Réunion nationale du réseau du 23 Mars

La stratégie électorale du PCF nous mène de Charybde en Scylla Intervention de Gilbert Remond

, par  Gilbert Remond , popularité : 2%

Je me retrouve assez bien dans les premières interventions qui dans leur succession me paraissent complémentaires et rendent compte de la situation où nous nous trouvons. Je suis d’accord pour dire que la lutte contre l’austérité doit s’accomplir dans la lutte pour les salaires, d’accord pour reconnaître que la situation actuelle recèle des potentialités nouvelles dans les masses et singulièrement dans la jeunesse où elle redonne un poli nouveau aux idéaux communistes, mais je suis aussi d’accord pour reconnaître que la direction n’a pas abandonné son projet de destruction du parti, qu’elle est toujours à la recherche de cette chose que les Italiens appellent maintenant parti démocrate et qui commence à s’afficher sur nos cartes d’adhérent subrepticement sous le nom de parti de la gauche européenne.

De ce point de vue la prestation à laquelle s’est livré Pierre Laurent au congrès de notre parti n’est pas innocente. La dramatisation, autour des outils non représentés sur la carte et la justification qu’il en a donné sont éloquents. Ils disent en peu de mots ses intentions et le chemin parcouru pour y parvenir. S’il y a longtemps que le marteau et la faucille avaient disparu de nos publication et de nos signes distinctifs officiels (sur les tracts, journaux, badges, drapeaux, banderoles etc), on peut se demander pour quelles raisons ce dernier vestige d’une histoire dépassée, selon ses dires, fait soudain l’objet d’une telle attention.

En effet pourquoi porter le traitement de cette question avec une telle détermination au devant de la scène d’un congrès au moment où il était en présence d’une presse friande de palinodie de ce type, si ce n’est pour impulser dans les têtes le compte à rebours d’une relecture de l’histoire devenue gênante pour qui veut s’en émanciper c’est-à-dire en sortir, en se conformant aux exigences du système politique dominant, convenir à ses institutions.

C’est ainsi que, joignant l’acte à la parole, le secrétaire du PCF produisait comme preuve de sa démonstration une carte de 1944 pour expliquer que ces symboles n’avaient pas toujours été présentés dans le parti et qu’il rappelait qu’ils ne l’étaient non plus au début de son histoire. Si l’argument en reste contestable du point de vue de la réalité des faits (rappelons qu’en 1944 le PCF était une organisation clandestine et qu’un camarade du réseau nous a démontré qu’il s’agissait d’une carte à trois volets de 1945, au dos de laquelle figurait le sigle manquant), l’intention apparaît avec clarté, si l’on considère la signification symbolique de ces signes qui représentent l’alliance des travailleurs des villes avec ceux des campagnes.

Sans doute n’est-il pas inutile de rappeler que Marx a toujours considéré que « la révolution ne pouvait réussir en France sans l’alliance des ouvriers et des paysans, des Parisiens et des provinciaux » comme il l’écrivait dans « le 18 brumaire ». Or s’il n’est bien évidement plus question de révolution dans les objectifs du PCF au sens de la France du dix-neuvième siècle, il n’en reste pas moins vrai que la question des alliances demeure pour tout parti qui prétend au pouvoir, la question à laquelle il doit se confronter en priorité.

Quelles sont les classes sociales que le PCF veut représenter ? Et donc quelles alliances veut-il mettre en place ? Quelle stratégie veut-il suivre ? Pour qui veut-il rallumer les étoiles ? Par la voix de son secrétaire n’était-il pas en train d’annoncer aux micros tendus pour l’occasion, son adieu aux classes populaires et son adhésion à « l’empire du moindre mal », c’est-à-dire à cette gauche qui comme le craint Jean-Claude Michéa « Dans les mystères de la gauche », son dernier ouvrage, représente aujourd’hui « le stade suprême du capitalisme », dans un moment où les ouvriers écœurés, délaissent massivement les élections et ou les néo-ruraux plébiscitent le Front National ?

Décrocher du drapeau les outils qui représentaient l’alliance souhaitée par Marx dans ses essais sur les luttes de classes en France en tant que garantie de leurs réussites, et qu’avait réalisé Lénine après les conquêtes d’octobre 17, convaincu qu’il s’agissait là d’une question cruciale pour la réussite du mouvement ouvrier international, pour les remplacer par l’étoile de la gauche européenne, signifie clairement laisser en raz de campagne les classes populaires, les abandonner aux bans de leurs cités, au seuil de leurs usines en leur préférant les compagnonnages plus branchés des sujets sociétaux propres aux classes moyennes qui peuplent les grands centres urbains.

Il s’agit en fait du prix payé pour la construction de bric et de broc réalisée entre différents courants d’une gauche radicale qui se disputent avec le PS et les autres partis libéraux les suffrages des classes moyennes, tout comme à l’époque du programme commun l’abandon de la dictature du prolétariat avait été celui à payer pour gouverner avec Mitterrand et ses nouveaux socialistes.

Il s’agit surtout d’une ligne politique qui se fait au gré des opportunités électorales et qui mène le navire communiste de Charybde en Scylla dans un moment où sa proue devrait ouvrir de nouvelle voies au peuple de France et donc se garder de tout aventurisme avec les courants de la petite bourgeoisie obnubilée par le pouvoir. Dans ce moment où il va faire cruellement défaut à ceux pour qui il était dédié, nous devons au contraire en réaffirmer l’étrave et le sillage, car comme l’expliquait Lénine « la politique fidèle au principe est la seule juste ».

Selon la légende de la mythologie grecque, Charybde engloutissait trois fois par jour d’énormes quantités d’eau avec les navires attirés dans les tourbillons provoqués par cette ingurgitation. Les marins qui alors changeaient de cap pour l’éviter tombaient sur l’écueil de Scylla, monstre à six têtes qui les dévoraient. C’est exactement la configuration dans laquelle la direction du parti est en train de nous mettre. Voici qu’après la perte de plusieurs députés aux législatives, suite à l’accord faramineux avec le Front de gauche, qui, nous assurait-on, allait nous permettre d’emporter de nombreux siège grâce à la dynamique créée, nous voilà prêt à revenir à des accords avec le PS, à l’approche des municipales quand le parti de gauche veut maintenir des listes autonomes. Passant du PS au FG, puis du FG au PS, nous nous faisons à chaque fois raboter un peu plus de notre audience et de notre crédibilité. Devenu victime consentante de ce sabordage téléguidé par le parti de la gauche européenne, nous allons assurément vers notre destruction, alors qu’il faudrait pouvoir comme Ulysse tenir la barre avec fermeté et courage sans se laisser impressionner ni par l’un ni par l’autre.

En effet alors que l’opinion publique fait cruellement l’expérience d’une gauche toute en fausses perspectives, qui poursuit sans état d’âme la politique du précédent gouvernement, avec parfois, nous disent les travailleurs en lutte, plus de dureté, nous nous trouvons dans l’incapacité de faire apparaître un front de classe qui puisse vraiment s’y opposer et ouvrir une autre perspective, la seule crédible, celle du socialisme. Contrairement à ce qu’affirment les tenant de la ligne Front de gauche, nous subissons, du fait de ce manque d’affirmation, un effet d’aspiration, et c’est tout la gauche qui se retrouve prise dans cette tourmente, les couches populaires échaudées par les mauvais coups se détournant de nous chaque fois un peu plus, au gré des échéances électorales qui se succèdent. Car à force de contorsions et de formules alambiquées pour rester dans la course aux places, avec cette manière introuvable d’être dans la majorité sans y être, de faire de l’opposition sans en être, nous ne sommes pas seulement sans lieux repérables pour les masses, nous sommes repérés comme faisant partie du lieu de cette gauche déconsidérée. Cette posture est celle de l’échec, elle programme notre disparition, car le capital n’a besoin que d’un parti social-démocrate pour rendre crédible sa farce de l’alternance.

Toutefois, si je suis d’accord avec ce qui a été dit par les intervenants précédents, c’est avec ce bémol, pour rester dans le ton et le rythme de leurs interventions et puisque c’est ainsi que chacun d’eux s’est déterminé après le rapport d’ouverture, avec ce bémol donc qu’une organisation manque à leurs motions de principe, car pour qu’il y ait du communisme, s’il faut du mouvement (l’expression est à la mode dans la nouvelle doxa marxisante-anti-léniniste), il faut une organisation pour l’ordonner et le mettre en abscisse, c’est-à-dire lui permettre une direction et une continuité dans l’expression et l’action. Mais que faire quand celle-ci justement est en voie de destruction, pire, d’effacement dans la référence et dans la perspective historique ?

Ne devient-il pas alors urgent d’en reconstruire l’occurrence ? N’est-il pas en effet urgent de permettre cette « unité des communistes » que notre texte alternatif portait en titre de sa présentation ? Et ne devrions-nous pas en reprendre l’appellation pour notre réseau afin de nommer ce processus indispensable que nous travaillons à construire depuis quelques années, convaincus qu’il n’y a d’issue que dans la reconstruction d’un cadre où les milliers de communistes éparpillés dans le no man ’s land de la société civile pourront se retrouver avant de gagner à eux et d’agréger autour d’eux les forces nécessaires pour aller aux changements et construire le socialisme.

Marx disait « qu’à chaque stade de l’histoire, les forces productives se révoltent contre les rapports de production au sein desquelles les premières se sont développées », la période que nous traversons pourrait correspondre à l’un de ces stades si l’on accepte de regarder ce qui se passe dans l’économie du pays comme dans celle du monde. Car de Good Year à Renault, de PSA à Arcelor-Mittal, de Sanofi à Fralib, de Veninov à Bosch, je pourrai multiplier les citations d’entreprises entrées en résistances contre la volonté patronale de les faire disparaître pour satisfaire les actionnaires et leurs rémunérations exorbitantes, les forces productives se lèvent et s’élèvent contre les patrons voyous, les parasites qui vident les trésoreries des établissements dans l’unique but d’épaissir leurs comptes bancaires.

Conscients qu’il s’agit de leur arme la plus efficace, les travailleurs s’affirment dans la grève et se solidarisent entre eux comme le montrent les actions qui les ont amenés à se retrouver devant le salon de l’automobile ou les chambres patronales ou encore grâce aux dons et aux caisses de solidarités qui leur permettent de se rémunérer. Ils disent qu’ils ne veulent plus de plans sociaux, ni de ces primes de départ qui sont à leur égard de véritables primes à la casse. Ils disent qu’ils veulent conserver leurs emplois et produire en France ce dont le pays a besoin, démontrant à chaque fois leur capacité à diriger leurs entreprises. Ils sont devenus la conscience du pays en réclamant ce que les partis de la petite gauche frileuse, comme le chante Lavilliers, n’osaient plus prononcer, à savoir la nationalisation des entreprises saccagées par le profit capitaliste, mais aussi le retour à la collectivité des secteurs clefs de l’économie.

La classe ouvrière se retrouve, une fois de plus au centre de l’affrontement de classe. Un certain nombre d’événement la remet d’un coup au devant de l’actualité, comme ces luttes contre les fermetures qui rendent publiques sa présence physique en même temps que celle de leur lieu d’activité menacé ou la publicité faite par le pouvoir autour du projet de loi pour la productivité qui là encore appuie sur une réalité cachée, celle de l’importance de l’activité industrielle dans le pays. Ce sont autant d’exemples qui démentent les thèses avancées par les experts en sociologie qui prétendaient à sa disparition.

Si ces affrontements sont la trace vive que seules les luttes permettront de reprendre les positions perdues, et arracher de nouvelles avancées, il reste que celles-ci, pour aboutir, exigent une coordination qui n’est plus assurée par les directions confédérales. Il faut donc reconstruire les cadres qui, localement comme à l’échelle nationale, pourront donner la possibilité d’exprimer la volonté de lutte et offrir une direction politique cohérente dans une unité reconstituée, en levant les clivages qui nous ont divisé et affaibli, ceux entre fonctionnaires et travailleurs du secteur privé, entre jeunes, moins jeunes et seniors, entre actifs et privés d’emplois, entre français et immigrés, entre travailleurs des villes et travailleurs des campagnes etc...

Marx et Engels écrivaient dans le Manifeste : « De toutes les classes qui à l’heure présente s’opposent à la bourgeoisie, le prolétariat est une classe vraiment révolutionnaire. Les autres classes périclitent et périssent avec la grande industrie, le prolétariat au contraire en est le produit le plus authentique ». Si la grande industrie ruse avec la réalité, dispersant ses unités de production dans une fausse perspective de déconcentration afin de casser les collectifs de lutte et d’émietter la conscience de classe, cette donnée reste toujours d’actualité.

Pour revenir dans l’histoire et faire face à cette crise d’une ampleur inégalée du capital, il faut à la classe ouvrière « un parti des temps d’orage » comme cela a été écrit par un camarade. Il lui faut aussi repenser ses alliances, muni de la boussole irremplaçable d’une théorie révolutionnaire. Le marxisme et le léninisme font partie de ces tropismes dont nous avons besoin, mais il faut aussi savoir s’ouvrir aux autres apports, se débarrasser de l’esprit de clocher, apprécier ce qui nous unit comme ce qui peut nous séparer, le faire en partant des faits, en s’appuyant sur les modes d’expression inventés par les masses au cours de leurs luttes. Les assises du communisme devraient constituer un de ces moments privilégiés de l’échange et de la confrontation, un de ces moment de mise en commun qui réponde à la demande de coordination qui monte du front des luttes de classes.

Gilbert Rémond

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