Mélenchon, les médias et la nécessité d’un parti...

, par  pam , popularité : 3%

Le délire médiatique autour de l’enquête sur les comptes de Mélenchon et les perquisitions a pris un tour qui pourrait être risible s’il n’était dangereux pour la démocratie. Que vient faire dans cette affaire la vie privée de Mélenchon et comment des journalistes peuvent-ils l’interroger sur qui était chez lui au petit matin de la perquisition ?

On peut apprécier ou pas le style Mélenchon, s’interroger sur les éventuelles fautes de gestion de sa campagne, mais le "deux poids deux mesures" apparait avec évidence quand on compare les enquêtes sur les opposants politiques du gouvernement et celles qui concernent ses amis !

Les dirigeants du MODEM sont en cause pour les mêmes motifs sur les emplois d’assistants parlementaires européens, le président Macron est critiqué pour les mêmes motifs sur son compte de campagne, mais aucun n’est perquisitionné à l’aube sans même avoir été entendu auparavant !

Mélenchon lui-même après son coup de gueule initial a cherché à calmer le jeu en annonçant qu’il répondrait à la justice, mais la question posée aux militants est de savoir comment résister à cette instrumentalisation d’une justice qui avait déjà joué un rôle politique majeur dans le déroulement de la dernière campagne présidentielle. Là aussi, les opposants les plus résolus à Fillon ne peuvent que constater que la justice s’est mis au service de ceux qui voulaient l’éliminer avant la campagne, calant l’agenda juridique sur l’agenda préelectoral.

L’avocat Régis de Castelnau sur son blog confirme ce qu’il appelle une dérive liberticide :

Quand c’est tombé sur Nicolas Sarkozy, tout le monde a ricané. Mais quand c’est à vous que ça arrive, croyez-moi ça fait vraiment tout drôle. Alors Jean-Luc Mélenchon constate stupéfait que c’est son tour de passer au tourniquet, de subir le rodéo judiciaire que d’autres ont connu avant lui. Et découvre par la même occasion ce qu’est la partialité et l’arbitraire d’un haut appareil judiciaire qui ne voit aucun inconvénient à se transformer en outil à la disposition du pouvoir politique.

Mais si cette dérive judiciaire est possible, c’est que l’état est de plus en plus directement au service d’une caste qui n’a plus aucune retenue dans la défense de ses privilèges ni aucune ambition de porter une république prenant en charge, même inégalement, l’intérêt général !

La sociologue Danielle Bleitrach situe comme toujours en passionnée de l’histoire, l’évènement dans son contexte :

Quoiqu’il en soit, même si cela était le cas cette perquisition est une belle saloperie. Comment tous ces gens pour leurs petites manœuvres sont en train d’habituer notre pays au fascisme, c’est là l’essentiel et ce contre quoi nous devons nous élever. Service rendu à un candidat d’opposition qui peine à s’imposer peut-être, on ose y croire quand c’est au prix d’un tel acte chez un parlementaire, chez un représentant de la République. Melenchon en a peut-être fait une tonne dans le genre « ma personne est sacrée », il n’a pas toujours le sens de la mesure, c’est le moins que l’on puisse dire, mais sur le fond la protestation est juste.

Nous ne pouvons accepter cette dérive politique. Le même jour où après un remaniement ridicule, alors que la macronie continue à accoucher des souris du capital rongeant le budget français au profit des très riches (Danone devenu le défenseur de l’écologie, Castaner le défenseur de notre sécurité, à la culture toujours le vide et le reste à l’avenant) et qu’il vient faire un plaidoyer sur le thème « je vais changer », j’ai entendu les français, "jupiter" se permet cet acte insensé dont la symbolique va plus loin que les médiocrités de nos jeux du sérail politiciens.

Mais si la dérive jupiterrienne ne fait pas de toute, s’il est de plus en plus clair que le capitalisme mondialisé considère la démocratie comme un frein à sa mobilité, que sa branche française a laissé définitivement tomber tout ce qui reste de la France républicaine qu’incarnait encore De Gaulle, cela ne règle pas la question de la résistance, ni de la reconstruction d’une issue politique.

Bien évidemment, à court terme, les suites judiciaires des enquêtes ont leur importance. Mais chacun sent bien que derrière les dénonciations d’éventuelles surfacturations de campagne ou d’emploi supposé fictif, une fois isolés et sanctionnés d’éventuels intéressements personnels, se cache au fonds la remise en cause du principe de l’autonomie des partis. Car si les assistants des élus ne doivent pas travailler avec leur parti, que sont les élus ? des technocrates, des gestionnaires qui régulent le capitalisme dans les institutions avec comme seul lien avec les citoyens l’impact public des décisions ? Rappelons que le rôle essentiel des partis pour la démocratie est cité dès l’article 2 de la déclaration des droits de l’homme de 1789 ! Si les partis, comme toute association doivent évidemment respecter les lois, ils doivent être libres de s’organiser à leur manière, avec leurs adhérents, et ce qui les juge à la fin doit être le peuple ! Et il faut dire que ce qui permet cette dérive liberticide d’une justice aux ordres est bien le fait que le peuple juge très mal les partis !

Le défi est énorme car il ne s’agit pas seulement de "changer de politique" mais de reconstruire une démocratie avec le peuple, malgré ses divisions et ses souffrances, malgré les fractures citoyennes, sociales, géographiques.

Dans ce contexte, le choix par Mélenchon d’une stratégie centrée sur les médias, sur sa personnalité, sur les échéances présidentielles montre des limites évidentes. Car il est impossible de résister à cette guerre médiatique par une guerre médiatique ! Les réseaux sociaux sont des machines à conforter les opinions, à resserrer les liens entre ceux qui se connaissent et à rejeter ceux qui ne sont pas entièrement avec vous. Autrement dit, une réponse médiatique aux dérives liberticides d’une justice médiatique est impossible.

Comment reconstruire alors ? La seule solution, c’est l’intervention du peuple, une intervention consciente, organisée, faisant le lien entre son expérience concrète et les décisions politiques globales, une intervention qui ne peut être spontanée, qui doit dépasser les contradictions, les divisions, les idéalismes, les idées reçues... Et cela demande une bataille politique acharnée, un immense effort d’éducation populaire...

Mélenchon ne peut être en désaccord, inventeur de la formule "place au peuple", sauf que sa pratique de la politique et de son mouvement produit le contraire, "place aux médias" ! Et si les médias ont pu lui être favorables, notamment dans la dernière présidentielle, ils sont d’abord aux ordres du système dominant ! Et s’ils décident de le mettre à mort, aucune "bon mot" ne suffira à leur résister.

Ce qui manque dans la conception de Jean-Luc Mélenchon, ce qu’il ne peut concevoir, héritier d’un François Mitterand qui n’avait jamais conçu le parti socialiste autrement que comme un outil à son service, ce qui lui serait nécessaire pour que la réponse à ces attaques judiciaires soient la colère du peuple, c’est un parti ancré dans le peuple, et d’abord chez ceux qui savent qu’ils n’ont rien à perdre que leurs chaines, un parti dont le premier objet n’est pas l’élection, mais l’action, la construction d’unité populaire, la construction du rapport des forces, un parti qui incarne dans le peuple l’exigence non pas de changer de président, ni de changer de politique, mais de changer de société, un parti qui transforme la colère en organisation, la révolte en révolution !

Ce peut être l’évènement du prochain congrès du parti communiste ! Un congrès qui afficherait le "manifeste du parti communiste du 21ème siècle".

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