1981-2012 : quelle base sociale du vote ?

Parti Communiste ou Front de Gauche : une force politique pour qui ?
mercredi 25 avril 2012
par  pam
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Au delà des résultats globaux d’une élection, il est essentiel d’en analyser la dynamique des forces sociales en mouvement qui ont produit ce résultat, et donc la composition sociologique du vote. Les sondages rapidement sortis après l’élection, notamment en sortie des urnes, donnent des évaluations incertaines, et qu’on ne peut considérer comme une base sérieuse d’analyse. Il faudra attendre que les sociologues travaillent, autant par les outils statistiques que par des enquêtes de terrain et leur croisement.

Cependant, la connaissance de la différenciation sociologique des départements permet d’objectiver une première analyse sur la base des cartes de votes par départements, et de leur comparaison dans le temps, révélatrice de ces mouvements de fonds qui intéressent ceux qui pensent encore que ce sont bien les luttes de classes qui font l’histoire.

La comparaison des cartes de résultats de Georges Marchais en 1981, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen en 2012 est illustrative.

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Car les résultats de Jean-Luc Mélenchon prolongent une tendance déja nette aux dernières européennes pour le Front de Gauche, une homogénéisation impressionnante du vote sur l’ensemble de la France, présentée souvent comme un phénomène positif affirmant la vocation nationale d’une nouvelle force politique. Si cette analyse doit être nuancée pour tenir compte aussi de résultats plus que significatifs dans les villes historiques du "communisme municipal", elle est cependant incontestable. Mélenchon ne fait moins de 9% que dans 9 départements de métropole, et plus de 14% que dans 7 départements. Son plus bas score de métropole est de 7,2% dans la Bas-Rhin, et son meilleur score de 16,99% en Seine-St-Denis. Robert Hue en 1995 avait un score qui s’étalait de 2,96% à 15,6%.

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La répartition géographique de ce vote est significative. La stratégie du Front de Gauche ne renverse pas la fracture apparue entre la classe ouvrière et le parti communiste depuis 20 ans. Le Front de Gauche prolonge le vote communiste en Auvergne et partiellement dans le midi, alors qu’il mobilise d’autres forces en Bretagne et dans le Sud-ouest.

PNG - 53.2 ko Carte du vote Marchais en 1981.

Par contre, le vote communiste du Nord-Pas de Calais et de l’Est industriel hors Alsace disparait des cartes de Mélenchon. Pourquoi ? Pas la peine de chercher très loin. Il suffit de regarder la carte des résultats de Le Pen qui dans le midi, supplée totalement la droite, alors qu’elle capte une part importante du vote ouvrier et populaire dans toute la France industrielle historique de l’Alsace à la Somme. Ce vote ouvrier était en Alsace historiquement capté par la droite et se retrouve donc au FN, ce qui montre que les mouvements de votes qui font le résultat sont plus diversifiés selon les situations locales que ne le disent les explications globales.

La Seine Maritime fait d’ailleurs exception, ce qui demande une analyse plus fine.

La progression de Mélenchon dans le Sud-Ouest pourrait aussi avoir une dimension personnelle suite à sa campagne des européennes dans cette région. Elle peut aussi révéler plus profondément un soutien dans un monde du travail moins marqué par la crise avec la progression de l’aéronautique.

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Enfin, le succès du vote Mélenchon dans les grandes villes, et notamment à Paris, est révélateur d’une dimension nouvelle de ce vote, qui n’est plus lié à une tradition communiste, mais mobilise d’autres forces sociales, issues de couches moyennes et intellectuelles mécontentes du parti socialiste.

Au total, on comprend pourquoi Jean-Luc Mélenchon n’a finalement pas pu réussir son pari (son appel comme on préférera) à battre le FN. Son succès relatif (le total extrême gauche + PC/ Front de Gauche de 2012 est en dessous du niveau de 1995 ou 2002), est constitué d’une réelle remobilisation de l’électorat communiste, notamment dans les zones ou l’organisation traditionnelle du parti communiste est resté active, et de l’ajout d’autres forces sociales et politiques. Son score annoncé par certains sondeurs chez les enseignants (30% ?) est très illustratif s’il se confirme.

Tous ceux qui accélèrent dans la stratégie Front de Gauche, notamment en l’affirmant comme une force politique en tant que telle, qui aura donc besoin d’une organisation, de dirigeants, de moyens financiers, et pourquoi pas du financement public que permet la légitimité électorale, toute chose qui ne pourront se faire qu’au détriment de l’organisation, des dirigeants, des moyens financiers du parti communiste en tant que tel, tous ceux là devrait prendre le temps de répondre à une question simple :

Pour qui ?

Battre Le Pen, c’est en fait contrer la division du peuple, faire reculer la concurrence vécue dans le concret par des millions de travailleurs, de familles des quartiers populaires et la stratégie du Front de Gauche ne le permet pas car elle est faite par et pour des forces sociales qui sont nécessaires à la rupture politique, mais qui n’en sont pas le cœur, car elles peuvent se contenter d’un assouplissement de la guerre sociale.

Le problème n’est pas de choisir entre un front des couches moyennes et un parti de la classe ouvrière... La seule manière d’unir tout le peuple, ouvriers, employés, techniciens, enseignants, intellectuels, ingénieurs et carres, paysans... c’est de placer l’union autour de ce que nous devons reconquérir, la propriété des moyens de production et d’échange, ce qui suppose de reconstruire non un mouvement, mais un parti, organisé, utile aux luttes, et donc centré sur l’affrontement avec le capitalisme là ou il se joue, là ou s’organise l’appropriation privée des richesses produites, dans l’entreprise, et d’abord dans l’entreprise industrielle et logistique au cœur du capitalisme.


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