36ème congrès du PCF, compte rendu personnel de la conférence du Pas-de-Calais, 1er et 2 février à Avion

, par  Alfred Gautier , popularité : 1%

L’organisation matérielle était réussie (accueil, lieux, repas, dates clés à venir pour le PCF 62, bilan financier sur table…). Dommage qu’une liasse des amendements n’ait pas été fournie. De même, il n’y a pas eu de rapport sur les mandats : nombre exact de délégués de section, composition ? Nous étions à peu près 200. Une fiche individuelle a été remplie sur place.

Le congrès était placé sous le signe de l’« apaisement ». Qu’est-ce que cela veut dire ? Apaisement par rapport à qui, à quoi ? Dans tous les cas, le débat n’a pas été escamoté. Et celui-ci était de bonne tenue et fraternel. On a beaucoup rit, certain(e)s même un peu pleuré, comme sur la parité dans le Parti !

Après un rapport introductif relativement long d’Hervé Poly, secrétaire fédéral sortant, agrémenté de références fraiches (commémoration de la bataille de Stalingrad, le rôle de l’URSS, rallumer les étoiles rouges, disparition du marteau et de la faucille sur la carte ou encore la place de la culture…), eu lieu la discussion générale.

De nombreux intervenants se sont réjouis du rôle actuel du PCF, d’en finir avec la liquidation. Le Front de Gauche a été globalement plébiscité, à part quelques réserves. Chacun a pu s’exprimer, dire ce qu’il avait à dire. Les orateurs étaient animés par la volonté de convaincre, de faire partager les expériences. Daniel Dewalle indiqua qu’il était parfois impossible de construire le Front de Gauche localement, tel que souhaité par le national, faute de militants d’autres organisations.

Incapable de détailler les interventions, je rendrai compte surtout des miennes :
- Une note sur le développement et la structuration du Front de Gauche montre que cette alliance n’a rien de démocratique. Qui décide des « équipes d’animation locales du Front de Gauche » ? En vertu de quel mandat ? Même remarque pour les membres du « Conseil national du FDG », cooptés nationalement dans l’opacité. Il s’agit d’une construction par le haut, en dehors de la pratique militante de terrain. Quelle contradiction entre les belles paroles sur l’« enrichissement populaire et citoyen » du programme l’Humain d’abord et le fait que pas une virgule n’ait bougé dans ce programme depuis sa présentation !
- La proposition de « baisse du coût du capital » recouvre avant tout une dimension technique, pour montrer que les entreprises peuvent être gérées autrement. Nous devons viser à la liquidation du capitalisme, ce qui suppose de se fixer l’ambition de réduction à néant du coût du capital (ce qui revient à supprimer l’exploitation capitaliste). Il y a nécessité de lier projet de société et programme immédiat, ce qui est absent de la base commune.
- Autre proposition en cause, les « pouvoirs d’intervention aux salariés » : une proposition trop floue. J’ai suggéré la prise de pouvoir par les travailleurs, la gestion ouvrière, objectif plus compréhensible ! Jaurès militait pour la République jusqu’au bout, nous ne pouvons pas être en deçà d’une telle ambition.
- Sur l’Union européenne, j’ai avancé l’idée que la France sorte des traités - et non pas de l’Europe, ce qui n’a pas de sens. Cela va de pair avec la construction du socialisme et c’est envisageable, comme le montre, pour des motifs différents, l’exemple de la Grande-Bretagne. L’UE est une construction politique, une construction institutionnelle, pas une réalité physique. Pourquoi le PCF propose-t-il, à juste titre, de sortir de la 5ème République, mais de rester dans l’UE ? Une campagne nationale pour l’abrogation, par référendum, des traités européens permettrait de s’adresser à une partie de l’électorat populaire de plus en plus séduit par le FN (dont nous n’arrivons pas à stopper la progression dans le bassin minier, notamment). S’agissant de la souveraineté nationale, question centrale, que feraient les représentants du Front de Gauche au pouvoir en France ? Baisseraient-ils la tête face à l’intransigeance de Merkel, par exemple, sur le changement de statut et des missions de la Banque centrale européenne ?
- Vis-à-vis du Gouvernement Ayrault : virer l’UMP était nécessaire, mais encore fallait-il ne pas laisser croire à un quelconque « changement » avec le PS. Les espoirs déçus s’avèrent ravageurs ! J’ai dit que les Français devaient faire l’expérience du PS au pouvoir, et qu’il ne fallait pas se priver de voter certains textes, comme le mariage gay. Mais que s’abstenir sur la confiance au Gouvernement était une erreur, comme il est incongru que nos parlementaires se soient opposés à la loi de programmation de finances, pour s’abstenir quelques semaines plus tard sur sa première annuité (budget 2013) ! Nous sommes de facto dans l’opposition, inutile de se le cacher. Localement, par contre, des alliances sont possibles sur la base de programmes de gestion clairs et dans des cadres honnêtes.

Je restitue la réaction du dirigeant national Michel Laurent à mon propos : rester « entre nous, entre Français », ne pas faire « l’union des travailleurs », ouvrirait un boulevard au FN. Internationaliste, Mélenchon s’adressait « plus au peuple allemand qu’à ses dirigeants », on peut faire « bouger les choses en Europe ». Je n’ai pas été convaincu, mais chacun a pu se faire son opinion [1].

Jacky Hénin, concluant la discussion générale, a fait usage de ses talents oratoires. J’ai néanmoins trouvé regrettable qu’il ait défendu la nationalisation d’ArcelorMittal dans une optique strictement « socialo-compatible », c’est-à-dire, nationalisation à caractère temporaire, avec participation d’entreprises privées dans le capital et revente finale au privé, afin que l’État « retrouve ses billes financièrement ». À force de s’adapter au discours dominant, au discours « technique » du système capitaliste et de ses institutions bourgeoises (comme s’il fallait absolument « indemniser » les casseurs d’industrie !), on en oublie d’essayer de convaincre en communistes !

Samedi matin, les congressistes étaient répartis en commissions. Les camarades de section estimaient que je devais siéger en commission du texte. J’avais en effet déposé une grosse centaine d’amendements. Toutefois, il était impossible que la commission se prononce sur ces derniers, ceux-ci n’ayant, matériellement, pas pu être validés un par un en section. De toute manière, nous n’aurions pas eu le temps, le timing était serré. La réunion, initialement parfaitement calme, s’est transformé en franche réunion rigolarde, sans pour autant que le résultat final, validé en séance plénière, n’en pâtisse.

Qu’on en juge : affirmation du nucléaire comme source d’énergie, lien avec les partis communistes du monde entier (et non seulement PGE), mise en accusation du capitalisme, retour aux fondamentaux de la lutte de classes, objectif affiché du socialisme, évaluation et vote, à chaque congrès, sur la participation au PGE, nécessité d’avoir un programme propre au PCF (et non du Front de Gauche), retour à la clé de répartition sur les ressources financières locales et nationales, réaffirmation des cellules, contrat écrit pour le reversement des indemnités d’élus, allongement du délai d’étude des textes alternatifs, retour au nombre de signatures actuel pour pouvoir les présenter, clarification des cotisations minimales, rejet de la mention « Jean-Luc Mélenchon » dans la base commune (déplacée dans un texte d’orientation général), accent sur les nationalisations dans l’esprit du CNR… un véritable festival !

Il n’y avait qu’à voir les expressions du visage de Michel Laurent : le langage du corps en disait plus long que les discours lénifiants. Ma réflexion personnelle est qu’il est sidérant de constater une telle coupure entre le représentant de la direction nationale et la base, du moins celle du Pas-de-Calais.

Une fois le vote du texte passé, nous étions encore invités à prendre la parole. Si je n’ai pas pu défendre mon amendement, j’ai partagé mes réflexions sur la monnaie unique. Dans le texte rédigé par la direction, on trouve la formulation suivante : « une dissolution de la zone euro renverrait d’une autre manière chaque peuple à la même guerre économique ». Cette formulation n’est pas convaincante et ne permet pas le rassemblement des communistes, surtout qu’elle est assortie d’une pique inacceptable sur le « nationalisme » de certains.
Cette formulation n’est pas convaincante, car la guerre économique est bien là : l’euro n’est pas un quelconque bouclier contre celle-ci, au contraire ! N’est-ce pas l’euro qui est le vecteur de la guerre économique ? N’est-il pas l’accélérateur de la mise en concurrence, dans la même unité monétaire, des salariés ? N’est-il pas l’outil de l’abominable marché unique, qui met en concurrence les peuples, les droits sociaux ? N’est-il pas le vecteur de l’intégration capitaliste, avec la fin du « risque de change » pour les grands groupes transfrontaliers ?

La réalité est celle-là : 62% des Français rejettent l’euro, 77% des employés et ouvriers (sondage IFOP janvier 2013)… faut-il continuer à les abandonner au Front National ?

« On ne peut agiter la menace d’une guerre économique au sujet de la fin de l’euro. La guerre économique est déjà là ! De nombreux camarades estiment qu’avec la monnaie unique, par construction, c’est l’austérité, la pression sur le pouvoir d’achat, le chômage de masse. L’euro fort pousse aux délocalisations et à la désindustrialisation. L’euro est le vecteur de la libre-circulation des capitaux. Il est construit pour attirer la spéculation, les capitaux du monde entier. De nombreux économistes pensent qu’une monnaie unique ne peut être calquée sur des économies différentes. De fait, depuis sa création, l’euro n’a fait que creuser les déséquilibres structurels de la zone euro et qu’exacerber les différentiels de compétitivité entre pays. La sortie de l’euro est concevable, comme le proposent des communistes, par la voie de gauche, avec annulation d’une grande partie la dette publique et la socialisation des banques et sociétés d’assurance. L’État pourrait ainsi se refinancer gratuitement grâce à la Banque de France, comme dans les décennies d’après guerre : on ne s’en sortait pas si mal ! Ne confondons pas internationalisme prolétarien et supranationalisme. »

Personne ne m’a apporté la moindre contradiction sur l’euro.

S’agissant, enfin, des questions de personnes : la liste pour le comité fédéral est approuvée à la quasi-unanimité. Il s’agissait des propositions des sections, tout était bien calé par avance. Hervé fut acclamé sous une Internationale enthousiaste et spontanée. L’exécutif départemental, lui, n’est pas encore établi. Une volonté est affichée de mieux travailler la direction départementale, avec un engagement de chaque membre. J’ai déjà entendu ce type de discours par le passé, dans le Nord, mon expérience m’incite donc à la prudence.

Un débat a eu lieu, par contre, sur les places au Conseil national. La direction propose 3 places. Cathy Apourceau-Poly et Hervé ne souhaitant plus rempiler, il ne restait plus que Jacky Hénin. Les congressistes n’ont pas accepté une telle restriction. Finalement, ce sera Jacky plus un autre, si possible une femme : un appel à candidature est lancé. Le Pas-de-Calais n’est pas plus bête que les autres départements ! La question a été soulevée pour Laurence Zaderatzky : une piste crédible, à mon sens, d’une camarade qui a largement l’envergure. Autre chose, apparemment, la direction travaille à une liste de rassemblement de toutes les tendances au Conseil national.

En intermède de cette sympathique conférence, Georges Ibrahim Abdallah trouva, en la personne de Jacques Kmieciak, un brillant avocat. Détonnant et exaltant !

Les congressistes étaient enfin invités à se rendre au conseil municipal extraordinaire de la ville d’Avion, où Marwan Barghouti était fait citoyen d’honneur.

Avec un tel congrès, d’un niveau politique correct, le PCF 62 marque des points et aussi les esprits. Bien entendu, les contradictions subsistent. Mais non seulement il renouvelle ses forces militantes, mais il se fixe de nouveaux objectifs, de nouvelles ambitions.

Michel Laurent a été dignement accueilli. Il n’a pas été déçu du voyage.

par Gautier Weinmann, dimanche 3 février 2013, 18:00

Section d’Evin-Leforest, entrant au conseil départemental

[1Le camarade Laurent avait un discours en décalage avec l’expérience concrète : les peuples n’ont strictement aucune prise sur ce monstre qu’est l’UE (cf. référendums français, néerlandais, irlandais, par exemple). L’Union européenne est construite par et pour le capital dès l’origine, elle est le talon de fer pour écraser les peuples, les acquis sociaux. La perte de souveraineté budgétaire, dénoncée au sujet du traité d’austérité Sarkozy-Merkel (TSCG), date au moins du traité de Maastricht ! Il faut l’unanimité des pays pour changer les traités. Sortir unilatéralement est la seule manière de mettre fin à notre soumission à l’ordre des choses. Les contextes nationaux sont différents, l’évolution des consciences n’est pas symétrique dans tous les pays, ce qui rend improbable une évolution « douce » et progressiste des traités. Une réorientation de l’UE repose fondamentalement sur un parti pris fédéraliste, quand le progrès social et démocratique a toujours été arraché dans le cadre de luttes nationales…

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