Candidatures aux présidentielles : mon opinion sur la démarche d’Emmanuel Dan Trang

jeudi 5 mai 2011
par  Armand Lecoq
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Des camarades s’interrogent sur la candidature d’un nouveau membre du CN alors que des perspectives de rassemblement apparaissaient ; Armand Lecoq a jugé utile d’envoyer ses réflexions au site. N’hésitons pas à débattre si nécessaire.

Paul Barbazange


« Nous ne pouvons pas faire la même politique en France avec un PCF à 5% et avec un PCF à 20% »

« Nous allons procéder maintenant à détricoter toutes les mesures prises par le CNR à la Libération »

Ces propos ont été tenus à trente ans d’intervalles, le premier par Mr Gandois, alors dirigeant du CNPF, en 1977, et le second par un certain Kessler, du MEDEF, il y a quelques années. Ces grands capitalistes ne se trompent pas de cible lorsqu’ils évoquent ces deux caractéristiques de la société française : un PCF puissant et bien implanté dans le monde politique et social de notre pays, et les avancées sociales inédites dans une société capitaliste.

Il est vrai que les avancées considérables de civilisation que nous a apportés l’application partielle du programme du CNR, au lendemain de la seconde guerre mondiale, ont non seulement permis au pays de se relever économiquement des dommages de guerre, mais ont aussi innové en matière de protection sociale, d’essor de l’enseignement, de créations massives d’emplois, d’accroissement des libertés syndicales et sociales tout simplement, d’accès aux loisirs (avec les colonies de vacances rendues possibles par les comités d’entreprises) et au confort minimum, avec l’énergie vendue à prix coûtant... C’est, je l’affirme, le poids prépondérant du PCF dans la vie politique et sociale de notre pays qui a rendu possible l’application de ces mesures dans notre pays.

Ce bond historique de civilisation, bénéfique pour l’immense majorité des français, a toujours constitué un véritable obstacle, pour les capitalistes qui nous exploitent, afin de réaliser le maximum de profits dans le délai le plus court. La part importante du secteur public dans l’économie entravait la course aux profits, à l’exploitation du travail et à la rentabilité immédiate des dividendes !

L’affaiblissement progressif du PCF, initié notamment à l’époque du programme commun, n’a cessé de favoriser les idées réformistes représentées par le parti socialiste.

Je ne m’étendrai pas sur l’érosion de nos effectifs, sur le recul électoral qui a vu diminuer le nombre de nos élus, sur la perte de nombreuses implantations municipales... La dérive social-démocrate a fait, et continue de faire bien des ravages dans nos rangs, notamment chez nos dirigeants, et dans l’influence que nous avions dans ce pays.

La crise profonde du système, dont les premiers effets se sont fait sentir il y a environ trois ans appelle une sortie vers le haut, vers le socialisme. Ici et là, notamment en Amérique Latine, certains pays explorent cette orientation, avec leur propre chemin.

C’est justement cet objectif que notre direction a choisi d’ignorer, sous prétexte que le « socialisme » s’est écroulé à l’Est (aucune analyse sérieuse dans le parti de cet événement historique). Affaiblie dans ses convictions par le spectacle d’un PCF de plus en plus rabougri, d’une élection à l’autre, cette direction a choisi de liquider, pour d’autres, d’accompagner la liquidation d’un parti communiste qui ne correspond plus à ses ambitions, et auquel elle ne croit plus, au bénéfice d’une organisation plus ou moins social-démocrate, concoctée, sans que l’ensemble du parti ait eu la possibilité d’en discuter, avec un politicien à la tête d’un petit groupe, le PG, composé de « transfuges » issus du PS et de la mouvance FASE-libertaire, et une poignée de militants qui ne se retrouvent plus dans une LCR remaniée NPA !

Il y a un peu plus de deux ans, à Malakoff, nous avions regroupé beaucoup des communistes qui refusaient la disparition du parti révolutionnaire qu’ils pensent toujours décisivement utile aux transformations dont le développement actuel, crise capitaliste comprise, est porteur. Nous nous refusions et c’est toujours le cas, de participer en spectateurs consentants au mouvement qu’ont connu nos camarades Italiens ou Espagnols, pour ne pas citer les autres en Europe, spectacle d’un parti qui navigue à vue, vidé de sa substance révolutionnaire, machine à faire élire (dans la mesure où ça marche encore !), ayant perdu sa boussole marxiste, avant de se fondre dans un magma social-démocrate de renonciation et d’accompagnement d’un système en place devenant de ce fait décidément inébranlable !

Nous avions, alors, constaté que notre pays avait plus que jamais besoin d’un PCF révolutionnaire, résolument marxiste et à vocation à préparer le rapport des forces nécessaires pour le changement politique et économique.

Nous comptions contribuer à l’unité de tous les communistes, malgré leurs saines différences, afin de rendre au parti les couleurs qu’il n’aurait jamais dû perdre. Nous prenions d’ailleurs un risque, celui d’être identifiés comme une tendance dans ce parti, nous qui sommes précisément contre les tendances.

Cette recherche d’unité retrouvée et d’idéal révolutionnaire partagé en commun ne doit pas disparaître. Notre volonté de retrouver un PCF va à l’encontre de toute démarche centrée sur un isolement révolutionnaire constitué de tous ceux qui sont persuadés d’avoir raison. Le regroupement des communistes dans le « réseau » n’a pas vocation non plus à se ranger derrière un meneur qui aurait toujours raison (ou presque...).

L’orientation que nous avons prise pour les présidentielles procède de la bataille que nous continuons à livrer pour gagner face à une direction tombée dans le réformisme, pour bon nombre de ses membres influents. Son issue sera lourde de conséquences pour l’avenir du parti. Nous avons l’impérieuse nécessité de retrouver cette unité qui a présidé à la naissance du réseau, en l’élargissant le plus possible à tous les camarades qui, dans leur diversité, n’ont pas perdu l’espoir de reconstituer un parti communiste digne de ce nom. Nous devons retrouver l’alliance qui a présidé à Malakoff, dans le souci constant de rassembler tous les communistes dans une bataille politique commune, sous peine de voir la victoire des éléments réformistes présents dans notre direction, et le PCF disparaître au profit d’un « Front de gauche » érigé en « nouveau parti politique ».

La pétition que nous avons lancée sur le site du réseau peut peser très lourd dans la décision finale, si nous poussons tous ensemble du même côté. Nous demandons que la conférence du parti choisisse un communiste bien identifié communiste, comme candidat d’une union la plus large possible, allant bien au-delà du Front de gauche, et porteur des idéaux communistes et de la volonté d’abolir cette république inaugurée par le pouvoir personnel du général De Gaulle. Cette proposition que nous adressons à tous les communistes s’oppose à la candidature de Mélenchon choisi par Pierre Laurent et Marie Georges Buffet. Il nous est possible de gagner cette bataille politique dans l’intérêt d’un Parti Communiste enfin retrouvé si nous savons réunir la grande diversité qui traverse le parti.

C’est pour cela, essentiellement, que la candidature d’Emmanuel, apparaît comme un obstacle à la recomposition de notre identité communiste. Nous devons, là aussi, unir nos forces et pousser dans le même sens. Il a sa place, non en porteur de division, mais en apportant sa sensibilité au rassemblement de ceux qui veulent continuer le PCF dans la diversité. Cette candidature, toute récente, ne peut qu’affaiblir les rangs de ceux qui ont choisi de mettre un coup d’arrêt à la dilution du parti dans un machin social-démocrate. En dispersant nos forces et affaiblissant notre possibilité de gagner.

J’en appelle au sérieux des enjeux et à la responsabilité de chacun. Je ne suis pas résolu à me battre tout seul, en me passant de camarades qui ne pensent pas exactement comme moi !

L’échéance électorale est un moment de la lutte. La bataille pour redonner au parti ses couleurs révolutionnaires va bien au-delà des élections. Les périodes électorales sont, je l’ai déjà écrit, un moment privilégié pour rencontrer le maximum de citoyens, pour mettre sur la table les problèmes qui nous assaillent et envisager les propositions que nous avons pour en sortir. La période électorale nous permet de nous renforcer et contribue à créer le rapport des forces nécessaire pour préparer le changement révolutionnaire. Mais c’est dans l’activité militante, permanente, que nous sommes les plus efficaces. Il est essentiel que nous nous retrouvions, enfin rassemblés dans une action commune, avec la volonté de refaire ce parti qui nous manque, à nous et à tous les laissés pour compte. Nous avons besoin de TOUS les camarades pour reconstruire ce parti et aborder le futur congrès dans les conditions les plus favorables.

Nous devons retrouver ENSEMBLE la volonté qui nous animait à Malakoff de refaire un véritable parti communiste. Nous ne le ferons pas chacun de son côté !

Armand Lecoq, section de Béziers le 04/05/2011.


Commentaires

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mardi 10 mai 2011 à 02h17, par  Pascal Brula

Pourquoi la candidature de Dang Tran est une candidature sectaire, de division ?

Tout d’abord, il faut connaître un certain nombre de faits.

Lors de la préparation du 34ème congrès, un texte commun a pu voir le jour, mais ce n’est pas grâce à Dang Tran. Il a fait traîner sa participation au texte jusqu’au dernier moment, espérant sans doute que les autres se lasseraient et qu’il aurait la possibilité de l’écrire tout seul, comme le petit Lénine qu’il pense être. Nous avons tenu bon. Personnellement, le samedi, des camarades étaient obligés de répartir les tâches et me demandaient d’écrire un chapitre alors que le texte devait être déposé le mardi ou le mercredi (je crois). Ne pouvant faire autrement, il a fini par céder, mais nous avions compris que ce n’était pas de gaieté de cœur. De ce fait, une fois le texte déposé, il a essayé de tirer profit de la situation en récupérant un maximum de contacts de camarades qui donnaient leur soutien au texte, non pas de manière honnête, mais toujours avec l’idée de jouer sa propre partition par la suite.

Ce texte commun a permis la déclaration de Malakoff et la création du réseau « Faire vivre et renforcer le PCF ». Tout en restant dubitatifs sur l’attitude de Dang Tran, nous pensions que le temps atténuerait ses réticences sectaires. Quelques mois plus tard, il y a eu « l’université d’été » de Saint-Chinian, admirablement organisée par les camarades de l’Hérault (encore merci à Paul). Toutes les sensibilités étaient présentes. A Malakoff, il avait été convenu que les élus au CN joueraient le rôle d’organe de direction national du réseau ; c’est dans ce cadre qu’il fut décidé de rédiger un quatre pages pour la fête de l’Huma de 2009. Fin août, à Saint-Chinian, deux ou trois camarades dont le dénommé Dang Tran, devaient apporter leur contribution rédigée afin de mettre un point final au tract à cette occasion. Dang Tran est venu les mains vides, laissant les autres camarades interrogatifs : allait-il nous refaire le coup du texte du 34ème congrès ? Il restait peu de temps avant la fête et Dang Tran promettait d’écrire sa contribution dans la foulée. Au final, rien n’est venu et il a fallu réaliser le quatre pages à la dernière minute sans ses écrits. Comme par hasard, un journal avait été édité par ses soins dans notre dos au nom du réseau et était distribué sur la fête. Mais le nôtre avait été aussi tiré à temps et ainsi, deux tracts différents étaient proposés : le réseau commençait déjà à se fissurer sous les coups de boutoir de Dang Tran. Mais qu’à cela ne tienne, cela ne semblait pas remettre en cause son existence, et puis nous serions unitaires pour deux.

La suite allait être moins évidente : comment être unitaire pour deux quand une partie refuse l’unité, voire même vous combat salement et nie votre existence ? Arrive le 35ème congrès, appelons-le congrès, même si ce n’en était pas un. Nous découvrons sur Internet que Dang Tran et quelques-uns ont décidé d’écrire un texte à cette occasion au nom du réseau « Faire vivre et renforcer le PCF » sans avoir convié ni averti ni discuté avec aucun autre membre. Pour faire signer son texte, il a utilisé tous les contacts grappillés dans notre dos au 34ème congrès. Certains signeront sans savoir que nous avons été mis de côté ; ils le découvriront plus tard. Pour notre part, nous ne jugeons pas utile de produire un texte de congrès (aucun n’étant soumis aux adhérents par la direction), mais nous faisons signer une contribution utile à la discussion dans les cellules et les sections.
Il faut signaler qu’entre temps, Dang Tran a jugé utile de taper fort sur certains membres du réseau en les insultants. Gerin est littéralement traité de rouge-brun par Dang Tran et quelques groupies suite à sa juste bataille pour l’interdiction du voile intégral, et Karman est traité de trotskyste. C’est sa manière de justifier son sectarisme. Le maniement des insultes est bien le signe d’une certaine faiblesse politique.

Arrive le combat des présidentielles. Le dialogue ayant été rompu unilatéralement, le réseau se réunit à Aubervilliers sans Dang Tran et sa fraction et décide de lancer la bataille pour un candidat communiste, sachant que la direction a vendu le parti à Mélenchon. Notre appel ne prend parti pour personne afin de rassembler un maximum de communistes et de se donner les moyens de gagner cette bataille qui sera décisive contre la liquidation du parti. Notre démarche rencontre l’adhésion de nombreux communistes et crée une convergence avec les camarades qui soutiennent Chassaigne. En toute modestie et avec le poids de sa candidature, Gerin apporte sa pierre à cette démarche. Des débats avec les deux André sont organisés et rencontrent un fort succès. Il faut dire qu’entre temps, Dang Tran et les siens, dédaigneux et désertant le combat dans le plus pur style gauchiste, se sont fendus d’un texte appelant à ne pas participer à cette bataille. Mais se rendant compte qu’il est hors du coup, notre petit Lénine décide de se présenter à la candidature alors qu’il affichait quelques semaines auparavant un profond mépris pour ce « débat faussé des présidentielles ». Le problème c’est qu’il prend le train en marche (au passage, cela démontre la faiblesse de son analyse politique) et que la vraie bataille n’est pas de savoir quel sera le candidat le plus pur et de se compter à cette occasion, mais bien d’empêcher la candidature de Mélenchon et donc la liquidation du PCF en obtenant une candidature communiste, c’est-à-dire de quelqu’un capable de rassembler le plus largement possible. Et dans cette posture, c’est Chassaigne qui est le plus plausible. Je ne suis pas d’accord avec un certain nombre de ses positions, mais c’est le seul capable de nous éviter la catastrophe Mélenchon. C’est en cela que la candidature Dang Tran est une candidature de division, une candidature sectaire, qui objectivement, favorise les plans de la direction. Au vu de l’ensemble de son œuvre, on peut dire que le seul objectif de Dang Tran est de faire vivoter son petit pré carré. Cela s’appelle le gauchisme.

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lundi 9 mai 2011 à 16h45, par  Bernard Trannoy

Je ne me reconnais vraiment, dans aucun d’entre-eux. Mais pour moi, et dans l’instant, la seule issue face une direction qui veut nous liquider c’est de nous regrouper autour de la seule candidature Chassaigne. La dispersion serait mortifère. Et tout cela en étant conscient des limites du genre et du personnage. Et avec tout le respect que je dois aux uns et aux autres
Salutations
Bernard Trannoy
www.pcfbassin.fr

Logo de Gautier Weinmann
lundi 9 mai 2011 à 10h37, par  Gautier Weinmann

Je suis d’accord pour l’analyse, mais pourquoi stigmatiser la candidature d’Emmanuel uniquement par le fait qu’elle soit récente ?

Quel fond porté par lui, et par plusieurs camarades d’ailleurs, est en cause ?

En quoi l’unité est-elle plus menacée qu’avec les candidatures Gerin ou Chassaigne ?

Discutons du fond, rien que du fond. Et à un an de la présidentiel, ce n’est pas l’idéal, mais tant pis, il va falloir faire avec, c’est dramatique.

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