Nouveau CNR ? Oui, nouveau CNR !

, par  Antoine Manessis , popularité : 2%

Pour nous, communistes du PRCF et d’autres mouvances pour lesquelles cette référence garde toute sa force d’avenir, de quoi le « nouveau CNR » est-il le nom ?

D’abord d’une dynamique politique.

Précisons qu’il ne s’agit pas de répéter purement et simplement le « premier » CNR. Un « nouveau » CNR ne serait pas un « CNR bis » : des références nominalement identiques peuvent fonctionner très différemment dans des conjonctures politiques et des rapports de classes différents.

Mais revenons à la dynamique politique. Comment la définir, selon nous ?

Rassemblement dans un Front Antifasciste, Populaire, Patriotique (FRAPP !) des masses qui subissent les politiques visant à "détruire le programme du CNR" (dixit Denis Kessler, l’éminence grise du MEDEF, qui ne se trompe pas, lui, sur l’actualité d’une ATTAQUE GÉNÉRALISÉE contre les acquis du programme du CNR : cf. l’éditorial de « Challenges » en novembre 2007) : c’est-à-dire l’UE, le MEDEF et les gouvernements UMP et PS à la botte des deux autres.

Rassemblement le plus large possible car un ouvrier de "droite" peut comprendre comme un ingénieur de "gauche", qu’il faut sauver les retraites et que pour ce faire, il faut sortir de l’UE ! Ce qui pose la question du contenu du nouveau CNR. Mais rassemblement clairement centré sur le « monde du travail », comme le précisait déjà la programme du « premier » CNR, et nettement tourné contre le grand capital. Le programme du premier CNR précisait déjà que les « moyens de production monopolisés » par les « féodalités financières » doivent retourner à la nation ? Bref, rassemblement antimonopoliste, alliance autour de la classe ouvrière du bloc des couches populaires et de la partie des couches « moyennes » précarisées par le grand capital, rien de tout cela ne devrait effaroucher des militants communistes attachés à la part révolutionnaire de l’héritage du PCF.

Pour nous communistes de 2013, la réponse s’impose à partir de "l’analyse concrète de la situation concrète" : comme le répète notre camarade Léon Landini, figure de proue des FTP-MOI et président du Pôle, « les orientations du programme du CNR sont directement antinomique de la prétendue "construction" européenne ». Se référer AUJOURD’HUI au CNR, c’est donc appeler aux « autres sorties », comme le PRCF y a invité avec les communistes grecs, le PCPE, des communistes français et italiens au meeting du 9 décembre à Madrid : sortir de l’euro, sortir de l’UE, sortir de l’OTAN, pour mettre en route une dynamique politique qui permettra la sortie du capitalisme, non pas sur la base d’incantations « anticapitalistes » abstraites, ni à partir de la répétition de vérités intemporelles sur la nocivité du capitalisme et l’excellence du socialisme, mais sur la base d’un rapport de forces isolant le grand capital maastrichtien et fédérant les couches populaires et les couches moyennes sous la direction de la classe ouvrière.

Précisons, sortie progressiste et antifasciste de l’euro, de l’UE de l’OTAN. Pourquoi cette précision ? Pour éviter tout amalgame entre notre position et le discours mensonger du FN qui prétend être contre l’euro ou l’UE, ce qu’il n’est en aucun cas puisqu’en réalité Mme Le Pen est pour une « sortie concertée de l’euro » (en clair, elle attend le feu vert de Mme Merkel, et de l’impérialisme allemand, pour lequel la zone euro-mark est en fait une zone protectionniste ménageant la place du dollar et écrasant l’Europe du sud). Car le FN présente son discours prétendu positionnement anti-UE (rappelons que les députés FN avaient voté l’Acte unique européen en 1986 !) comme la continuation de son positionnement nationaliste et xénophobe : on ne lutte pas contre le MEDEF et le CAC-40, qui détruisent la nation en brisant le "Produire en France" (donc la classe ouvrière), en dépeçant les services publics, les retraites et la Sécu mis en place par Croizat, mais contre les travailleurs venus d’ailleurs, le FN ne lutte pas contre l’UE en tant qu’arme de destruction massive des conquêtes sociales mais pour retrouver (dans le discours !) la France du Maréchal dont "l’étranger" juif ou musulman ou chinois ou bolchevik ("Communistes pas Français" disait un officier nazi)... nous aurait dépossédés…

Or en 40 ou aujourd’hui, c’est le capitalisme qui détruit la France, notre France chantée par Ferrat, celle de la Révolution sans-culotte, des insurgés de 1830 et de 1848, de la Commune, de 1936, de la Résistance, des acquis sociaux des ministres VRAIMENT communistes de 45/47, de 1968, contre les nouveaux collabos. Déjà hier, c’était le grand capital qui fit « le choix de la défaite », comme le dit Annie Lacroix-Riz après Marc Bloch, qui « préféra Hitler au Front populaire » et qui fit de grandes affaires avec les nazis pendant que « seule dans sa masse, la classe ouvrière restait "fidèle à la France profanée" » (François Mauriac).

Désolé pour ceux qui confondent supranationalisme et internationalisme : les communistes, à la différence des trotskistes et des autres variétés de gauchistes, sont A LA FOIS des internationalistes et des patriotes. L’affaire est réglée depuis 1934 au sein du mouvement communiste international et si certains commentateurs des textes saints veulent démontrer le contraire, à force de citations hors contexte, qu’ils regardent comment le Vietnam ou Cuba ont vaincu l’impérialisme ou comment les petits groupes communistes sont devenus des partis ayant une audience de masse. Et surtout, qu’ils relisent Politzer (« Race, peuple et nation ») et Dimitrov (rapports au VIIème Congrès de l’Internationale communiste, où le secrétaire général du Komintern, fraichement sortie des geôles hitlériennes, appelait chaque parti communiste à « acclimater l’internationalisme » dans son propre pays, citant les grands héros du passé de chaque peuple, y compris Jeanne d’Arc s’agissant de la France…). Car c’est une erreur suicidaire pour les communistes que d’abandonner à l’ennemi de classe, aux fascistes, à tous ceux qui en réalité, détruisent leur pays pour augmenter leurs profits, les « signifiants » majeurs de la nation. L’internationalisme PROLÉTARIEN n’est pas l’ennemi du patriotisme POPULAIRE et RÉPUBLICAIN, il est son allié naturel, comme l’ont prouvé le Front populaire et la Résistance, contre le mondialisme capitaliste associé à ses rabatteurs racistes, intégristes et communautaristes. Comme l’écrit feu notre camarade Alleg, qui aimait à dire que « si le PRCF n’existait pas, il faudrait l’inventer », « il y a deux façons de défendre la France, celle de Massu et celle des colonialistes ».

Sorties donc de l’euro, de l’UE et de l’OTAN parce que ce processus historique serait porteur d’une autre sortie plus fondamentale encore, la sortie du capitalisme qui est notre objectif. Évitons bien sûr une vision mécanique, "étapiste", de ce processus, il s’agit d’avoir une vision dialectique, de comprendre que si l’euro expire sous l’impact des luttes populaires, l’UE explosera en suscitant d’immenses luttes populaires sur tout notre sous-continent, que la lutte pour l’indépendance nationale posera la question de l’appartenance à l’OTAN et donnera un signe d’encouragement à tous les peuples en lutte contre les prédateurs de l’UE et de la future « Union transatlantique ». S’opposer frontalement ainsi au capitalisme et à l’impérialisme, c’est, à partir du vécu concret des masses, poser la seule alternative réelle, le socialisme. Et pour cela, la référence au programme du CNR, qu’il faut actualiser dans une grande dynamique de discussions à la base avec les travailleurs (le PRCF ne part pas sans « billes », il a élaboré un programme de rupture révolutionnaire après une année de discussion dans ses structures locales ou départementales), est précieuse car elle peut fédérer notre peuple sur l’un des textes à la fois les plus progressistes, les plus « patriotiques » (tout le début du programme CNR est un appel « aux armes citoyens » contre les partisans de l’attentisme qui prédominaient dans le camp gaulliste), les plus universalistes (la Sécu est fondée sur le principe « à chacun selon ses besoins ») et les plus « unificateurs » de notre histoire. Or le grand marxiste italien Gramsci nous a appris que les processus révolutionnaires ont besoin d’un arrière-plan national et populaire indispensable pour construire une nouvelle « hégémonie culturelle » et un nouveau bloc historique de progrès autour du prolétariat.

Bien entendu les contextes historiques ont changé. Nous y reviendrons mais avant un mot sur le jugement porté sur le CNR historique : il est conforme à la ligne de large rassemblement initié par le PCF avec le « Front National pour la liberté et l’indépendance de la France » (dont les Le Pen ont usurpé la noble appellation) ; existaient encore alors les bases d’une bourgeoisie, voire d’une grande bourgeoisie nationale : notamment, la concentration des trusts ne s’était pas encore pleinement opéré sur le plan hexagonal (c’est surtout le gaullisme des années 58/72) qui portera ce processus national monopoliste à son comble avec des fusions comme celle de Péchiney-Ugine-Kuhlmann, Rhône-Poulenc, etc. ; si bien que pour des raisons de classe qui lui étaient propres, la grande bourgeoisie d’alors n’a pas mis tous ses œufs dans le même panier, les uns misant sur la Kollaboration avec Pétain, les autres sur la subordination à l’Amérique (AMGOT et général Giraud), d’autres sur une ligne plus « nationale » qui ont conduit De Gaulle à miser sur un rapprochement partiel, tactique, avec les communistes : ils étaient quasiment les seuls dans la Résistance armée intérieure !

D’autres raisons objectives ont permis l’émergence du CNR, et Denis Kessler ne s’y trompe pas dans son article tonitruant de novembre 2007 : la victoire de Stalingrad, le rapport des forces internationales au sein de l’alliance antifasciste, et national. En France, où les communistes exerçaient incontestablement une forme d’exemplarité si ce n’est d’hégémonie dans le combat patriotique (malgré des courants très anticommunistes), les manœuvres américano-britanniques contre la "France Libre", ont obligé de Gaulle à fonder sa légitimé aux côtés des Résistants intérieurs... De plus quelle eut été l’alternative ? Après "Yalta", c’est-à-dire l’expression géopolitique du rapport de forces internationales, avec la présence en France des troupes américaines, avec aussi, l’épuisement compréhensible de l’Armée rouge (plus de 20 millions de morts soviétiques, une génération entière décimée !) et la juste volonté de l’URSS de ne pas apparaître comme la force qui brisait la Coalition antinazie, qui peut croire, après l’exemple grec partant d’une situation mille fois plus favorable qu’en France sur le terrain, que l’anéantissement des forces armées communistes plus ou moins élargies, n’était pas la seule issue probable ? La triste dissolution des Milices patriotiques, le retour en France de Maurice Thorez et la participation au Gouvernement sur la base d’un programme progressiste n’étaient que l’expression de ces réalités-là que des marxistes, des "matérialistes pratiques" comme disait Marx, ne peuvent pas contourner. Compromis historique ? Oui, certes. Qu’il eût été possible de gérer d’une manière plus rigoureuse, en tenant mieux compte des luttes anticoloniales émergentes et des exigences ouvrières ? Sans doute, comme le montreront les discussions ultérieures au sein du Kominform. Mais le bolchévisme ne consiste pas à éviter les compromis, voire les reculs tactiques (Brest-Litovsk) et seuls des dogmatiques invétérés s’imaginent que le bolchevisme consisterait à refuser tout compromis quand on s’est battu à fond pour consolider un rapport des forces. Comme l’écrit ce grand réformiste de Lénine dans La maladie infantile du communisme, « toute l’histoire du bolchevisme, avant et après la révolution d’Octobre, abonde en exemples de louvoiements, d’ententes et de compromis avec les autres partis, sans en excepter les partis bourgeois ».

Oui on peut ensuite relever des manquements, avec le recul historique, en certaines circonstances, des communistes. Mais comme l’écrivait Aragon "jugeons alors avec les yeux d’alors". Quand le 8 mai, alors que la guerre contre le fascisme cesse, les événements de Sétife ont lieu, des interprétations erronées peuvent être comprises, non justifiées, mais comprises, analysées. D’ailleurs les réactions furent diverses au sein du PCF, si certains dénoncent des "manœuvres hitlériennes" (Albert Denier, le secrétaire du PCF de Sétife, aura les deux mains tranchées par les insurgés, un fait qui peut, à l’époque, masquer des faits plus essentiels), d’autres expriment très vite leur solidarité avec les Algériens. Il ne s’agit pas encore une fois de justifier des insuffisances, les erreurs mais de faire la part de l’analyse historique et surtout de ne pas mettre sur le dos de la stratégie du CNR plus que celle-ci n’induisait en un moment où la lutte antinazie finissait et où les luttes de décolonisation prenaient une nouvelle ampleur, dopées par la défaite du Reich (terrible ambiguïté du 8 mai 1945 !). L ’analyse critique implique de tenir compte des réalités, de toutes les réalités dans leur dimension dialectique.

Aujourd’hui les choses ont changé. Nous ne cherchons pas une alliance avec une "grande bourgeoisie nationale-patriote" qui n’existe plus et pour cause : TOUT le MEDEF, TOUT le CAC-40 ne cesse de signer des appels, des « manifestes » (notamment « Besoin d’aire » en décembre 2011) qui appellent tout bonnement à « dépasser » l’ État-nation, à mettre en place « notre nouvelle patrie, les États-Unis d’Europe », à « reconfigurer les territoires » au sein de vastes « régions transfrontalières » converties au tout-anglais. Car aujourd’hui c’est à l’échelle continentale et transcontinentale que se joue la concentration monopoliste. Globalement toute la grande bourgeoisie est derrière la stratégie de délitement de la nation qui lui permettrait de liquider, « décentralisation » et « euro-métropoles » aidant, les conventions collectives nationale mises en place par Croizat, ce qui reste des nationalisations construites par Marcel Paul (EDF, Renault…), ce qui subsiste de la Sécurité sociale nationale (Croizat encore !), le statut de la fonction publique (Thorez !), le CNRS et le CEA (Joliot !), sans parler de l’ Éducation ex-nationale et des diplômes nationaux comme le bac, remplacé par des « compétences européennes rechargeables »… La mise à mort de la « République une et indivisible » héritée de Robespierre, la casse finale des Communes, qui plongent au plus profond de l’histoire nationale bien avant 89, serait une aubaine pour l’oligarchie qui pourrait mettre en concurrence les nouveaux Länder « français » en pratiquant le moins-disant salarial, en multipliant les délocalisations INTERNES et en exigeant un maximum de subventions de chaque région mise en concurrence avec ses voisines. Mais à côté de la classe ouvrière, française ET immigrée, qui est vitalement attachée au PRODUIRE EN France (dont la liquidation conduit à la déchéance sociale d’une partie du prolétariat et à sa marginalisation politique globale), il existe une petite et moyenne bourgeoisie qui est attachée à la Nation, qui est broyée par l’UE et qu’il faut neutraliser, voire rallier si on ne veut pas l’envoyer directement dans les griffes du FN. Nous voulons rassembler les patriotes assez conséquents et honnêtes, dont notre peuple est plein, pour isoler l’ennemi principal, unir des forces autour de la classe, et briser le théâtre d’ombre qu’est le jeu politique actuel avec un "gauche" de droite, un droite de plus en plus extrême, et une extrême-droite à l’affut. Oui, brisons l’isolement et desserrons l’étau qui nous étouffe en unissant autour d’un nouveau CNR car c’est là la "substantifique moëlle" de cette proposition stratégique.

Et aussi n’oublions pas dans le bilan que nous défendions un programme, le programme du CNR. Porteur de suffisamment de potentiel progressiste pour être aujourd’hui encore la cible du MEDEF, même s’il est évident que ses composantes écologistes, féministes, anticoloniales n’étaient pas pleinement achevées (Pierre Villon a négocié comme un beau diable et il a eu le MAXIMUM possible !) ! Alors compromis ? Oui ! Et nous assumons parfaitement le compromis quand le contenu est le plus favorable possible à la classe ouvrière au bout d’un combat titanesque et non pour éluder le combat, comme fait la social-démocratie. Le CNR, la Libération, 1945 est devenu au même titre que 1789, un référent universel, très au-delà de la France (même Michael More y fait référence, et à sa façon Ken Loach parle de L’ Esprit de 45) : devrions-nous l’abandonner sous prétexte que toutes ses potentialités n’ont pas abouti ? Ce n’est pas parce que la bourgeoisie a tout souillé, le drapeau tricolore, la Marseillaise, la Révolution, le CNR, qu’il faut lui abandonner NOTRE bien. Comme le dit encore Léon Landini, quand des saligauds violent votre fille, votre devoir n’est pas de la renier en disant « tu es salie ! », mais de la RELEVER… et d’aller casser la figure des salauds.. Le compromis historique n’arrête pas la lutte des classes, au contraire, quand il est conduit dans des conditions combatives, il permet à celle-ci de se redéployer dans de meilleures conditions pour la classe et les masses.

D’autant qu’aujourd’hui, il ne s’agit plus de « compromis historique » avec la partie « gaullienne » de la grande bourgeoisie. Comme nous l’avons vu, l’oligarchie financière mondialisée, qui ne parle même plus français (c’est le Baron Seillière qui a imposé au MEDEF européen de faire de l’anglais « LA langue de l’entreprise et des affaires » !), liquide la nation. Elle rampe derrière Washington (Union transatlantique et OTAN), derrière la Thatcher continentale qu’est A. Merkel, elle fait le choix, non plus seulement de la défaite, mais de la DÉFAISANCE de la France. Non pour enterrer le cruel impérialisme français, mais pour le « projeter » partout comme un « brillant » second des dominants d’aujourd’hui. Par conséquent, prendre résolument en main le patriotisme populaire, en l’associant évidemment à l’antifascisme et à l’antiracisme, comme sut le faire le grand PCF en créant les FTP-MOI, c’est affronter la grande bourgeoisie sur son cœur de stratégie ; c’est déclencher, à l’initiative du peuple travailleur, d’intenses affrontements de classes en France et en Europe. C’est, non pas en paroles mais en actes, remettre concrètement à l’ordre du jour le combat révolutionnaire pour le socialisme et cela en alliance, non pas avec le PS (tel est le « front populaire » en trompe-l’œil de Pierre Laurent), ni dans un superbe isolement conduisant à l’impuissance, mais à la tête d’une large alliance isolant l’ennemi principal : le capital monopoliste. Tout cela camarades, est dans la droite ligne de l’Internationale communiste et de nos plus belles victoires en France !

Comme le dit mon camarade Gastaud, chercheur marxiste et dirigeant du PRCF, il ne s’agit pas de stabiliser une situation mais au contraire de la dynamiser (la lutte) pour dynamiter (le capitalisme).

On dira enfin que les troupes d’occupation relèvent aujourd’hui du fantasme et non de la réalité. Certes, il n’y a pas de régiment allemand, si l’on excepte celui qui campe symboliquement près du Struthof à l’invitation de Sarkozy (qui en revanche a retiré tous les régiments français frontaliers de l’Est). Mais nous savons que "la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens"comme l’écrivait Clausewitz et inversement. Donc quel besoin pour l’impérialisme allemand,de nos jours, de troupes pour obtenir une position hégémonique ? Qui dirait que la Grèce n’est pas un pays occupé dans le sens où il est privé de toute souveraineté ? L’impérialisme n’est que secondairement une affaire militaire : aujourd’hui les nouveaux Kollabos de la grande bourgeoisie, avec leur UMPS et leur UM’Pen en gestation, ont sciemment fait de notre pays, méthodiquement désindustrialisé après la Grève de 1968 (il y a eu « deal » entre la bourgeoisie allemande : à elle la machine-outil, jadis produite à Renault-Billancourt, à la bourgeoisie française le tourisme et la banque !) détruisent leur propre pays : accuser l’impérialisme allemand de dominer l’Europe ne relève pas du fantasme mais du simple constat : et cela ne revient pas à disculper la bourgeoisie française car quoi de plus grave à lui opposer que de trahir son propre pays, comme les classes dominantes de France l’ont constamment fait dans notre histoire, alors que le peuple a constamment défendu, voire sauvé la France ? Occupé certes pas par une armée, répétons-le, mais par les "men in black" de la Troïka qui imposent la volonté de l’Allemagne impérialiste et de l’UE impérialiste,qui inclut la grande bourgeoisie grecque faut il le préciser ? L’ Allemagne a "anschlusser" la RDA, a annexé économiquement la Mittel-Europa et l’a intégré à sa stratégie de conquête de l’hégémonie en Europe (sans hésiter à plonger la Yougoslavie dans la guerre avec la reconnaissance unilatérale de la Croatie par la RFA). Quant à dire que l’Allemagne actuelle n’est pas fasciste, certes, car la fascisation n’est que la partie préparatoire du fascisme pur et dur, mais déjà, qu’est-ce que ce pays qui a instauré le Berufsverbot contre des millions d’Est-allemands, qui a détruit tous les monuments à Thälmann, qui laisse parader le NPD, qui est à la pointe de la criminalisation pan-européenne de la faucille et du marteau et dont les admirateurs, notamment à la direction des Pays Baltes, font parader dans les rues de Vilnius les descendants officiels des anciens Waffen SS. ? Dire cela, ce n’est pas « germanophobie » car qui plus que les dirigeants du PRCF, dont plusieurs ont fondé naguère le Comité Honecker de Solidarité internationaliste (avec d’autres communistes) a défendu les COMMUNISTES allemands persécutés par la gigantesque chasse aux sorcières qui a suivi la « réunification » ?

On dira que la lutte contre la fascisation relève aussi du fantasme. Est ce si sûr ? Que ce soit aux Pays Baltes, en Hongrie, que ce soit en Italie avec les sécessionnistes fascisants de la Ligue du Nord, les néo-nazis de "l’Aube Dorée" en Grèce, du FN en France, partout la bête relève la tête. Mais un autre aspect de la fascisation, organiquement lié à l’UE, c’est l’abandon par les forces bourgeoises traditionnelles de la démocratie représentative bourgeoise classique : l’écrasement des organes politiques issus de la souveraineté populaire au profit d’instance dépourvues de toute légitimité démocratique : n’oublions pas que Brüning prépare Hitler et Daladier prépare Pétain. Faisons donc face à la fascisation qui se développe en France et en Europe avec le renforcement des toutes les institutions antidémocratiques, la liquidation des restes de la démocratie bourgeoise représentative (notre Parlement est sans pouvoir), la montée des néo-fascisme dans toute l’Europe. Bref jouons notre rôle de force révolutionnaire qui travaille à créer un nouveau bloc historique, une nouvelle hégémonie face à la crise du capitalisme et de son hégémonie.

Et parlant d’hégémonie comment ne pas constater que le rôle hégémonique de l’impérialisme allemand au sein de l’UE, désormais incontesté sinon par quelques dogmatiques assoupis, nous permet de réactiver le symbole mobilisateur, unificateur d’un nouveau CNR : la négligence du fait national dans le rapport des forces avec l’ennemi de classe a déjà coûté cher aux communistes, sa prise en compte a permis nos victoires. En France comme partout dans le monde.

Bien entendu, la condition sine qua non pour que ce nouveau CNR prenne toute sa dimension de classe et révolutionnaire, c’est de mettre en place une frontière de feu avec tous ceux qui veulent flirter avec le FN, voire l’intégrer – qui plus est en usurpant le noble patronyme du grand Descartes ! – dans le CNR. Comme si le CNR ne s’était pas construit CONTRE l’extrême droite, presque entièrement ralliée à Vichy ! Ce type de proposition provocatrice, qui vise à polluer la noble idée d’un nouveau CNR, doit être combattue à boulets rouges au lieu de servir d’arme de revers pour accuser la direction du PRCF – quelle ignominie ! – d’être brun-rouge. Elle qui est composée de Léon Landini, ex-officier FTP-MOI, de Pierre Pranchère, ex-maquisard FTPF, de JP Hemmen, fils de Fusillé de la Résistance, lui-même emprisonné pour avoir refusé de porter l’uniforme de l’OTAN sous le commandement d’un ex-général de la Wehrmacht, de G. Gastaud, fondateur à Lens du Comité « Vigie-Lens antifasciste » qui obtint l’inéligibilité des élus racistes de la ville et fils de résistant décoré par la RP polonaise, de moi-même, fils d’un résistant grec, de Jany Sanfelieu et Annette Mateu, filles de républicains espagnols combattants, etc., sans parler d’Annie Lacroix, petite-fille de déporté juif qui passa sa vie à explorer le « ventre fécond » de la « bête immonde » pour mieux prévenir son retour ! Cessons, entre marxistes, entre communistes, de prêter le moindre cas aux louches individus qui, parce qu’ils amalgament eux-même le fascisme et le communisme, le pays de Stalingrad (en l’honneur duquel le PRCF a réuni près de 600 personnes à Paris le 2 février, avec d’ailleurs l’amical soutien du Réseau FVD-PCF ?) avec le pays d’Auschwitz. Défendons ensemble, sans barguigner, l’honneur des communistes attaqués et leur droit à la parole menacé. Dialoguons sur le fond au lieu de nous laisser impressionner par de faux antifas qui s’accordent de fait avec les VRAIS rouges-bruns pour tenter de tuer dans l’œuf la noble idée du nouveau CNR qui peut apporter enfin une alternative indépendante du PS ET du FN, en associant comme en 36 et 45, le drapeau de la Révolution française à celui de la Révolution d’Octobre.

Voilà très schématiquement exposée la raison pour laquelle nous proposons de construire un nouveau CNR fidèle à son modèle quant à la double finalité d’indépendance nationale et de progrès social mais dépassant dialectiquement le premier CNR par la dynamique révolutionnaire qu’il porte justement du fait des changements d’époque. Quand on se baigne dans le même fleuve, c’est un autre fleuve pourtant, comme eût dit le poète. Aujourd’hui l’alliance de deux drapeaux, le patriotisme progressiste et la révolution socialiste, l’antifascisme et l’internationalisme communistes, sont la condition et de l’anti-fascisme, et d’une avancée révolutionnaire décisive. Débattons-en sans dogmatisme, sans excommunication, avec le seul souci d’aboutir à une ligne de masse et de classe fédérant autour de notre camp et isolant l’ennemi : il y a urgence !

Antoine Manessis, fils de résistant antifasciste grec, responsable PRCF aux actions unitaires.

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