L’offensive de classe au niveau mondial article de réflexion théorique de Jorge Cadima (PCP)

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On connaît les sommes astronomiques que l’État nord-américain a déboursé pour tenter d’éviter l’effondrement total de son système financier.

Mais les géants financiers de Wall Street ont distribué cette année, comme bonus à leurs dirigeants et à leurs employés, 20,3 milliards de dollars « sans compter (…) les bonus distribués à ses employés hors de la ville de New York » (CNN, 23/02/2010). Il s’agit d’un montant comparable à celui du plan de sauvetage pour la Grèce, que le Sommet de l’Union européenne a adopté fin mars. Le versement de bonus à Wall Street donne droit à des exonérations fiscales pour les entreprises (New York Times, 1/01/2010). Le contribuable nord-américain, tenu à payer la facture du festin de Wall Street, doit aussi financer les bonus qui récompensent les malfaiteurs. Pour ce qui est de la promesse (sans même ouvrir les cordons de la bourse) de 22 milliards pour le gouvernement grec, le Commission européenne exige en préalable des coupes salariales pour les travailleurs grecs. Les théoriciens « modernes » qui disent que la lutte de classe est une chose du passé sont, en réalité, de vieux vendeurs d’huile de serpent.

par Jorge Cadima, département international du Parti Communiste Portugais (PCP), pour O Militante, revue théorique du PCP, de mai/juin 2010

Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net

L’offensive du grand capital

Le grand capital des principaux centres de l’impérialisme profite de la crise pour réaliser un bond qualitatif dans sa guerre de classe. Dans l’Union européenne, et surtout après que le Traité de Lisbonne a été imposé anti-démocratiquement, les mots d’ordre sont clairs : diminuer les salaires, augmenter l’âge de départ à la retraite, couper dans les services sociaux, détériorer les conditions de vie et de travail du peuple, placer tous les secteurs de l’activité productive sous la domination du grand capital, qui bénéficie toujours de subventions, aides et autres exonérations. Ce fut le cas avec le premier gouvernement Socrates, c’est le cas aujourd’hui avec la PEC au Portugal ; avec les réductions de salaires et l’augmentation de l’âge de départ à la retraite en Irlande (où le gouvernement veut déjà la retraite à 68 ans – Irish Times, 3/03/2010) ; avec les mesures brutales en Grèce ; avec l’augmentation de l’âge de départ à la retraite (de 65 à 67 ans) en Espagne. L’offensive anti-sociale est encore plus grave dans plusieurs pays de l’Est (comme les républiques Baltes), mais touche tous les pays de l’UE. Dans l’UE comme aux Etats-Unis, les classes dirigeantes sont unies autour d’un objectif : intensifier l’exploitation du travail et pomper toute la richesse produite à l’échelle planétaire, pour la mettre dans les poches d’une couche ultra-minoritaire de la société qui ressemble de plus en plus aux élites corrompues et parasitaires des empires en phase de décadence.

Déception pour ceux qui pensent que nous nous trouvons devant des « difficultés conjoncturelles ». Désillusion pour ceux qui se sont laissés entraîner par les chants des sirènes « européistes » (y compris ceux de la « gauche moderne » et « de confiance »). Comme l’écrit Martin Wolf, chroniqueur économique au Financial Times : « De nombreux pays ont adhéré à l’Union monétaire [européenne] sans reconnaître les conséquences que cela aurait pour leurs marchés du travail. Au lieu des réformes requises pour l’adhésion, ils se sont amusés avec un festin de ceux qui n’arrive qu’une fois dans une vie. Aujourd’hui, la fête est terminée (…) les coûts du travail dans les pays périphériques européens devront être drastiquement réduits. Ces pays n’ont pas d’alternative, au sein de l’Union européenne à laquelle ils ont choisi d’adhérer. »(Financial Times, 23/03/2010). Lisez : les salaires « devront être drastiquement réduits ». Les « avantages de l’adhésion européenne »furent un leurre pour que ces pays livrent aux grandes puissances de l’UE leur souveraineté nationale et avec elle les marchés, la force de travail et la concurrence qu’il faut tuer. Désormais, il est temps de présenter la facture :« la fête est terminée ».

Mais pas pour tout le monde. Comme le dit encore Martin Wolf, « la politique monétaire (…) a rendu les banques profitables et les banquiers plus riches, avec bien peu d’avantages pour l’économie réelle. Il est peu probable que cela vienne à changer à court-terme ». Ils paraissent déjà lointains les temps où, dans la foulée du krach de l’automne 2009, les gouvernants se sont fendus en promesses, que les choses allaient changer, qu’il y aurait plus de contrôle sur la spéculation financière et sur les excès. Début 2010, la curée continue, de Wall Street au Portugal, dans les profits des banques et des industries privées financés par l’argent public. Pour le capital et pour la guerre, il n’y a pas de crise. L’Allemagne et la France font pression sur la Grèce pour qu’elle achète du matériel militaire, dans le même temps elles lui imposent des coupes dans les dépenses publiques (New York Times, 29 mars 2010)

Entre temps, le chômage explose. Aux États-Unis, la catégorie U6 du chômage (qui comptabilise tous ceux qui veulent un emploi et qui n’en trouvent pas) a déjà atteint les 17%. Il dépasse les 20% en Californie, l’État (en faillite) le plus peuplé des États-unis, qui a toujours aimé se présenter comme la « septième économie du monde » et le berceau des innovations technologiques (de type Silicon Valley).

L’économiste Nouriel Roubini (qui avait prévu le krach de 2008) écrit : « nombre des emplois aujourd’hui perdus – dans le bâtiment, la finance et la production et les services sous-traités – sont perdus pour toujours, et des études récentes suggèrent qu’un emploi sur quatre aux États-Unis, vont, avec le temps, être sous-traités dans d’autres pays » (Globe and Mail, 18/11/09).

Dans le même temps, le rapport annuel de la FAO sur la Sécurité alimentaire (disponible sur le site de cette agence de l’ONU) révèle que, en 2009, plus d’un milliard de personnes souffre de la faim, soit un sixième de l’Humanité. Cent millions de plus par rapport à l’an passé. Selon le rapport, « l’aggravation de l’insécurité alimentaire n’est pas due à de mauvaises récoltes, mais plutôt à l’augmentation du prix des aliments, à la baisse des salaires et à la hausse du chômage, qui ont rendu les aliments encore plus inaccessibles pour les pauvres ». Selon le rapport « La Faim en Amérique, 2010 » (cf feedingamerica.org), dans la plus grande puissance impérialiste de la planète, un nord-américain sur 8 (37 millions de personnes) et un enfant sur quatre ont bénéficié de bons alimentaires en 2009.

Pendant ce temps, les États agonisent sous le poids de l’endettement brutal résultant des aides aux banques et de la crise du système. Il se n’agit pas seulement de la Grèce ou du Portugal. Le déficit budgétaire annuel des États-Unis s’élève à un montant astronomique de 1 500 milliards de dollars – l’équivalent du PIB d’un pays comme la Russie, le Brésil ou le Canada. Cet endettement croissant, qui dans le cas des États-Unis est aussi le reflet direct de ses aventures militaires, ne peut être durable et menace la solvabilité d’un nombre de plus en plus important d’États au cœur du système capitaliste. C’est maintenant utilisé comme prétexte pour la nouvelle escalade de l’offensive de classe.

Les causes de l’offensive de classe

L’offensive du grand capital n’est pas nouvelle. Avec des degrés et des intensités différentes, elle est en cours depuis près de 30 ans et surtout dans les deux dernières décennies. Elle a déjà provoqué des catastrophes sociales et des crises profondes dans de nombreux pays et régions du globe, en même temps qu’elle a concentré les richesses à des niveaux impensables encore il y a quelques décennies. Ce qui est nouveau, c’est l’intensité de l’offensive dans les principaux centres de l’impérialisme. Nous sommes devant un tournant historique. La cible est l’ « État social » même, qui n’a jamais été une création volontaire du capitalisme, mais qui a plutôt été imposé par la lutte de classes au niveau mondial, conquis grâce au rapport de force favorable acquis tout au long du XXème siècle, à la suite de la grande Révolution d’Octobre et de la victoire sur le nazisme et le fascisme lors de la seconde guerre mondiale.

Les causes profondes de cette vaste offensive sociale se trouvent dans la nature exploiteuse du système capitaliste. Elles se trouvent dans les contradictions insolubles d’un système prisonnier de la baisse tendancielle du taux de profit et d’une sur-production déjà chronique, et qui ne trouve pas dans l’économie productive le moyen de perpétuer le processus de reproduction capitaliste. Mais cette offensive est devenue possible par la combinaison de deux processus qui ont modifié le rapport de forces mondial.

Le premier processus découle des grandes transformations technologiques des dernières décennies. Parmi ses effets, multiples et contradictoires, on trouve la possibilité (exploitée par le capital) de délocaliser les grands centres de production, en mondialisant les processus productifs, en remplaçant du travail humain par des processus automatisés, et du travail qualifié et bien rémunéré par du travail non rémunéré et mal payé, détruisant des noyaux ouvriers avec une longue tradition et une expérience dans la lutte des classes, fragilisant les relations de travail et plaçant le mouvement ouvrier sur la défensive. Aux États-Unis, les effets de ce processus ont été, dans les 30 dernières années, une forte baisse du niveau de vie des travailleurs, décrit avec profusion de données et d’information dans le livre intéressant de Fred Goldstein : Low-Wage Capitalism.

Un second processus a créé les conditions politiques pour cette offensive du grand capital : la victoire des processus contre-révolutionnaires en ex-URSS et en Europe de l’Est, qui a modifié radicalement le rapport de forces mondial, a désorienté et affaibli temporairement le mouvement ouvrier et, dans de nombreux cas, les forces révolutionnaires en son sein. L’effet conjugué de la longue vague des transformations technologiques avec les ondes de choc de la « Chute du Mur » ont provoqué le tsunami qui aujourd’hui atteint les côtes de l’Union européenne, menaçant de ramener les travailleurs européens à des niveaux de vie qui n’étaient plus connus depuis des décennies.

L’offensive de classe comme facteur d’aggravation des contradictions

Mais dans les sociétés humaines, comme dans la nature, tout est en perpétuel mouvement et les phénomènes et les processus ont souvent des effets contradictoires. Le bilan de 20 ans de capitalisme fonctionnant en conformité avec ses propres lois est une énorme crise. Les tentatives des puissances capitalistes pour y trouver une réponse et imposer leur hégémonie n’ont fait, en dépit d’effets contradictoires et de succès partiels, que démultiplier cette même crise, qui a atteint des niveaux mettant en danger la survie du système.

Comme le souligne la Résolution politique du XVème Congrès du PCP, datant déjà de 1996 : « l’application capitaliste des nouvelles technologiques, permettant une immense accumulation de capital, a toutefois comme contre-partie (…) une augmentation en flèche de la part du capital constant par rapport au capital variable, source de création de plus-value. D’où en découle l’aggravation de la tendance à la baisse du taux de profit dans l’activité productive et des phénomènes de sur-accumulation de capital ». Et cette tendance à la baisse du taux de profit qui pousse le capitalisme de nos jours à une intensification toujours plus forte de l’exploitation et le pousse sur le terrain de la financiarisation, de la spéculation, de la corruption et de la criminalité. Terrain qui a contribué au krach de 2008. Si, d’une part, en baissant drastiquement le niveau de vie des travailleurs dans les centres mêmes de l’impérialisme, on a gonflé à court-terme les profits, dû à l’augmentation des taux d’exploitation, d’autre part, on a provoqué également une compression dramatique de la demande qui a aggravé par conséquent le problème de fond de la sur-production, en plus d’avoir miné les bases de la stabilité politique et sociale du capitalisme d’après-guerre. La tentative de compenser la baisse du pouvoir d’achat en ayant recours au crédit et à l’endettement a contribué à l’explosion de la crise capitaliste en 2008, et paraît avoir atteint ses limites. Le recours aux délocalisations et à l’utilisation de la main d’œuvre bon marché dans les pays périphériques a été un des facteurs qui a contribué à l’essor économique de pays comme la Chine, l’Inde, le Brésil, essor qui modifie qualitativement les rapports de force économiquement au niveau mondial, affaiblissant la domination des puissances impérialistes. Les recettes néo-libérales des années 1990 ont débouché sur l’ouverture de processus plus ou moins progressistes, anti-impérialistes – et dans certains cas révolutionnaires – qui touche aujourd’hui l’Amérique Latine. La tentative de l’impérialisme nord-américain pour contrarier son déclin sur le plan économique imposant son hégémonie planétaire par la force militaire (tant à ses opposants qu’à ses alliés) a débouché aussi sur l’aggravation de toutes les contradictions – grâce à la résistance des peuples victimes de ses agressions – n’aboutissant qu’à affaiblir encore plus, sur le plan économique, politique et aussi militaire, la principale puissance impérialiste.

La crise aiguise les rivalités et les contradictions entre puissances impérialistes. Le spectacle des récriminations publiques au sein de l’UE autour de la crise grecque, les clivages croissants entre les puissances des deux côtés de l’Atlantique, mais aussi au sein des classes dominantes de chaque pays, sont le reflet de l’incapacité à surmonter cette crise, de la lutte pour se tailler une plus grosse part du gâteau, de la tentative de se re-positionner dans un scénario dans lequel les positions relatives de chacun sont en profonde mutation. Il est désormais fréquent de lire des attaques dans la presse anglo-américaine ou française envers les politiques économiques de l’Allemagne (et plus seulement celle de la Chine) et vice-versa. Un chroniqueur économique britannique renommé commentait ainsi les avis émis par un membre de la Banque centrale allemande sur la manière de résoudre la crise grecque « Le Dr. Sarrazin devrait être enfermé [locked up] au Sanatorium de Francfort » (Telegraph online, 21.3.10). Dans cette « Europe à nos côtés », des pays comme le Portugal sont allègrement traités de PIIGS, dans un jeu de mot avec le mot anglais pour désigner les « porcs ». Il est aujourd’hui courant de parler de la possibilité que des pays sortent de la zone euro, et même d’envisager l’effondrement de l’euro ou de l’UE même. Le géant qui se voulait « irréversible » tremble de tous les côtés.

Les menaces pour la paix et la démocratie

L’impérialisme mène la planète à une crise mondiale aux proportions énormes. La crise économique, les contradictions croissantes et l’incapacité à les résoudre, le poussent vers des solutions de force – de l’autoritarisme, de la réaction, du militarisme et de la guerre. De partout, s’accentuent les tendances répressives et réactionnaires. Les médias du système mettent en avant des forces de plus en plus ouvertement racistes et fascistes (de la Hollande au Royaume-Uni, de l’Italie à la Pologne et à la Lettonie). Dans des capitales de l’UE (comme Riga) les vétérans des SS nazis défilent impunément pendant que les communistes sont persécutés. L’anticommunisme est devenu doctrine officielle dans l’Union Européenne (mais le communisme n’est-il pas mort et enterré ?), en même temps que l’on falsifie l’Histoire pour blanchir le fascisme. Les partis de la social-démocratie traditionnelle (comme celle britannique) ou non (comme le PS de Socrates) dérivent de plus en plus vers la droite et la défense des intérêts de classe du grand capital. Les vents de la guerre impérialiste continuent à souffler, pas seulement au Moyen-Orient, mais en direction de la Russie et de la Chine, dans les actions quotidiennes d’une OTAN qui se veut être une armée mondiale de l’impérialisme.

Tout cela est indissociable de l’offensive globale de classe en cours et des craintes que l’inévitable lutte et résistance des travailleurs et des peuples prenne corps et soit à la hauteur des combats qu’il faut mener. L’offensive sociale déclenchée par les centres de l’impérialisme est une menace frontale pour la démocratie, tout comme ses desseins d’hégémonie planétaire sont une menace gravissime pour la paix.

Dans ses congrès des deux dernières décennies, le PCP avait déjà mis en garde, avec une acuité remarquable, sur la nature et la gravité des processus en cours. Aucun autre parti de notre pays ne peut affirmer qu’il avait prévu la réalité dramatique qui est la nôtre aujourd’hui. Le PCP a été capable de le faire, parce qu’il utilise les outils théoriques du marxisme-léninisme dans l’analyse des faits. La compréhension des causes profondes et de la nature réelle des processus en cours est essentielle pour pouvoir organiser et construire la réponse des travailleurs et des peuples à l’offensive du grand capital. Avec les deux pieds sur le terrain national de la lutte, mais avec les yeux fixés sur les grands processus en cours au niveau mondial. Aujourd’hui, quand l’impérialisme menace de plonger à nouveau l’Humanité dans la catastrophe, il est plus que jamais évident que les partis révolutionnaires de la classe ouvrière doivent avoir comme horizon la défaite du capitalisme et la transformation révolutionnaire de la société.

Vendredi 9 juillet 2010

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