Déclaration du Bureau Politique du PCF en 1993

Le combat antiraciste et la question de l’immigration.

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La polémique qui a suivi la déclaration du député communiste André Gerin aura eu un mérite. Elle éclaircit les motivations de certains dirigeants du PCF-FDG, croyant venu une occasion de tenter d’éliminer un député communiste, elle confirme celles de beaucoup des mouvements d’extrême gauche férocement anticommuniste plutôt qu’au service de la classe ouvrière, tous se retrouvant avec le parti socialiste et ses courroies de transmission pour contribuer au rideau de fumée idéologique de l’humanisme réformiste, tentant d’interdire aux communistes d’aborder franchement et directement une question essentielle, la place de l’immigration dans l’exploitation et par conséquence dans les luttes de classe d’aujourd’hui.

C’est pourquoi nous publierons régulièrement des textes qui sortent de cette polémique pour tenter de "comprendre le monde (et l’immigration) pour le transformer"

Cet article est extrait d’une déclaration du Bureau Politique du PCF d’Avril 1993. La déclaration complète est en fichier attaché. Ce chapitre aborde précisément cette question de la place de l’immigration dans le combat politique... Le texte est à la fois représentatif de l’évolution du PCF dans ses années charnières après la grande bataille de Maastricht et juste avant la mutation de Robert Hue, cherchant à prendre en compte les questions sociétales en conservant un point de vue de classe. Il a le mérite de montrer que, loin de céder à une dérive raciste, André Gerin ne fait que reprendre les termes d’une réflexion ancienne des communistes. Comment dire à la fois que l’immigration est un des outils de l’exploitation et du colonialisme, et que la solidarité des travailleurs de toutes origines est une nécessité absolue des luttes de classe ?

2. Le combat antiraciste et la question de l’immigration.

Le problème historique soulevé par les flux migratoires qui s’intensifient dans notre monde en plein bouleversement est sans aucun précédent à cette échelle. De tout temps les hommes se sont mis en mouvement et les migrations ont contribué à l’essor des civilisations, en élargissant les horizons, en favorisant les échanges dans la stimulation des contacts. Mais aujourd’hui ce n’est pas un libre choix qui conduit des centaines de millions d’hommes sur les chemins de l’émigration. C’est un terrible exode, révélateur des contradictions qui déchirent l’humanité sous l’ordre dominant des puissances d’argent.

A notre époque d’accélération foudroyante de tous les moyens de se déplacer et de communiquer, l’aspiration des hommes à la libre circulation est devenue une grande exigence démocratique qui monte de tous les continents. Ce libre choix suppose de pouvoir vivre dans son propre pays, là où s’enracinent la personnalité, la culture de chacun. Or, pour des centaines de millions d’hommes, l’exode est une question de survie.

L’émigration révèle toutes les misères du monde. Pour une minorité qui choisit de quitter son pays d’origine pour valoriser ses compétences, le départ peut sembler une solution. Mais pour l’immense majorité, les migrations sont imposées par le rouleau compresseur d’une pseudo-modernité qui se retourne contre les hommes, "délocalisés" par millions comme des stocks de matière première brute à exploiter.

L’émigration est devenue un problème crucial pour les pays de départ qui se dévitalisent. Et l’immigration en est un pour les pays d’accueil, eux-mêmes déchirés par la crise et le chômage.

L’ampleur des exodes contemporains met en évidence d’une manière criante l’urgence de l’élaboration d’un nouvel ordre mondial, construit par et pour les peuples dans le dynamisme de leur solidarité de lutte contre les prédateurs financiers qui les pillent et les enfoncent dans les drames humains du chômage, du sous-développement, du déracinement.

En cette année où l’on débat des implications de la "découverte" de l’Amérique voici cinq siècles, comment ne pas évoquer la traite des Noirs ? Inexorablement destructeur et civilisateur, le capitalisme naissant a imposé ses normes aux rapports des Amériques, de l’Afrique, de l’Europe. Plus proches de nous, les traumatismes des grandes guerres mondiales puis les chocs de l’écroulement des empires coloniaux ont déjà, en ce XXe siècle de tous les paroxysmes, coupé des populations entières de leurs racines.

Au seuil du troisième millénaire, les grandes percées des sciences et des technologies rendraient possible la victoire historique des hommes contre ces fléaux d’un autre âge que sont la misère, la famine, l’ignorance. Cet impératif humaniste devrait permettre à tous les pays de développer leurs atouts en assurant la vie de leur peuple et en apportant à la communauté des hommes la riche originalité de leur patrimoine propre.

Mais sous l’égide des milieux dirigeants du monde occidental, ce sont les normes du profit financier qui priment. Aux malheurs séculaires des guerres s’ajoutent désormais à l’échelle planétaire ceux d’un autre type de guerre tout aussi implacable, la guerre économique. Le F.M.I. est devenu le triste symbole d’un remodelage des nations et des peuples sous l’emprise d’un immoralisme que l’on qualifie à Juste titre de "sauvage". L’Afrique qui nous est si proche par l’histoire plus encore que par la géographie est en état d’urgence absolue. L’Amérique Latine s’enfonce. L’Est européen subit de plein fouet les ravages d’un capitalisme sans frein.

Aucun mur ne pourra enfermer les hommes dans des contrées-mouroirs.

Pour contenir le désespoir des peuples et prévenir les révoltes potentiellement explosives des temps à venir, les dirigeants du monde occidental redéploient de manière concertée les dispositifs d’un "ordre mondial’’ qui est celui de leur domination. Après le choc de la guerre du Golfe, c’est le sens des dispositions militaires du traité de Maastricht adossé explicitement à l’0.T.A.N. Sous couvert de "contrôle des flux migratoires" les accords de Schengen tendent à dessaisir les nations de leur souveraineté pour "policer" les frontières au mieux des intérêts dominants. Sous prétexte de maîtrise de l’immigration monte maintenant l’idée d’ériger des "quotas".

L’ "euro-racisme’’ se nourrit ainsi de la conception d’une construction européenne, un prétendu espace de prospérité qui ne serait ouvert que pour les mouvements de capitaux tandis que se dresseraient de nouvelles barrières contre les hommes.

De nouvelles ségrégations se verraient institutionnalisées, aggravant encore la mise en concurrence des hommes, leur ségrégation de fait en un nouveau type d’apartheid à l’échelle des continents. Les comportements racistes s’en trouveraient dangereusement légitimés.

La question de l’intégration cristallise ainsi toutes les contradictions qui opposent à l’ordre capitaliste dominant le monde les intérêts et aspirations solidaires des peuples du Sud, du Nord et de l’Est. Elle exprime de manière particulièrement sensible, à travers toutes les tensions du mal-vivre quotidien, l’impérieuse nécessité humaine et politique d’un combat social qui ouvre de nouveaux horizons.

C’est le même refus de l’inacceptable condition humaine d’aujourd’hui qui nourrit l’effort des communistes français pour faire reculer les ségrégations qui se creusent. Et pour contribuer à faire concrètement avancer, dans les luttes et les idées, des solidarités nouvelles Car le nouveau projet politique auquel ils travaillent pour la France est en même temps, dans sa cohérence profonde, une contribution à la construction d’un nouveau projet européen et d’un nouvel ordre mondial.

Certains s’inquiètent de la place que tient désormais dans les affrontements politiques nationaux la question de l’immigration. Ils redoutent qu’en évoquant l’idée même d’un "problème" à ce propos, l’on ne se situe sur un terrain miné par le discours d’un Le Pen en contribuant, en conséquence, à banaliser ce dernier.

C’est en réalité le silence qui laisserait le champ libre à la dangereuse démagogie raciste.

Quand un problème exprime tant de contradictions, la seule façon de faire pièce aux dérives simplificatrices est d’aborder franchement, avec tous, toutes ses contradictions, pour progresser ensemble dans la recherche de réponses positives.

Pour éviter que l’on ne dérape de la perception du "problème’’ de l’immigration à la perversion raciste qui transforme l’immigré en bouc émissaire de tous les maux sociaux, certains s’interrogent. Ils pensent prendre l’offensive en affirmant que l’immigration est "une chance" pour la France, un révélateur de crise susceptible de re-mobiliser les forces progressistes, un levier dans la construction d’un nouveau mouvement social, votre le ferment d’une nouvelle politique Ce serait escamoter, à contresens des réalités vécues, une contradiction qu’il faut saisir lucidement pour créer les conditions de son dépassement.

Contre les propos xénophobes qui véhiculent une conception rétrograde de la "patrie" mise en danger par les métissages venus d’ailleurs, il est évidemment indispensable de rappeler comment la France s’est enrichie au cours des siècles, dans le façonnement de son exceptionnel patrimoine national, de l’apport des étrangers venus y vivre, y travailler, y créer.

Mais dans la crise présente, le patronat utilise le poids croissant des pressions migratoires pour mieux exploiter et diviser les êtres humains. Il évoque les quotas pour mieux choisir, au gré de ses intérêts, les forces corvéables. Il tourne la législation pour importer, par des filières clandestines, une main-d’œuvre démunie de tout. Il tire partie de toutes les misères, au mépris des droits et des lois, comptant sur la perpétuation d’une honteuse impunité de fait ?

L’immigration porte à leur paroxysme les tensions, les angoisses, les douleur qu’engendrent les stratégies d’exploitation et les politiques d’austérité.
Terre d’immigration, au carrefour du Sud et du Nord, aux portes de l’Est, la France est directement et particulièrement concernée par le problème crucial de la montée des flux migratoires dans le monde contemporain.

Si le nombre total des immigrés varie peu en France depuis une quinzaine d’années, leur concentration est beaucoup plus accusée et l’évolution des communautés ethno-culturelles concernées transforme sa perception. Naguère originaire du Sud européen latin et chrétien, elle est désormais l’expression vivante d’un Sud maghrébin et africain. Autrefois perçu comme un Eldorado colonial, le monde africain est désormais présent dans les ghettos urbains de notre société en crise.

Toutes les dimensions de la crise de notre société y cumulent leurs effets crise de l’emploi, crise urbaine, crise de l’école, crise de la protection sociale, du logement, insécurité, drogue, etc.

En exploitant toutes les tensions de situations qui deviennent invivables au sens fort, l’extrême droite capte les réflexes de rejet au bénéfice d’une idéologie politique rétrograde, activant les pires pulsions de la xénophobie. Elle s’en défend avec cynisme, en évoquant l’intérêt des immigrés à « rester au pays », à défendre leur identité tandis que les Français défendraient leur "patrie" menacée dans son identité profonde. Le discours de la droite s’infléchit en ce sens, les choix gouvernementaux nourrissant eux-mêmes cette dérive générale qui a conduit hier V Giscard d’Estaing à évoquer les risques d’invasion, et Chirac les "odeurs"...

L’élaboration d’une réponse progressiste, de gauche, en prise sur les urgences accumulées et ouverte sur les solidarités et coopérations nouvelles qu’impose la solution des problèmes posés par immigration ne va évidemment pas de soi. Elle suscite des discussions qui se passionnent, à la mesure des difficultés rencontrées.

Ce débat est très important, au cœur des rassemblements qui se cherchent dans tous les milieux antiracistes a juste titre préoccupés par les risques de recul de civilisation qu’alimentent toutes les dérives racistes et xénophobes. Comment en irait-il autrement quand la situation s’aggrave comme aujourd’hui ?
Le P C F apporte sa contribution à partir de son souci humaniste primordial, afin de rassembler tous ceux qui aujourd’hui souffrent, Français et Immigrés, dans la diversité de deux situations et sensibilités, sans exclusive, pour promouvoir ensemble une autre politique.

Il propose de faire prévaloir de nouvelles réponses, humaines et progressistes, vers une maîtrise nationale, démocratique et solidaire d’une politique de l’immigration ouverte sur la construction de nouveaux rapports entre les hommes et les peuples, en France, en Europe et dans le monde ; inséparablement. Pour arrêter l’exode de la misère en s’opposant clairement et sur le fond aux politiques d’exploitation des pressions migratoires au profit des stratégies capitalistes de pillage des ressources humaines.

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