Mélenchon veut rassurer… les entreprises !

jeudi 25 août 2011
par  Gautier Weinmann
popularité : 3%

"Productifs" de tous les pays, unissez-vous ?

Décidément, avec la crise financière, les masques tombent !

Le projet de société du PS est dévoilé : faire l’austérité à la place de la droite, comme en Grèce ou au Portugal.

Du côté du Front de Gauche, on propose un peu plus de taxation de ceci, un peu de rachat de titre de cela : braves gens, faites votre marché !

Dans Le Monde, notre candidat Jean-Luc Mélenchon se félicite que « Europe Ecologie-les Verts, qui dénonce comme nous (sic !) l’oligarchie ou la politique de la BCE » ou encore de la « résistance précieuse » du socialiste (bourgeois) Arnaud Montebourg.

On croit rêver !

Puis il a cette déclaration sur tous les plateaux télé : face à la crise, « ce ne sont pas les marchés qu’il faut rassurer (encore heureux !), ce sont les producteurs, c’est-à-dire les entreprises et les salariés  ».

Tiens donc ! Entreprises, salariés, même combat ?

« Producteurs de tous les pays, unissez-vous », le nouveau slogan de la social-démocratie mondiale !

Un candidat communiste aurait plutôt tendance à sortir du cadre et à annoncer : « les producteurs, ce sont les salariés, tout est à nous, le capitalisme doit cesser ! ».

La finance parasitaire ne sort pas d’autre chose que du mode de production capitaliste : Karl Marx dénonçait un mode de production capitaliste qui a « fait surgir une nouvelle aristocratie de la finance et une nouvelle catégorie de parasites sous forme de faiseurs de projets, lanceurs d’affaires et directeurs purement nominaux ; en un mot, tout un système de filouteries et de tromperies ayant pour base le lancement de sociétés, l’émission et le commerce d’actions ».

Jean-Luc Mélenchon est la coqueluche des grands médias : fondamentalement, il les rassure. Après tout, la finance exagère, tout comme les agences de notation, protégeons la production et tous les productifs qui vont avec !

Et puis, le leader de l’« extrême (Front de) gauche » est bien dans l’air du temps : les ultra-riches ne se disent-ils pas prêts à payer un peu pour que tout continue comme avant ? Le financement des États par la BCE ne commence-t-il pas à être défendu par les économistes du système eux-mêmes ?

Les communistes qui regardent ce jeu politicien doivent se dire : pour combien de temps encore les idées révolutionnaires seront absentes du débat politique national ?

Gautier Weinmann


Commentaires

Logo de Gautier Weinmann
mardi 6 septembre 2011 à 09h41, par  Gautier Weinmann

Les propos de Pascal Brula sont intelligibles et intelligents. Effectivement, je veux placer le débat sur la logique révolutionnaire.

Certes, il y aura bien des phases et des développements, mais il ne peut y avoir de « pouvoir intermédiaire » ou de « système intermédiaire » entre capitalisme et socialisme. On est en voie vers le socialisme ou non. Or, Mélenchon l’opportuniste n’évoque à aucun moment le socialisme.

Les communistes qui suivent les enseignements marxistes savent que la société capitaliste est basée sur l’exploitation. Il faut la dénoncer en permanence, sans cela, comment mobiliser les travailleurs pour UNE AUTRE SOCIÉTÉ ?

Évidemment, sauver la production est progressiste par les temps qui courent. Je soutiendrai toujours le maintien de la production, car prôner le socialisme dans le désert ne remplit pas les estomacs des ouvriers. Mais il faut bien UNE AUTRE PRODUCTION. Et c’est justement en proposant cette AUTRE PRODUCTION, que l’on pourra sauver la production, c’est-à-dire, l’humanité.

Nous avons oublié ces principes révolutionnaires, nous les taisons. Mélenchon le sulfureux parle de planification écologique, mais n’évoque jamais la planification de la production. Il n’évoque les nationalisations que dans le cadre de sanctions, et encore, de manière floue. C’est dans ses interviews : au cas où il y a défaillance de banques, on nationalise. Ce n’est pas convainquant.

L’« humain d’abord », certes, mais quel humain ? Le profiteur ou l’exploité ?

Soyons clairs sur les moyens. Regardons les principes du mouvement communiste international. On ne peut attribuer à la seule finance la responsabilité de la crise capitaliste. La crise est celle du système capitaliste même, comme une crise de sur-accumulation qui repose sur la contradiction fondamentale capital/travail, comme les Partis communistes l’ont conclu dans leur Rencontre internationale en Afrique du sud.

Souvenons-nous de propos de dirigeants du PCF sur le souhaitable « altercapitalisme ». Regardons nos textes de congrès. Le PGE a d’autres objectifs, qui sont contenus dans son slogan : « Nous ne pouvons pas améliorer le monde si nous le sauvons pas, mais nous pouvons sauver le monde en l’améliorant  ». Ce que le PGE admet, c’est qu’il lutte pour un capitalisme humanisé, amélioré.

Dans une période où les impasses du capitalisme deviennent de plus en plus claires, encore plus désormais que le travailleur peut comprendre à partir de sa propre expérience que le capitalisme, tant dans sa période de développement que dans celle de crise, est barbare et agressif, le PGE a pris l’initiative de faire un lifting au capitalisme, laissant intentionnellement l’exploitation capitaliste et le pouvoir du capital intact. De quoi parle Mélenchon sur les plateaux télé ? De transformation de la BCE, de taxation. Comme si c’était la solution !

Je n’intente aucun procès d’intention à Jean-Luc Mélenchon le socio-démocrate, car je n’ai aucune illusion sur ses intentions.

Logo de Pascal Brula
samedi 3 septembre 2011 à 23h57, par  Pascal Brula

Il n’y a rien de particulièrement choquant pour un communiste dans la phrase de Mélenchon « ce ne sont pas les marchés qu’il faut rassurer, ce sont les producteurs, c’est-à-dire les entreprises et les salariés ». Je ne pense pas que chercher la petite bête dans ses propos fasse avancer le schmilblic. D’ailleurs, pour les communistes, il me semble que entreprises et salariés, ce soit bien le même combat (tout dépend bien sûr de ce que l’on met derrière le mot entreprise qui reste un concept hors lutte de classe). Je suis allé à la soirée de soutien des salariés de Véninov à Vénissieux ce vendredi, et leur préoccupation comme la nôtre est bien de défendre coûte que coûte leur outil de travail contre le démantèlement et la délocalisation. L’outil de production est fondamental pour les communistes et pour tout changement de société. Par exemple, toute la problématique de Cuba et du dernier congrès du PCC tourne autour de cette question : comment développer les forces productives ? les seules à produire des richesses…

Si le PCF avait un programme, la vraie question serait de savoir quelles entreprises et jusqu’où aller dans l’appropriation des moyens de production par les travailleurs et le peuple, afin de créer une véritable rupture avec le capitalisme. La réponse serait certainement qu’il faudrait s’attaquer tout d’abord aux plus grosses entreprises et aux plus stratégiques, mais que la grande majorité des PME-PMI resterait intouchée, avec toutefois la mise en place de nouvelles contraintes pour les patrons et l’ouverture de nouvelles libertés pour les travailleurs. Il ne peut pas y avoir table rase, comme dans la chanson, car il faudra bien partir de l’existant. Même sous le socialisme (société de transition), le capitalisme continuera, la lutte des classes étant certes exacerbée. Le socialisme ne se décrètera pas, il se construira avec les travailleurs contre les classes possédantes dans un combat sans merci. Notamment, il faudra réorienter la production, voire fermer certaines usines, mais aussi créer des entreprises pour répondre aux besoins de tous. Cela ouvre tout le débat de la transition au communisme, qu’il serait bon d’avoir entre nous. Pour le moment, entre les refondateurs qui nous ont dit que l’on pouvait passer au communisme du jour au lendemain et les huistes près à nous expliquer que toute participation à un gouvernements de collaboration de classe faisait avancer la cause du communisme, sans doute grâce au "suivi longitudinal des athlètes", il y a un flou total qu’il conviendrait de combler.

Pour en revenir à Mélenchon, ses propos sont suffisamment vagues pour que l’on ne puisse en tirer aucune conclusion. La seule différence avec l’électeur lambda, c’est que nous savons que ce grand admirateur de Mitterrand est un réformiste et que le programme partagé serait impuissant contre la bourgeoisie capitaliste. Ce que l’on pourrait éventuellement entendre derrière sa phrase, c’est ce que Marx appelle le fétichisme de la finance. Les réformistes (dont la direction actuelle du PCF) refusent de s’en prendre aux patrons (cf. la bataille pour les retraites) et ont développé, avec Attac à sa tête, une croisade donquichottesque contre la « finance ». Ils développent une sorte de vénération ou en tous cas de tabou vis-à-vis des « entrepreneurs », c’est-à-dire de la production contre la finance. Selon eux, il suffirait de mettre au pas la « finance » pour que tout aille mieux. D’ailleurs, Sarkozy, Merkel ou encore Hollande sont en train de créer une taxe sur les transactions financières… En réalité, seule la production est source de richesses et donc de profits et la finance ne fait que prélever une partie de ces profits. Le capitalisme productif et le capitalisme financier sont les deux faces d’une même réalité. On peut donc faire des suppositions sur ce que Mélenchon veut dire, mais cela ne fait pas beaucoup avancer notre cause.

Logo de Gautier Weinmann
vendredi 26 août 2011 à 09h19, par  Gautier Weinmann

Dans Le Monde du 24 août, il a dit : "le Front de gauche s’adresse à tous pour protéger et développer notre France, celle du travail."

C’est la négation complète de la lutte de classes !

Logo de Gautier Weinmann
jeudi 25 août 2011 à 17h26, par  Gautier Weinmann

La lutte de classes existe toujours, crise ou pas crise, spéculation ou pas spéculation !

Brèves

22 mai - the global language is english...

pour ceux qui douteraient encore du contenu de classe de la lutte contre le tout-anglais impérial... (...)

17 mai - Quelle différence entre l’UMP et le PS ?

C’est que les militants UMP on ne les voit pas dans les manifestations salariales.Ce qui leur évite d’avoir l’air bête (...)

7 avril - PG : à lui les médias, c’est le PCF qui paie...

Des questions avaient été posées au sein du PCF pendant la préparation des présidentielles autour du choix du candidat. (...)

30 mars - Rhône, PS et droite main dans la main...

On sait que Lyon a toujours été un laboratoire des innovations politiques contre le monde du travail. Depuis plus de (...)

22 février - Merci Le Hyaric, vive "L’humain d’abord" !

Le mardi 5 février, Hollande était au Parlement européen pour débattre du cadre budgétaire pluriannuel de l’Union (...)

2 décembre 2012 - Conseils pour combattre la dette hellénique

Voici un conseil que Mme Merkel et M. Hollande devraient susurrer à l’oreille des autorités d’Athènes pour combattre la (...)

23 novembre 2012 - Vote PCF incohérent sur le budget de la Nation !

Nos députés PCF votent contre la programmation de finances publiques et s’abstiennent sur sa première annuité... (...)

31 octobre 2012 - L’Humanité-Qatar : Une liaison dangereuse

Depuis mai 2001, 20% du capital de la Société nouvelle du journal L’Humanité sont détenus par un groupe d’investisseurs (...)

31 août 2012 - Mélenchon récidive...

Le 10 mars 2011, Jean-Luc Mélenchon, député au Parlement européen, approuvait une résolution qui, à propos de la Libye, (...)

24 juillet 2012 - Les communistes grecs exclus de la fête de l’huma !

Notre camarade communiste grec Panagoulias nous informe... Le parti communiste grec et son journal "Rizospastis" (...)