Relever le défi du FN !

, par  André Gerin , popularité : 7%

Les 23 et 30 mars derniers, la gauche a subi l’une des pires déroutes électorales de son histoire. Ce séisme est à la hauteur de celui du 21 avril 2002.

L’abstention massive et structurelle, qui en est une caractéristique et à laquelle il faut rajouter les votes blancs et nuls, poursuit une courbe ascendante et continue depuis les années 1980.

A cette grève des urnes, s’accole un Front national qui s’enracine depuis 30 ans et est devenu le premier parti ouvrier de France.

Le Parti communiste, quant à lui, continue inexorablement son déclin. Le communisme municipal s’étiole et est menacé de disparition.

Il serait plus que temps d’affronter la réalité en face. La France est fracturée de toutes parts, économiquement, socialement, territorialement, culturellement et ethniquement.

Allons-nous enfin entendre cette France en souffrance, prendre conscience de cette dynamite que nous avons sous nos pieds, au lieu de se contenter de qualifier ce mouvement profond de « populiste », quand il faudrait y voir une volonté, certes confuse mais réelle, de rompre avec les politiques engagées depuis 1983 par François Mitterrand, poursuivies et aggravées jusqu’à aujourd’hui et qui font que gauche et droite, désormais, tendent à se confondre.

La France est éclatée, déboussolée, mais porte pourtant, majoritairement, dans la plus grande confusion, le rejet d’un capitalisme cynique et sans pitié.

Les insurgés des 23 et 30 mars ont asséné un uppercut à la « gôche Canada-Dry » ! C’est la France profonde qui exprime sa colère, parfois sous des formes potentiellement insurrectionnelles. Nous sommes en pleine guerre civile larvée. Comment expliquer l’exaspération de ces salariés qui menacent de faire brûler leur usine devant le désastre industriel qu’ils endurent ? Comment apprécier le mouvement des bonnets rouges, rassemblement de citoyens aux intérêts contradictoires mais qui exprime une France en souffrance ? Comment interpréter le mouvement anti mariage pour tous sans faire d’amalgames ? Une partie de la France se sent mise à l’écart, menacée dans un certain nombre de valeurs traditionnelles. Tous les signaux d’alarmes sont au rouge et la démocratie en danger.

A la crise économique comme facteur déterminant du chômage et de la misère endémique s’adjoignent la destruction d’un mode de vie, d’un art de vivre à-la-française. Avec l’effondrement de ces équilibres et du socle social, l’avenir de nos enfants et des générations futures n’est plus assuré. Il faut aussi répondre à la difficulté d’insertion des enfants français de l’immigration car nous assistons là, à un véritable cataclysme dans certains territoires puisque les taux de chômage atteignent 40 à 50 %.

Nous oublions qu’à la crise économique et sociale, s’ajoute une profonde crise morale et culturelle, qui ébranle l’identité de la France. La montée des communautarismes et l’immigration non régulée [1] sont deux notions prégnantes chez les habitants et les enseignants des quartiers concernés. La République fait l’objet de tests venus de groupes qui veulent imposer un communautarisme social et politique. L’école, le collège et le lycée sont leur cible. Ils ont l’impression que tout fout le camp et d’être ghettoïsés [2]. C’est ainsi que le Front national s’est emparé à bon compte de ces questions pour en faire une partie de son fonds de commerce.

N’oublions pas les violences urbaines d’octobre/novembre 2005. Car ces émeutes, nous les retrouvons, chaque jour sous une autre forme plus insidieuse, à l’intérieur de ces territoires gangrenés par la drogue, et où les mafias sont contrôlées par les fondamentalistes, comme en témoigne l’affaire Merah, ou ces gamins enrôlés pour le djihad. L’émergence de cette violence endémique ravage la société d’autant plus que l’autorité du politique recule. J’ai d’ailleurs abordé cette question dans mon livre « Les ghettos de la République ».

Allons-nous enfin prendre la mesure de ces charognards qui pourrissent la vie de nos quartiers sur fond de racisme et d’antisémitisme ? Il existe aussi un racisme anti-France et anti-blanc largement ignoré face auquel il faut réagir.
De multiples forces de désagrégation sociale, qui nourrissent la haine, sont à l’œuvre. La droite et l’oligarchie de la grande finance se servent de ces éléments de division entre français et immigrés pour tenter de prendre leur revanche sur tous les progrès de civilisation, qui ont été accomplis au cours du 20ème siècle.

Dans de telles conditions, le parti communiste français joue sa survie politique. Ne tournons pas autour du pot. Investissons les questions de l’ordre public, de l’autorité, du respect. Arrêtons l’angélisme là où nous avons fui nos responsabilités politiques. Prenons à pleines mains les questions d’intérêt général, républicaines, tout en nous rappelant que la sécurité est le premier droit de l’Homme, sans lien aucun avec les aspects tactiques et partisans.

Les communistes doivent vider leur sac à l’occasion d’un grand débat. Car nous devons organiser une confrontation nationale et ne pas laisser la part belle aux non-dits, aux vérités cachées. Cela doit avoir lieu, même si nous cassons un peu de vaisselle.

Analysons, sans aucun tabou, les résultats ville par ville. Rendons publics ces échanges et les enseignements que nous allons en tirer. Revenons sur l’analyse de la perte en 2008 du département de la Seine-Saint-Denis et faisons-le au grand jour. Réexaminons également notre perte, en 2001, de 30 villes, dont 20 de plus de 30.000 habitants, et regardons avec le même courage, les pertes enregistrées en 2014.

A propos des électeurs du FN, sortons du déni. Nous devons reconnaître que d’anciens électeurs communistes votent FN. Je ne crois pas qu’il s’agisse de fachos. Examinons de manière attentive la carte électorale du sud de la France, le pourtour de la méditerranée, « la banlieue rouge de la région parisienne ». Comparons les cartes électorales avec celles des années 1970.

J’ose affirmer qu’il existe une certaine concordance entre notre déclin et la perte d’une partie de notre électorat historique. Pour l’avoir vérifié (étude qualitative sur le FN – Sofres 1995) [3], c’est un constat sans appel ! 1/3 d’entre eux sont d’anciens électeurs communistes. Cette question est posée directement au Parti communiste et dans les municipalités que nous dirigeons ou avons dirigées. Toutes les forces de gauche et de droite sont aussi interpellées. Je pense en particulier à la droite Républicaine.

La diabolisation du FN et de Marine le Pen n’a jamais été aussi absurde. Le parti communiste n’a pas échappé à cette réalité. Et si le FN s’est enkysté depuis trois décennies, il est aussi la mauvaise conscience du PS et de l’UMP.
Nous devons comprendre quelles sont les motivations des 95 % des électeurs du FN qu’on ne peut pas classer comme étant fachos ou d’extrême-droite. N’en restons pas à la désespérance face à la dérive ultralibérale du Parti socialiste. Analysons nos insuffisances, nos manquements, nos renoncements, mais aussi notre défaite intellectuelle. L’abandon des points forts historiques de notre identité communiste a eu des conséquences négatives.

Le temps presse, lançons un appel, un cri d’alarme au peuple de France. Cessons de nous voiler la face avec l’abstention et le vote bleu-marine. C’est bien un ultimatum qui a été lancé à François Hollande, au parti socialiste et à toute la gauche. Je dirais même, en tout premier lieu, au parti communiste français.

Les institutions, le système politique et les politiques partisanes font l’objet d’un rejet croissant dans l’opinion publique. C’est ainsi que le parti communiste a payé cash sa participation inconditionnelle au gouvernement Jospin social-ibéral de 1997 à 2002.

Nous devons nous placer à l’offensive et reprendre le concept de Nation en mariant le drapeau tricolore avec le drapeau rouge. Au nationalisme du FN, opposons la souveraineté nationale et populaire comme inséparable de la coopération et de la solidarité internationalistes.

L’union de la gauche est usée jusqu’à la corde. Il n’y a qu’à reprendre l’histoire du programme commun de 1972 pour s’en rendre compte. Les derniers fils tiennent tant bien que mal avec un Front de gauche « mélenchonnisé ». Nous devons définitivement nous en émanciper, tourner la page et voler de nos propres ailes en coupant le cordon ombilical électoraliste qui nous lie au parti socialiste, qui a abandonné tout l’héritage de l’histoire de la gauche du 19ème siècle.

Aujourd’hui, nous sommes l’opposition de gauche. Affirmons le haut et fort ! Adressons-nous à l’ensemble de la population en rejetant toute posture sectaire et gauchisante, sans faire le tri. Notre vocation, notre raison d’être, c’est, selon moi, l’union du peuple de France dans l’esprit du Conseil national de la Résistance, au service des classes populaires et de la France laborieuse. Le PCF peut se régénérer, redevenir la force politique de gauche porteuse d’une véritable alternative, une force d’union et de rassemblement pour redéfinir un idéal libérateur pour notre époque [4].

Il faut reprendre au FN ce que les communistes n’auraient jamais dû abandonner. Nous devons croire à notre destin national pour participer à la grandeur de la France. Développons une approche républicaine transcendant les clivages partisans devenus obsolètes, pour faire vivre le rouge, dans le respect du blanc et du bleu.

J’ai l’intime conviction que le PCF peut se ressaisir. Aussi avons-nous un devoir à accomplir : le droit d’inventaire. En l’opérant, les tabous devront tomber car, plus que jamais, nous avons besoin d’un sursaut de la pensée. Nous devons sortir de la paralysie, de la crainte d’aborder les mêmes sujets que Le Pen. Notre combat contre les idées du FN, c’est celui de s’opposer au national-socialisme de Marine Le Pen. C’est celui d’un socialisme internationaliste et solidaire qui nécessite de sortir de l’ordre économique ultralibéral.

Pourquoi avons-nous échoué face au FN ? Voilà l’interrogation profonde qui nous taraude depuis si longtemps et qu’il faut affronter à bras-le-corps. Cette question est posée à l’approche des futures élections.

Qui va renverser la table ? Le Front National ou le PCF ? Tel est l’enjeu capital pour notre pays.

Pour ma part, la présence d’un candidat du Parti communiste aux élections présidentielles 2017 est obligatoire. Je rêve de damer le pion au Front National. Relevons le défi !

[1J’aurais l’occasion de revenir longuement sur l’immigration, à partir de la phrase sortie de son contexte, que j’ai prononcée lors de ma conférence de presse du 21 juin 2011 (voir mon blog) : « non l’immigration n’est pas une chance pour la France ». Le porte-parole du PCF s’en est servi pour tenter de m’humilier. Elle a été reprise dans l’Humanité du lendemain. Reste à savoir si André Gerin « s’est perdu » !
Voir aussi ma conférence de presse du 1er septembre 2011 lors de laquelle j’ai présenté des propositions plus précises et plus approfondies.

[2En tant que député communiste, j’ai présidé une mission d’information parlementaire sur le voile intégral de juillet 2009 à janvier 2010. Les auditions réalisées, notamment à Lille, Marseille, Lyon et en région parisienne ont mis en évidence l’importance du communautarisme musulman et l’application de la charia dans certains quartiers.

[3Au niveau national, le FN s’est répandu en une véritable marée noire. A Vénissieux, il avait réalisé 29 %.

[4Nos concitoyens ont non seulement le sentiment de n’être plus représentés au sein des assemblées élues, jusqu’au plus haut niveau de l’État, mais surtout d’être trahis en permanence par celles et ceux qu’ils élisent.

La démocratie doit donc être revivifiée. Ce qui nécessite des transformations institutionnelles destinées à rapprocher le peuple des pouvoirs de décisions et à lui permettre de contrôler l’action des élus, d’intervenir.

La 5ème République porte en son sein cette logique de confiscation des pouvoirs. La 6ème République devra les restituer à la souveraineté populaire. Cela implique des référendums d’initiative populaire, l’instauration de la proportionnelle à toutes les élections, un rôle accru du Parlement, une place retrouvée des communes comme lieux vivants de la démocratie, un renforcement des services publics, la maîtrise et la propriété des grands moyens de production, la laïcité comme pilier du « vivre ensemble », s’appliquant à toutes les religions et refusant les accommodements. Telles sont les conditions du retour à la Nation et à une République une et indivisible.

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