6, 7, 8 Juillet : 3ème rencontres communistes de Marseille
Quelques points de vue fondamentaux à débattre

, par  Jean-Claude Delaunay , popularité : 3%

Contribution de Jean-Pierre Delaunay, PCF Villejuif.

1- Au cours des années 1970, les grandes entreprises capitalistes ont connu une grave crise de rentabilité. Pour la résoudre à leur avantage, elles se sont concentrées. Elles ont exporté leurs usines vers les pays émergents en quête de développement. Elles ont engagé une lutte à mort avec leurs salariés et les syndicats, pour en réduire les avantages sociaux et les salaires.

2- Les ripostes contre cette stratégie du capital ont été effectuées sur une base nationale, et plus particulièrement en France par le biais du Programme commun de gouvernement. Ces tentatives de résistance ont échoué. Les forces du Capital, qui ont contribué à cet échec, se sont simultanément mondialisées et pour se mondialiser, elles ont financiarisé les relations capitalistes de production à l’échelle du globe. Mondialisation et financiarisation des économies, échecs des ripostes démocratiques sont les trois faces d’un même processus. Nous sommes les héritiers directs de cette période encore proche et nous sommes marqués par les échecs que nous avons subis.

3- La stratégie de mondialisation du Capital a réussi dans la mesure où de grands pays (comme la Chine) pour lesquels le développement économique était devenu une urgence, aspiraient à recevoir des capitaux étrangers pour se développer et entrer sur les marchés extérieurs. Il s’est donc produit au cours des dernières décennies du 20ème siècle une coïncidence heureuse entre la stratégie capitaliste de lutte contre la suraccumulation du capital et la stratégie de développement des grands pays pauvres pour lesquels le socialisme n’assurait pas le bien-être matériel recherché. Le socialisme a permis leur indépendance politique mais il n’a pas permis leur développement économique.

4- La production capitaliste est à nouveau en crise grave. Loin de corriger le mouvement antérieur de suraccumulation, la mondialisation l’a reporté dans les pays en développement. En outre, la financiarisation s’est accompagnée d’un processus intensifié de suraccumulation grâce à la machine monétaire américaine, qui en a assuré l’alimentation sans contrôle. Ce processus s’est fragilisé de lui-même, car il se nourrit sans limite de « marchandises financières », multipliables à l’infini, lesquelles ne tirent pourtant leur rentabilité que des « marchandises réelles ». Les forces démocratiques se trouvent donc dans un contexte encore plus critique qu’il y a 30-40 ans.

5- Pour l’instant, les facteurs défavorables au combat politique semblent l’emporter sur les facteurs favorables. Voici une liste non exhaustive de ces facteurs.

A) Les pays émergents ont commencé de se développer. Les grandes entreprises contribuent à leur développement au détriment de leur économie nationale d’origine.

B) Le capitalisme est en crise et la crise est moment de souffrance pour le grand nombre, qui cherche des solutions d’urgence, souvent fort éloignées des solutions révolutionnaires.

C) Pour ce qui concerne le combat démocratique en Europe, un nouvel acteur est né et s’est développé entre temps, l’Union européenne. Que faire de ce rejeton vicieux et pervers que l’histoire nous a mis dans les pattes ? Nous, communistes français, n’avons pas su, ou pas pu, lui donner à temps une bonne éducation. Mais maintenant il est là, qu’en faisons-nous ?

D) Nos alliés ne sont certes pas des lutteurs politiques. Ce ne sont pas, non plus, des amis des communistes. Ils estiment que nos idées ont échoué et sont révolues. Nous devons gagner la confiance profonde de celles et ceux qui les suivent.

E) L’actuelle direction du PCF fait tout ce qu’elle peut pour liquider l’organisation communiste. Or une organisation de ce type est indispensable pour un combat politique de l’ampleur des luttes à mener. Il nous faut donc gagner la bataille des idées et isoler toujours plus cette direction.

F) La France intègre en ce moment de nouvelles populations dont les convictions religieuses sont vives. Or la religion, quelle qu’elle soit, fut et demeure « l’opium du peuple ».

G) Les idées du FN commencent à pénétrer sérieusement la conscience populaire.

6- Oui, mais le monde est en train de changer. Dans la contradiction de la crise du capitalisme, de nouvelles conditions se font jour, susceptibles d’assurer une vie meilleure pour la masse de ceux que nous défendons, appelant le développement de l’intelligence générale. Nous devons en comprendre vraiment les principaux traits, en évitant de nous fourvoyer dans des explications erronées. Un monde nouveau s’esquisse devant nous. Le système capitaliste n’est pas en mesure de donner suite aux espérances qu’il contient. C’est à nous, communistes, qu’il revient de le faire. Ne perdons pas espoir.

7- Le monde change. La production matérielle, qui fut la grande aventure du capitalisme, laisse désormais la première place à de nouvelles formes de production, que, par contraste, on peut appeler production non matérielle. La production matérielle est la production dans laquelle les matières premières se retrouvent dans le produit final, transformées par le travail. La production non matérielle est la production dans laquelle moyens de travail et équipements sont utilisés par le travail mais où le produit est l’accomplissement direct du travail. Avec des exceptions, comme toujours, les moyens de travail ne se retrouvent pas dans le résultat final, dans le produit, qui n’est pas un objet mais un service. Aujourd’hui, la production matérielle a atteint un très haut niveau de développement et de productivité. Sur cette base, se développe la production non matérielle, qui devient l’activité dominante et déterminante de toutes les activités. Les activités non matérielles sont notamment celles de la production scientifique, de l’enseignement, de la santé, de l’administration générale, de la gestion, du transport des personnes, de l’information, de la communication, du divertissement, des services personnels.

8- Le monde change en prenant appui sur un immense mouvement de socialisation de la production, des forces de production, de la consommation, de la vie en général. Cela veut dire, en gros et notamment, que les unités de production sont de plus en plus efficaces et peuvent couvrir de grands périmètres de consommation, que la production doit satisfaire un nombre croissant de consommateurs, que les effets et les incidences de la production comme de la consommation sont de plus en plus étendus dans le temps et dans l’espace. La mondialisation de la production et de l’épargne est la forme actuelle de la socialisation capitaliste.

9- Le monde change car il est possible de produire comme on rend un service. La production, qu’elle soit matérielle ou non matérielle, peut fonctionner comme un service. Ce qui compte est son usage et non son utilité.

10- Ces trois caractéristiques modifient profondément le travail par rapport à ce qu’il était à l’époque de la production matérielle dominante et déterminante. Le travail devient l’élément principal, car c’est lui qui constitue le produit (et non les matières premières transformées). En raison de la socialisation croissante de la production, chaque travailleur, chaque collectif de travail est en situation abstraite de responsabilité à l’égard d’usagers qu’il ou elle ne connaît pas. Cette situation de responsabilité n’est pas celle qui prévaut dans une petite communauté où tout le monde connaît tout le monde. Cela devient une morale de responsabilité. Le capital a de plus en plus de peine à dominer le travail par le simple fait de la propriété des moyens de production, car les moyens de production, tout en étant nécessaires, ne peuvent empêcher que le travail devienne l’élément réellement moteur de la production. Par contraste, les travailleurs perçoivent qu’ils peuvent produire comme on rend un service.

11- Un mot sur la révolution informationnelle. Cette théorie, selon moi, présente de graves défauts. L’information est certes un élément très important de la production moderne. Mais l’information est une composante, diversement développée selon les secteurs, de l’activité plus globale et plus générale qui est la production non matérielle, le service. Cette théorie est d’inspiration technicienne. Elle veut rendre compte de ce que les ordinateurs tendent à remplacer certaines opérations du cerveau. Son concept d’information est un concept flou. Elle véhicule avec elle l’idée de l’effacement rapide des frontières. Pour elle, tout est information, qu’il s’agisse du numéro de téléphone que saisit l’employé de commerce ou le résultat d’une recherche médicale.

Par différence avec Boccara et les camarades rangés derrière son opinion, je défends l’idée que le service est l’enveloppe la plus large à l’intérieur de laquelle se trouve l’information, différenciée selon les activités. Incidemment, je fais remarquer que ma position est la plus simple à faire comprendre. Si je me rends dans l’un des hôpitaux de Villejuif en tant que communiste, je ne vais pas m’adresser aux salariés de cet hôpital comme s’ils étaient des travailleurs de l’information mais à des travailleurs qui rendent un service, un service de plus en plus socialisé et complexe, des travailleurs qui travaillent pour rendre service.

J’ai eu maintes fois l’occasion d’insister sur le fait qu’il n’y a pas d’analyse de la production dans cette théorie. La raison en est simple. Ce qui compterait pour expliquer la crise du capital, c’est le fait que l’information ne serait pas consommée gratuitement. L’important, pour Boccara, ce n’est pas la production mais la consommation de l’information.

12- Un mot à propos des services. Les recherches que je mène sur ces questions depuis un certain temps déjà n’ont pas eu d’écho pour deux raison :

1) les lieux de théorie communiste sont devenus des chasse-gardées de pouvoir avant d’être des lieux de confrontation et de débat d’idées.

2) Les travailleurs expérimentent dans leur vie professionnelle une économie des services. Pour contrôler la socialisation, par exemple, les managers segmentent leur activité et en sous-traitent les segments. A la limite, le lieu principal de production est le tribunal où sont réglés les litiges provenant de cette façon de faire. Et comme chacun sait, le tribunal « rend des services ».

Pour garder la tête froide et analyser les problèmes réels, je propose de distinguer trois phénomènes :

1) Les activités de service telles qu’on peut les énumérer, de manière disparate. Si l’on en reste là, ce n’est pas suffisant et il faut les classer. Mais je crois que même ce niveau, bien qu’amélioré, est insuffisant.

2) La prise en compte de la relation de service, c’est-à-dire le fait que les entreprises s’occupent des consommateurs de manière individuelle. Ce changement est important. Mais les entreprises capitalistes arrivent à le contrôler.

3) La prise en compte du rapport de service correspondant au fait que la production soit désormais rendue comme on rend un service. Cela correspond au fait qu’EDF, par exemple, non seulement produise et distribue du courant électrique mais agisse en tenant compte de l’impact social de son activité ou tienne compte de la dimension sociale de son activité. Là est la révolution des services.

13- Que devient la classe ouvrière dans tout ça ? Je n’observe pas la société pour faire plaisir aux ouvriers, désolé, même si le marxisme me conduit à poser systématiquement certaines questions qu’une autre théorie ne me conduirait pas à poser (par exemple, qu’est-ce que le travail aujourd’hui ?). Cela étant dit, le constat est que la classe ouvrière à la fois se transforme et diminue en nombre. Mais d’une part, elle n’est pas réduite à rien. D’autre part, elle est l’héritière du monde industriel et de la production matérielle. Son expérience des luttes est grande, au moins en France, alors que les nouvelles classes sociales qui se profilent et s’installent sur la scène sociale sont inexpérimentées. On parle beaucoup de l’hégémonie de la classe ouvrière. Hégémonie ne signifie pas que la classe ouvrière soit numériquement la plus nombreuse, ni même qu’elle doive être numériquement croissante. Mais en raison même de son expérience, elle pourrait et devrait jouer un rôle hégémonique au sein du Parti communiste français, précisément pour apprendre à d’autres catégories sociales l’expérience des luttes qui, actuellement, leur fait défaut. Je pense que, pour cette raison, le PCF devrait se choisir un, plusieurs dirigeants, à la fois ouvriers et de grande ouverture intellectuelle (capables de n’être pas ouvriéristes) auxquels seraient associés des représentants d’autres classes en développement.

14- Pourquoi le besoin d’un parti communiste révolutionnaire ? Cela résulte pour moi des analyses que je viens de présenter. Un parti révolutionnaire est un instrument d’amalgame des classes sociales concernées par le changement et de lutte contre la classe des exploiteurs. Le capitalisme mondialisé s’oppose à toutes et plus vigoureusement à certaines qu’à d’autres. La classe ouvrière est en première ligne des coups reçus et elle dispose d’une expérience. Le parti communiste doit en aider la lutte en même temps que, sous la conduite d’ouvriers politiquement avisés, se construirait l’alliance étroite avec les autres classes en formation, elles aussi en opposition avec le grand capital. Le marxisme est, cela ne me fait aucun doute, l’instrument théorique indispensable tant de ces luttes que de cet amalgame. Juste une dernière remarque, histoire de faire râler fraternellement un certain nombre de camarades. Je crois qu’il faut désormais laisser au vestiaire ces distinctions subtiles entre les couches et la CLASSE. Il y a des classes sociales. Il y en a une qui a deux cent ans de lutte derrière elle, et sans doute davantage. Qu’elle assure son rôle hégémonique. Ne laissons pas aux profs d’histoire ou aux journalistes de l’Humanité un rôle qu’ils ne peuvent assumer. L’hérédité ne suffit pas en matière de compétence politique. Cela étant dit, l’époque actuelle n’est plus celle de la production matérielle dominante et déterminante. Le Parti communiste doit refléter, dans sa composition et ses préoccupations révolutionnaires, le fait que la production non matérielle tend à devenir à la place dominante et déterminante.

15- Un mot encore pour dire que j’approuve à 100% ce que développe André Gerin sur l’union du peuple de France. J’ai simplement une question concernant celles et ceux qu’influencent durablement les idées sociales-démocrates. Peut-on exclure qu’à un moment ou à un autre, le fait de gagner ces personnes à notre cause puisse conduire à la signature d’accords avec leur organisation de référence ?

Bon courage mes camarades et fraternelles salutations,

Jean-Claude Delaunay, membre du PCF, Villejuif

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