les vraies questions de fonds pour les communistes, et le merdier politicien qui s’annonce pour le FdG tiraillé entre résistance populaire et participation gouvernementale, renforcement du PCF et création d’une nouvelle force politique.. je t’avoue que je m’en occuperai le moins possible... Que ceux qui ont fait le choix de cette stratégie l’assume...

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mercredi 18 avril 2012 à 08h10, par  Dautrey

Ivan, merci pour tes précisions utiles : je saisis mieux ton propos.
Reste aujourd’hui à savoir si un succès électoral de Jean-Luc Mélenchon est le déclencheur possible de la rupture dont tu parles. J’en doute mais j’aimerais me tromper…
Les écologistes apportent la preuve qu’une hirondelle dans les urnes ne fait pas un printemps politique : leurs 16% aux européennes de 2009 n’ont servi à rien, même pas à leurs propres ambitions politiques !
Mélenchon ou pas Mélenchon, il nous faut un projet communiste qui s’appuie sur les luttes. Je redoute par-dessus tout le salmigondis idéologique que tu décris.
Fraternellement…
Gilles

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mardi 17 avril 2012 à 19h55, par  Ivan Lavallée

Dommage, je ne sais pas comment avoir ton email. Me suis-je mal exprimé ? Possible car j’écris "au fil du clavier". Je suis complètement d’accord avec toi sur la dynamique que pourraît entraîner un collapsus politique en France. Je dis simplement , je cite "après et seulement après, dans le mouvement ainsi créé, en admettant que le FG arrive au pouvoir, avec ses répercutions imprévisibles aux plans tant européen que mondial que se posera la question " en fait j’aurais sans doute dû écrire que se poseront toutes les questions ... C’est bien ce que tu pointes s’agissant de 1792 ou de la Révolution Bolchévique, et je ne peux qu’être d’accord, d’ailleurs c’est bien ce que signifie "L’important me semble-t-il aujourd’hui c’est de provoquer le mouvement, après nul ne peut dire les FORMES qu’il prendra, on peut tout juste tracer des grandes lignes historiques, un projet, mais ça s’arrête là." L’essentiel pour l’heure c’est de provoquer la rupture, après, "à la grâce de Marx"... Mais sachant qu’il n’y a pas de révolution sans révolutionnaires (c’est pourquoi au magreb et au machrek, jusqu’ici on a eu que des révoltes, même si elles sont potentiellement porteuses d’autres choses, sauf en Lybie) ni sans théorie révolutionnaire, je pense (peut-être à tort ?) qu’une ré-évaluation du rôle des forces productives et des conséquences qui en découlent est absolument nécessaire si on ne veut pas tomber dans le salmigondi idéologique que la FASE (entre autres) essaie de promouvoir et la confusion idéologique qui a saisi un certain nombre de dirigeants communistes. C’est pourquoi dès 2002 j’ai écris "Cyber Révolution", mais je pense qu’il faut sérieusement le reprendre aujourd’hui même si le fil conducteur m’en paraît toujours pertinent.
Salut et fraternité
Ivan

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lundi 16 avril 2012 à 14h50, par  Dautrey

Camarade Lavallée, PAM ne prend pas spécialement un ton donneur de leçon, en tout cas pas davantage que toi.
Moi, je trouve qu’il cadre assez bien les difficultés auxquelles nous sommes confrontés.
On peut affectivement appeler Lénine en renfort d’un discours sur les "possibles" en période révolutionnaire. Je n’ai quand même pas le sentiment qu’il ait passé son temps à freiner le mouvement des quatre fers !
En tout état de cause, il est fort peu vraisemblable qu’au moment du déclenchement des hostilités en 1914, Lénine lui-même ait envisagé -à si brève échéance !- l’instauration d’un gouvernement révolutionnaire en Russie. Quant à l’instauration du socialisme dans une France isolée, c’est aussi stupide, effectivement, que l’instauration d’une république en 1792 au milieu des monarchies coalisées… Mais qui dit qu’un processus révolutionnaire conquérant en France (ou en Grèce !) n’entraînerait pas les peuples d’Europe dans son sillage ? Je ne dis pas que c’est couru, je dis que je n’en sais rien.
C’est vrai, j’ai un peu le sentiment que nos camarades qui promeuvent le Front de Gauche le font au nom de ce qui est "possible". Les communistes devraient plutôt, à mon avis, rendre "possible" la "nécessaire révolution" que tu appelles de tes vœux. Je ne suis toujours pas convaincu que ce soit le même chemin…

Logo de Ivan Lavallée
lundi 16 avril 2012 à 13h13, par  Ivan Lavallée

Article intéressant pour les nouveaux communistes, mais qui ne surprend pas les militants blanchis sous le harnois.
Mais je voudrais revenir sur deux points :
1) "C’est une question qui divise à gauche, entre ceux qui posent la question de la sortie des institutions européennes et ceux qui affirment qu’un changement politique à l’échelle de l’Europe est possible."
C’est vrai, mais je pense que dire "sortie de l’Europe et de l’Euro" c’est une question mal posée. Ne serait-il pas plus judicieux de dire ce qu’on veut faire, sans se préoccuper de savoir si c’est cohérent avec les institutions européennes, revenir sur le concept de nation et de choix populaire et après et seulement après, dans le mouvement ainsi créé, en admettant que le FG arrive au pouvoir, avec ses répercutions imprévisibles aux plans tant européen que mondial que se posera la question soit que les institutions européennes actuelles volent en éclat et que d’autres leur sont substituées, soit que "chacun reprend ses billes" et il n’y a plus d’Europe politique. Je ne comprends pas cette propension qu’ont les communistes à se diviser sur des choses qu’ils ne maîtrisent pas et qui ne sont pas directement à l’ordre du jour. L’important me semble-t-il aujourd’hui c’est de provoquer le mouvement, après nul ne peut dire les FORMES qu’il prendra, on peut tout juste tracer des grandes lignes historiques, un projet, mais ça s’arrête là.

2)"Cette unité suppose de renverser enfin la coupure avec la classe ouvrière, émiettée autant par la guerre économique menée par la patronat que par la désertion idéologique et militante du monde ouvrier, notamment par le parti communiste.

Car c’était son rôle historique, organiser le mouvement du peuple sur une base de classe dépassant les revendications sociales pour affirmer l’intérêt global du prolétariat, capable d’unir largement classe ouvrière et paysans avec les ingénieurs, cadres, enseignants, fonctionnaires, intellectuels et artistes, "

Prendre un ton de donneur de leçons, c’est dommage, et inefficace car ça "braque" ceux qui se battent au jour le jour "ce qui est exagéré est insignifiant". Il serait sans doute plus pertinent et utile que PAM nous livre son analyse sur les modifications structurelles de la CO et plus généralement du prolétariat. C’est là que portent en grande partie les difficultés, la prise en compte des structurations entraînées sur le prolétariat (et la CO) par la révolution technologique et la façon dont le patronat s’en est emparé, à la fois pour préserver son taux de profit, mais aussi pour réorganiser autrement la production. Il est incontestable qu’il y a un déficit idéologique au PCF aujourd’hui, mais une désertion non. Le mouvement communiste français, en particulier le PCF vient de passer 30 ans à faire front après la défaîte de l’URSS et des pays socialistes d’Europe dans la guerre froide. Nous sommes sur le retour, il s’agit aujourd’hui de ré-évaluer la place et le rôle du PCF dans la nouvelle situation. Il ne suffit pas de dire que seul le PCF est capable de... il faut dire pourquoi, l’attachement sentimental ne remplace pas l’analyse politique le comment viendra après. La question de ce qui est possible et de ce qui ne l’est pas ne se traite pas "à l’emporte pièce". Déjà Lénine s’était posé la question sur le socialisme en Russie (polémique avec Kautsky et Bernstein). Qui, ici, peut croire qu’on peut instaurer le socialisme en France dans un superbe isolement. ce qui était possible lorsque l’armée rouge était à "deux étapes du tour de France de Paris" ne l’est plus, par contre le niveau de crise atteint par le capitalisme est tel, la contradiction avec le niveau de développement atteint par les forces productives est tel qu’une situation mortifère multidimensionnelle (sociale, économique, écologique...) est entrain de devenir insupportable et que de possible qu’elle était, la révolution communiste devient nécessaire. Voici me semble-t-il comment on pourraît ré-aborder les choses.

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