Premières impressions de congrès !

, par  Marie-Christine Burricand , popularité : 1%

De retour du 36ème congrès du PCF, je livre ici mes premières réflexions de déléguée.

Nous avions dit dans le texte "Unir les communistes" que l’enjeu de ce congrès était de tourner la page de Martigues et je suis certaine que nous avons posé la bonne question.

A moins de se bercer d’illusions, mais je n’en avais pas, il est clair que non seulement ce congrès ne tourne pas la page de Martigues mais qu’il confirme la volonté de la direction du PCF de rompre avec l’histoire communiste du 20ème siècle et notamment l’apport théorique et concret de Lénine, mais aussi avec la forme originale d’organisation populaire qu’est le PCF.

Il est tout aussi clair que tout en continuant à avancer dans cette voie, la direction du PCF doit prendre en compte la volonté des communistes de faire vivre leur parti et ses organisations de base, la radicalité de la critique du capitalisme qu’engendre la crise, la volonté croissante d’autonomie par rapport à la politique inacceptable du PS au gouvernement.

A l’issue de ce congrès, le texte d’orientation "Rallumer les étoiles" reste ce qu’il est, un texte idéaliste qui désarme les communistes. Rien de ce qui aurait pu modifier cela n’a été accepté.

La question du socialisme a été suffisamment portée dans les conférences de section et départementales pour arriver jusqu’au congrès. Mais elle n’ira pas plus loin car le cénacle veille. Pour les uns, nous ne sommes pas prêts pour en débattre ici, pour les autres parler du socialisme dans ce texte serait nous ramener 15 ans en arrière, avant le dépassement du socialisme, en somme avant Martigues. Vive le "communisme immédiat", le passage instantané à la société sans classe !

Idem pour les amendements veillant à se préserver de toute transformation du Front de gauche en force politique. Sur ce sujet, Pierre Laurent, est obligé de mouiller la chemise : Nous ne sommes pas là pour poser des limites mais pour éclairer les possibles et il faut arrêter de se faire peur. Une réponse déjà faite quelques mois avant le choix de Jean-Luc Mélenchon pour la présidentielle et alors qu’un texte officiel sur la structuration du Front de gauche circule sans que les communistes puissent se prononcer sur son contenu.

L’Union européenne est vite bâclée, sans doute peu de délégués se sont rendus compte du rajout d’une phrase donnant au PGE un rôle essentiel pour les élections à venir.

Il faut dire que nous avons voté par parties du texte, jamais sur un amendement précis, ce qui ne facilite pas l’expression d’opinions différentes et "noie quelque peu le poisson".

Sur les statuts, je dirai que la direction a obtenu ce qu’elle voulait.

Les ajouts visant à renforcer la nécessité de l’existence des cellules et à plus fortes raisons à en faire des lieux de souveraineté ont tous été refusés sous prétexte que la nécessité de l’activité de proximité des cellules traverse tout le texte ! J’aurais préféré qu’elle l’imprègne !

Le débat a été rude sur le passage des 4/4 au 3/3, cette partie du texte est celle qui a suscité le plus de discussions et d’oppositions (426 pour, 203 contre, 22 abstentions). L’intervention d’un délégué connu de Seine-Saint-Denis expliquant combien cette fédération avait eu besoin de l’aide financière de la direction nationale et justifiant ainsi les 3/3 en a sans doute fait rire plus d’un, car il vaut mieux rire que pleurer. On préfèrera se rappeler les intervention d’un délégué du nord, du secrétaire départemental du Pas de Calais et des militants de base défendant les 4/4. Là encore, Pierre Laurent a du s’engager pour défendre les 3/3, ce qu’il a fait sans état d’âme et sans trop de fraternité pour tous ceux qui font vivre le PCF.

Au final, entre les obstacles mis aux dépôts des textes et listes alternatives, les possibilités d’adopter un règlement intérieur allant bien au delà de la vie du CN, les modes de validation des candidats pour les villes de plus de 20.000 habitants et les modalités d’exclusion, la démocratie ne sort pas gagnante de ces statuts et les organisations de base (cellules et sections) sont affaiblies.

La question de la faucille et du marteau supprimée de la carte au profit des étoiles de la gauche européenne est significative. Tous ceux qui ont vendu des badges faucilles et marteaux dans des manifs savent combien les jeunes s’étaient appropriés ces outils quitte à les faire vivre à leur manière. Ils ne gênaient aucunement le "futur avenir radieux" du PCF et rien n’obligeait à les faire disparaître de la carte. Mais le discours de clôture de Pierre Laurent est éclairant : il faut rompre avec ce qui symbolise le communisme du 20ème siècle et donc en effacer les symboles. Entre Jaurès et aujourd’hui, il y aura le néant. Et surtout il faut affirmer notre fierté d’appartenir au PGE. Or, aucun d’entre nous n’a adhéré individuellement au PGE et ce symbole de la gauche européenne sur une carte nominative est donc un passage en force inacceptable.

Enfin, nous n’avons pas eu le droit de connaître la composition sociologique exacte du congrès, au delà du nombre de femmes, d’élus et d’actifs... Combien d’ouvriers, d’hospitaliers, d’agriculteurs, d’enseignants, d’ingénieurs... mystère !

Évidemment, le Conseil National et le secrétaire national n’ont pas été élus à 100% puisqu’il y a eu un peu moins de 100 bulletins nuls (chiffre à vérifier ce matin), rayer un ou plusieurs noms étant la seule manière d’exprimer son désaccord avec la liste proposée pour la direction en l’absence de liste alternative.

Il y aurait de quoi baisser les bras, mais...

Mais il y a eu les débats des conférences de section et départementales, les ruches du congrès où les communistes ont dit qu’il était très important que le PCF se renforce et soit libre de ces choix, il y a eu ce jeune délégué du Var avec son badge départemental faucille et marteau, il y eut l’accueil sans enthousiasme des forces du Front de Gauche, Mélenchon compris, une attitude qui disait "on est d’abord là pour s’occuper du parti", les JC entonnant la Jeune Garde, Aurélien de Vénissieux montant deux fois au micro pour réclamer un vote sur le socialisme (et c’était son premier congrès), cette très jeune fille de l’Hérault défendant les cellules et les 4/4, il y a eu les drapeaux du PGE qui sont restés sur les tables, il y a eu la présence des camarades du texte "Unir les communistes" dans les délégations...

L’émancipation de la tutelle du PS s’affirme, encore faut-il ne pas la remplacer par une autre et être capable de porter un projet pour le pays qui barre la route au retour de la droite et à la poussée du front national.

La direction nous a proposé 8 membres au Conseil National, 12 en tout pour les textes alternatifs et a tenu son engagement contrairement à ce qui s’était passé précédemment. Tout compte fait, c’est le seul geste d’ouverture qu’elle a fait en notre direction dans ce congrès. S’agit-il d’un effet d’annonce ou y a-t-il volonté réelle d’un travail et d’une réflexion théorique collectifs. L’avenir seul répondra.

Nous avons accepté sans complexe parce que ce n’est que justice compte tenu du résultat des votes et de ce que nous faisons vivre dans le PCF. J’y vais décidée à faire vivre un PCF marxiste et combatif, porteuse des idées du texte "Unir les communistes" et de l’expérience des camarades avec qui je milite, prête à l’échange et à la confrontation d’idées, déterminée à ce que l’avenir ne s’écrive pas contre l’histoire et l’identité communiste et surtout persuadée que c’est en bas, dans les quartiers les entreprises et le mouvement social, que se joue l’avenir du PCF.

Le PCF existe toujours et nous n’y sommes pas pour rien. Son avenir n’est ni écrit d’avance ni assuré. La "force du partage" ne suffisait pas à remplir le grand panneau rouge qui servait de fond de scène et affirmer le "nouveau communisme" ne fait pas un projet communiste. C’est une nouvelle bataille qui commence et nous allons la mener, parce que le combat de classe a bien besoin que vive et se renforce le PCF.

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