Petit voyage dans le PCF

Compte rendu de rencontres avec des communistes organisés dans les Pyrénées Atlantiques et en Gironde Quelques éléments des débats entre communistes

, par  Armand Lecoq, Paul Barbazange , popularité : 2%

Tant de communistes souffrent de leur isolement. Quand ils n’arrivent plus à s’organiser, ils restent alors militants "précarisés" dans leur parti ou regardent du pas de la porte.

Dans des sections où l’objectif de la construction d’un PCF est assumé, le besoin de contacts est certes différent mais tout aussi pressant.

Éléments de réflexion versé aux débats.

Compte- rendu de rencontres dans deux sections du Sud-Ouest.

NB : De très nombreux points de vue se recoupant dans cette même "grande région" et nationalement, nous ne les redonnerons pas.

Pyrénées-Atlantique, Section rurale de Nay (banlieue de Pau) :

Douze communistes réunis dans la salle municipale d’un tout petit village de la section de Nay, rejoints par deux camarades du Gers. Un seul souci : Comment perpétuer face à un capitalisme en crise systémique l’action du PCF ? alors que la quasi totalité de ce qu’a été l’organisation départementale se dilue avant de s’écrouler par pans entiers ? De compromissions électorales en compromissions politiques autour de quelques strapontins électifs conservés par contorsions, l’électorat historique du PCF ne se reconnait plus. Pire, des jeunes (et moins jeunes !) tentés par la révolte anti-crise et le combat anti-capitaliste, vont chercher ailleurs, parfois du côté du pire, des réponses.

La majorité des communistes souffre. Parfois dans un total isolement, parfois en dépit d’un difficile travail d’organisation et de création politique poursuivi contre vents et marées. Ceux qui sont restés dans l’organisation ont souvent le sentiment d’être plus combattus qu’aidés par les choix des directions départementales et nationales.

La désignation des candidats aux régionales (après les municipales) a laissé de profondes traces. Un "dirigeant" départemental et national du PCF, non élu, étant allé jusqu’à suggérer dans la presse, la démission d’un socialiste pour que place lui soit faite !

Face à cette situation la section multiplie les initiatives : réunions débats, propagande, actions avec les exploités, organisation ; présence effective chaque fois que possible dans les organes départementaux de direction du PCF, (actuellement : choix des candidatures) ; mise en œuvre de débats idéologiques (venue d’Annie Lacroix-Ruiz), bataille contre le financement public d’instituts universitaires privés... (voir un document que publiera lepcf.fr) fournit l’assise idéologique locale d’une pratique politique communiste.

En ce moment la désignation des candidats communistes aux législatives occupe naturellement une grande place. Il n’est pas indifférent de gagner toutes les candidatures communistes possibles et de choisir chaque fois que possible des communistes combatifs, rassembleurs, au lieu de camarades sur la voie de l’abandon. Le respect des statuts actuels du PCF est au centre des débats : c’est à tous les communistes de la circonscription, disposant de toutes les informations et de tous les éléments, qu’il appartient de juger. Le bulletin de vote rédigé par le CD doit répondre à cet objectif. Toutes les candidatures individuelles et collectives doivent être portées à la connaissance de tous les communistes de la circonscription. Articles 17 et 18 des statuts.

Le positionnement de ces candidatures communistes par rapport au front de gauche interroge. La majorité des présents estime qu’il faut prendre en compte le vote des communistes désignant un PG aux présidentielles et nous incluant donc dans ce rassemblement (sur la base d’une grande fragilisation des positions communistes dès le départ). A nous de donner dans chaque acte de campagne (présidentielles, législatives, luttes), le contenu de classe imposé par la crise. Les tracts et affiches qui ne nous conviennent pas seront autant que possible remplacés dans le cadre normal des débats politiques. Ce n’est pas nouveau, ce sont toujours les communistes de la base qui font finalement le travail. Soit la direction en tient compte et nous avançons ensemble, soit elle essaie de passer outre et on a depuis des années les résultats que l’on mérite. Marie Georges Buffet aurait dû comme nous tous mesurer les conséquences de ses "avancées".

Plusieurs aspects ressortent de la rencontre :

La vie active d’une section s’oppose très souvent à l’absence quasi totale d’activités ailleurs, où le peu qui reste est souvent assumé uniquement par élus ou candidats. Cette activité maintenue dans quelques sections est heureusement connue, et elle montre que c’est possible et peut entraîner une émulation. Les contacts avec des militants d’autres sections, sont diffus, parfois compliqués, irréguliers mais réels. Face à la verticalité des rapports d’autorité se construit l’horizontalité des échanges communistes.

L’isolement difficile à supporter de chacun d’entre nous est ainsi peu à peu brisé. La question des communistes "hors parti", la question de la mise en place d’un travail efficace et continu avec eux a été débattue. Par cette construction de l’organisation communiste, nous sommes déjà dans la phase préparatoire du prochain congrès qui succédera immédiatement à la séquence électorale présidentielles/législatives.

Ce congrès sera entièrement dominé par la gravité de la crise systémique, les ravages de la pauvreté sur les familles des exploités, sur notre capacité à organiser les résistances politiques multiformes immédiates (manifestations contre les plans Fillon 1,2, 3...). Allons-nous vers des Papandréou à la française ? En France le parti communiste est il indispensable ? Notre réponse est Oui. Notons cependant que nous n’avons pu imposer la tenue de ce congrès avant les élections, ce qui nous aurait permis de discuter et d’organiser une orientation précise, anticapitaliste, pour ces mêmes élections.

Europe et Euro : le rôle dévolu au PGE pour détruire ce qui reste de forces communistes organisées en Europe (Allemagne, Espagne, Italie, France...) a été effleuré. Tout comme la persistance et même le renouveau mondial d’un mouvement communiste international renaissant avec les Grecs, les Japonais, les Portugais, les Sud Africains, bien des mouvements et partis d’Amérique du sud... Cuba et même la Chine. Quel rôle pour le PCF ?

Cruelles insuffisances, partialité des informations dans l’Huma.

L’examen des questions internationales marquées récemment par le vote de Mélenchon pour l’agression impérialiste en Libye nous oblige à développer notre réflexion face à L’OTAN, les positions néo coloniales de la social-démocratie. Suivre attentivement les réflexions de Fidel Castro.


Gironde, Section périurbaine du Bassin d’Arcachon :

Importante section, avec plus de 120 adhérents, dans l’une des plus grosses fédérations de France. Des locaux, un site Internet remarqué,(www.pcfbassin.fr) un bureau de section qui se réunit à une dizaine de membres toutes les semaines. Des communistes très expérimentés, vivant fraternellement leur engagement.

Un accueil fraternel dans un beau local. Le soleil sur le bassin d’Arcachon. Quelque part les deux héraultais en visite se retrouvaient presque chez eux. Il y avait aussi des militants venus de trois autres sections des quartiers populaires de Bordeaux. La réunion a été chaleureuse, passionnante pour tous, de bout en bout.

Sur tous les aspects : idéologie, luttes de classe politique, participation à la vie fédérale, aux élections, la section est active.

La section se vit comme "Le mouton noir" de la fédération. La ressemblance est bien forte avec ce que nous avons connu et dépassé depuis le dernier congrès à Béziers. Époque où la direction régionale du Languedoc-Roussillon partie intégrante de la grande région Sud-Ouest, laissait aimablement et sans bataille la direction de la liste régionale à Jean Luc Mélenchon (déjà) au dépend d’une girondine qui, les résultats finaux issus des urnes l’ont montré, aurait pu être élue et en tout état de cause permettre aux communistes du grand Sud-Ouest, de Bordeaux à Nîmes, de mener une campagne communiste de rassemblement.

Les affrontements actuels (présidentielles, législatives) viennent donc de loin. Un clivage majeur traverse le PCF actuel, avec d’un côté des militants qui pratiquent l’autophobie (mot utilisé par un participant et qui signifie destruction complaisante et systématique de soi-même) et décidés à un "Congrès de Tours" à l’envers selon la formule brutale de Jean Claude Gayssot, et de l’autre côté, à l’intérieur du PCF ou en dehors, dans une grande diversité, les partisans qui ambitionnent un grand parti communiste à la française, de notre temps de crise, plongeant ses racines dans ce qu’est encore le PCF.

Toutes les autres différences fussent-elles majeures comme sur l’Euro et l’Europe, les conditions des rassemblements électoraux, les rapports au syndicalisme ou à la société civile et aux enjeux de société s’effaçant derrière cette question du communisme, de l’utilité du communisme organisé et rassembleur face à la crise. Pour rompre.

Les mêmes grandes questions qu’à Nay sont venues en débat, nous essayons de ne souligner que les différences d’approche :

- Degré de la crise, pour les plus exploités, pour les classes moyennes (prise en charge familiales des jeunes chômeurs et des personnes âgées dépendantes). La pauvreté de masse, la précarisation profonde des plus exploités gardant une priorité dans les choix qui vont guider nos luttes politiques à venir, (marches contre l’austérité).

Insuffisance du travail d’organisation politique des directions : tentatives de passer au dessus du parti, dilution dans un nouveau parti dit de Front de gauche, déni des actuels statuts. Désastre, à l’expérience, de l’application des statuts adoptés à Martigues : le délire de la carte remise par le national ; des sections effaçant les cellules et bientôt des fédérations effaçant les sections (exemple : désignation des candidats par des accords de sommet en s’asseyant sur les statuts du parti !....). Attention entre nous aux qualifications "hâtives" de camarades : un tel peut être longtemps sur des positions social-démocrates et revenir (qui d’entre nous ne fait pas preuve de faiblesses politiques !), soyons attentifs aux mouvements et aux seuils : Gayssot disant "Le communisme c’est fini" ou R.Hue siégeant à Toulouse aux côtés de Hollande.

Quasi disparition d’une position de classe immédiatement compréhensible par tous pauvres d’abord face à la crise, au capital... à la mondialisation capitaliste. Notre perte de rayonnement dans les milieux syndicaux et associatifs tient en grosse partie à ça.

Misère de la formation idéologique, quelque peu compensée par des efforts d’Université populaire... on est loin du compte dans un monde qui bouge. La série de renoncements parfois avant même l’effondrement de l’URSS n’a fait qu’accélérer le mouvement.

Questionnements sur l’organisation, étape par étape, de choix communistes et rassembleurs : le problème n’est pas le Front de Gauche, ni l’attitude hostile du PG (qu’attendre de plus de sociaux-démocrates ?). Le problème c’est la façon dont depuis des années la direction du PCF et du PGE instrumente fronts et rassemblements pour tenter d’en finir avec le communisme organisé à la française. Une réflexion théorique sur la notion et l’histoire des Fronts ne ferait de mal à personne sauf aux sociaux-démocrates.

Questionnements sur le rapport entre parti de classe et organisation(s) syndicales ; là aussi dans le cadre de notre histoire avec un dangereux glissement vers l’anarcho-syndicalisme. Retour vers ce qui existait avant l’organisation d’un PCF influent.

D’autres questions ont bien sûr été débattues ou effleurées. Le chemin sera long, nous n’en connaissons pas les étapes. Le contenu communiste et rassembleur donné à la présidentielle et aux législatives pèsera lourd au moment du congrès. La part héritée de la période Hue (aujourd’hui au PS ! -il était à Toulouse au côté de Hollande lors de son dernier meeting) dans la direction actuelle du PCF ne peut plus prétendre rassembler la force communiste sauf à la détruire.

Une relève se dessine, rassemblant des communistes d’expériences très diverses, débarrassés de l’autophobie post-stalinienne, les débats autour de la candidature Chassaigne le montrent.

A nous sections par sections, cellules par cellules ou même individuellement de faire exister le parti. Faisons circuler la connaissance des expériences de communistes qui ont lieu dans toute la France.

Armand Lecoq, bureau de la section de Béziers

Paul Barbazange, secrétaire de la section de Béziers, membre du CN

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    Le 21 mars 2009, 155 militants, de 29 départements réunis à Malakoff signataires du texte alternatif du 34ème congrès « Faire vivre et renforcer le PCF, une exigence de notre temps ». lire la déclaration complète et les signataires

  • (2011) Communistes de cœur, de raison et de combat !

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    Les résultats de la consultation des 16, 17 et 18 juin sont maintenant connus. Les enjeux sont importants et il nous faut donc les examiner pour en tirer les enseignements qui nous seront utiles pour l’avenir.

    Un peu plus d’un tiers des adhérents a participé à cette consultation, soit une participation en hausse par rapport aux précédents votes, dans un contexte de baisse des cotisants.
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    Texte nr 3, Unir les communistes, le défi renouvelé du PCF et son résumé.

    Signé par 626 communistes de 66 départements, dont 15 départements avec plus de 10 signataires, présenté au 37eme congrès du PCF comme base de discussion. Il a obtenu 3.755 voix à la consultation interne pour le choix de la base commune (sur 24.376 exprimés).