Combattre les populismes passe par le populaire

, par  Herve Poly , popularité : 2%

Un article d’Hervé Poly dans l’Humanité qui ouvre le débat sur la question de la Nation, de l’euro et de l’U.E.

Les choses vont elles enfin bouger sur ce point au PCF ?

Dans le Pas-de-Calais, la bataille contre toute forme de résignation et en faveur de perspectives pour changer est essentielle, si nous voulons l’implication des populations dans les combats à venir.

Malgré des records de chômage et face à une exploitation par le FN des souffrances populaires, garder l’espoir en tout lieu et en toutes circonstances est un véritable défi. La souffrance est sans doute ce qu’il y a de plus manipulable.

C’est un aspect du populisme du Front national dont l’autre versant est aussi celui qui se traduit par des dirigeants politiques qui ne font plus confiance au peuple ! Le peuple ne serait pas capable de comprendre ou pas prêt à entendre...

Mais s’il y a rejet de la chose politique, ce n’est pas pour autant le signe d’une dépolitisation comme on a coutume de le dire, c’est sans doute tout le contraire, notamment chez les travailleurs. C’est d’ailleurs ce qui nous amène à dire haut et fort, dans le Pas-de-Calais, que combattre et battre les populismes passe par le populaire.

Populaire au sens noble du terme, au sens du théâtre populaire, de l’éducation populaire... Celui de l’appel à la mémoire, à l’intelligence, au sens du partage de populations qui ne demandent d’ailleurs qu’à penser. Appel à l’intelligence et à l’expérience, c’est d’abord parler beaucoup d’Europe dans un département comme le nôtre, confronté, depuis la Communauté européenne du charbon et de l’acier (Ceca), à la casse généralisée de nos industries.

J’évoquerai donc la question de la construction européenne et, à travers celle-ci, la question de la nation.

Que faut-il changer ? Certes pas l’appréciation que nous avons de la crise du capitalisme «  (im)mondialisé  » et ses conséquences aggravées en Europe par la monnaie unique et les politiques d’austérité imposées aux peuples.

Quoique, sommes-nous vraiment tous d’accord sur le constat ? Pas si sûr ! Mais partons du postulat d’un constat partagé et de celui qui fait que les peuples sont de plus en plus hostiles à la construction européenne, sentiment grandissant depuis 2005 et la victoire du non volée au peuple français.

Alors, que faut-il changer ? Notre bataille pour une VIe République ne trouve-t-elle pas ses limites dans notre absence de combat sur les questions de la nation ? De même, nos batailles sur la question des services publics ne butent-elles pas sur des services publics de plus en plus régionalisés, décentralisés au nom de l’Europe libérale ?

Chaque jour un peu plus, l’Europe des régions se construit dans un cadre fédéral, et l’acte III de la décentralisation est un nouveau gage à la Commission européenne pour une fin programmée des communes mais aussi des États nations. N’est-il pas temps de sortir du confort intellectuel dans lequel nous nous sommes installés pour ouvrir enfin un débat sur une nouvelle approche de gauche de la nation et sur la question de la monnaie unique ?

La zone euro est au bord de l’éclatement et la monnaie unique peut de plus en plus être comparée à la politique du mark fort favorable à la seule Allemagne. Et sommes-nous crédibles en exprimant une volonté d’Europe sociale et celle d’une réorientation de l’Union européenne face aux politiques d’une rare violence contre les peuples ? D’une politique que nous qualifions aussi parfois, à raison, de dictature des marchés et de la Commission européenne. Je pense que nous devons plus que jamais réfléchir à cette question de l’Europe, d’autant que la politique de Bruxelles est le socle commun de la droite et des sociaux-libéraux.

Si je prends mon département où le non a été le plus massif en France, avec plus de 70 % grâce à l’expérience du peuple, je pense que nous avons tort de penser que dire toute notre opposition à cette Europe du capital serait flatter, en quelque sorte, les bas instincts du peuple et sombrer dans un populisme nationaliste.

C’est une erreur qui omet la réflexion populaire sur l’Europe dans un département comme le mien où ni le racisme ni le fascisme n’ont gagné, mais où, plutôt, le sentiment de déclassement et d’abandon a gagné les têtes.

Le 16 juin, ouvrons le débat lors des assises pour le changement et préparons pour la convention sur l’Europe, à l’automne prochain, un vrai débat contradictoire sans avoir peur de se chahuter. Bertolt Brecht n’avait-il pas raison en disant : «  Ne dites jamais : ‘‘C’est naturel’’, afin que rien ne passe pour immuable.  » C’est de la résistance à cette Europe du capital qui n’offre qu’un devenir critique que peuvent naître des perspectives d’un avenir possible. La nation est plus que jamais un enjeu de classe pour qui veut le changement en France et en Europe. En ce sens, nous avons sans doute une responsabilité historique.

Hervé Poly

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