Élections locales au Portugal : succès historique pour le Parti communiste (11-12%) et effondrement du Bloc de gauche (2-3%)

, par  lepcf.fr , popularité : 8%

Les élections locales (autarquias) de ce 29 septembre ont vu une défaite historique de la droite, maître d’œuvre de l’austérité. Si le PS a profité de la situation pour gagner quelques mairies, il recule en voix. Les communistes de la CDU sortent grands gagnants du scrutin.

La droite représentée avant tout par le PSD (Parti social-démocrate) mais aussi le CDS-PP (Parti populaire) avaient exhorté les Portugais à ne pas "nationaliser" le scrutin. Peine perdue. Après les deux années de plans d’austérité, le gouvernement sort dramatiquement affaibli.

La droite subit sa pire défaite depuis 20 ans : 16,5% pour le PSD, 3,5% pour le CDS-PP – plus une dizaine de % pour les listes de divers droite (avec 7,5% pour les listes PSD-CDS). Soit un recul de plus de 10 points par rapport à 2009 et la perte de 23 mairies.

Les partis de droite ainsi que le PS (la « troïka ») perdent sur ce scrutin près de 750.000 voix.

Les grosses ficelles des partis du consensus dominant PS-PSD pour garder la main : "indépendants", clientélisme, alliances tacites...

Dans des bastions historiques de la droite, le PSD connaît des défaites historiques. Au nord, le PSD perd la deuxième ville du pays, Porto et Vila Nova de Gaia. Dans le fief de Madère et de son président corrompu Alberto Jardim, il perd 7 des 11 mairies.

Prévoyant sa débâcle, la droite a mobilisé toutes ses ressources : la carte du localisme, l’activation de ses réseaux clientélistes, mais aussi la dissimulation de ces candidats derrière les étiquettes "d’indépendants" : comme Marco Almeida battu de peu à Sintra, Rui Moreira vainqueur à Porto.

Rui Moreira, présenté comme le candidat "anti-parti" des citoyens à Porto (son slogan, le populiste quasi footballistique : « Notre parti, c’est Porto »), a pourtant été soutenu par le CDS-PP et épaulé par une série d’anciens responsables locaux du PSD.

Lui-même grand industriel du secteur immobilier, président de la Chambre de commerce de Porto, est impliqué dans les opérations de réhabilitation, de fait d’expulsions des populations pauvres, du centre-ville de Porto. Moreira a représenté une alternative populiste de droite au candidat du PSD, Luis Filipe Menenzens, plongé dans une série de scandales.

Le vainqueur attendu est le Parti socialiste. Il remporte 150 mairies et renforce son hégémonie dans des régions-clés, comme à Lisbonne, et récupère des villes majeures comme Coimbra. Le secrétaire-général du PS n’a pas hésité à parler de la plus grande victoire de l’histoire du scrutin.

Sur une corde raide, le PS a capitalisé sur le rejet global du gouvernement de droite, feignant l’indignation tardive quant au budget 2014 tout en se revendiquant après le scrutin d’une « opposition constructive » au gouvernement. Il a également utilisé à plein ses réseaux clientélistes locaux, tout en profitant des reports de voix habituels des électeurs conservateurs dans les duels attendus au sud avec les candidats communistes.

Le Parti communiste : troisième force politique du pays, en progression nationale et locale

En dépit de ces manœuvres, le seul parti à réellement progresser, tant en voix qu’en nombre de majorités conquises, c’est le Parti Communiste, rassemblé dans la Coalition CDU (Convergence Démocratique Unitaire).

Le PCP-CDU obtient 11,1% pour les Chambres municipales (exécutif) et 12% aux Assemblées municipales (législatif), une progression de 1,3 points par rapport à 2009 : des résultats inédits aux élections locales sur ces vingt dernières années.

Si le PCP s’installe plus que jamais comme la troisième force politique du pays et surtout la seule alternative au consensus dominant PS-droite, les résultats au niveau local sont encore plus impressionnants.

On note d’une part une progression encourageante dans les régions qui ne sont pourtant pas ses bastions, ce dans tout le pays : 7% dans la région de Porto au nord (4% en 2009), 7,5% à Coimbra au centre (5,5% en 2009) ou encore 11,7% à Faro, à l’extrême-sud (6% en 2009).

Dans les régions « rouges » du Sud, les communistes font le plein : 14,1% à Santarem, 15,8% dans la région métropolitaine de Lisbonne, 17,2 % à Portalegre, 38,6% à Beja, 38,5% à Évora (première place devant le PS) et 42% dans la région de Setúbal – la 3ème du pays – avec majorité absolue à l’Exécutif régional.

A l’échelle des communes, le PCP récupère 10 mairies dont les deux capitales de district Beja et Evora, tout en récupérant la majorité absolue dans les deux plus importantes mairies communistes, Setubal et Almada, la 10ème ville du pays dans la banlieue de Setúbal.

Huit autres communes ont été conquises, parmi lesquelles Loures, 6ème ville du pays située dans la banlieue de Lisbonne ou encore la mythique Grândola, la ville d’Alentejo dont fut tirée la chanson de Zeca Afonso « Grândola, vila morena », hymne de la Révolution d’avril.

En termes d’élus locaux, le PCP passe de 174 à 213 élus dans les exécutifs municipaux, et de 655 à 746 dans les Conseils municipaux. Les communistes dirigeront 34 mairies sur les 308 que compte le pays, soit une mairie portugaise sur neuf.

Après l’annonce des résultats, le secrétaire-général du PCP, Jerónimo de Sousa a annoncé les priorités futures du Parti, la lutte contre les politiques du capital, d’où qu’elles viennent :


« Les voix obtenues par la CDU sont un facteur de confiance et d’espoir, sur le fait qu’il est possible de tracer un autre chemin, un autre cap. Une impulsion à la lutte, à ce qu’elle peut ouvrir de perspectives et réalisation d’une politique alternative, une preuve qu’il revient aux travailleurs et au peuple dans leur action, leurs choix et leur vote, de battre les partis des politiques de droite [NdT : le PCP intègre le PS dans les partis responsables des "politiques de droite"], de donner plus de force à la CDU pour réaliser une politique patriotique et de gauche.

Cet engagement local trouvera une continuité dès demain dans la lutte quotidienne – avec la grande action de lutte nationale "Marche pour Avril : contre l’exploitation et la paupérisation" déjà convoquée par la CGTP pour le 19 octobre ».

Le « Bloc de gauche » en voie de disparition

Au-delà de l’affaissement des partis du consensus dominant PS-PSD, de la progression des communistes, le dernier enseignement du scrutin, c’est la quasi-disparition électorale du « Bloc de gauche » [1].

La formation dite de « gauche radicale » (issue de courants maoïstes, trotskistes, ex-sociaux-démocrates, refondateurs…), soutenue par le PGE contre le Parti communiste passe de 3 à 2,4% aux exécutifs municipaux, de 4 à 3% aux Conseils municipaux.

Elle ne garde plus que 8 élus aux exécutifs et 100 dans les Assemblées, des chiffres qui supportent mal la comparaison avec ceux obtenus par les communistes, respectivement 213 et 747.

Le Bloc de gauche subit électoralement la conséquence de l’incohérence de son discours pendant la campagne, reflet de son alignement fondamental sur le consensus dominant.

Ainsi, pendant la campagne, le Bloc a alterné entre des mains tendues au PS pour des alliances électorales locales et nationales, avant de dénoncer… l’intransigeance du PS (et non la politique d’austérité dont il est complice !).

Ironie de l’histoire, c’est le PS qui a enlevé au Bloc sa seule mairie, Salvaterra do Magos, dans le Ribatejo. Autre symbole frappant, l’absence du moindre élu du Bloc de gauche à l’exécutif dans un de ses fiefs, la région de Lisbonne où se présentait son secrétaire-général João Semedo… le dernier élu étant récupéré par le PCP.

Sur un autre point majeur, le « Bloc de gauche » s’est encore gardé de tout positionnement de rupture, tant avec l’Euro qu’avec l’Union européenne, là où le PCP maintient son discours de rupture avec l’intégration européenne, ouvrant même la question de la sortie de la monnaie unique.

Un gouvernement de droite plus affaibli que jamais et un Parti Socialiste empêtré dans les contradictions de son double discours, déterminés à appliquer par alternance les diktats de la « Troïka », désirée par le patronat portugais comme européen.

Plus que jamais la seule alternative est le Parti Communiste, plus fort sur les territoires locaux, plus fort dans les luttes pour faire triompher une alternative au consensus dominant, capitaliste et européiste.

Article AC pour Solidarité Internationale PCF

[1L’équivalent portugais du Front de gauche.

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