L’immigration, une “richesse” pour la France ? La question, c’est la question !

, par  Pierre Kulemann , popularité : 1%

L’immigration, une « richesse » pour la France ? La question, c’est la question !

André Gérin a répondu qu’elle ne l’est pas, et il a ajouté que la France n’est pas non plus une richesse pour l’immigration. Cette réponse devrait susciter un débat, au moins pour clarifier les enjeux, car rarement me semble-t-il, une question a été si mal posée ! Parle-t-on d’une richesse pour la France des patrons, ou pour la France des travailleurs et des travailleuses ? Parle-t-on de politique d’immigration ou de population immigrée ?

Toujours est-il que, malgré la mauvaise formulation de la question qui lui a été posée, André Gérin a répondu que l’immigration n’est pas une richesse pour la France, ajoutant également que la France n’est pas non plus une richesse pour l’immigration. C’était dans le contexte initial d’un débat sur le sujet avec le MEDEF, l’association du patronat français, qui est à l’origine de la malheureuse formulation de la question à laquelle André Gérin a répondu de la sorte.

Olivier Dartigolles, en tant que porte-parole du Parti communiste français (PCF), a vivement et rapidement réagi avec des propos d’une violence qui me semble inacceptable :

« Les déclarations d’André Gérin sur l’immigration sont indignes. Elles soulèvent le cœur. Par ses luttes et ses engagements, le Parti communiste Français a toujours combattu de tels discours. Si pour André Gérin, “ l’immigration n’est pas une chance pour la France ”, alors il est à la fois dans le mensonge et le reniement de ce qui fait justement la grandeur, l’identité et le rayonnement universel de notre pays dans le monde. André Gérin s’est perdu. »[1]

Armand Creus, conseiller régional du Front de Gauche, va encore plus loin en affirmant que :

« André Gerin prétend lever des tabous et il se vautre dans la boue (...). Il a multiplié les déclarations dignes d’un député de la Droite populaire ». Pour Armand Creus, l’ancien maire de Vénissieux « ne peut en aucun cas représenter les valeurs que porte la gauche et singulièrement le Front de Gauche. » [2]

Comme ces invectives ne ressemblent guère à l’ouverture d’un débat serein, ce modeste article tente de combler ce manque en ouvrant le débat.

- Une première partie sera consacrée à une recherche sur le sujet chez les fondateurs du marxisme.
- Une deuxième partie sera consacrée à une recherche sur le sujet chez divers partis communistes au pouvoir ou dans l’opposition, y compris bien entendu le Parti communiste français.
- Enfin, nous ferons aussi des recherches chez des « marxistes indépendants ».

Cette recherche a pour objet de voir où les positions d’André Gérin sur l’immigration se situent dans le mouvement progressiste.

L’IMMIGRATION ET LES FONDATEURS DU MARXISME

Marx

Il y a un texte bien connu de Marx qui, sans porter directement sur l’immigration, a un lien indirect avec lui dans la mesure où une partie de la population immigrée est réduite au chômage :

« Des circonstances particulières favorisent l’accumulation tantôt dans telle branche d’industrie, tantôt dans telle autre. Dès que les profits y dépassent le taux moyen, des capitaux additionnels sont fortement attirés, la demande de travail s’en ressent, devient plus vive et fait monter les salaires. Leur hausse attire une plus grande partie de la classe salariée à la branche privilégiée, jusqu’à ce que celle-ci soit saturée de force ouvrière, mais, comme l’affluence des candidats continue, le salaire retombe bientôt à son niveau ordinaire ou descend plus bas encore. Alors l’immigration des ouvriers va non seulement cesser, mais faire place à leur émigration en d’autres branches d’industrie. Là l’économiste se flatte d’avoir surpris le mouvement social sur le fait. Il voit de ses propres yeux que l’accumulation du capital produit une hausse des salaires, cette hausse une augmentation des ouvriers, cette augmentation une baisse des salaires, et celle-ci enfin une diminution des ouvriers. Mais ce n’est après tout qu’une oscillation locale du marché de travail qu’il vient d’observer, oscillation produite par le mouvement de distribution des travailleurs entre les diverses sphères de placement du capital.

Pendant les périodes de stagnation et d’activité moyenne, l’armée de réserve industrielle pèse sur l’armée active, pour en refréner les prétentions pendant la période de surproduction et de haute prospérité. C’est ainsi que la surpopulation relative, une fois devenue le pivot sur lequel tourne la loi de l’offre et la demande de travail, ne lui permet de fonctionner qu’entre des limites qui laissent assez de champ à l’activité d’exploitation et à l’esprit dominateur du capital ».[3]

Lénine et l’immigration

Pour cette partie, je me suis beaucoup servi de recherches effectuées par Etienne Balibar et en particulier d’un article publié par lui dans L’Humanité le 8 juin 1973.

En 1913, Lénine écrit

« Le capitalisme et l’immigration des ouvriers »[4] . Il dit que le capitalisme « a créé une sorte particulière de transmigration des peuples. Les pays dont l’industrie se développe rapidement utilisent davantage de machines et évincent les pays arriérés du marché mondial, relèvent chez eux les salaires au-dessus de la moyenne et attirent les ouvriers salariés des pays arriérés. Des centaines de milliers d’ouvriers sont ainsi transplantés à des centaines et des milliers de verstes. Le capitalisme avancé les fait entrer de force dans son tourbillon, les arrache à leurs contrées retardataires, les fait participer à un mouvement historique mondial et les met face à face avec la classe internationale puissante et unie des industriels. »

Lénine remarque :

« Nul doute que seule une extrême misère force les gens à quitter leur patrie, que les capitalistes exploitent de la façon la plus éhontée les ouvriers émigrés. Mais seuls les réactionnaires peuvent se boucher les yeux devant la signification progressive de cette moderne migration des peuples. Il n’y a pas et il ne peut y avoir de délivrance du joug du capital sans développement continu du capitalisme, sans lutte des classes sur son terrain. Or c’est précisément à cette lutte que le capitalisme amène les masses laborieuses du monde entier, en brisant la routine rancie de l’existence locale, en détruisant les barrières et les préjugés nationaux, en rassemblant les ouvriers de tous les pays dans les plus grandes fabriques et mines d’Amérique, d’Allemagne, etc. »

Lénine examine alors la base économique de l’immigration, constituée par le développement inégal du capitalisme : citant les statistiques de l’immigration aux USA et en Allemagne, il montre que la progression de l’immigration des travailleurs ne cesse de s’accentuer, mais que sa structure a changé à partir de 1880-1890 : alors que dans la période précédente l’émigration européenne provenait essentiellement des « vieux pays civilisés » (Angleterre et Allemagne), où le capitalisme se développait le plus vite, ce sont désormais les pays « arriérés » (en commençant par l’Europe orientale) qui fournissent à l’Amérique et aux autres pays capitalistes « avancés » des travailleurs de moins en moins qualifiés. Dans ces conditions, d’une part « les pays les plus arriérés du vieux monde, ceux qui ont conservé le plus de vestiges du servage dans tout leur système de vie, passent pour ainsi dire par l’école forcée de la civilisation » (c’est à dire du capitalisme) mais aussi ce processus accentue l’« arriération » des pays déjà les plus retardataires, transformés en fournisseurs massifs de main d’oeuvre.

Cependant, passant du plan économique au plan politique, Lénine note que si les travailleurs russes sont en ce sens les plus attardés, ils sont par ailleurs en avance dans la lutte contre les tentatives de division raciste de la bourgeoisie :

« Les ouvriers de Russie, comparés au restant de la population, sont l’élément qui cherche le plus à échapper à ce retard et à cette sauvagerie (...) et qui s’unit le plus étroitement aux ouvriers de tous les pays pour former une seule force mondiale de libération. »

Immigration et impérialisme

Lénine met en évidence le double problème que pose d’emblée l’immigration : problème de ses causes économiques et de leur transformation dans l’histoire du capitalisme, problème de ses effets politiques sur la lutte du prolétariat.

Dans « L’impérialisme, stade suprême du capitalisme »[5] Lénine analyse le renversement de tendance dans l’émigration des travailleurs comme un aspect fondamental de l’impérialisme, stade du « parasitisme et de la putréfaction du capitalisme », en même temps que les contradictions dans le progrès des forces productives, et que la transformation dans la structure des classes des pays impérialistes (marquée par la formation de « l’aristocratie ouvrière » et par la baisse relative du nombre des producteurs). Ces caractéristiques sont organiquement liées, et elles conduisent à nouveau Lénine à en souligner les conséquences politiques, y compris les conséquences négatives (la tendance de l’impérialisme à diviser les ouvriers, à renforcer parmi eux l’opportunisme, à provoquer la décomposition momentanée du mouvement ouvrier).

L’analyse de Lénine est actuelle, car elle ouvre une série de problèmes théoriques et pratiques. Elle nous oblige à considérer l’immigration, les conditions de vie et de travail des travailleurs immigrés, à partir de la théorie de l’impérialisme, hors duquel ses formes actuelles resteraient inintelligibles. La connaissance concrète des causes et des effets de l’immigration est, réciproquement, un fil conducteur vers la connaissance de l’impérialisme, c’est-à-dire du capitalisme dans son stade actuel. La concurrence entre les travailleurs eux-mêmes n’est pas un phénomène passager ou secondaire, elle est la base même des rapports de production capitalistes, qui opposent la masse des travailleurs individuels, « libres » vendeurs de leur force de travail, au capital propriétaire des moyens de production, de plus en plus concentrés.

Elle est la base du salariat comme mode d’exploitation de la force de travail, et ne pourra disparaître qu’avec lui, à mesure du développement révolutionnaire de nouveaux rapports de production, des rapports de production communistes. Il est vrai que les formes de cette concurrence se transforment historiquement : mais cette transformation ne fait que substituer aux simples pratiques d’embauche périodique dans des pays voisins, où le « taux de salaire national » est plus bas[6], une « organisation » plus complexe du marché du travail, réellement internationale, disposant les unes à côté des autres, les unes contre les autres, de grandes masses ouvrières de « qualification » différente, inégale. Cette transformation n’est autre que le développement même des rapports de production capitalistes. Il est vrai aussi que les luttes de la classe ouvrière, les progrès de son organisation tendent à contrecarrer les effets de la concurrence et obligent le capital (dont la bourgeoisie n’est que l’instrument) à chercher sans cesse de nouvelles méthodes d’embauche, de sélection et d’utilisation des travailleurs, de nouvelles sources de force de travail : c’est que, précisément, le développement des rapports de production capitalistes résulte d’une lutte de classes quotidienne et ininterrompue.

Ce n’est nullement un hasard si, dans la plupart des grands pays impérialistes, la proportion de travailleurs immigrés est maximale sur les chaînes de fabrication et de montage, sur les chantiers du bâtiment et des travaux publics, là où la force de travail est soumise à une exploitation intense, qui l’use avec une effrayante rapidité, et exige son renouvellement accéléré.

Etienne Balibar écrivait en 1973 dans son article paru dans L’Humanité qu’il fallait comprendre l’extrême importance politique du problème de l’immigration, pour le prolétariat et ses organisations. Dans les conditions nouvelles de notre époque, la présence des travailleurs immigrés et leur lutte font de l’internationalisme plus que jamais la condition même de la lutte de libération des travailleurs, comme l’ont toujours soutenu et expliqué Marx et Lénine : elles exigent que cet internationalisme trouve des moyens toujours plus concrets, plus organiques, de s’affirmer. L’avenir même des travailleurs de chaque pays en dépend, dès lors qu’ils n’ont plus seulement à combattre parallèlement, et chacun pour son compte, un même adversaire, mais à constituer partout les « détachements » d’une seule force combinée, amalgamée. Ainsi le développement même de l’impérialisme débouche sur une nouvelle forme, supérieure, de l’internationalisme, sur une nouvelle étape de l’histoire du mouvement ouvrier.

De plus, en attirant notre attention sur les formes successives qui permettent au capital, malgré les luttes ouvrières, de développer la concurrence entre les travailleurs, qui est la base de leur exploitation, la question de l’immigration nous montre à nouveau concrètement pourquoi le mouvement ouvrier doit mener une lutte constante contre les pièges de l’économisme[7] laissant à la lutte syndicale toute sa juste place, irremplaçable, elle nous montre en même temps la nécessité absolue de la lutte politique unie des travailleurs « nationaux » et « immigrés », pour la révolution socialiste qui, seule, permettra de détruire toutes les bases de l’exploitation.

Lénine écrivait en octobre 1917, à propos de la révision du programme du Parti bolchevique :

« Adopter la proposition de Sokolnikov : dans le paragraphe qui traite du progrès technique et de l’accroissement du travail des femmes et des enfants, ajouter : « de même la main-d’oeuvre étrangère non spécialisée, importée des pays arriérés ». Addition précieuse et nécessaire. Précisément cette exploitation d’ouvriers plus mal rétribués venus des pays arriérés est caractéristique de l’impérialisme. C’est en particulier sur elle qu’est fondé, pour une part, le parasitisme des pays impérialistes riches qui corrompent une partie de leur ouvriers à l’aide d’un salaire plus élevé, tout en exploitant sans mesure et sans vergogne la main-d’œuvre étrangère « bon marché ». Ajouter les mots « plus mal rétribués » et « souvent privés de droits » car les exploiteurs des pays « civilisés » profitent toujours de ce que la main-d’oeuvre étrangère importée est privée de droits. C’est ce qu’on observe constamment non seulement en Allemagne à l’égard des ouvriers russes, plus exactement venus de Russie, mais aussi en Suisse à l’égard des Italiens, en France à l’égard des Espagnols et des Italiens, etc. »[8]

Pour Lénine, c’est finalement sur le terrain de la lutte et de l’organisation politique que les travailleurs de toute nationalité peuvent forger leur unité nécessaire. Mais cette unité n’est pas spontanément acquise, elle doit être conquise contre les rapports d’exploitation développés par l’impérialisme, au prix d’une lutte politique et idéologique difficile. C’est, plus que jamais, l’objectif primordial des communistes qui, selon le mot d’ordre de Marx,

« dans les différentes luttes nationales des prolétaires mettent en avant et font valoir les intérêts indépendants de la nationalité et communs à tout le prolétariat », et « dans les différentes phases que traverse la lutte entre prolétaires et bourgeois, représentent toujours les intérêts du mouvement dans sa totalité. »[9]

Les conclusions d’Etienne Balibar dans son article paru dans L’Humanité du 8 juin 1973 me paraissent d’une actualité encore plus grande aujourd’hui :

Confronté au développement des luttes que mènent les travailleurs immigrés, à leurs formes originales, à leurs difficultés, l’opportunisme[10] « de gauche » veut voir dans l’immigration le « vrai » prolétariat, la réalisation d’une idée mythique du prolétariat, il exalte les divisions, et les renforce, pour le plus grand profit du capital. De son côté l’opportunisme « de droite » nie la réalité de ces divisions, des contradictions développées par l’impérialisme dans la classe ouvrière elle-même, soit pour laisser les immigrés à leur sort, soit pour considérer qu’ils posent un simple problème d’inégalité économique, juridique et sociale, n’appelant qu’une amélioration du sort des plus « défavorisés ». [11]

L’IMMIGRATION ET LES PARTIS COMMUNISTES DANS L’OPPOSITION ET AU POUVOIR

Il me semble que les invectives citées dans l’introduction de cet article, de Dartigolles pour le PCF et d’Armand Creus pour le Front de Gauche, montrent bien leur refus de voir qu’ils n’ont qu’une position opportuniste de droite, soit un étalage de bons sentiments qui ne règlent rien, ou si peu ! Ce n’est évidemment pas une surprise !

Une étude approfondie des positions du PCF nécessiteraient un autre article d’ailleurs nécessaire et urgent. On peut en attendant se référer au texte officiel intitulé « Les migrants : le monde en mouvement »[12] sur le site du PCF. Cette section du programme du PCF contient de bonnes critiques des politiques gouvernementales xénophobes et racistes à l’égard de l’immigration. Elle incite à lutter efficacement contre la discrimination subie par la population immigrante et pour la régularisation du statut des sans papiers, etc.

Par contre, elle ne se prononce pas sur la question centrale de savoir comment aborder de façon démocratique, dans l’intérêt des travailleurs et travailleuses, la question de l’immigration. Il me semble que ce n’est pas avec la position actuelle du PCF et du Front de Gauche qu’on peut mener une lutte victorieuse contre Marine Le Pen et contre le Front National.

André Gérin, de son côté, en envisageant la nécessité d’une régulation démocratique de l’immigration au niveau national et mondial, se situe plus dans une perspective léniniste, ce qui n’est pas une surprise non plus. Le PCF, en effet, ne se réfère plus à Lénine comme source de ses politiques et dénigre même les pays socialistes quand ils ont dû se protéger des pays impérialistes comme les Etats-Unis ou la France par des restrictions au droit de circulation des personnes :

« L’enjeu de la circulation, du droit de circulation, a été au coeur de l’affrontement Est-Ouest.
L’acte d’Helsinki a servi à déstabiliser le « camp soviétique ». Une société décidant de se fermer à toute migration, à toute altérité, est une société vouée à l’échec ou pire encore. Les régimes de l’Est qui ont assigné leur population à résidence, interdit le droit de circuler librement, se sont transformés en pouvoirs totalitaires, ils ont fait faillite. »[13]

(Cette faillite est plus que discutable d’ailleurs. Voir mon article « Les courants majoritaires de la direction du Parti communiste français (PCF) au pied du mur... de Berlin ! » Décryptons ensemble les « décrypteurs » ![14])

Et Serge Guichard d’ajouter :

« Il faut avoir le courage de proclamer le droit de circulation ; droit universel inaliénable. »[15]

Selon Serge Guichard, Bernard Doray, Moustapha Gueye et autres auteurs du programme du PCF, le droit absolu de circulation des personnes serait synonyme d’émancipation des travailleurs et des travailleuses tandis que toute tentative de régulation démocratique (en opposition donc avec la régulation impérialiste gouvernementale de l’immigration), irait à l’encontre de l’émancipation de la classe ouvrière. Il s’agit là, me semble-t-il, d’un véritable dérapage donnant bonne conscience à bon compte sans offrir aucune solution concrète. Par contre, cela permet à l’extrême droite française raciste et xénophobe de surfer sur le mécontentement provoqué par cette absence de solution de gauche à proposer.

La République populaire de Chine ne trouvera sans doute pas plus grâce que l’Union Soviétique aux yeux du PCF et de Serge Guichard puisqu’elle n’endosse pas la notion de droit absolu des personnes à circuler et qu’elle travaille actuellement sur une loi de l’immigration :

La Chine devrait se doter prochainement de sa première loi sur l’immigration. Et ce pour « gérer » l’afflux sans cesse croissant d’étrangers désireux de venir ici cueillir quelques fruits du bel essor de l’économie. Selon l’agence Chine Nouvelle, un premier projet de loi serait en préparation. Il pourrait ranger les immigrés en différentes catégories, comme travailleurs qualifiés et non qualifiés. Un chercheur de l’Académie des Sciences sociales est cité, indiquant que les exemples occidentaux montrent que « les problèmes sociaux et économiques provoqués par l’immigration doivent être résolus avec attention ». [16]

La Chine populaire collabore d’ailleurs avec la République socialiste du Viet Nam (Bien entendu, il s’agit de lois communistes qui ne visent pas à exploiter les travailleurs et travailleuses, et non de lois de pays impérialistes comme la France !) :

« La coopération dans le maintien de l’ordre est une partie importante de la coopération amicale sino-vietnamienne »

, a indiqué le ministre chinois de la Sécurité publique, Meng Jianzhu, lors de sa rencontre avec son homologue vietnamien Le Hong Anh.

« Je souhaite que les deux pays puissent mener une coopération plus forte dans les domaines tels que la lutte contre l’immigration illégale, la fraude sur les télécommunications et le terrorisme »

, a poursuivi M. Meng, également conseiller d’Etat.[17]

Notons au passage qu’il est possible d’immigrer au Viet-Nam ou à Cuba, dans la mesure où cela va dans l’intérêt général du pays de départ, du pays d’accueil et des intéressés eux-même.

L’immigration, les « marxistes indépendants » et le mouvement altermondialiste

Il ne s’agit même pas d’un survol de cet aspect de la question qui mériterait un livre entier rien que pour elle. Vu les contraintes de temps, j’ai choisi un représentant de l’altermondialisme qui m’a semblé typique.

Il s’agit d’Immanuel Wallerstein qui laisse dire dans la page qui lui est consacrée dans Wikipedia (On peut corriger une page quand on la juge infondée, et Wallerstein ne l’a pas fait, en tout cas au moment de l’actuelle consultation) que

« Sa très précoce critique du capitalisme mondial et son soutien aux « mouvements anti-systémiques » firent de lui, au même titre que Noam Chomsky et Pierre Bourdieu, l’éminence grise du mouvement altermondialiste. » [18]

Cette « éminence grise » nous livre une analyse de l’immigration dans un texte intitulé « Immigration : retour du retour de manivelle ? »[19] qui n’est pas totalement sans intérêt, dans la mesure où il reprend quelques idées du texte de 1913 de Lénine (sans le citer !) en affadissant Lénine et en s’abstenant soigneusement de proposer une solution concrète.

Une entrevue de Wallerstein par Arnaud Spire parue dans le journal L’Humanité en 1997 nous donne une idée de la pertinence de cette « éminence grise » !

« J’ai toujours fait la différence entre Marx et le marxisme. Cette pensée-monde a traversé, selon moi, trois moments différents. Le marxisme a commencé par être, du temps où Marx était vivant, sa propre parole et son écriture. Puis il y a eu le marxisme « officiel » des partis. Le Parti social-démocrate allemand jusqu’à la Première Guerre mondiale, et le Parti communiste d’Union soviétique après. Ces deux orthodoxies étaient affectées d’une tendance à s’imposer, sinon universellement, en tout cas très largement. Sans que cela ait nécessairement un rapport étroit avec la pensée de Marx... J’ai tendance à penser que ce marxisme des partis a explosé avec la révolution de 1968. Alors est arrivé ce qu’Henri Lefebvre a appelé « les mille marxismes », refusant à la fois l’orthodoxie des partis et brisant toutes les cohérences. Aujourd’hui, on ne peut pas dire : il y a UN marxisme. Beaucoup de gens se réfèrent à cette pensée et en tirent des enseignements tout à fait opposés. »

Notons le ridicule de ce résumé de l’histoire de la pensée marxiste ! Le marxisme du Parti social-démocrate allemand s’arrêtant à la Première Guerre mondiale, le début de 1914 ou la fin de cette guerre en 1918, on ne sait pas, pour reprendre ensuite avec le début de l’Union soviétique en 1922 pour enfin exploser comme “marxisme des partis” en 1968 ! Tout cela pour en arriver à mille marxismes contradictoires. Quelle note donnerions-nous à un jeune étudiant à un examen avec de telles balivernes !

Wallerstein nous livre ensuite le fruit de ses réflexions :

« Un système social connaît généralement trois moments successifs : la genèse qu’il faut expliquer, sa vie normale dont on peut tirer les règles générales qui rendent compte de son fonctionnement, et pour finir une sorte de crise ou de moment de « bifurcation ». C’est le moment où diverses directions deviennent possibles et où les choses peuvent basculer sans que l’on puisse prévoir dans quel sens cela va aller. C’est un moment de choix véritable où chaque petite action peut avoir un impact important. »

Michel Peyret nous rappelle qu’André Tosel, autre altermondialiste antiparti convaincu voudrait, lui, ramener ces mille marxismes à l’Unité.

« Quel est en effet, interroge André Tosel, le consensus minimal sur ce qu’il convient de nommer une interprétation marxiste légitime, étant entendu que cette légitimité est « faible » en ce qu’elle a fait son deuil de son devenir orthodoxie ou même hérésie... »

En tout cas, dit-il,

« ces mille marxismes, séparés de la pratique politique des anciens partis communistes, à la recherche d’un nouveau lien problématique de la théorie et de la pratique, constituent la forme fragile de la continuité brisée et discontinue de la tradition marxiste... »

« Mais la crise ouverte du libéralisme est le fondement objectif de ces mille marxismes (...) A elle seule cette crise ne donne aucune garantie de succès d’un dépassement simultané des anciens marxismes (et des éléments de Marx obsolètes) et du libéralisme.

« Mais cette tâche est ouverte et elle sera aussi une histoire que les néo-marxistes feront, comme les hommes font leur histoire : elle se fera en des conditions déterminées, et sous des formes imprévues. »[20]

Voyons maintenant la précision du marxisme waltersteinien en pratique :

Un des derniers commentaires d’Immanuel Wallerstein traite de la Lybie et la gauche mondiale. Il s’aventure à faire des prévisions le 15 mars 2010 qui, deux jours plus tard, se révèlent totalement erronées.

« [...] il n’y aura pas d’engagement militaire majeur du monde occidental en Libye. Leurs déclarations publiques ne sont que des rodomontades destinées à impressionner leurs opinions. Il n’y aura pas de résolution du Conseil de sécurité car la Russie et la Chine ne suivront pas. Il n’y aura pas de résolution de l’OTAN car l’Allemagne et quelques autres ne suivront pas. Même la position anti-Kadhafi militante de Sarkozy rencontre des résistances en France.

Et par-dessus tout, l’opposition aux États-Unis à une action militaire vient de l’opinion publique et, plus important, de l’armée. »[21]

Que de naïveté et que d’informations erronées de la part de celui qui est tant admiré pour la perspicacité de ses analyses par le microcosme altermondialiste ! Voyons maintenant un article daté du 23 février (http://www.cuba.cu/gobierno/reflexiones/2011/fra/f230211f.html), soit près d’un mois avant celui de Wallerstein, du « marxiste de parti » Fidel Castro, que le journal L’Humanité proche du PCF, n’a pas voulu faire paraître (alors que Wallerstein y est régulièrement publié !) :

« Les médias de l’Empire ont préparé le terrain en vue d’une action. Une intervention militaire en Libye n’aurait rien de surprenant, ce qui garantirait par ailleurs à l’Europe les presque deux millions de barils par jour de pétrole léger qu’elle importe, si des événements qui mettraient fin au leadership ou à la vie de Kadhafi n’intervenaient pas avant. »

COMMENT RÉGULER DÉMOCRATIQUEMENT LES FLUX MIGRATOIRES EN FRANCE ET DANS LE MONDE[22] ?

Pourquoi avons-nous fait ce détour par les « éminences grises » de l’altermondialisme, alors que le sujet est plutôt une approche comparative entre la position des courants majoritaires de la direction du PCF et celle d’André Gérin sur les migrants ? C’est parce que, lorsqu’il y a un forum social à Istamboul ou à Dakar par exemple, Pierre Laurent, le secrétaire général du PCF, et la direction du PCF, s’y rendent ce qui est très bien. Par contre, quand il y a une rencontre mondiale des partis communistes, le PCF la boycotte à toutes fins pratiques, ce qui est beaucoup moins bien. Il me semble en effet que la solution se situe dans le cadre de la lutte anti-impérialiste et de l’internationalisme communiste et prolétarien et pas dans les Forums sociaux qui sont plus des lieux de convivialité progressiste que de lutte politique contre l’impérialisme et pour le communisme. Le « nouvel internationalisme » du PCF est caractéristique à cet égard. C’est « Un nouvel internationalisme aux contours bien incertains ».[23]

Cet internationalisme « altermondialiste » du PCF n’inclut évidemment pas la Chine par exemple, qui elle, croit toujours au marxisme comme l’indique cette déclaration du premier secrétaire du PCC et président de la Chine populaire du 1 juillet 2011.
Hu Jintao appelle à persévérer dans le marxisme dans le nouveau contexte historique.

« Le Parti communiste chinois (PCC) doit persévérer dans le marxisme et l’adapter aux conditions de la Chine, à notre époque et au peuple »

, a déclaré vendredi Hu Jintao, le président chinois et secrétaire général du Comité central du PCC.

« Prendre une approche scientifique du marxisme et l’utiliser comme une théorie en évolution pour adapter les pratiques aux nouvelles réalités est essentiel pour que le PCC préserve et développe sa nature avancée en tant que parti communiste marxiste »

, a déclaré Hu Jintao lors d’un grand rassemblement célébrant le 90e anniversaire de la fondation du PCC.

« Les communistes chinois croient fermement que la théorie fondamentale du marxisme est une vérité scientifique à toute épreuve. Ils ont la ferme conviction que le marxisme doit s’enrichir et se développer sans cesse au fur et à mesure que s’approfondit la pratique. Ils ne considèrent jamais le marxisme comme un dogme rigide, stéréotypé et vide de sens »

, a-t-il affirmé.

Selon lui,

« persévérer dans le marxisme dans le nouveau contexte historique exige en premier lieu d’apporter rapidement des réponses aux nouveaux problèmes qui se posent dans la pratique et de pouvoir guider cette pratique de façon scientifique ».[24]

André Gérin est lui aussi plus internationaliste qu’altermondialiste, comme l’indique sa lettre à Fidel Castro du 21 février 2008 qui a déjà fait scandale, à la direction du PCF !

« C’est donc en ami de Cuba que je vous adresse, monsieur le Président, mes meilleurs vœux pour votre nouvelle vie, pour que votre pays sache trouver la voie pour renforcer les valeurs et les idéaux du socialisme et du communisme et pour que renaisse un nouvel internationalisme de paix, de justice sociale, pour la promotion des hommes et des peuples ». [25]

En conclusion, la réponse d’André Gérin peut paraître maladroite à certains ou provocatrice dans le but d’obtenir une couverture médiatique à d’autres. Elle ne nous semble certainement pas mériter les invectives totalement déplacées de la direction du PCF. Le PCF, en évitant un débat de fond sur la question, en s’éloignant du marxisme et de l’internationalisme communiste et ouvrier, fait plutôt partie du problème que de la solution. André Gérin, par contre, en mettant l’accent sur le marxisme, le communisme et l’internationalisme qui permet la lutte pour une régulation démocratique au niveau mondial des flux migratoires, fait plutôt partie de la solution que du problème. Souhaitons que ce modeste article contribue à un travail serein sur cette question dont l’importance croît sans cesse avec l’approfondissement de la crise générale du capitalisme.

[1]http://www.humanite.fr/20_06_2011-andr%C3%A9-gerin-d%C3%A9rape-sur-l%E2%80%99immigration-474696
[2]http://www.lyoncapitale.fr/lyoncapitale/journal/Autre-contenu/Breves/Andre-Gerin-se-vautre-dans-la-boue
[3]Le Capital - Livre premier, Le développement de la production capitaliste,VII° section : Accumulation du capital, Chapitre XXV : Loi générale de l’accumulation capitalisteI. Livre III Production croissante d’une surpopulation relative ou d’une armée industrielle de réserve
[4] Oeuvres complètes, tome XIX, p.488-491
[5] Oeuvres complètes, tome XXII, p.305
[6] Marx, Le Capital, livre I, chap.22
[7] http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89conomisme
[8] Oeuvres complètes, tome XXVI, p.170
[9] Manifeste communiste
[10] Par opportunisme, je veux dire ici “l’abandon des principes et des objectifs essentiels du mouvement révolutionnaire pour des avantages immédiats ou des raisons tactiques” Lucien Sève, Une Introduction à la philosophie marxiste, Editions Sociales 1982, p.696
[11] Etienne Balibar L’Humanité du 8 juin 1973
[12] http://new.pcf.fr/spip.php?article430
[13] Article de Serge Guichard publié dans l’Humanité : http://new.pcf.fr/spip.php?article449
[14] http://lutterpourunmondemeilleur.blogspot.com/2009/12/les-courants-majoritaires-de-la.html ou http://www.comite-valmy.org/spip.php?article463
[15] Ibidem
[16] http://blog.lefigaro.fr/chine/2010/06/chine-terre-dimmigration.html
[17] http://french.news.cn/chine/2011-04/11/c_13823770.htm
[18] http://fr.wikipedia.org/wiki/Immanuel_Wallerstein consulté le mercredi 29 juin à 16 heures.
[19] http://www2.binghamton.edu/fbc/archive/182fr.htm
[20] :http://alainindependant.canalblog.com/archives/2011/03/06/20555503.html
[21] (http://www2.binghamton.edu/fbc/archive/301fr.htm )
[22] Il s’agit en effet d’un problème mondial. Un camarade des Etats-Unis me décrit une situation qui ressemble à bien des égards à la nôtre. https://docs.google.com/document/d/11M2NO9hXc4q-kYohtTMBMV7Qcg-Ax-cPoLQuaU6NyrY/edit?hl=fr
[23] http://lutterpourunmondemeilleur.blogspot.com/2008/11/un-nouvel-internationalisme-aux.html
[24] http://french.people.com.cn/Chine/7426736.html
[25] http://www.wmaker.net/editoweb/nicolas_maury/Fidel-Castro-lettre-d-Andre-Gerin-Depute-Maire-PCF_a1574.html

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  • (2002) Lenin (requiem), texte de B. Brecht, musique de H. Eisler

    Un film
    Sur une musique de Hans Eisler, le requiem Lenin, écrit sur commande du PCUS pour le 20ème anniversaire de la mort de Illytch, mais jamais joué en URSS... avec un texte de Bertold Brecht, et des images d’hier et aujourd’hui de ces luttes de classes qui font l’histoire encore et toujours...

  • (2009) Déclaration de Malakoff

    Le 21 mars 2009, 155 militants, de 29 départements réunis à Malakoff signataires du texte alternatif du 34ème congrès « Faire vivre et renforcer le PCF, une exigence de notre temps ». lire la déclaration complète et les signataires

  • (2011) Communistes de cœur, de raison et de combat !

    La déclaration complète

    Les résultats de la consultation des 16, 17 et 18 juin sont maintenant connus. Les enjeux sont importants et il nous faut donc les examiner pour en tirer les enseignements qui nous seront utiles pour l’avenir.

    Un peu plus d’un tiers des adhérents a participé à cette consultation, soit une participation en hausse par rapport aux précédents votes, dans un contexte de baisse des cotisants.
    ... lire la suite

  • (2016) 37eme congrès du PCF

    Texte nr 3, Unir les communistes, le défi renouvelé du PCF et son résumé.

    Signé par 626 communistes de 66 départements, dont 15 départements avec plus de 10 signataires, présenté au 37eme congrès du PCF comme base de discussion. Il a obtenu 3.755 voix à la consultation interne pour le choix de la base commune (sur 24.376 exprimés).