Crise du capitalisme, quelles possibilités de changement ?
Utiliser autrement l’Euro ou changer de civilisation ? Comment ? Ruptures ou aménagements ?

, par  Paul Barbazange , popularité : 3%
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Ce mercredi 10 août 2011, les bourses s’affolent. La crise débutée en 2008 s’amplifie. C’est une crise globale du mode de production capitaliste. Nous sommes loin d’une crise financière ou d’un problème de dettes des états. Existe-t-il des forces qui puissent à l’intérieur du système dégager des voies de sorties ? En France, en Europe, dans le monde. Si non, quels sont les recours possibles ? Indignation, résistances et /ou perspectives de ruptures politiques ?
Ce texte est une lettre ouverte à nos camarades Yves Dimicoli et Frédéric Rausch.

Utiliser autrement l’Euro ou changer de civilisation ? Comment ?

"Utiliser autrement l’Euro pour un nouveau régime de croissance" tel est le titre de l’article d’Yves Dimicoli dans l’Huma du 4 août p.4 ou (peut être : et/ou) "Avoir comme objectif un changement de civilisation" comme résume Frédéric Rauch dans le dernier paragraphe de son édito (Economie et Politique, Juin 2011 p.2).

Dans les deux cas la démarche m’interroge. Sans chercher à opposer deux articles encore moins deux camarades chercheurs économistes.

Mon questionnement est simple : une autre utilisation de l’Euro, un changement de civilisation peuvent-ils se mettre en route, se développer au niveau des institutions, dans un cadre institutionnel... régional en France, Européen (BCE), mondial (FMI) ?

Ou faut-il autre chose ? Quoi ? Comment ?

Je n’arrive pas à me retrouver dans ces deux articles. Je sais que nous sommes nombreux dans le PCF et dans l’ensemble du mouvement communiste à poser ce type de questions.

222 ans, jours pour jours, après la nuit du 4 août 1789, je m’adresse aux deux auteurs. Il y a un impérieux besoin de débats et peut être d’une inflexion importante de notre pratique à l’étape actuelle de la crise financière (un nouveau krach boursier se profile autour des dettes publiques) et de production du capitalisme mondialisé.

Je comprends et je partage la description donnée par les deux auteurs de l’étape actuelle de la financiarisation du capitalisme. Les modifications récentes qu’ils soulignent dans les tentatives de réponses capitalistes sont notables. Mais elles sont et ne peuvent que rester dans le cadre du système dont le premier objectif est de perdurer, y compris face à ses propres risques d’écroulement.
Pourtant le changement de civilisation est bien à l’ordre du jour.

Qui peut proposer ce changement ?

Peut-il venir de quelque façon que ce soit des tenants du système et de leurs institutions ?

Pourrons-nous nous passer de poser (et de réaliser !) l’objectif de leur destruction et de leur remplacement ?

- du remplacement de l’actuelle classe dominante par la représentation démocratique dans la durée, de la classe exploitée fondamentale, (la classe ouvrière et ses alliés) dans les cadres nationaux d’abord, puis dans les institutions supranationales et mondiales.
- de la rupture avec le mode de production capitaliste et sa règle d’or "d’accumulation la plus rapide des profits" par tous les moyens, quoi qu’il en coûte par ailleurs.

Communistes nous devons donc dire cela, l’étayer, le proposer comme objectif de luttes économiques et politiques aux révolutionnaires, aux démocrates dans le monde entier, à commencer dans notre pays. Ces démocrates, fussent-ils novices et "Indignés" ou membres de petits partis sociaux démocrates dotés d’une longue tradition d’accompagnement du capitalisme coalisés dans le PGE par exemple.

Ne plus laisser "flotter ces questions" comme dans l’article cité d’Yves Dimicoli. Le flou sur le où, le comment, le qui (quelles forces) ne peut qu’entraîner les mouvements à sous-estimer l’ampleur révolutionnaire des questions posées. L’édito de F. Rauch est un peu plus précis dans ce domaine. De cet édito vient d’ailleurs l’expression "Changer de civilisation".

Nous devons une fois les constats établis, l’absence d’avenir humainement crédible de l’organisation capitaliste, travailler le "Comment" seront modifiées toutes les règles d’utilisation de l’Euro, de création monétaire, de création et d’utilisation du crédit ; envisager avec fermeté, même si cette question divise aujourd’hui, la question de la sortie de l’Euro. Par définition, par choix politique nos adversaires ne sortiront jamais de leur paradigme.

Ouvrir la perspective d’un autre type de rapports de production est notre tâche.

Ne laissons pas croire comme certains passages de l’article de F. Rauch aux développements d’une "exigence populaire" épaulée aujourd’hui par le mouvement international des indignés (paragraphe 4 milieu de la première colonne). Ce mouvement, ainsi que l’essentiel des résistances à la crise n’en est pas à ce niveau. Ce mouvement auto-nommé indignés, indique lui-même ses limites.

Nous sommes obligés de gagner une à une les consciences dans le mouvement comme dans la vie politique sur la nécessité de changer de civilisation, donc de ruptures révolutionnaires qui n’ont pas grand chose de commun avec les modifications structurelles dont sera toujours capable le capitalisme à condition de ne rien toucher à ce qui est pour lui essentiel.

C’est sur la nature des obstacles qu’il faut aider à porter la compréhension des exploités. Les luttes sont toujours un moment précieux de maturation possible, en cela elles sont politiques.

Le mode de production capitaliste, sa base nationale et ses développements au sein des transnationales pour la spoliation des producteurs et l’accumulation.

Il y a nécessité absolue pour les producteurs, deux décennies après la fin du modèle socialiste soviétique, de se réorganiser en "classe pour soi", de se déclarer à nouveau "aptes à assurer toutes les responsabilités qui leur incombent" par leur place dans la production et leur nombre largement majoritaire dans tous les pays.

Toutes les coalitions certes honorables, utiles, d’indignés ne changeront rien si l’objectif d’en finir avec la structure des rapports de production capitaliste n’émerge pas, pour grandir ensuite et devenir majoritaire. L’unité des courants communistes y est nécessaire, comme l’existence dans chaque pays d’un parti communiste. Sur ces deux questions existe un champ d’actions immense, actuellement en friche.

Jamais le titre d’"Economie et politique" n’a été aussi justifié que face à cette nouvelle crise de la production capitaliste : la plus grave par le niveau atteint par les forces productives et les contradictions portées par l’exploitation.

Place au politique, pour changer de civilisation, rompre avec le capitalisme -le dépasser si vous le voulez-, les étapes seront souvent ruptures brutales, avec à un moment, changement de classe dominante.

Et commençons là où nous exerçons notre rôle de producteurs et de citoyens : dans le cadre national, dans l’entreprise. "Pour que monte l’exigence populaire pour une autre politique pour l’Europe et le monde, ravivant les conflits de classe", la citation est de F.Rauch, article cité.

Travaillons en France à ce que ces questions politiques prennent de l’ampleur, demain un caractère dominant. Le choix faiblement majoritaire par les communistes de la candidature Mélenchon face à celle de Chassaigne ne nous aidera pas. Mais les exigences du développement des forces productives et du mouvement finiront par s’imposer.

Tenons notre place de communistes dans leur diversité.

Paul Barbazange,

Béziers, le 4 août 2011

Lettre ouverte à mes camarades Yves Dimicoli, Frédéric Rauch, à la rédaction d’Economie et politique, revue marxiste d’économie éditée par le PCF.

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