2017 : la fin du PS et du PC de 1972... La recomposition politique et la reconstruction du parti communiste...

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Le vieux monde politique craque avec la fracture politique et institutionnelle qui bouscule tout, les personnes et les partis. Le discours occidental de la fin de l’histoire, d’une mondialisation heureuse, de la démocratie partout avec l’aide de nos soldats et de nos ONG, ce discours explose face aux souffrances sociales, aux violences d’une concurrence de tous contre tous, aux suites terroristes des guerres de l’OTAN.

Il y a 5 ans, François Hollande avait surfé sur sur le rejet de Sarkozy en se présentant contre la finance, symbole d’une campagne "de gauche"... En 2017, il a bien compris que ce n’était plus possible, et pris acte de la fin d’une histoire que marque la fin de son mandat, celle de l’union de la gauche, celle du programme commun qui avait promis au peuple de changer la vie avec un gouvernement de gauche...

Car le bilan est terrible, non seulement l’union de la gauche n’a pas changé la vie, mais elle a accéléré le démontage des droits et des services publics, transformé la France en meilleur élève militariste de l’OTAN, et poussé la France à droite toute, la droite décomplexée et l’extrême-droite se disputant le leadership....

Gérard Collomb, sénateur maire de Lyon et premier soutien de Macron, fait partie de ceux qui en ont tiré les conséquences. Le parti socialiste d’Epinay est inutile, celui qui devait prendre 3 millions de voix aux communistes en se présentant "à gauche toute", a rempli son rôle, il a représenté pendant des décennies l’espoir d’un changement en enfermant le peuple dans l’attente électorale, en émiettant le parti communiste écartelé entre gauchisme et réformisme... Les militants socialistes eux-mêmes s’interrogent. Le canard enchainé révèle qu’ils ne sont plus que 42 000 à jour de leur cotisation contre 120 000 au dernier congrès....

A la radio, Gérard Collomb est clair. L’échec de François Hollande était inscrit dans sa campagne de 2012 qui ne lui a pas permis d’engager les réformes nécessaires tout de suite. Et il devient indispensable de reconstruire un nouveau parti progressiste, comme François Mitterand l’avait fait en 1971 en créant le PS... Le journal Marianne écrit

« En Marche ! est (...) un nouvel Epinay qui se prépare sous nos yeux. (...) Alors, de quoi Macron est-il le nom ? Mais du retour du mitterrandisme, avec ses deux piliers que sont la séduction et l’ambition »

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Mais Jean-Luc Mélenchon lui-même se réclame du Miterrandisme ! Dans une conférence de janvier 2016 sur le bilan de 1981 [1], il se présente sans aucune ambiguïté comme le continuateur de 1981, dénonçant ceux qui ont poussé au tournant de la rigueur en 1983, faisant comme si François Mitterrand l’avait subi face aux Delors, DSK, Royal ou Mauroy... Il conclut sa conférence par une double citation révélatrice de son ambition, retrouver l’esprit de 1981...

« J’aurai volontiers conclu en reprenant la belle formule de Jean Jaurès. De 1981, les uns n’ont gardé que la cendre, et nous voulons conserver la braise. Je vais me contenter pour faire honneur à sa mémoire de citer François Mitterrand. Il est normal qu’à chaque génération, on fasse autrement, autre chose. »

Ainsi Macron se présente en continuateur du Mitterrand de 1971 qui bouscule le vieil SFIO pour créer le PS, et Mélenchon se présente en continuateur du Mitterrand de 1972 qui choisit l’union avec les communistes pour accéder au pouvoir. Il l’explique très bien (en janvier 2016.. [2])

« Quand vous passez par-dessus bord le programme de rupture, en général vous passez par-dessus bord l’alliance de rupture et pour terminer, vous passez par-dessus bord le parti de la rupture. Avec les primaires, c’est ce qui va arriver au parti socialiste qui va clore la série. Avec le front de gauche, c’est l’inverse, nous allons avoir un programme, le programme partagé, nous avons l’équivalent d’un parti, le front de gauche composé de trois partis. Donc une stratégie, un parti, un programme, la stratégie c’est l’union. »

Il est bien ainsi l’opposé "complémentaire" de Macron. Il évoque d’ailleurs "les deux mâchoires", les deux M qui écrasent le PS, et ce sont bien les deux mâchoires de la même stratégie Mitterrandienne.. dont nous connaissons le résultat historique pour les communistes. Il est révélateur de noter sa référence aux conditions de la candidature de Mitterrand en 1985...

« D’abord en 1965, c’est eux (les communistes) qui font la candidature commune. Quand François Mitterrand rentre dans la salle où il va annoncer sa candidature, proposer sa candidature, c’est quelqu’un qui m’a raconté, il sait qu’il a l’accord des communistes. Sinon il n’aurait pas proposé sa candidature. Croyez bien que j’ai retenu la leçon ! » [3]

La mâchoire se referme donc sur le PS qui ne sait plus à quel dirigeant se vouer, bien incapable de dire comment il pourrait renouveler l’union de la gauche.

Cette situation aurait pu être une opportunité pour reposer la question communiste, mais le PCF en a décidé autrement, en cherchant désespérément comment réinventer l’union de la gauche. Des collectifs anti-libéraux au Front de Gauche, il ne cesse de reproduire le choix de 1972, négociant un programme avec d’autres sans voir qu’il efface ainsi le sien, négociant des places avec d’autres sans jamais reconnaitre qu’il ne fait que perdre les siennes, et surtout, continuant à s’enfermer dans l’électoralisme... Mais à quoi peut-il bien servir pour "tenir la gauche", ou "faire pression", puisque le peuple a constaté douloureusement que la "gauche" ne peut changer la vie ?

Mélenchon nous le dit sans fard "il a bien retenu la leçon" Mitterrandienne avec les communistes. Il faut obtenir leur accord pour l’union, puis la logique de l’union fera le reste... Il nous raconte cette histoire, notre histoire de communistes avec une grande honnêteté...

« Car l’aspiration populaire à l’unité est tellement puissante en toutes circonstances, qu’elle déchiquette ceux qui se mettent en travers de son chemin. Et donc à ce moment-là, on peut dire que le travail des communistes qui a consisté a intronisé un personnage qui d’innombrables manières, pouvait être discuté, a en réalité complètement débloqué un paysage politique totalement figé par toutes les années de l’après-guerre, où l’on avait vu la SFIO avec la démocratie chrétienne, les centristes de tout poil tout bloquer tout polluer, tout empêcher et se trainer d’une compromission à l’autre. Voilà comment la décision unitaire particulièrement spectaculaire a dénoué la situation. Et voici ce qu’il faut voir ensuite. Les communistes après 65 font encore des démonstrations. En 71 je l’ai connu dans ma commune, en proposant des listes d’union de la gauche dans des villes où ils sont même majoritaires. Ils proposent des têtes de listes aux socialistes, ce fut le cas dans ma commune à Massy »

Et JLM nous confirme que l’union est un combat... perdu par les communistes

« L’inversion se fait pour la première fois aux législatives de 1978, après qu’ait été rompu les discussions sur le programme commun. La question de la responsabilité de qui avait provoqué la rupture a été une dure bataille idéologique, j’en atteste, j’y étais. Les communistes faisaient tout ce qu’ils pouvaient pour convaincre tout le monde que c’était de la faute des socialistes qui ne voulait pas réactualiser le programme commun correctement. Et moi j’étais militant socialiste, nous faisions absolument la même chose en sens inverse. Et je peux vous dire que c’était une chose incroyable, qui a ancré encore plus la culture unitaire et le programme commun dans l’esprit du très grand nombre.
(...)
Les gens venaient et notaient. Ils écoutaient tout, ils lisaient tout pour savoir qui avait foutu par terre le grand rêve. C’était une bataille et l’enjeu de la responsabilité a été disputé entre communistes et socialistes. C’était bien évidemment tout un environnement qui a conduit à ce que les gens discernent, ou pensent, que c’était les communistes responsables, et c’est à partir de ce moment-là que le parti communiste est passé derrière le parti socialiste. »

Et la conclusion est courte et la leçon est terrible :

A qui profite l’union ? L’union profite à l’union, c’est la grande leçon dont il faut se souvenir, le premier qui descend du train est mort.

JLM porte ainsi la continuité de la logique mitterrandienne ! Il a bien compris la complémentarité des deux M... Macron organisant le remplacement du PS, Mélenchon organisant le remplacement du PC... Et comme il sait bien que ce sont les macronistes de 1983 qui ont gagné, il insiste sur le rôle de la "révolution citoyenne" pour empêcher de renouveler 83... [4]

Mais pour le peuple, pour les militants, pour les progressistes, pour les communistes, il faut aller au bout de cette grande leçon qui n’a pas été tirée. Si l’union devient sa propre logique, si l’union est quelquechose d’en haut, extérieur au rassemblement populaire, si l’union est un rêve, si elle devient en quelque sorte le sauveur suprême, alors le peuple est désarmé, il ne peut imposer ses revendications, il ne peut résister aux pressions qui toujours, trouveront des relais "macronistes", il ne peut empêcher 83 et ses suites.

JLM a le mérite de pointer du doigt les questions essentielles de la rupture avec le capitalisme, celle du contenu, celle du rassemblement, celle de l’action populaire. En ce sens, il est plus utile que l’incapacité de la direction du PCF a produire une analyse utile de notre histoire, mais il reste prisonnier de sa position politique de dirigeant socialiste, de mitterrandien. Il veut reproduire 1981 en évitant 1983, sans voir que c’est bien la stratégie des communistes de 1965 qui est en cause, une stratégie qui fait de l’union électorale le moteur du rassemblement populaire, de l’unité populaire.

Au contraire, de plus en plus de communistes prennent conscience que l’existence du PCF suppose de sortir enfin de l’enfermement électoraliste dans cette stratégie qui plaçait l’union de la gauche avant le rassemblement populaire. Or, si le PC de 1972 a fait son temps comme le PS, ce que portait, même dans l’erreur du programme commun, le parti communiste, c’est le parti des résistants, des luttes anti-coloniales, des luttes ouvrières, du communisme municipal, le parti du socialisme pour la France, et tout cela reste vivant. C’est ce que le texte "Unir les communistes" proposé lors du 37eme congrès du PCF esquissait. Un texte qui tente de tirer les leçons de l’échec non de 1983, mais de 1981, donc de 1978, donc de 1972, donc de 1965...

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Un seul chemin, un rassemblement populaire conscient et organisé pour l’unité du peuple !

Pour tourner la page de la longue construction d’une union de la gauche au profit du parti socialiste, puis de son lent enfermement dans l’impasse actuelle, il faut proposer de nouvelles formes de rassemblement, un rassemblement populaire dont la fonction première n’est pas électorale, mais d’abord d’éducation populaire pour un peuple uni, conscient et organisé.

La principale leçon de l’histoire de l’union de la gauche est la sous-estimation du piège des institutions, des logiques électorales et médiatiques. Waldeck Rochet dès 1965 décidant du soutien à François Mitterrand, ou Georges Marchais en 1972 invitant les communistes à valider le programme commun, avaient tous deux mis l’accent sur le rôle irremplaçable du mouvement populaire pour imposer à François Mitterrand et au PS le respect des engagements pris ! L’expérience a tranché. Malgré les alertes, les communistes se sont peu à peu retrouvés en arrière-plan, critiques, mais suiveurs des dérives socialistes.

Pourtant, nous pensons que la rupture dans une société capitaliste est impossible sans un mouvement populaire capable de gérer dans la durée les tensions, les contradictions, les freins qui ne manquent pas de surgir dans tout processus de transformation politique. Les difficultés de plusieurs pays d’Amérique latine engagés dans une voie socialiste sont révélatrices.

Nous ne croyons donc pas qu’une alternative à l’union de la gauche existerait dans une action groupusculaire, encore moins militaire. Nous devons donc construire pas à pas un « Front Populaire » moderne, outil d’éducation populaire pour que des millions de citoyens soient capables de s’informer sans dépendre des médias dominants, de s’unir malgré les contradictions locales ou corporatistes, de s’approprier les enjeux environnementaux, économiques, culturels, de la transformation socialiste.

Le lien est essentiel entre un parti communiste de combat organisé et populaire et un « Front Populaire » renouvelé faisant vivre de bas en haut une démocratie citoyenne dans une république sociale. Le parti sans rassemblement est impuissant, le rassemblement sans parti est inconscient.

Présidentielles : pas de primaires, une bataille communiste !

L’élection présidentielle est au cœur du système de domination de la grande bourgeoisie dans notre société. Périodiquement, elle met en concurrence les élites politiques autour d’une alternative entre deux “présidentiables” qui portent les intérêts dominants. Elle construit le discours idéologique qui permettra d’imposer les intérêts du capital aux couches sociales victimes de ce système, pourtant largement majoritaires. L’utilisation depuis 1985 du Front National comme exutoire aux colères populaires et repoussoir au deuxième tour arrive à son comble en 2017, les primaires vidant le vote du premier tour de tout contenu autre que le choix du candidat de deuxième tour.

C’est pourquoi nous devons rappeler notre position de fond : élection du président de la république par l’assemblée nationale, calendrier électoral plaçant les législatives avant les présidentielles, proportionnelle à toutes les élections.

Dans ces conditions, à quoi peuvent bien servir ces élections pour les communistes, pour les forces progressistes, pour le peuple ? Pas à choisir le président de la république ! "Il n’est pas de sauveur suprême" affirme l’Internationale. Mais c’est plus globalement l’échec historique de l’union de la gauche dont il faut tirer les leçons, ce que l’abstention massive dans les milieux populaires démontre depuis des années, comme le large rejet du PS et de Hollande. On ne change pas la société par en haut. Même les 16 % du candidat communiste Georges Marchais en 1981 n’ont pas empêché la pédagogie du renoncement pratiquée par le parti socialiste !

Une stratégie électorale n’a de sens que dans une stratégie de rassemblement populaire qui place en son centre la mobilisation et l’action dans l’entreprise, la rue, le quartier. Autrement dit, une élection est d’abord et avant tout une bataille politique pour renforcer les forces progressistes en conscience, en capacité d’action, en organisation. Le score et les éventuels élus en sont le résultat et en retour, l’appui à cette “puissance du peuple en action” qui est le seul chemin de toute transformation sociale.

Pour le parti communiste, ses directions, ses militants, les présidentielles de 2017 imposent un retournement complet de ses stratégies, de sa manière de parler d’un changement de société, du rassemblement populaire, des élections. Dans l’urgence il doit inventer de nouvelles réponses à la question historique de la “révolution dans un système capitaliste développé” en tenant compte de l’échec de celles apportées depuis le programme commun. Les communistes sont au pied du mur.

Les citations de JLM sont issues de sa conférence pour le 30eme anniversaire de 1981 que nous publierons prochainement avec des commentaires.

[1pour le 20ème anniversaire de la mort de François Mlitterrand

[2précision importante car sans doute dirait-il désormais insoumis plutôt que front de gauche... ou plutôt, dira-t-il en fonction des résultats de 2017

[3on comprend donc que en 2012 comme en 2017, il a pris la précaution d’être sûr du soutien de la direction du PCF avant de se lancer. En 2017, il faudrait demander à Pierre Laurent ce qu’il a tardé à nous dire pour ne le révéler que la veille d’une conférence nationale...

[4ce sera l’objet d’autres articles commentant sa conférence sur 1981

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    Le 21 mars 2009, 155 militants, de 29 départements réunis à Malakoff signataires du texte alternatif du 34ème congrès « Faire vivre et renforcer le PCF, une exigence de notre temps ». lire la déclaration complète et les signataires

  • (2011) Communistes de cœur, de raison et de combat !

    La déclaration complète

    Les résultats de la consultation des 16, 17 et 18 juin sont maintenant connus. Les enjeux sont importants et il nous faut donc les examiner pour en tirer les enseignements qui nous seront utiles pour l’avenir.

    Un peu plus d’un tiers des adhérents a participé à cette consultation, soit une participation en hausse par rapport aux précédents votes, dans un contexte de baisse des cotisants.
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  • (2016) 37eme congrès du PCF

    Texte nr 3, Unir les communistes, le défi renouvelé du PCF et son résumé.

    Signé par 626 communistes de 66 départements, dont 15 départements avec plus de 10 signataires, présenté au 37eme congrès du PCF comme base de discussion. Il a obtenu 3.755 voix à la consultation interne pour le choix de la base commune (sur 24.376 exprimés).