Grèce : Syriza ou la voie social-démocrate (I) par Cécile Chams du Parti du Travail de Belgique

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« Syriza est prête à assumer la responsabilité historique de gouverner le pays », déclare Alexis Tsipras, le jeune président de la Coalition de la gauche radicale grecque. Celle-ci s’est constituée en parti lors de son congrès de fondation du 10 au 14 juillet 2013. Selon les derniers sondages, Syriza pourrait devenir le premier parti du pays et former le prochain gouvernement. Pour certains [1], elle représente « la seule lueur d’espoir » pour la Grèce et « l’alternative » pour l’Europe.

Créée en 2002 en tant que coalition électorale, Syriza, ou Coalition de la gauche radicale, est devenue un parti. Sa principale composante est Synaspismos, une dissidence du Parti communiste de Grèce (KKE), devenue parti en 1991. Synaspismos regroupait les eurocommunistes, inspirés par la mutation des partis communistes français ou italien, favorables à l’intégration dans l’Union européenne et ne considérant plus le socialisme comme alternative de fond au capitaliste. Ce noyau a été rejoint par une série d’organisations et de petits partis de tendance trotskiste, d’inspiration anarchiste, écologiste, maoïste…

Lors des dernières élections législatives, Syriza fait une percée impressionnante : elle passe de 4,9 % en 2009 à 26,9 % en juin 2012. Syriza a fait campagne sur la proposition d’un gouvernement de gauche anti-austérité, qui renégocierait la dette de la Grèce, rétablirait les salaires et les emplois dans le secteur public, supprimerait les taxes injustes, tout en restant dans la zone euro et dans l’Union européenne. Son discours était servi par son jeune dirigeant, Alexis Tsipras (39 ans), alliant charme et phrases-chocs pour séduire ses électeurs.

Forte de ce succès, qui en a fait la seconde organisation politique de Grèce après la Nouvelle démocratie (droite), Syriza a décidé de devenir un parti afin de concrétiser son projet de « gouvernement de la gauche ». Et ce statut de parti, plutôt que de mouvement, lui permet aussi, en cas de victoire électorale, d’obtenir les cinquante sièges supplémentaires attribués au parti qui a recueilli le plus de votes. L’organisation et le programme de Syriza ont été débattus lors d’une conférence en décembre 2012, puis lors du premier congrès du parti, du 10 au 14 juillet 2013.

I - Négocier la dette avec l’Union européenne

« Effacer une grande partie de la dette » est un des axes adoptés par le congrès de Syriza. Son programme économique de 2012 précise : « Ajuster la dette accumulée et créer les conditions pour un futur financement du développement, en effaçant une large part de la dette… Cet ajustement sera mené dans le cadre d’une solution européenne commune à la dette publique de tous les pays de l’Union européenne, sur base de négociations bilatérales. » [2].

La Plate-forme de gauche au sein de Syriza (voir encadré « Divisions internes ») a introduit un amendement stipulant que « Syriza doit rejeter la totalité de la dette de la Grèce, promouvoir l’annulation de tous les accords de prêt avec la Troïka et se préparer à cesser tout paiement si nécessaire pour soutenir l’annulation de la dette ». Cet amendement a été rejeté, mais a toutefois obtenu 40 % des voix au congrès de 2013.

« Lors de l’élection de juin dernier [2012], le parti avait insisté sur le fait qu’il abrogerait le mémorandum imposé par la Troïka s’il parvenait au pouvoir. Cette position a évolué dans les cercles dirigeants de Syriza », estime Philippe Marlière [3], professeur à l’University College de Londres et membre du Front de gauche français. Il poursuit : « La dette ne serait plus annulée, mais un gouvernement de gauche réclamerait un délai supplémentaire pour l’honorer ». Lors de sa visite en Allemagne en janvier 2013, Tsipras a confirmé cela ; dans une interview avec la radio Deutsche Welle, il a déclaré que son parti n’annulerait pas unilatéralement la dette, mais négocierait surtout de nouveaux accords de prêts. « Un important montant de la valeur nominale de la dette doit être effacé », a-t-il encore récemment déclaré [4].


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Divisions internes

Le congrès de fondation de Syriza en juillet 2013 a rassemblé 3 430 délégués. Ceux-ci ont eu moins d’un mois pour se prononcer sur les textes préparés par la direction du parti. Le congrès a consacré la plus grande part de ses débats à des questions internes, principalement celle de la dissolution des partis et organisations qui composent Syriza. Face à une forte opposition et dans un climat tendu, le congrès a finalement défini Syriza comme un parti regroupant des « tendances multiples », dont le sort sera décidé après des « consultations mutuelles » qui prendront « un temps raisonnable ».

Loin de renforcer l’unité, le congrès a montré les profonds clivages entre les composantes de Syriza, notamment entre l’aile majoritaire, dominée par Synaspismos et la Plate-forme de gauche, regroupant plusieurs organisations, la plupart de tendance trotskiste. Celle-ci représentait 30 % des voix au dernier congrès, alors qu’elle obtenait 25 % à la conférence de décembre 2012. Le Congrès a rejeté les amendements de la Plate-forme de gauche, qui ont toutefois obtenu 30 à 40 %.

Ces amendements [5] étaient les suivants :

- Syriza doit rejeter la totalité de la dette de la Grèce, soutenir l’annulation de tous les accords de prêt avec la Troïka et se préparer à mettre fin à tout paiement si nécessaire pour réaliser l’annulation de la dette.

- Syriza doit soutenir la nationalisation, sous contrôle des travailleurs et du peuple, de tout le système bancaire et de tous les secteurs stratégiques de l’économie, comme un moyen nécessaire de rencontrer les besoins des travailleurs et de riposter aux attaques des capitalistes contre la classe ouvrière.

- Syriza doit appeler à la formation d’un gouvernement de gauche qui doit préparer la rupture avec la zone euro et l’Union européenne.

- Syriza doit appeler à un front uni des partis de gauche, y compris le Parti communiste et Antarsya, mais doit refuser de coopérer avec toute force politique et avec tout politicien qui a mené ou accepté les politiques d’austérité, y compris Dimar.

Le congrès a élu Alexis Tsipras comme dirigeant du parti avec 72 % des voix. Plus d’un quart des délégués ne l’ont pas soutenu. Un relativement piètre score pour un nouveau dirigeant, candidat au poste de premier ministre de surcroît.

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Syriza estime donc qu’une partie de la dette serait légitime ou qu’il suffirait de négocier avec l’Union européenne une annulation partielle de la dette pour améliorer le sort de la population. Ce qui implique que le peuple devrait payer quand même un peu, mais moins qu’aujourd’hui peut-être…

Les dirigeants de Syriza affirment qu’ils vont annuler le mémorandum, c’est-à-dire les mesures d’austérité. « Mais le "mémorandum" et l’ "accord de prêt" ne sont pas deux choses différentes », explique le chercheur en sciences politiques Nicolas Mottas. « L’accord de prêt lui-même prévoit l’application des termes du mémorandum comme une condition préalable ; le mémorandum et l’accord de prêt sont les deux faces d’une même médaille » [6].

Interrogée par la revue française Z, Iphigenia Kamtsidou, professeur de droit constitutionnel à l’université Aristote de Thessalonique précise : « Ce qui importe actuellement, c’est le fait que les mémorandums et les traités de prêt soumettent toute la vie politique et institutionnelle de la Grèce à des considérations extérieures. Ce sont les créanciers qui décident des buts à poursuivre, du contenu de la politique générale du pays et des mesures législatives à prendre » [7]. Une clause de l’accord de prêt prévoit même que l’État grec renonce à son immunité en cas de non-paiement de la dette. Ce qui signifie que ses biens pourraient être saisis.

Depuis le début de la crise en Grèce, Syriza parle de « crise de la dette », laissant croire ainsi qu’il s’agit du cœur du problème. Or, la dette est une des conséquences et non la cause de la crise capitaliste. La crise est provoquée par la baisse générale du pouvoir d’achat des populations suite aux mesures prises depuis trente ans pour réduire le coût du travail, des allocations sociales… Cette baisse du pouvoir d’achat de la population a été masquée pendant des années par la création d’une économie basée sur l’endettement, jusqu’à l’éclatement de la crise. Aujourd’hui, la production n’arrive plus à trouver acheteur. La crise trouve sa cause dans le fait que la richesse produite par la société n’est pas rendue à ceux qui l’ont produite, mais est concentrée dans les monopoles, entre les mains d’un nombre toujours plus réduit de capitalistes. Et ce sont aujourd’hui les revenus des travailleurs et de leurs familles qui sont rabotés pour renflouer les banques européennes. C’est une spirale infernale. C’est pourquoi la dette et toutes les mesures d’austérité (mémorandums) doivent être entièrement rejetées.

II - Les vieilles recettes keynésiennes

« Nous allons restaurer et renforcer l’État-providence », déclare aujourd’hui Syriza. « Nous allons annuler les mémorandums et les lois d’application. Nous allons mettre en œuvre un programme de restauration sociale et économique, de reconstruction productive et environnementale, qui va guérir les blessures infligées à la classe ouvrière et restaurer graduellement les conditions d’emploi stable et de vie décente, avec des salaires et pensions adéquats, créer de nouveaux emplois. Tous les salariés (du public) qui ont été licenciés sont nécessaires et seront réintégrés. ».

Pour financer ce programme, Syriza envisage de remettre au goût du jour deux mécanismes d’aide. Au Forum Kreistky à Vienne le 24 septembre 2013, Alexis Tsipras les explique : « Un gouvernement Syriza mettra sur la table un plan Marshall européen, qui comprendra une union bancaire autonome, la centralisation de la dette publique par la Banque centrale européenne et un programme massif d’investissement public. Avant tout, nous réclamerons une conférence spéciale sur la dette européenne, en analogie avec la Conférence de Londres de 1953 sur la dette allemande de l’époque, qui a décidé d’en amputer une large part, ainsi qu’un moratoire sur le paiement des intérêts et une clause de croissance. ».

Est-ce un programme réalisable ? « D’une part, on imagine mal aujourd’hui quels pays accepteraient de mettre en œuvre un nouveau plan Marshall », explique Philippe Marlière [8]. « Les conditions économiques et géopolitiques aujourd’hui ne sont pas comparables à celles du début de la Guerre froide, sur fond de compétition soviétique. ». « Tenté par le pillage de l’Allemagne de l’Ouest après-guerre, le capital atlantique avait finalement opté pour le redressement économique contre le bloc communiste à l’Est, pour en faire la tête de pont d’une Europe de l’Ouest capitaliste, libérale et anticommuniste », comme l’expliquent des communistes français [9].

« D’autre part, une annulation partielle de la dette grecque comparable à celle de l’Allemagne (en 1953) n’est pas acquise non plus, poursuit Philippe Marlière. Le comportement inflexible de la Troïka et de l’Allemagne jusqu’à présent n’incite guère à l’optimisme. ».

Comme le commissaire européen à la politique économique et financière Olli Rehn l’a rappelé en octobre 2013, le contrôle européen sur les finances grecques ne prendra pas fin à l’expiration de l’accord de prêt. Commentaire d’un quotidien grec : « Si un éventuel gouvernement Syriza voulait mettre en œuvre des politiques keynésiennes, il devrait d’abord convaincre tous ses partenaires de la zone euro d’accepter un changement du cadre législatif actuel ou alors quitter la monnaie commune. En d’autres termes, si Syriza tentait de s’écarter de “l’orthodoxie économique”, la Grèce serait traînée devant la Cour européenne de justice, devrait payer des amendes et même, les subsides de l’UE, selon l’accord financier multiannuel (2014-2020), seraient suspendus. » [10].

III - Le Pasok nouveau est-il arrivé ?

La restauration de l’État-providence, ce ne serait pas la première tentative en Grèce : « En 1981, année de la première accession des socialistes grecs au pouvoir, le Pasok, armé d’un agenda d’inspiration keynésienne de relance de la demande totale, tentait de dynamiser la croissance économique et de mettre en œuvre ce qu’il appelait "la troisième voie vers le socialisme". Une pièce centrale dans le dispositif économique et social du Pasok, centrale aussi pour l’image politique du parti, a été la politique de redistribution en faveur des couches populaires. Le Pasok a mis l’accent sur la création d’un État-providence fort, avec en point d’orgue la fondation du système national de santé en 1983. » [11].

Mais qu’est devenu le programme de relance du Pasok de 1981 ? La Revue socialiste estime que « l’échec patent du Pasok à limiter la grande fraude fiscale a creusé le déficit public et la dette de façon dramatique. La dette, de 28,6 % du PIB en 1980, [… a atteint] le niveau d’alarme après la fin du second mandat du Pasok (80,7 % du PIB en 1990). La gestion du Pasok se trouve bien à la racine de la crise actuelle de la dette. En général, les gouvernements socialistes de la décennie 1980 ont géré les finances publiques de manière irréfléchie, entraînant l’échec de leurs objectifs redistributifs (ce qui a été donné d’une main aux couches populaires dans la période 1981-83 leur a été repris de l’autre par la politique d’austérité de la période 1985-87 et par une politique fiscale trop laxiste, profitant largement au monde de l’entreprise, aux professions libérales et à l’économie noire). Non seulement les choix de gauche du Pasok, largement rhétoriques, n’ont pas mis en cause les privilèges d’un microcapitalisme grandement inégalitaire, mais ils ont fortement augmenté la richesse des classes moyennes "indépendantes". » [12].

Dans un premier temps, le Pasok a récompensé ses électeurs. En endettant l’État grec, il a développé l’emploi public, augmenté les salaires et étendu les droits sociaux. Cette politique a permis une certaine amélioration des conditions de vie du peuple et une augmentation de la consommation. Mais en même temps, le Pasok a pris soin de préserver les intérêts et privilèges des armateurs, des grands monopoles et de l’Église orthodoxe, de préserver la classe capitaliste monopoliste. À son tour, cette classe en a réclamé davantage. Le Pasok ne pouvait ménager à la fois la chèvre et le chou : pour rester au pouvoir, il a préféré s’assurer le soutien des monopoles grecs et des bailleurs de fonds européens et il a adopté des mesures d’austérité contre le peuple, ce qui a entraîné sa chute vertigineuse. Alors qu’il remportait 43,92 % des voix aux législatives de 2009, il n’obtient plus que 13,18 % en 2012. Débarrassé de son masque de gauche, le Pasok est aujourd’hui allié à son "ennemi" d’autrefois, la Nouvelle démocratie, et applique avec zèle les recettes de la Troïka.

Selon les besoins, les partis sociaux-démocrates prônent l’intervention massive des États ou au contraire deviennent les chantres du marché, comme on l’a constaté ces dernières décennies. Mais en définitive, que ce soit avec des partis sociaux-démocrates ou libéraux-conservateurs au pouvoir (ou les deux), la bourgeoisie internationale réussit toujours à sécuriser le taux de profit et l’extension du capital des monopoles.

IV - Le salut dans l’Union européenne ?

Syriza veut « refonder le projet européen en direction d’une construction et d’un fonctionnement démocratique, de la justice sociale et du socialisme ». La résolution politique du congrès de fondation de Syriza en 2013 fait référence au socialisme à trois reprises, vertu morale plutôt que système politique.

Syriza concentre ses critiques sur le gouvernement grec de coalition et « les forces politiques du merkelisme » [13]. Mais elle ne remet nullement en question les principes fondateurs de l’Union européenne. Tsipras précise : « Notre proposition d’une alliance européenne la plus large possible contre l’austérité rejoint la quintessence du processus d’intégration européenne, incarnée par Jean Monnet, l’architecte de l’Union européenne qui déclare : "Nous ne coalisons pas des États, nous unifions des hommes" ». En réalité, le banquier Jean Monnet prônait la création des « États-Unis d’Europe », selon le modèle américain. C’est grâce à ce farouche atlantiste que les États-Unis ont pu influencer directement la construction de l’Union européenne. C’était un partisan d’institutions supranationales dans des secteurs essentiels de l’économie [14]. Aujourd’hui, sur les traces de Monnet et d’autres de ses fondateurs, l’Union européenne est plus que jamais l’expression politique des multinationales des pays qui la composent.

Devant les sociaux-démocrates autrichiens, Tsipras a proposé des changements pour « sauver la zone euro, sans rompre aucun des traités actuellement en vigueur » [15]. On ne touchera donc pas aux traités, depuis celui de Maastricht jusqu’à celui de Lisbonne. Ces traités soumettent les États membres aux institutions et au fonctionnement de l’Union européenne, à ses objectifs, à ses principes budgétaires, à ses décisions aux niveaux économique, social et judiciaire ou encore à sa défense commune, qui renforce l’intégration militaire et consacre la coopération avec l’Otan.

Comment dans ces conditions, Syriza, arrivée au pouvoir, pourrait-elle tenir ses promesses ? Dans son programme économique publié en 2012 [16], le parti déclare : « Nous allons faire face aux déficits de manière efficace et socialement juste, en donnant la priorité à la redistribution et à la croissance respectant l’environnement et en tentant d’augmenter progressivement les salaires et les dépenses sociales ».

Mais le financement de ce programme de relance reste très vague : « Les revenus de l’État viendront de la taxation de la fortune, des bénéfices nets, des hauts revenus, des grandes propriétés et de la propriété de l’Église ». Suffira-t-il de mettre en place un « cadastre des fortunes », et d’amener « les taux d’imposition et des barèmes d’imposition des revenus des personnes physiques et juridiques… à la moyenne européenne » ? Est-ce que les autres pays européens, aux taux d’imposition plus élevés, mènent une politique de relance ? Pour récupérer l’argent des Grecs riches, planqué en Suisse, Syriza prône « la signature d’un accord bilatéral avec la Suisse sur l’imposition des épargnes des citoyens grecs présents dans ce pays ». Cet accord est négocié depuis longtemps et n’aboutira évidemment pas. Syriza ne propose même pas de sanctionner les riches qui placent leur argent en Suisse en expropriant, par exemple, leurs avoirs en Grèce. Syriza ne propose pas l’annulation pure et simple du régime « zéro impôt » pour les armateurs et l’Église, mais va rechercher un accord « avec la branche de l’industrie maritime et les milieux des armateurs, dans le but de supprimer les 58 exemptions fiscales différentes et de créer un système fiscal solide et durable qui réponde au devoir constitutionnel de tous les citoyens grecs de contribuer aux impôts ».

Syriza n’explique pas comment le gouvernement, sans le soutien d’un large mouvement extra-parlementaire, serait même capable d’imposer ces mesures. Comme le reconnaît le vieux militant antifasciste et député de Syriza, Manolis Glezos : « Les gens me demandent d’où viendra l’argent, mais je crains que notre réponse ne soit pas convaincante » [17]. En finir avec l’austérité est impossible sans une politique de rupture avec le système qui génère cette politique, en Grèce ou ailleurs en Europe. C’est impossible sans une stratégie de lutte, avec les travailleurs et la population exploitée, contre la classe qui continue à s’enrichir malgré la crise. Or Syriza propage l’illusion d’un système capitaliste réformable et acceptable pour les masses populaires pourvu qu’il soit géré selon des valeurs humanistes.

Il n’est pas question dans son programme de mobilisation populaire, avec des mots d’ordre clairs contre les grandes fortunes. Il n’est pas question non plus de mobiliser les travailleurs contre la résistance que la classe bourgeoise manifestera inévitablement. Enfin, il n’y est pas mentionné que tourner le dos à l’austérité, c’est impossible sans remettre en question le rôle de l’Union européenne comme puissance impérialiste, qui a fait de la Grèce un laboratoire anti-ouvrier.

(à suivre)

Cécile Chams (cecile.chams at gmail.com) est membre du département des Relations internationales du Parti du Travail de Belgique. Elle suit l’actualité politique en Grèce depuis des années.

Tiré du site de l’INEM, Institut d’études marxistes belge.

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