Conférence fondatrice de SYRIZA : un nouveau « parti unique »... mais avec les anciens du PASOK ! Article AC pour Solidarité internationale PCF

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Le week-end, du 10 au 14 juillet, avait lieu la Conférence fondatrice de SYRIZA : sa mutation d’un « mouvement » de gauche radicale en un « parti » unique à vocation gouvernementale.

Que et qui représente SYRIZA ? Les sondages à 27% donnent la folie des grandeurs à ses dirigeants, qui ne rêvent que de majorité parlementaire et de gouvernement de gauche. Il suscite certaines craintes dans les milieux conservateurs : ne sont-ce pas d’anciens communistes ?

M.Tsipras est là pour les rassurer : « nous ne sommes pas dangereux ». Il est venu porter ce message au FMI à Washington, à la Chancellerie à Berlin, à la Commission à Bruxelles… et bien sûr à la Fédération des industriels à Athènes.

« Seule SYRIZA peut sauver la Grèce et l’Europe » : c’est le message que porte Tsipras, se faisant le meilleur défenseur de l’Euro et de l’Europe. Une opinion relayée même par le « New York Times » qui tenait à rappeler les positions « pro-européennes » et « pro-américaines » du parti ! Cette conférence devait donc marquer le point final de cette mutation en un « parti de gestion » du système, sa « grande transformation » en un « parti unique ».

SYRIZA et le « parti unique de la gauche »

C’était l’enjeu de cette Conférence fondatrice : faire accepter le passage d’un « mouvement » (dés-)organisé en tendances, à un « parti » unique, centralisé. On sait combien le tournant « mouvementiste » des ex-Partis communistes, comme Refondation communiste en Italie a pu, derrière une façade démocratique et pluraliste, contribuer à noyer (noyauter) le débat démocratique et favoriser les arrangements politiciens entre clans dirigeants.

Pendant plus d’une décennie, cela a conduit SYNAPISMOS, puis SYRIZA au bord de l’implosion en 2008, miné par ses dissensions internes, sans pour autant prémunir d’une orientation de plus en plus politicienne, parlementaire et modérée.

SYRIZA a décidé, lors de sa Conférence fondatrice, de rompre avec cet héritage. Un retour au centralisme le plus pur : une seule organisation, une seule ligne politique, une seule action.

Le coup de force a suscité un front commun des diverses tendances gauchistes, trotskistes, maoïstes, refondateurs ou « alternatifs ». Unies par leur stratégie entriste, ces courants avaient été introduits dans l’organisation au début des années 90 pour rompre avec la filiation communiste historique.

Les dirigeants de SYRIZA ont néanmoins été confrontés à un feu nourri, venant y compris du vétéran Manolis Glezos, indigné par ces méthodes. La conférence a laissé trois mois supplémentaires pour exiger la dissolution des tendances. Entre-temps, ces « tendances » en voie d’extinction ont bien négocié leurs places au Comité central. La direction de SYRIZA est fermée au débat démocratique même frelatée sous la forme des courants… mais reste ouverte aux petits arrangements politiciens entre amis !

Est-ce le retour au « centralisme démocratique » ? Que nenni, loin ce mot honni !

Pour Rena Dourou, figure montante et députée de SYRIZA : « Ce n’est pas le centralisme démocratique »… mais l’unité, l’assurance qu’on ne « coulera pas le navire SYRIZA pour des luttes de tendance ». Un centralisme antidémocratique, c’est le terme ?

Alors pourquoi ce passage du « mouvement arc-en-ciel » au « parti unique » ?

Giannis Dragazakis, député de SYRIZA, qui faisait partie des liquidateurs du KKE en 1991, est un des artisans de la « grande transformation », il évoque un raisonnement simple, faire agir ce corps hétérogène dans la même direction :

- 1 – L’objectif, c’est de faire un « gouvernement de gauche » pour mettre en place des « réformes radicales ». Une « gauche de gouvernement » ouverte à toute la gauche, « loin de toute position maximaliste » ;

- 2 – Le moyen, c’est un « Parti ». C’est nouveau dit Dragazakis qui fait la critique du mouvementisme et de l’économisme, « qui ont négligé la dimension politique » (réduite au parlement et au gouvernement !), qui ne se conçoit pas seulement à l’échelle de la Grèce mais… « européenne » bien sûr. Dragazakis finit par faire l’apologie de la forme-parti, « force de cohésion et d’orientation du mouvement »… vers un gouvernement de gauche responsable !

- 3 – Ce « parti » sera un « parti unique » : unique, continue Dragazakis, car il « faut une seule SYRIZA à l’extérieur, face aux médias et dans l’action, mais aussi à l’intérieur, capable de faire des choix difficiles, prendre des décisions cruciales sans menacer son existence ». Couper toute pluralité, débat pour mieux faire passer la pilule gouvernementale ! « Jusqu’à présent, la gauche a connu tant de divisions, souvent futiles, comment se prémunire à l’avenir contre cela ? »… Dragazakis poursuit : « par un parti de gauche, ouvert aux idées neuves mais assurant une expression uniforme, et l’unité d’action », capable de porter le projet de SYRIZA : « la résurgence de la démocratie, la réforme éthique de la société ».

La section grecque du PGE pour sauver l’Euro et l’Union européenne

Un aperçu du « parti de demain » : les débats de la Conférence, les interventions du cacique du parti ont sciemment esquivé les questions brûlantes. Celles qu’évoque Tsipras avec les représentants du patronat, du FMI ou de l’UE : point de « Plan Marshall » ou « New Deal » pour la Grèce ici.

Les ambiguïtés fondamentales de SYRIZA persistent. En premier lieu sur la dette. La Conférence a acté la « renégociation de la dette » avec la Troïka, ainsi que la convocation d’un audit pour décider… quelle partie de la Grèce le peuple devait payer !

Dans un domaine, le « parti nouveau » a levé toute ambiguïté : sur la question européenne. Les tensions se sont cristallisées autour de l’Euro, alimentées par des tendances « gauchistes » de la formation dite de « gauche radicale ». Contrairement à ce qui a pu être rapporté, la motion proposée au vote par la « Plate-forme de gauche » était fort modérée : « laisser ouverte la question du maintien dans la monnaie unique ». La réponse de la direction est sans appel, la question est close, SYRIZA est pour l’Euro et l’Union européenne. La motion a été rejetée à 70%.

Si le « projet de résolution politique » est clair sur un point, c’est sur son européisme. Se plaçant dès l’introduction sous le patronage du PGE (Parti de la gauche européenne), SYRIZA analyse la crise comme un péril, la politique d’austérité « fragilisant les liens entre États européens, alimentant l’euro-scepticisme, l’anti-européisme, les conflits ethniques et la renaissance du fascisme » (article 4).

Dans le monde multipolaire, il faut que l’Europe pèse et la « perspective de la Grèce est liée à celle de l’Europe » (article 7). La lettre d’allégeance d’Alexis Tsipras, envoyée l’an dernier aux dirigeants de l’UE, était éclairante : SYRIZA se présente comme la roue de secours de l’Europe, en échange d’un allègement du fardeau, la restauration de la « stabilité » en Grèce, et la canalisation du mouvement vers la défense de l’UE.

Le projet de transformation de SYRIZA en « parti unique de la gauche » est lui aussi révélateur du projet du PGE : le « but » est bien de faire dans chaque pays des « sections nationales » du PGE, donc des « partis de gauche ». Les « coalitions », « fédérations », « blocs », « fronts » de gauche n’en sont que des phases transitoires, admettant une pluralité temporaire d’organisations pour mieux détruire le parti communiste originel.

Un « parti nouveau » avec les anciens du PASOK !

Enfin, le plus frappant dans le projet de SYRIZA est sa transformation de plus en plus nette en PASOK de substitution. Tsipras évoque cette « jeune SYRIZA » qui prend la place du « vieux PASOK ». Une image finalement assez fidèle.

Cela se remarque dans la mutation superficielle des positions de SYRIZA vers un gouvernement de gauche ou de « salut populaire », de collaboration entre forces de gauche parlementaire (avec PASOK, Gauche démocratique et même certains partis de droite ?), entre patronat et syndicats pour « relancer l’économie » et « sauver l’Europe ». Un programme nettement en-dessous de Papandreou-père en 1981 comme le fait remarquer le PASOK dans un communiqué cinglant. On pourrait rajouter, même en-dessous de Papandreou-fils version 2009 !

Mais la transformation est peut-être plus frappante dans le ralliement massif d’anciens caciques du PASOK au parti de demain, sa transformation organisationnelle. La liste est longue : certains ont déjà rejoint le parti, d’autres flirtent avec lui publiquement.

Parmi les ralliés, le couple détonant Louka Katseli et Gerasimos Arsenis. Elle, c’était la Ministre du Travail de Papandreou-fils : adepte de l’austérité première mouture, co-responsable de la casse du Code du travail, elle vire casaque … quand elle réalise que cette politique saborde le PASOK et fait le jeu des communistes ! Lui a été soutenu l’an dernier par SYRIZA pour le poste de premier ministre. Un ancien de Papandreou-père. Gouverneur de la Banque de Grèce dans les années 80, où il impulse la libéralisation du secteur financier, ministre de l’Éducation, fin des années 90, où il subit une fronde étudiante sans précédent, contre les premières contre-réformes cassant l’éducation publique.

Parmi les ex-députés du PASOK séduits par le projet SYRIZA, les enfants de Papandreou : on peut penser à Marilisa Xenogiannakopoulos, Harris Kastanidis, Spyros Kouvelis ou Lambros Michos. Tous ou presque étaient au gouvernement Papandreou. Pas à n’importe quel poste : affaires européennes, affaires étrangères, justice, intérieur, santé, économie et travail (si on rajoute Katseli !).

Depuis, tous ont démissionné du PASOK et cherchent un nouveau port d’attache. Soit directement SYRIZA, soit des petites formations de gauche prêtes à s’allier avec SYRIZA. Imaginons le gouvernement de gauche d’après avec les anciens de Papandreou !

On pourrait ajouter, pour clore le tableau de cette gigantesque recomposition, les anciens syndicalistes réformistes liés au vieux PASOK et qui regardent désormais vers le nouveau SYRIZA. Parmi ceux qui ont participé à la grand-messe de ce week-end :

Themis Balasopoulos, secrétaire du syndicat des municipaux d’Athènes, Panagiotis Kalfagiannis, secrétaire du syndicat de l’ERT ou Nikos Fotopoulos, secrétaire du syndicat de l’énergie. Ce dernier était membre du PASKE (tendance syndicale du PASOK), lui-même fut adhérent pendant trois décennies du parti socialiste !

Tous ces dirigeants syndicaux et politiques ont été les cadres supérieurs du "système PASOK" : une organisation non seulement réformiste, de collaboration mais aussi corrompue et clientéliste. Les rats quittent maintenant le navire PASOK… et rejoignent le vaisseau SYRIZA.

Le secrétaire-général du Parti communiste grec (KKE), Dimitris Koutsoubas a résumé récemment les choses clairement : « SYRIZA est devenu un clône du PASOK ».

Pas de social-démocratie de substitution, pas de « gouvernement de gauche » pour gérer loyalement les affaires de capital, pas de « parti unique de la gauche » : les positions des communistes grecs doivent aussi être les nôtres.

AC pour Solidarité internationale PCF

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