Union Européenne et /ou capitalisme ? Brexit or no brexit ?

, par  Francis Arzalier , popularité : 2%

Les communistes français peuvent s’honorer d’avoir dès sa fabrication, en traités successifs après la seconde guerre mondiale, combattu l’Union Européenne supranationale, parce qu’elle était une machine de guerre au service du patronat transnational. Car l’objectif de l’UE, dès le départ, consiste à raboter les frontières nationales et les protections sociales conquises au fil des siècles par les luttes des travailleurs, et à obstinément réduire ceux-ci à l’état de consommateurs et de main d’œuvre corvéable à merci, d’un pays à l’autre. Les communistes d’aujourd’hui, fidèles à leur idéal, et pas seulement au nom galvaudé d’un parti, combattent toujours cette UE néfaste de nature, et refusent le mirage illusoire d’une "autre Europe" qui naîtrait, on ne sait comment, du seul fait qu’elle serait "de gauche" !

Ils ne peuvent donc que se féliciter de voir les divers peuples de l’Europe basculer progressivement vers l’opposition à l’UE. Tous les observateurs politiques le relèvent, les indices se multiplient, à commencer par ce référendum du 6 avril, par lequel plus de 60% des électeurs des Pays-Bas ont dit non au projet de traité entre l’UE et l’Ukraine des nationalistes pro-occidentaux qui rêvent d’une guerre contre la Russie, et qui inonderait le marché du travail néerlandais de salariés ukrainiens sous-payés. Et déjà se profile le prochain référendum au Royaume Uni, qui pourrait l’entraîner à sortir de l’Europe supranationale (Brexit, selon les médias). L’UE étant une calamité, tous les coups qui lui sont portés sont une victoire populaire.

Mais faut-il aller jusqu’à s’en féliciter sans analyse, aspirer même à un processus identique, anti-UE en France ? On ne peut négliger que la campagne référendaire aux Pays-Bas a été surtout animée et gagnée par des mouvements d’extrême droite, xénophobes, dénonçant « l’invasion étrangère » comme bouc émissaire de tous les maux de la société. En Angleterre, c’est aussi la droite la plus conservatrice qui fait écho aux discours anti étrangers de l’UKIP, les partis de gauche et syndicats ne se sont guère engagés pour le "non", et le caractère capitaliste de l’Union ne fait guère partie du débat dans l’opinion. Soyons clairs, une majorité de "non" à Amsterdam n’a rien changé à l’insertion de la société néerlandaise dans le capitalisme transnational, dont la responsabilité ne fut pas ou peu évoquée dans le débat préalable au vote. Au Royaume Uni, le résultat du référendum de juin 2016, même s’il entraînait la sortie de l’UE, ce que l’on peut souhaiter, n’effacera pas les conséquences des "réformes" ultra libérales de la mégère conservatrice Thatcher dès 1979, et de son successeur le souriant travailliste Tony Blair : privatisation, précarisation des contrats de travail, lutte à mort contre les syndicats, l’un des pires bilans du capitalisme en Europe, au détriment des travailleurs.

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L’UE doit être combattue pour ce qu’elle est, le visage et l’instrument du capitalisme transnational. Il serait infantile d’espérer le vaincre en collaborant avec les partis nationalistes, xénophobes et d’extrême droite, qui en dénoncent les effets par démagogie, mais en approuvent le principe : la loi inexorable du marché. Au demeurant, il n’est pas vrai, contrairement à l’assertion de quelques journalistes et politiciens en quête d’électeurs, que le projet El Khomry de régression sociale soit seulement le fait des « technocrates ultra libéraux de l’UE », malgré les gouvernements et parlements nationaux de l’Europe. Et cela pour une raison fort simple : les dirigeants de l’UE, le Portugais Barroso il y a quelques années, le Polonais Tusk aujourd’hui, le commissaire français Moscovici, etc, ne tiennent leurs pouvoirs supranationaux que des politiciens qui dirigent les États d’Europe. A Bruxelles, Paris, Berlin ou Rome…, ils partagent tous et appliquent tous la même idéologie libérale, le fondamentalisme du marché capitaliste, la croyance que la libre concurrence des capitaux, des marchandises, des mains d’œuvres, suffit à assurer le bonheur des peuples de l’Europe et du monde. Et peu importe que les uns soient des politiciens de droite, et d’autres membres des partis socialistes. Ce ne sont là que querelles subalternes pour l’exercice du pouvoir, amusettes pour le public, pour un même objectif : renforcer l’exploitation de ceux qui ne vivent que de leur travail par les minorités qui possèdent et profitent des patrimoines et des capitaux investis. Les réformes parrainées en France par Macron, El Khomry, Hollande, Valls et le MEDEF, ne sont que la reprise de celles "libérales" effectuées auparavant par divers gouvernements d’Europe :

- celles réalisées aux forceps par madame Thatcher au détriment du prolétariat britannique, il y a trente ans déjà, et peaufinées par Tony Blair après 1997 ;
- celles, drastiques, faites en Espagne par le conservateur Rajoy en 2012, qui, pour diminuer le nombre des chômeurs indemnisés, a simplifié le licenciement des salariés en CDI, dans un paysage social ravagé ; plus de 4 millions de personnes sont toujours officiellement au chômage, soit plus de vingt pour cent de la population active ;
- celles baptisées "à l’américaine" Jobs Act, appliquées à l’Italie en 2015, par le "démocrate de gauche" Renzi, qui ont consisté essentiellement à multiplier les emplois à temps partiel avec des contrats précaires, à "flexibiliser" encore un peu plus les salariés de la péninsule…

L’Union Européenne, en l’occurrence, n’a pas initié ces réformes. Ses animateurs se contentent de les approuver, ils croient aux mêmes dogmes du marché capitaliste des capitaux, des marchandises et des hommes. De ces constats découle une évidence en trois volets complémentaires :
- dénoncer les conséquences du capitalisme, en oubliant de condamner dans son principe l’Union Européenne et ses traités, qui en est l’émanation, est un non-sens politique, ou une escroquerie opportuniste ;
- mais dénoncer l’UE supranationale sans combattre en chaque pays le capitalisme qui lui a donné naissance, relève de la malhonnêteté politicienne ;
- c’est pourquoi les communistes ne sauraient en aucun cas "faire un bout de chemin" avec des organisations nationalistes, d’extrême droite, xénophobes, qui détournent le combat contre l’UE vers des boucs émissaires, au profit de l’exploitation capitaliste.

Francis Arzalier, le 25 avril 2016.
Collectif communiste Polex

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