Stratégie populaire pour le socialisme

, par  Jean-Paul Legrand , popularité : 1%

Il ne faut jamais sous-estimer l’adversaire. #Macron n’est pas si stupide qu’il pourrait le faire croire. Il a une stratégie pour tenter de surmonter les contradictions du capitalisme : c’est d’ailleurs son job. Sa stratégie est éminemment idéologique : faire bien comprendre au peuple que l’Etat que la bourgeoisie avait concédé en 1945 avec la SéCu et les nationalisations c’est bien fini et que l’hôpital public est un leurre vendu par les communistes et autres marxistes. Il faut briser dans la tête des gens tout germe de communisme et donc démontrer qu’on ne peut rien faire de très sérieux en portant « à bout de bras les services publics ».

Convaincre les gens que dans notre monde, la collectivisation c’est la mort et la fin des libertés individuelles, l’impossibilité du rêve capitaliste pour que chacun ait sa chance de devenir riche si il le mérite. Il n’y a rien de hasardeux dans sa #stratégie qui est bien pensée : désorganiser la société et surtout tout ce qui relève de l’action publique pour convaincre que tout ce qui est public est une aberration économique et donc que la seule issue est le capitalisme libéral. Cette stratégie s’inscrit dans la continuité d’une œuvre destructrice commencée par l’impérialisme depuis des décennies par le combat qu’il n’a cessé de mener contre les pays qui avaient commencé à construire le socialisme. Tout ce que la France avait conquis grâce aux luttes des travailleurs et au mouvement d’émancipation des peuples (Algérie, Indochine, Afrique noire), tout cela a été inlassablement attaqué et en grande partie détruit. Cependant l’existence d’un PCF ancré dans la réalité française était l’obstacle principal. Mitterrand et ses successeurs se sont employés à affaiblir le PCF qui, il faut le reconnaître, a commis de graves erreurs stratégiques jusqu’à être réduit à une Force d’appoint de la gauche réformiste. Mais pour le capital il s’agit d’éradiquer non seulement ce qui reste de l’organisation communiste mais surtout les idées de transformation sociale portée par le courant marxiste et d’amener les gens à leur propre auto-exploitation en reniant ou en assimilant le communisme au nazisme, en révisant l’histoire, en falsifiant les événements jusqu’à effacer la contribution majeure et décisive de l’URSS dans l’écrasement du nazisme.

Il est absolument indispensable pour les militants révolutionnaires de reconquérir le terrain idéologique trop longtemps laissé à l’adversaire en raison de positions attentistes et réformistes de certains dirigeants du PCF qui ont épousé les thèses d’un Mélenchon ou d’autres politiciens et qui ont amené le PCF sur une activité essentiellement électoraliste en négligeant le lien dialectique entre le peuple et le parti via les organisations de base que sont les cellules communistes.

J’invite mes lecteurs à suivre les excellents entretiens sur le capitalisme avec l’économiste marxiste Antoine #Vatan dans les vidéos réalisées avec Aymeric Monville et notamment sur sa démonstration sur la baisse du taux de profit des capitalistes mesurée sur un siècle. Le capitalisme contemporain est absolument confronté à cette tendance inhérente à l’accumulation du capital : la BTTP , la baisse tendancielle du taux de profit découverte par Karl Marx et qui s’est confirmée depuis. Ce phénomène est le problème majeur de la classe capitaliste qui cherche par tous les moyens à le juguler : concentration et socialisation de plus en plus importante de la production, surexploitation des travailleurs par l’augmentation de la précarité, du chômage, de la flexibilité, flux tendu, dans un contexte général d’une augmentation très importante du nombre de salariés à l’échelle mondiale et leur mise en concurrence etc… une myriade de méthodes pour faire face à cette baisse du taux de profit. La classe capitaliste en France doit impérativement participer à la concurrence mondiale pour tenter d’échapper à cette baisse sur le court terme mais la contradiction inhérente au #capitalisme fait qu’elle n’y parviendra que partiellement au prix d’une augmentation de l’exploitation générale des travailleurs qu’elle a obtenue progressivement depuis une quarantaine d’années avec le tournant libéral-libertaire dont parle Michel #Clouscard dans son œuvre.

Par ailleurs en situation de crise du capitalisme, la lutte idéologique s’intensifie. Le néo-fascisme agit de façon extrêmement insidieuse en organisant une opposition au pouvoir qui n’est pas une opposition au capitalisme mais à ceux qui gouvernent. Car en réalité le néo-fascisme est un concurrent du libéralisme dans la gestion du capitalisme. Le néo-fascisme va donc utiliser les divers mécontentements qui traversent la société pour tenter de les unifier dans un mouvement de masse qui assimilera la démocratie au capitalisme et réclamera des solutions autoritaires sous couvert d’une lutte contre des monstres que l’extrême-droite a inventé et qu’elle appelle « gouvernement mondial » ou « la conspiration des élites » occultant la réalité de classe qui est la concurrence à mort entre les capitalistes et les différentes bourgeoisies à l’échelle mondiale. Car l’accumulation du capital ne peut se réaliser que par la concurrence entre capitalistes autrement dit entre ceux qui font tout pour que la sur exploitation soit au maximum et puissent tirer ainsi une profitabilité maximum.

Je cite ce qu’écrit à juste raison Lorenzo Battisti, un militant italien :

« Le mouvement contre le Pass Sanitaire s’inscrit dans la continuité des nombreuses manifestations obscurantistes qui ont eu lieu en France et en Europe ces derniers mois. Elles ont "en elles-mêmes" une racine d’extrême droite car elles sont basées sur l’irrationalisme ("le virus n’existe pas" "c’est une grippe normale" "on peut la soigner avec le médicament x mais on ne nous le dit pas" etc) et sur la conspiration. Elle repose sur l’idée que l’homme ordinaire est victime d’un système d’exploitation dans lequel tout est contrôlé par un petit cercle d’élites ayant le pouvoir de tout contrôler et de tout planifier. Ceux qui viennent, comme moi, du pays qui a inventé le fascisme, savent très bien que c’est la base culturelle du fascisme. Celui qui pense cela n’est pas encore un fasciste, mais il est à un pas de le devenir.

Malheureusement, il y a aujourd’hui beaucoup de gens qui confondent la lutte des classes avec la lutte contre les élites : la première est une lutte pour la démocratie et l’égalité, la seconde est une route qui mène au fascisme. Pourquoi ? Parce que si cette élite toute puissante existe, il n’y a aucune possibilité de démocratie, en fait tout le monde en démocratie est compromis avec l’élite qui contrôle tout. Une élite internationale (et certains soulignent même la racine juive). Eh bien, si c’est le cas, la seule solution dans ce cas c’est une force anti-démocratique et nationaliste, dirigée par un homme (ou une femme ?), qui libère le pays de la démocratie corrompue des élites. »

Cette analyse décrit bien le contenu idéologique du #fascisme qui pénètre une partie des masses populaires actuellement, même si il n’y a pas automaticité entre idéologie et vote politique, car beaucoup parmi ces gens s’abstiennent aujourd’hui mais pourraient en l’absence d’un véritable travail de l’organisation communiste basculer dans le vote en faveur du RN.

Que faire ?

Macron a absolument besoin de l’épouvantail fasciste pour sa réélection. Pour lui la question est que faire pour la remontée du RN qui est en perte de vitesse comme l’ont montré les régionales ? Macron ne voit pas d’un mauvais œil les manifs antipass surtout lorsqu’elles sont menées ou récupérées par les membres connus de la fachosphère. Evidemment c’est un jeu dangereux, mais Macron a-t-il le choix désormais ?

La grande bourgeoisie observe de près les capacités de Macron à manœuvrer pour que le mouvement populaire se divise davantage car pour elle c’est un impératif. Elle est extrêmement préoccupée à l’idée de la probabilité d’un mouvement social d’ampleur, voire d’une explosion qui pourrait être au centuple de celle de 2018 avec les gilets jaunes. Elle craint que les citoyens qui vivent durement la crise, et en particulier que les ouvriers et les salariés les plus exploités dans leur grande masse qui sont durement touchés par des vagues de licenciements, par la précarité et l’inflation soient à la tête d’un mouvement général qui déboucherait sur une très grave crise politique mettant en cause la bourgeoisie et tout son personnel politique.
La question est comment les #communistes peuvent être utiles non seulement dans le cadre des échéances institutionnelles que sont les élections mais aussi si les citoyens réagissent massivement dans leur diversité, même avec confusion mais déterminés à en finir avec un trop long mépris et une politique de plus en plus dure qui touche désormais non seulement les couches populaires mais d’autres couches extrêmement mécontentes.

L’absence d’une stratégie prenant en compte cette probabilité ne pourrait que favoriser les fascistes qui auraient vite les faveurs de la grande bourgeoisie pour diviser par la violence et la mise en avant de questions strictement sociétales le mouvement populaire.

Il faut donc profiter de la campagne de Fabien #Roussel pour que les questions et analyses stratégiques soient posées dans les rencontres avec les citoyens et que les fédérations et sections du PCF utilisent ce moment pour reconstruire des cellules au plus près des gens. Alimenter la réflexion des citoyens mais aussi en retour celles des militants communistes sur l’inédit de la situation que nous vivons est et sera d’une extrême importance. Cela doit poser plus que jamais la question de quelle société il faut et comment y parvenir, comment la construire, et de quel parti il nous faut dans ce but.

La seule issue est le socialisme. Il faut que le PCF avance sur ces questions si l’on veut construire un rassemblement populaire de classe qui devienne majoritaire. Cela passe inévitablement par la reconstruction d’un parti organisé en cellules se dotant d’une orientation marxiste en formant des centaines de cadres animant la vie du parti en lien avec les travailleurs, les ouvriers, les femmes et les jeunes.

Pourquoi Marx a raison. 1/ Le taux de profit

Entretien avec Antoine Vatan, professeur agrégé d’économie

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