Les communistes face aux prochaines échéances électorales

, par  Pierre Martin , popularité : 1%

Les échéances électorales se rapprochent inexorablement et notre parti va être confronté dans les prochains mois à des difficultés qui ne feront un peu plus que souligner, les retards et les contradictions d’une ligne politique qui peine depuis des décennies à trouver un second souffle. En région parisienne notamment se profile le spectre d’un nouveau recul de notre influence, par essoufflement des modes de gestion de nos compromis municipaux issus pour leur cœur de matrice, des années 60-70, mais sans les mêmes moyens, et sans lignes structurantes significatives comme le furent les politiques de l’habitat, celles de l’éducation, ou celles de la culture durant ces périodes.

L’urbanisation massive face à la crise du logement de l’après guerre, la scolarisation massive, le hors-temps scolaire de loisirs, la mise en place d’une politique culturelle et son développement de bibliothèques, MJC, théâtres populaires, cinémas d’Art et d’Essai etc., tout cela a été identifié par les masses au bienfait de l’existence d’une "ceinture rouge" assurant un cordon d’assistance sociale et sociétale au bénéfice du plus grand nombre. Ce modèle entré depuis plusieurs années en crise, n’a été supplanté par aucun renouvellement de projet suffisamment significatif pour agréger autour des municipalités à direction communistes, une nouvelle vague de compétences et d’énergies apte à insuffler un nouveau cours. Le modèle keynésien, issu du compromis fordiste de l’après guerre, basé sur une croissance du pouvoir d’achat liée au gonflement de la productivité du travail, est venu s’échouer aux pieds de la mondialisation libérale. Cette dernière s’attaque désormais aux bases même de l’Etat-Nation et à son bouclier d’entreprises et de services publics.

Mais d’autres phénomènes bien plus inquiétants sont également à prendre en compte, pour expliquer le détricotage des liens entre la population et les directions communistes. Aux premiers rangs desquels, il faut placer l’autonomisation des équipes dirigeantes vis-à-vis des milieux qui les avaient vus naître, leur bureaucratisation relative, leur coupure existentielle avec les catégories sociales les plus exposées. Alors que la diminution du poids sociologique des catégories ouvrières affectait de plus en plus la base électorale du communisme municipale, celui-ci, dans le renouvellement de ses élites, s’est tourné de plus en plus vers les catégories de la petite bourgeoisie pour le représenter. Il est évident que la professionnalisation de la vie politique, impliquant "expertise" et "compétence", et un processus d’accentuation de la division capitaliste du travail, développe des effets liberticides vis-à-vis des milieux populaires et contribue considérablement à accentuer ce phénomène. De ce point de vue, nous considérons que nous sommes aujourd’hui au bout d’un processus. Il existe de fait aujourd’hui, une véritable coupure sociologique entre la base électorale du parti et ses représentants.

L’espace urbain "communiste" est aujourd’hui un espace toujours plus éclaté, entre des catégories sociales qui se côtoient plus qu’elles ne se fixent un avenir commun, ou un horizon d’espérances. Cela fait, nous semble-t-il, la différence essentielle avec les communes à gestion de droite ou social-démocrate, là les milieux privilégiés et les catégories intermédiaires passent de plus en plus un pacte commun basé sur le non-dit : "tout plutôt qu’une vie dans un environnement populaire en voie de prolétarisation accélérée". Ce compromis devient déterminant, quand les catégories populaires elles-mêmes y adhèrent, en espérant qu’avec l’arrivée de nouvelles équipes, la ville pourra peut-être se débarrasser de ses plus pauvres, de ses quartiers stigmatisés, dont la référence devient discriminante, et qu’il s’agit de fuir, alors qu’ils faisaient encore dans les années soixante la fierté d’une politique hygiéniste de renouvellement urbain.

Face à la crise généralisée du capitalisme, qui est bien autre chose et bien plus grave qu’une simple crise financière, l’actuelle direction de notre parti et les modèles de gestion impulsés par nos équipes se révèlent impuissants à juguler la crise, pire ils sont de plus en plus assimilés à des compromis avec les milieux fragilisés, qui poussent selon les catégories intermédiaires à s’identifier à des valeurs de défaites et de reculs qui leur sont insupportables d’accepter. La "haine de soi" vécue comme le déclin de leurs catégories mais aussi de la France, se transforme en "haine de l’autre". C’est pourquoi il devient aujourd’hui de plus en plus difficile de gérer en se contentant de recourir à des incantations démocratiques sur l’existence de droits humains universels, dont personne ne devrait être exclu, comme le pratique une majorité de nos dirigeants. Ceci sans comprendre que la population le sait, elle n’est pas idiote, mais que son degré d’implication et de submersion dans la crise économique idéologique et sociale est tel, que non seulement elle "préfère" mais aujourd’hui encore plus, qu’elle "veut" fermer les yeux, pour protéger "symboliquement" le maigre rempart de ses acquis et de ses différences, vis-à-vis des milieux populaires.

C’est ce sentiment "d’envahissement" qui explique pourquoi c’est le F.N qui aujourd’hui tire les marrons du feu, et pas un quelconque programme démocratique, fut-il le plus démocratique qui soit. Les milieux prolétarisés, petit- bourgeois ou ouvriers, veulent de moins en moins un parti qui "gère" même le plus socialement, même le plus démocratiquement. Pour eux, à tort ou raison, l’état de la France ne le permet plus, mais ils veulent un parti qui cogne. Tant que jusque dans les années 60 le parti a été assimilé à un parti qui marchait sur ses deux jambes (il gérait, mais surtout il cognait) la population s’est sentie en sécurité, le fameux parti "stalinien" était un parti qui inspirait le respect, il était juste et magnanime dans son rapport aux masses, mais surtout pour beaucoup, il inspirait, à tort ou raison, la "peur" qui maintient à distance et qui protège.

Aujourd’hui, notre parti est assimilé à un parti de "gestionnaires" et de moins en moins à un parti qui protège, il n’inspire plus la moindre crainte aux milieux dirigeants, nous sommes assimilés par beaucoup aux représentants du "pouvoir". Ce sentiment est très développé dans les mairies où la gestion municipale "communiste" existe depuis longtemps. Pour une bonne partie de la population, nous sommes devenus un parti comme les autres et qui a le défaut d’être "enkysté" dans des espaces où toute alternative devient impossible. Ces populations ne regardent pas la valeur et le projet réel des alternatives, ils veulent l’alternative pour l’alternative. En faisant sauter le dit "pouvoir" communiste, ils ont le sentiment de réaliser ce qu’ils ne peuvent plus faire à l’échelle nationale, obtenir un changement. La frustration et le ressentiment sont devenus tels, qu’une victoire symbolique, devient une EPO, nécessaire, (il n’y a qu’à voir la place des résultats sportifs dans la vie de nos concitoyens) y compris contre leurs propres intérêts.

Je crois que ce qui se passe de ce point de vue dans ce qu’il reste de la ceinture "rouge" est assimilable en tout point à ce qui s’est produit en Europe de l’Est. Ces populations ne se sont pas posées la question du contenu du projet des forces alternatives, elles ont assimilé la domination "communiste" à l’expression d’un "pouvoir" et, paradoxalement le seul pouvoir que l’on puisse changer dans cette fin de XXème siècle et début de XXIème siècle, c’est ce qu’il reste du "pouvoir communiste" car il a la faiblesse suprême non pas d’être basée sur la domination objective de rapports économiques de classes (rapports qui échappent de plus en plus aux agents qui les portent), mais sur une domination subjective de conscience de classe, qui oblige à un rapport majoritaire quand il se cantonne à de la démocratie délégataire.

La crise systémique entrainant un affaiblissement structurelle des solidarités, "puisque je ne peux pas m’offrir la tête du financier ou du grand capitaliste qui vivent trop loin de mes conditions objectives comme subjectives" pourquoi ne pas s’offrir celle de ceux qui sont en position de faiblesse vis-à-vis des enjeux démocratiques, car ils dépendent du seul pouvoir qu’il me reste, le bulletin de vote. Si on ne comprend pas la situation gravissime dans laquelle se retrouve aujourd’hui notre parti, nous allons vers sa fin programmée.

Où trouver un début de solution à cette crise ? Paradoxalement, elle ne tient pas à des enjeux démocratiques de programme partagé, mais plus objectivement à la capacité pour un parti communiste à retrouver un pouvoir subversif, à exprimer les intérêts objectifs d’une contre culture. Ce qui fait aujourd’hui la force du FN, c’est sa capacité à incarner cette place dans l’imaginaire collectif. Qui croit aux projets du FN ? Personne, le projet du FN est un nid de contradictions insurmontables. Par contre, qui croit à la capacité de nuisance du FN ? Beaucoup de gens, et cette capacité est perçue comme le moyen pour nos concitoyens de se réapproprier des bribes de pouvoir. Pouvoir "personnel", pouvoir "impuissant", pouvoir de "nuisance" certainement, mais puisque la réalité objective en fait de plus en plus des "impuissants", beaucoup considèrent que la seule chose qu’il leur reste est leur capacité individuelle à dire "merde".

En votant FN, le populaire à le sentiment d’effectuer un acte subversif. Un acte qu’il ne dévoile pas, ou peu, il devient donc clandestin, et par là même pour beaucoup, "révolutionnaire" vis-à-vis de la pensée "unique" dominante. C’est un acte de refus, refus de l’autre, de la mondialisation etc. Et on se souvient que le "refus" a été pendant bien longtemps une valeur de gauche. Une préface célèbre ne commençait-elle pas par ce texte de Jean-Paul Sartre "A l’origine était le refus…".

Le parti doit accepter de rompre avec un certain "politiquement correct", il doit proposer un nouveau "programme historique et révolutionnaire" de gestion des collectivités territoriales, un programme qui passe par une participation effective des masses, il doit aussi renouveler ses élites et se représentants en se tournant vers la jeune génération et les femmes. Enfin aucune politique locale ne peut exister sans moyens et projet économique et social d’envergure nationale. De ce point de vue le programme partagé est un premier pas, puisqu’il représente la base commune d’un possible front, mais il faudra bien d’autres ruptures s’attaquant infiniment plus à la logique capitaliste, notamment au niveau européen, pour que la chance d’un véritable changement se profile dans notre pays. C’est donc à la nécessité d’une véritable rupture avec la ligne suivit actuellement que nous appelons.

La solution proposée d’essayer de sauver les meubles électoraux, en s’alliant avec le PS au niveau local, nous met dans une contradiction insurmontable. Les logiques mondialistes et européennes totalement acceptées par la direction socialiste, font que la collectivité territoriale locale est de plus en plus dépendante des choix régionaux et nationaux. Les subventions, comme les impôts sont décidés nationalement. Dans l’opération de "dégraissage" de la fonction publique et des interventions sociales, la commune est la prochaine sur la liste. Qu’allons nous dire à la population quand le moment de cette lutte va devenir déterminante ? Que nous n’avions rien d’autre à proposer qu’une alliance de premier tour avec ceux-là mêmes qui veulent détricoter le fait communal au profit de l’intercommunalité, de la métropole ou des régions !

L’explication fournie par la Direction Nationale ne tient pas la route, elle sent trop son relent d’électoralisme ! Il faut sauver nos élus, certes, mais pour quelle politique ? La commune est de moins en moins isolée des politiques nationales, de ce point de vue le P.G a entièrement raison, cela ne le dédouane pas de son jusquauboutisme, qui sent son gauchiste fraîchement reconverti en gestionnaire de "gauche", mais il y a des évidence que nous ne pouvons pas nier. Je pense qu’une sérieuse cure d’anti-institutionnalisme s’impose si on veut un jour retrouver un parti de subversion révolutionnaire. Et une certitude s’impose aujourd’hui, le parti qui fini par gagner ce n’est pas celui qui est le plus présent dans le jeux institutionnel, c’est celui qui apparaît comme le possible recours, quand un système est en bout de course.

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