Tourner définitivement la page de la politique initiée par Robert Hue

samedi 23 juin 2012
par  Guy Poussy
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Ces dernières semaines le nom de R. Hue a refait surface. Dans les médias son nom était avancé pour faire partie du gouvernement Ayrault à l’issue d’un remaniement ministériel. R. Hue - qui n’est plus membre du PCF - n’a pas été retenu. Le fait que son entrée au gouvernement ait pu être envisagé illustre bien les connivences existant entre lui et les dirigeants du PS. Elles sont anciennes en particulier avec F. Hollande.


Devenu secrétaire général du PCF, 20 mois après en novembre 1995, R Hue publie "Communisme : La mutation". Il déclare :

« Ce dont il s’agit c’est bien d’une mutation, c’est-à-dire une série de transformations profondes dans l’identité communiste elle-même »

La participation au gouvernement devient d’ordre stratégique, et elle s’inscrit dans la durée. L’expérience de la gauche plurielle voit la participation de ministres communistes dans le gouvernement Jospin. Elle se fait au prix d’un total alignement. Il en fut ainsi en mars 1999 lors de la guerre contre la Serbie, engagée par Chirac et Jospin, et menée sous les ordres de L’OTAN et de Clinton. A l’époque, les dirigeants et les ministres communistes déclarent :

« Nous n’entendons pas miner la cohésion gouvernementale, nous resterons au gouvernement quoi qu’il fasse, même s’il y a l’engagement des troupes françaises au sol en Serbie », MG Buffet sur FR3 le 28 mars 1999 dans l’émission Dimanche politique.

En politique Européenne, les ministres communistes se sont ralliés au pacte de stabilité, au traité d’Amsterdam, à l’euro, c’est-à-dire des choix politiques qui remettent en cause la souveraineté populaire et nationale. Ils ont accepté l’Europe fédérale et politique, la mise sur pied d’une armée Européenne sous les ordres de Washington, autant de projets communs à Chirac et Jospin.

Comment ne pas rappeler l’échec de la liste « Bouge l’Europe » aux élections européennes de Juin 1999 ? Cette liste conduite par R Hue, Geneviève Fraisse, Ph. Herzog, R. Castro, Fodé Sylla, devait « décoiffer » car elle n’était pas communiste, elle était la matrice du parti de l’an 2000. Certains candidats se prononcèrent pour la guerre au Kosovo. Le résultat de la liste « Bouge l’Europe » fut un retentissant fiasco. Le peuple, l’électorat communiste avait refusé de suivre les dirigeants dans la voie du renoncement aux luttes et de la connivence avec le gouvernement. S’agissant des questions Européennes, sur France Inter, François Hollande saluait « le courage de R Hue » en lui demandant de poursuivre l’ouverture du PCF. C’est ce qu’il fit avec sa tentative de constituer le nouveau parti communiste. Le choix stratégique était de faire du PCF la force supplétive du PS. Le congrès de Martigues entérina la disparition de la Faucille et du Marteau. JC Gayssot ministre des transports déclara : « A la SNCF, j’entends substituer la culture du dialogue à la culture du conflit ». R. Hue déclara « Si j’étais cheminot je ne ferai pas grève ».

En 2000 sous l’impulsion de R. Hue, le PCF abandonne le septennat et le programme du PCF, pour se rallier au quinquennat voulu par Chirac et Jospin, et ce, sans que les communistes aient à en débattre. L’expérience vécue avec Sarkozy atteste que cette réforme a aggravé le caractère anti-démocratique de la 5e République en renforçant les pouvoirs monarchiques du président de la République. En 1958 le PCF avait appelé à voter NON à la constitution. En 1962 il mena une campagne argumentée contre l’élection du président au suffrage universel.

Robert Hue n’est plus membre du PCF, mais comment ne pas voir que la stratégie définie dans la Mutation imprègne encore la politique mise en œuvre aujourd’hui par la Place du Colonel Fabien. Celle-ci se caractérise par l’effacement du PCF. Chacun a pu le constater lors des dernières élections présidentielles et législatives. Engoncé dans le « Front de gauche » l’image du PCF n’est plus visible. Il ne répond plus aux attentes et exigences du monde du travail, de la création et de la jeunesse. Comment ne pas voir que l’abstention record qui a caractérisé les élections législatives est de nature protestataire. Il en est de même du vote blanc.

Le PCF ne répond plus aux attentes de cette contestation. 7 députés communistes sur les 10 du Front de gauche dans une situation marquée par une grave crise du système capitaliste, représente un échec. La crise de l’Europe, et la déconsidération dans l’opinion des instances Européennes et de sa politique d’austérité auraient du s’illustrer dans le vote communiste. Cette situation demanderait une analyse approfondie. Il ne semble pas que ce soit le chemin pris par la direction du PCF. Fondamentalement elle reste fascinée par la participation des communistes au gouvernement :

« Si nous estimons que les conditions de notre participation au gouvernement Ayrault ne sont pas aujourd’hui réunies, notre objectif est de modifier cette situation », P. Laurent au CN du 18 juin.

Aller au pouvoir pour faire quoi ? Il est temps de désacraliser cette participation au gouvernement présentée comme seule perspective crédible pour changer de politique. Parti de gouvernement, ce n’est pas inscrit dans la table des lois. En soi cela est une vaste tromperie. Pour se rendre plus « présentable », le PCF s’est éloigné de plus en plus de son identité révolutionnaire. Elle consiste à donner la priorité au mouvement populaire, à la lutte des idées, à maintenir la conscience de la classe ouvrière - au sens large du terme - à son plus haut degré en contribuant à l’éclairer, à animer les luttes populaires, ce qui suppose de ne pas se laisser paralyser ni les mains, ni la tête, en quémandant des maroquins.

Contre vents et marées, y compris à contre courant, il convient de demeurer la voix des sans voix, celle du monde du travail et de la précarité, le défenseur, l’instrument du Peuple souverain. Ancré dans cette réalité le PCF serait plus efficace qu’au conseil des ministres. La voie suivie n’est pas bonne, elle reste marquée par la mutation de Robert Hue.

La véritable perspective politique se situe dans le rassemblement populaire majoritaire à construire, acteur principal des transformations politiques. La priorité des priorités devrait être accordée aux luttes populaires et intergénérationnelles, d’autant que au nom du « Redressement de la France » des vents mauvais s’annoncent.


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