Un point de vue communiste sur les enjeux de l’énergie et du nucléaire

, par  pam , popularité : 6%

La section de Béziers du PCF a organisé une de ces soirées mensuelles sur le thème de l’énergie. Voici une version longue du texte d’introduction au débat que j’ai proposé.

Quelques éléments de vocabulaire technique à éclairer...

Il faut prendre le temps de quelques explications techniques qui ont de l’importance dans des débats qui utilisent beaucoup de grandeurs et d’unités qui peuvent être mal connues. Il est ainsi très important de faire la différence entre les unités qui mesurent l’énergie qu’on consomme et celles qui mesurent une puissance. On sait tous que notre voiture, dont la puissance est liée au modèle, consomme plus d’énergie, et donc plus d’essence, à 130km/h qu’à 60 [1] !
- La puissance désigne la capacité à fournir de l’énergie, et elle se mesure le plus souvent en Watt (une lampe de poche) et ses multiples, le Kilo Watt (noté KW) pour 1000 Watt, (un appareil électrique), le « Mega Watt » noté MW pour 1000KW, donc 1 million de Watt, (un moteur de train), le GigaWatt noté GW, pour 1000 MW, (une centrale électrique)...
- L’énergie peut se mesurer en plusieurs unités, comme la calorie quand on parle de régime ou de sport... mais le plus souvent en « Watt-heure » dans les sujets qui nous intéressent. Une lampe de poche de 1 W allumée pendant une heure aura consommé 1Wh d’énergie.. Et là aussi, on utilise les multiples, le Kwh, le Mwh, le GWh... On trouve aussi la « Tonne équivalent pétrole » ou Tep, l’énergie contenue dans une tonne de pétrole et qui représente un peu plus de 11MWh...
Prenons un exemple : une centrale électrique de 1GW qui fonctionne à 80% produira 4 fois plus d’énergie qu’une installation éolienne de la même puissance, qui ne fonctionnera en moyenne que 20% du temps. Différence importante pour comparer les coûts d’investissements...

De même, il faut se rappeler qu’en physique « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ». Nous ne faisons que transformer l’énergie, et toujours avec un rendement inférieur à 100%... Or, nous avons besoin d’énergie partout et sous des formes diverses, se chauffer, se déplacer, s’éclairer... Quels que soient les solutions retenues, nous produisons l’énergie en différents lieux, et nous la consommons en d’autres lieux et à d’autres moments... Il faut donc des réseaux de transport de l’énergie (chaleur, électriques, gaz...) et une part de stockage, ce qui implique donc des pertes. Se déplacer sur 100km représente une certaine dépense d’énergie, minimum à pied, c’est en quelque sorte l’énergie utile. Mais en voiture avec un moteur de 50kW qui déplacera 1 tonne à 80km/H conduira à une dépense d’énergie plus forte, plus d’ailleurs que dans un train de moteur de 1MW qui transporterait 200 personnes. La voiture aura elle consommée de l’essence, qui représente une certaine quantité de pétrole transformé. Le train aura consommé de l’électricité avec des moteurs de 80% de rendement et l’électricité aura été produire avec une part de nucléaire, une part de charbon...

On distingue ainsi l’énergie utile, celle qui correspond au besoin réel (le déplacement), l’énergie finale, consommée par le système qu’on a utilisé, celle qu’on paie d’une manière ou d’autre autre (l’énergie consommée par les moteurs de la voiture ou du train), et enfin l’énergie primaire, extraite de la nature et transformée pour la rendre utilisable dans le système utilisé (le pétrole qui a fourni l’essence, les combustibles utilisés par les centrales qui ont fourni l’électricité au train...)

Certaines énergies primaires sont fossiles comme le charbon ou le gaz, et les réserves correspondent à un certain temps de consommation, quelques décennies pour le pétrole ou le gaz, plus d’un siècle pour le charbon. Cette durée dépend cependant des technologies et du prix acceptable de cette source d’énergie. En utilisant des gaz de schiste, mais avec des conséquences environnementales désastreuses, on prolonge le gaz sans doute d’un siècle. Pour l’uranium, avec les centrales actuelles, on a plusieurs décennies, mais la 4eme génération [2] qui brûle les déchets et produit du combustible change tout... D’autres énergies sont renouvelables... comme celle de l’homme qui marche, du solaire, de la géothermie, et sont donc consommables sans limites... Mais elles sont elles aussi dépendantes de l’efficacité et du coût des technologies correspondantes.

Le stockage de l’énergie pour faciliter la gestion de ces réseaux et l’équilibre entre les besoins et la production, est un enjeu essentiel. Dans le cas du réseau électrique, cela devient vital car l’équilibrage du réseau entre production et demande est un défi technique et un risque comme tout le monde le constate quand le réseau « tombe » plongeant des régions entières dans le noir. Les barrages hydroélectriques sont le seul moyen de masse de stocker l’électricité. On remonte l’eau pendant la nuit où la consommation électrique est faible et cette même eau fera tourner des turbines électriques pendant les pointes de consommation. Pour l’instant, le stockage sous forme de batterie, est répandu pour des usages mobiles de faible puissance, téléphone, ordinateurs... Beaucoup de recherches sont faites pour la voiture, mais pour l’essentiel, nous n’avons pas encore de solutions de stockage qui pourrait répondre à une part significative des besoins à l’échelle de la planète...

1. Le contexte politique des débats sur l’énergie...

Les questions de l’énergie, et notamment du nucléaire sont très présentes dans le débat public, mais le plus souvent à travers des chiffres souvent flous, non référencés, qui masquent souvent les positions des commentateurs pour ou contre telle ou telle technique. Et au total, le débat public pèse le plus souvent dans le même sens :
- la science et la technique sont dangereuses et au seul service des grandes entreprises...
- le nucléaire est le risque principal
- il est facile de faire autre chose et ce sont les intérêts des grands groupes qui bloquent...

Un exemple sur le site du PCF. Les commentaires sur les 10 principes d’une politique énergétique vont presque tous dans le même sens, contre le nucléaire, l’un d’eux affirmant même qu’il faut une « décroissance industrielle »... Ce n’est qu’une anecdote, mais illustrative d’une difficulté politique.

Il faut dire que dès qu’un citoyen essaie de s’informer, il est confronté à une vraie difficulté
- des scientifiques a priori indépendant de tout intérêt privé se contredisent.
- des professionnels sérieux, qui ne sont pas des commerciaux, se contredisent
- des politiques de gauche et de droite disent des choses dans un sens ou un autre et on ne sait plus dire quelles sont les alternatives politiques qui s’affrontent.

Le PCF a donc tout à fait raison d’insister sur la nécessité d’un grand débat public, qui doit porter au-delà du nucléaire sur l’ensemble des questions de l’énergie. Denis Cohen citant Paul Quilès [3] , rappelle que la gauche a décidé en 1981 de poursuivre le programme nucléaire avec un simple débat parlementaire, et que la gauche plurielle a décidé en 1997 d’arrêter SuperPhenix, sans même un débat parlementaire ! Ne pas reproduire ces expériences est évidemment d’abord un choix politique, mais un vrai débat suppose de permettre aux citoyens de s’approprier les éléments de connaissance nécessaires, les points de vues alternatifs, les différents scénarios qui existent, leurs enjeux publics et privés. Il doit aborder en même temps les besoins en énergie, les enjeux environnementaux et sociaux, nationaux et internationaux, le rôle du privé et du public, les infrastructures de réseaux, les conditions de production, le mix énergétique, et les conditions de consommation, les solutions de court terme et de long terme, notamment en terme de recherche scientifique et technique...

Or dans les débats actuels, de nombreuses questions nous laissent dans le doute.
- Est-il possible comme le disent le Grenelle et l’U.E. de réduire les consommations énergétiques de 20 à 30% (les 3x20...), les écologistes proposant 50% à 60% ? Mais au concret ? Le train Lyon-Turin est un enjeu de la réduction du nombre de camions sur la route, même si des riverains le dénoncent. Il nécessite une tranche de centrale électrique... ce qui est beaucoup moins que les camions qu’il supprimerait, mais suppose d’augmenter la production d’électricité ! Google consomme 2270MWh [4] ! L’informatique consomme plus d’énergie que l’aéronautique et se développe ! L’éolien demande beaucoup d’acier et d’aluminium... gros consommateur d’électricité... De fait, toutes les prévisions de tous les organismes professionnels prévoient une augmentation de la consommation d’électricité...
- Les allemands ont arrêté 7 centrales nucléaires depuis Fukushima et développent fortement les énergies renouvelables. Mais qui sait qu’ils relancent aussi la construction de centrales au charbon, et même de lignite, le plus polluant des combustibles. C’est une ressource minière de l’Allemagne [5] , qui abandonne ainsi tous ses objectifs de Kyoto, faisant exploser ses émissions, sans compter les polluants (uranium) dans les poussières...
- Nous avons entendu dans les médias ce rapport de la cour des comptes qui démontrait que le nucléaire coûtait cher, et que les énergies renouvelables étaient rentables... Or ce rapport ne parle que des coûts du nucléaire, pas des recettes, et pas de la comparaison avec les coûts des renouvelables ! Par contre, on apprend une conséquence des logiques de privatisation dans EDF, « Le ralentissement de ces investissements au cours des années 2000 a montré leur importance puisqu’il a fait significativement chuter le coefficient de disponibilité du parc et donc sa production » Personne n’en a parlé ! Mais l’essentiel est que la cour évalue le coût actuel de l’énergie nucléaire à 49,5€/Mwh, incluant les coûts futurs de démantèlement et de gestion des déchets. On peut lire utilement le blog de Silvestre Huet, journaliste à libération, qui écrit sans ambiguïté « Autrement dit, les propos de Yannick Jadot (EELV) dans Libération, hier, ou d’autres responsables affirmant que ce rapport démonte "le mythe du nucléaire pas cher" ne correspondent pas à la vérité. Comme EDF est bénéficiaire depuis 30 ans sans subventions, a versé des milliards d’euros à l’Etat en impôts, taxes, dividendes et autres moyens, et a réalisé des milliards d’investissement à l’étranger tout en réduisant la dette par rapport au pic des années 1990... d’où proviendrait tout cet argent ? Il provient de factures payées par les consommateurs, elles étaient élevées en comparaison européenne il y a 25 ans, elles sont en bas de la fourchette européenne aujourd’hui. ». De fait, ce coût de 49,5€ n’est pas si loin des chiffres donnés par EDF de 46€ qui faisait débat quand les charognards du service public dont le copain de Sarko qui a mis la main sur GDF public exigeaient d’acheter cette électricité à 30€, pour que le gouvernement finalement décide d’un tarif de 42€, dont on sait donc aujourd’hui qu’il représente une subvention d’EDF aux opérateurs privés de 8€/MWH !

Face à de tels doutes, une appropriation par le plus grand nombre des connaissances scientifiques et techniques est indispensable. Il faut travailler pour identifier les acteurs, leurs connaissances, leurs rôles et leurs intérêts économiques ou politiques... et dans le même temps, se concentrer sur les questions politiques et non pas techniques... Il faut pour cela un peu de dialectique ! Et donc prendre le temps d’un détour par une question essentielle pour un marxiste... penser les contradictions

2/ La technique et la science dans le capitalisme...

Le capitalisme naît avec la technique, et notamment avec la machine à vapeur, c’est à dire la première forme d’énergie mécanique capable de remplacer ou d’augmenter la force des hommes et des animaux. Cette possibilité de décupler le travail de l’homme par des outils devient un enjeu des luttes de classe autour de la propriété. Le capital apparaît dans l’accumulation de ces biens issus des techniques qui permettent à une nouvelle classe sociale de prendre le pouvoir dans la société et de transformer de force des millions d’hommes, de femmes et d’enfants en simple force de travail nécessaire pour mettre en œuvre ces techniques... Dès l’origine, et encore aujourd’hui, la technique a besoin du travail pour être mise en marche, et elle est en même temps utilisée par le capitalisme à réduire la part du travail vivant afin d’augmenter la productivité et la plus-value, et toujours venir grossir ce capital qui exploite le travail.

Mais dans le même temps, ce capitalisme révolutionne la société et développe les forces productives à un tel point qu’il libère des milliards d’êtres humains des conditions matérielles de la survie, il développe des connaissances et un niveau de formation qui est nécessaire à son développement mais dont l’impact civilisationnel est aussi celui de l’accès à l’éducation, donc de la maîtrise de la fécondité, donc de la place des femmes dans la société...

Ce sont les contradictions qui sont le moteur de l’histoire et pour penser la place de la technique et des sciences dans le capitalisme, il faut penser absolument cette dialectique de la libération et de l’aliénation dans la technique. L’idéologique dominante présente la science et la technique comme des machines infernales dominées par les multinationales, masque parfait pour passer de la critique du capitalisme à la critique du... productivisme [6] , puis de la science et de la technique par elles-mêmes, pour chercher dans les traditions et les pratiques préindustrielles le remède à la crise.

Pour les communistes, il faut au contraire débusquer dans la mise en œuvre des sciences et techniques les choix du capitalisme dans sa guerre contre le travail, et chercher comment libérer le travail et la nature du capitalisme, pour un autre rôle de la science et de la technique au service d’un autre rapport social entre les hommes, un autre rapport à l’environnement. C’est pourquoi l’écologie est une science indispensable à la construction d’un socialisme du XXIème siècle, ce qui suppose de la libérer d’une écologie politique soumise au capitalisme !

3/ les besoins en énergie

Pour les communistes, il est essentiel de partir des besoins. Le capitalisme se développe à partir de l’offre, inventant toujours plus de moyens commerciaux pour écouler cette offre et la valeur marchande qui permettra le cycle du capital. Peu importe le besoin, pourvu qu’on assure la reproduction de la force de travail dont il a besoin pour en extraire le profit... Le capitalisme ne choisit pas une énergie, il s’interroge sur le niveau des profits qu’il peut espérer dans telle ou telle technique, le niveau de l’investissement nécessaire, le temps de retour financier, les risques non pas sociaux ou environnementaux mais de non valorisation du capital. Le nucléaire des années 70 était nécessaire pour permettre le développement du capital dans la sidérurgie, l’aluminium, la chimie, et bien sûr avec le financement par l’état qui facilitait des profits de grande ampleur pour les fournisseurs d’EDF, mais dans des délais assez longs... Le photovoltaïque des années 2000 avec des profits largement subventionnés et à très court terme a conduit à de véritables bulles spéculatives... Dans les deux cas, peu importait de savoir si ces énergies répondaient ou non aux besoins sociaux !

Le résultat c’est qu’en France, 3,4 millions de ménages dépensent plus de 10 % de leurs revenus à payer l’énergie, ce qui plonge des millions de familles dans la grande pauvreté, avec les coupures qui précèdent les expulsions... [7] 87 % d’entre eux vivent dans le parc locatif privé et 70 % appartiennent à la population percevant les plus bas revenus.

Au delà des exemples donnés en introduction sur le train ou l’informatique, il y a une indication sur les besoins énergétiques de l’industrie indirectement donnée par les émissions de gaz à effet de serre en France. Car c’est d’abord l’industrie qui les a réduit de 30% en réduisant dans les mêmes proportions ses consommations énergétiques. Mais on est passé dans la même période de 8 à 3 sites de production d’aluminium, on vient de fermer le dernier haut-fourneau lorrain, les cadavres de sites de métallurgie, de mécanique se multiplient dans les anciennes régions industrielles de France. La production industrielle totale 2010, malgré un léger redressement sur 2008 et 2009 est inférieure de 5% en volume à la production de 1990, autant dire qu’en valeur elle est en chute libre ! De plus, ce résultat masque de fortes hausses dans des secteurs ciblés par quelques grands groupes, et une véritable désertification, notamment dans des secteurs fortement énergétiques. La question est simple. Voulons-nous ou pas reconstruire une industrie sidérurgique, métallurgique, mécanique en France ? Voulons-nous reconstruire une industrie moderne dans un nouveau rapport à l’environnement et de nouveaux rapports sociaux ? Et quelle serait sa consommation énergétique ?

Voulons-nous transférer l’essentiel du trafic marchandise sur le rail en développant le fret alors que la SNCF est le premier transporteur routier ? Combien de wagons, de trains, de moteurs, de lignes ? Voulons-nous sortir enfin nos agglomérations des bouchons et des gaz d’échappement en créant des centaines de lignes de métro, de tramway, de RER ou équivalent ?

Et si on regarde la planète, deux milliards d’êtres humains n’ont accès à l’énergie qu’au travers du bois de chauffe, qui est en outre souvent facteur de déforestation [8]. La population mondiale va croître jusqu’à 9 milliards puis se stabiliser. Mais si les êtres humains ont les mêmes droits, ils ont ceux de se chauffer, se déplacer, accéder aux outils de communication, donc à l’électricité... Au total, leur consommation finale ne peut qu’augmenter... Si on peut et on doit poser la question de l’efficacité énergétique, on ne peut imposer une réduction globale de la consommation énergétique.

La conclusion est évidente pour tous ceux qui raisonnent sur l’intérêt général, tous ceux qui n’opposent pas la nature à l’homme, mais considèrent au contraire l’homme dans son environnement dont le substrat est la nature, mais que notre travail adapte de plus en plus, jusqu’à prendre en compte le fonctionnement global de la planète, ce que Claude Aufort nomme une nouvelle période de l’histoire de la Terre, « l’anthropocène ». On ne peut réduire la consommation énergétique qu’à proportion des gains en efficacité dans un contexte d’augmentation des besoins...

4/ l’énergie dans le contexte du changement climatique

Le changement climatique est réel et mesuré. Le protocole de Kyoto avait proposé une approche reposant exclusivement sur le marché (quotas, échanges, prix du carbone...) et dont les résultats au moment du bilan en 2012 sont un échec retentissant dont personne ne parle. Les objectifs ne sont pas atteints, de nombreux pays ont continué à augmenter leurs émissions, les réductions sont principalement dues aux crises économiques (ex-URSS, 2008) ou à la désindustralisation (France). Quand à l’Allemagne souvent montré en exemple, elle est en train de battre tous ses records d’émission après avoir engagé l’arrêt du nucléaire. Toutes les études confirment que l’objectif de limiter la hausse de température à 2°C ne sera pas atteint et qu’il faut s’attendre à une hausse plus importante qui aura des impacts forts sur nos conditions de vie.

Attention cependant au catastrophisme, comme par exemple « l’élévation des températures va détruire la biodiversité » L’époque des dinosaures a connu une explosion de la biodiversité et l’apparition des premiers mammifères alors que la concentration de gaz à effet de serre et la température moyenne de la terre étaient beaucoup plus élevées qu’aujourd’hui, et la végétation luxuriante... D’un point de vue idéologique, ce discours, fréquent dans l’écologie politique, fonctionne comme le Front National, s’appuyant sur les peurs pour apporter de mauvaises réponses à de vraies questions...

Mais l’impact humain sur l’augmentation de la concentration de gaz à effet de serre est certain. Sa contribution au changement climatique aussi, et qu’elle soit de 50% ou 90% ne change pas grand chose. Il faudra s’adapter, mais tout ce qu’on peut faire pour limiter la hausse est essentiel...

Il faut donc penser l’enjeu de l’énergie en plaçant la réponse aux besoins dans la nécessité absolue de réduire les émissions de gaz à effet de serre. C’est le défi que le débat public doit d’abord relever, trouver comment assurer le droit à l’énergie en garantissant la réduction des émissions...

5/ Les scénarios énergétiques en débat

S’il existe beaucoup de scénarios qui fondent les études gouvernementales ou européennes, dont le scénario de référence issu du Grenelle, il en existe un qui inspire beaucoup des débats publics, qui a marqué fortement les décisions du Grenelle de l’environnement, et qui est porté par la plupart des associations écologistes, le scénario NegaWatt. Il présente l’avantage de dire clairement quels sont les choix portés par l’écologie politique et une analyse critique détaillée [9] est importante pour évaluer dans quelle mesure il répond au défi que le projet communiste doit relever : répondre aux besoins en réduisant les émissions carbonées. Son nom même affirme le choix de faire reculer l’électricité, dont le Watt est un symbole grand public.

Ce scénario propose une approche dite « sobriété et efficacité » qui permet une réduction de 56% des consommations énergétiques (de 1927 TWh en 2010 849TWh en 2050), intégrant une baisse de 50% des consommations électriques. Comme la population sur la même période augmentera, et que sur la base des tendances actuelles, la consommation d’énergie augmenterait de près de 40% d’ici 2050, ce scénario radical suppose une baisse de consommation de l’ordre de 70% par personne.

Pour le logement, NegaWatt propose de passer de 220KWh/m2 à 40KWh/m2 dans l’ancien, et de 50Kwh/m2 (norme RT2012) à 15KWh/m2 dans le neuf [10] . Mais il ne dit pas clairement quelles sont les pistes techniques pour y arriver et surtout dans quelles conditions on peut financer de tels objectifs, estimés par le scénario à 250€/m2. Un projet réel, (plan de sauvegarde d’une copropriété de Vénissieux), très suivi et outillé par les collectivités, avec un gros travail de mise en concurrence pour optimiser les devis de travaux, fait passer de 240KWh/m2 à 120Kwh/m2 pour un coût de 20000€ par logement (avec 80% de subvention), ce qui correspond au coût estimé par NegaWatt mais avec un résultat 3 fois plus élevé en consommation ! Généraliser ce type d’opération pour les 30 millions de logements existants en France représente 600 milliards d’€... Si on estime que pour passer de 120 à 40Kwh, il faut doubler la mise, le montant est de l’ordre de 30 milliards par an !

Pour le transport, ce scénario suppose une réduction de 25% de l’usage de la voiture (tendance qui paraît presque faible à l’échéance 2050), mais avec des véhicules consommant 2litres/100km, l’essence étant massivement remplacée par du biogaz, dont la production nécessiterait 5 à 8 millions d’hectares... On sait l’impact sur le prix des produits agricoles constaté ces dernières années.

Le scénario intègre aussi un transfert radical du transport de marchandises sur le rail, transfert que nous partageons, ce qui suppose des investissements très importants et de nouvelles lignes de chemin de fer [11] , le scénario ne disant rien du caractère public ou non du rail, des règles européennes de la mise en concurrence ni de l’expérience des privatisations du rail anglais, ni des conditions de financement de ces besoins d’infrastructures...

Quand à l’industrie, il n’y a pas d’équivoque, avec ce scénario, les tendances constatées depuis 20 ans se continuent conduisant à la désindustrialisation totale de la France, permettant de diviser encore par deux la consommation d’énergie de l’industrie. Peut-être que le scénario considère que si 95% de l’acier est recyclé (ce que nous pouvons partager, même si le besoin total d’acier augmenterait si on répond aux besoins), il est inutile de reconstruire une sidérurgie (alors que bien sûr, le recyclage se fait justement dans une aciérie...).

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NégaWatt : évolution tendancielle sur 50 ans

Du côté de la production d’énergie, le fait majeur est la sortie du nucléaire, ce qui conduit à réduire très fortement la part de l’électricité et pèsera donc sur les usages qu’elle permet (multimédias, communication, domotique...). L’éolien prend une large place avec 17400 installations terrestres (4000 en 2011) et 4500 offshore en 2050... Mais il fait aussi largement l’impasse sur les conditions d’usage des renouvelables intermittents. S’il intègre du stockage de l’électricité par des installations de pompage d’eau (STEP), et de production d’hydrogène par hydrolyse, il n’analyse pas les situations de pointe ou de creux de consommation, ce qui en fait conduit à considérer comme normal que des usages soient « délestés » pendant les pics de consommation, et au contraire, que des renouvelables soient arrêtées en cas de creux (ce dont les bilans ne tiennent pas compte). Si certains affirment que les « réseaux intelligents » seront très réactifs, on sait surtout qu’ils sont conçus pour accompagner la privatisation et donc la segmentation du marché avec des qualités de service adaptées à chaque segment, comme dans la distribution, avec le luxe (qualité d’alimentation en 24/24) et les hard-discount de l’énergie (coupure fréquente entre 18h30 et 20h l’hiver...)


NegaTep : Evolution Energies Finales par Source

De fait, ce scénario est d’abord fait pour sortir du nucléaire (il devrait s’appeler Negatom !) et repose donc effectivement sur une « sobriété » qui est clairement une condition de ce choix, mais qui peut être analysée comme un refus de répondre aux besoins du plus grand nombre, ceux qui n’arriveront pas aux 40kwh/m2 et qui ne pourront pas payer leur facture d’une énergie devenue très chère, ceux qui ne trouveront pas les moyens de transport accessibles, ou encore l’emploi industriel qui aura disparu, aggravant de fait une paupérisation croissante de la France.

A l’inverse, il existe un scénario alternatif, le scénario NégaTeP, proposé par l’association « Sauvons le climat », et dont plusieurs communistes connus issus du secteur de l’énergie se sont inspirés dans leur contribution aux débats internes du parti, comme Claude Aufort, ancien administrateur du CEA. Ce scénario repose sur l’analyse du coût de réduction des émissions de gaz à effet de serre, et ne met aucun à priori de sortie du nucléaire. Le principe est de rechercher dans chaque secteur l’action dont le « coût de la tonne de carbone évitée » sera le plus faible.
Il intègre comme NegaWatt un effort important d’isolation énergétique des bâtiments à grande échelle, mais considère que l’objectif de 100KWh/m2 pour l’ancien est plus efficace et plus réaliste, mis en œuvre au fur et à mesure des travaux de maintenance. Et s’il propose aussi un fort développement de la biomasse, il prend comme premier principe l’objectif de supprimer presque totalement les énergies fossiles du résidentiel et du tertiaire, et de les réduire drastiquement dans le transport. Cela conduit, à l’exact inverse de NegaWat, à augmenter l’appel à l’électricité qui, dans le contexte d’une forte composante nucléaire, permet de réduire effectivement les émissions de gaz à effet de serre, tout en répondant au besoin dans un équilibre économique connu et réaliste.


NegaTep : Evolution Energies Finales par Usages

Pour le transport, l’accent est mis aussi sur le fret et les transports en commun, mais fait aussi une place à l’électricité à travers des véhicules hybrides ou électriques, et avec la synthèse de biocarburants.

Au total, ce scénario conduit à une stabilisation de la consommation d’énergie, l’effort d’économie venant quasiment annuler la hausse tendancielle prévue, et la contribution principale de réduction est obtenue dans le transport, alors que le résidentiel prend en compte l’évolution à la hausse des surfaces/personne.
Ce scénario intègre un très fort développement des énergies renouvelables pour la production d’électricité (de 0,8 à 4,1 Mtep), dans un contexte de maintien de la part du nucléaire autour de 75% de la production électrique, ce qui suppose le remplacement progressif des centrales actuelles par des EPR ( 2ou 3 projets après celui de Flamanville à lancer d’ici 2020).

En conclusion, on voit qu’il n’existe pas une réponse évidente au défi du droit à l’énergie dans le contexte des objectifs climat, et qu’au contraire, de grandes différences existent entre les points de vues portés par la plupart des écologistes, et ce que peuvent proposer des communistes qui ne font pas de la sortie du nucléaire le préalable de la réflexion. Cela suppose de répondre aux questions fréquentes que la pression médiatique contre le nucléaire utilise pour empêcher un débat réel.

6. Les risques du nucléaire

Fukushima est un excellent exemple de ces évidences médiatiques qui masquent une réalité pourtant très accusatrice non du nucléaire, mais du système économique qui permet à des capitalistes de diriger le nucléaire contre l’intérêt général. Car si Cécile Duflot, dirigeante écologiste affirme sans hésiter « si le Japon, à la pointe de la technologie s’avère incapable de maîtriser la technologie du nucléaire, c’est qu’elle n’est pas maîtrisable », elle oublie de dire que le Japon en crise structurelle depuis plus de 10 ans, est à la pointe de la privatisation du nucléaire !
- les déficiences de sécurité de ce type de centrale Général Electric étaient très bien connues et ces dernières avaient d’ailleurs failli être interdites aux USA
- En 2002, un scandale avait révélé que TEPCO avait falsifié une trentaine de rapports d’inspection sur des fissures ou corrosions d’enveloppes de réacteurs, dont ceux de la centrale de Fukushima. La direction avait du démissionner.
- En 2007, on apprenait que TEPCO avait en fait dissimulé 199 incidents entre 1984 et 2002.
- en février 2011, TEPCO reconnaît avoir falsifié plusieurs rapport pour masquer qu’elle n’avait pas contrôlé 33 éléments des 6 réacteurs de Fukushima
- On apprend en mars 2011 que les plans de gestion d’urgence de TEPCO ne traitent que des incidents mineurs, et après l’information de l’irradiation de sous-traitants, que TEPCO n’a plus de dosimètres !
- En 2007, après une étude évaluant les risques de Tsunami à 10% sur 50 ans, TEPCO décide de les négliger. Un expert de l’AEIEA prévient en décembre 2008 du caractère obsolète des critères de sûreté....
- Et le pire, la CGT apprendra des syndicats que TEPCO, en pleine crise a retardé de 24 heures la décision de noyer le coeur des réacteurs. L’enjeu économique d’un redémarrage éventuel a conduit reporter la décision qui pouvait refroidir à temps les cœurs
- Et TEPCO avait refusé les équipements proposés par AREVA pour neutraliser l’hydrogène en cas de surchauffe d’un réacteur. C’est bien justement le dégagement de l’hydrogène qui est à l’origine des explosions et donc des radioéléments dans l’atmosphère et l’océan...

Dans le contexte dramatique du tremblement de terre dont l’impact compte tenu de l’expérience japonaise était resté faible, mais du terrible tsunami qui a suivi et dévasté toute une région, la centrale nucléaire a résisté, les enceintes n’ont pas été fragilisées ni noyées, les réacteurs se sont tous arrêtés et les réactions en chaîne stoppées. Par contre, la terrible logique du profit privé pesant sur les conditions de sécurité avant et pendant le drame, un accident nucléaire majeur s’est produit, dont les conséquences en terme de vies humaines restent cependant, même dans les projections les plus pessimistes, sans commune mesure avec celles du tsunami.

Et si les quantités de composants radioactifs rejetés dans l’atmosphère par cet accident ne sont pas encore connues, il faut rappeler que la masse de composants radioactifs rejetés dans l’atmosphère par les accidents nucléaires jusqu’à celui de Tchernobyl ne représente que moins de 0,5% de ceux émis par les essais nucléaires militaires ! Si beaucoup de gens se sont inquiétés fort justement des retombées de Tchernobyl, personne ou presque n’a évoqué les conséquences sanitaires des explosions aériennes, dont les particules ne se sont évidemment pas arrêtés aux frontières du Sud, y compris celles à longue durée de vie !

7. Les alternatives au nucléaire

Cependant, si des alternatives au nucléaire existaient, il serait logique de les étudier. Mais dans l’état actuel de nos connaissances, les renouvelables ne peuvent remplacer le nucléaire . Seule une réduction massive des consommations, telle que le propose NegaWatt le permet, et tout montre qu’elle ne peut être liée qu’à une crise de grande ampleur, une paupérisation au Nord et le sous-développement au sud, et qu’elle ne peut donc être le choix des communistes.
- le coût de l’énergie éolienne est supérieur à 200€/MWh, alors que le rapport de la cour des comptes situe le nucléaire à 50€ pour l’existant et à 80€ pour l’EPR de Flamanville...
- Les prévisions d’un effet de baisse progressive des prix comme on le voit en électronique ne se confirment pas dans les faits pour le photovoltaïque, sans doute parce que l’essentiel des coûts n’est pas dans la partie électronique. Depuis 2009, le secteur est en crise de surproduction, et de nombreuses usines sont fermées, même en Chine. La guerre économique entre les grands va continuer à aggraver la concentration du secteur et interdire tout développement d’une filière Française dans le cadre du capitalisme.
- On connaît aussi les effets d’aubaine des subventions publiques sans lesquelles il n’y aurait pas de développement du photovoltaïque ou de l’éolien. On a vu d’ailleurs le prix des installations baisser quand le gouvernement a baissé les tarifs de rachat ! Comment fonder une politique sur de telles solutions qui fabriquent les affairistes et les bulles spéculatives ?
- Tout indique que la gestion à l’échelle européenne de cette question conduit à de véritables impasses. Les « super-réseaux » que prévoient l’Union Européenne pour transporter l’énergie solaire du Sud vers le Nord et l’énergie éolienne de l’atlantique et la Mer du Nord vers l’Est ont un coût estimé de 200 milliards d’Euro. Il faudrait par exemple des lignes de transport à très haute tension pour 47GW entre la France et l’Espagne quand il n’existe aujourd’hui que 1GW et qu’un projet de nouvelle ligne THT est refusé par les riverains et notamment... les écologistes. Et s’il faut passer ces lignes en enterré, le coût sera prohibitif !
- Et pourquoi faudrait-il que la France se couvre de lignes à haute tension pour alimenter l’Allemagne depuis l’Atlantique ou l’Espagne ?
- Les renouvelables créeraient plus d’emplois locaux ? Une étude récente en Allemagne vient montrer le contraire... le bilan de ce pays qu’on dit plus avancé que nous est... nul en terme d’emplois, et des sites de production de photovoltaïques ferment....
- Enfin, sortir du nucléaire a une conséquence immédiate, l’explosion du volume des déchets nucléaires à traiter ! Car le démantèlement des centrales produit évidemment beaucoup de déchets... La 4eme génération permettrait d’en brûler une bonne part, mais sans cela, il faut de manière encore plus urgente résoudre cette question réelle.
- Quand au coût du nucléaire, pour les 20 à 40 ans qui viennent, le coût du démantèlement sera très supérieur au coût de sa maintenance et de son adaptation aux meilleures règles de sécurité...

Au total, il est clair qu’il n’existe pas d’alternatives crédibles au nucléaire. Si des ruptures technologiques surviennent dans le stockage de l’électricité, ou dans le coût du photovoltaïque, ou dans d’autres sources d’énergie comme la fusion ou le pile à combustible, la part du nucléaire devra être réétudiée. Mais sur la base des technologies connues, et pour répondre aux besoins, donc sans réduire massivement les consommations, il faut développer le nucléaire dans la perspective de 2050, dans un cadre assurant une réelle transparence sur sa gestion, en mettant en place une gestion des déchets ultimes qui repose d’abord sur une gestion transparente et publique, jusqu’à ce qu’une solution de recyclage réel existe.

Des défis démocratiques, techniques et idéologiques

En résumé, nous faisons face à plusieurs défis, dont le premier est le défi démocratique et donc le défi de la nationalisation. Car les enjeux sont importants et mobilisent des forces à une grande échelle, autant dans la défense d’intérêts privés ou corporatistes dans tous les domaines, que dans les contradictions entre couches sociales et la nécessité de faire s’exprimer la majorité du peuple, du monde du travail, sans laisser la parole accaparée par une minorité sociale. La manifestation contre la baisse des tarifs d’achats de photovoltaïque organisée par les patrons de cette industrie qui se présentaient comme un mouvement social alors qu’ils défendaient une rente de situation spéculative financée par l’ensemble des ménages était surréaliste !

Nous faisons face sur ce sujet comme sur d’autres à une fracture sociale et politique, un décrochage de toutes les victimes du capitalisme qui ne trouvent pas le chemin pour affirmer leur propre voix, et peuvent au contraire accepter les solutions d’adaptation au système. Le tarif social EDF devient presque une revendication alors qu’il s’oppose en fait au refus de la hausse de l’électricité, à la revendication du droit à l’énergie, à l’objectif de sa gratuité pour les usages de base.

La crainte de l’avenir, l’impasse des expériences politiques de la gauche gouvernementale, le sentiment que le socialisme réel n’a pas fait mieux sur de nombreux sujets, et même les contradictions entre les précaires et les salariés avec statut, et donc la perception de salariés à EDF restant mieux protégés, comme ceux de la SNCF, rend plus difficile la nécessaire union entre les plus pauvres, les précaires, les fonctionnaires, les techniciens et ingénieurs... union pourtant indispensable pour un vrai débat permettant l’appropriation citoyenne

Cette union n’est possible que sur un objectif qui affirme l’intérêt général, l’intérêt du peuple travailleur dans son ensemble et qu’il faut pour cela construire la propriété publique des grands moyens de production et de distribution de l’énergie, qu’elle soit sous forme électrique, de chaleur, ou de carburant. Il faut nationaliser TOTAL, SUEZ, VEOLIA,... et renationaliser EDF, ce qui nécessite de poser la question du pouvoir des travailleurs, ceux de l’énergie comme ceux des usages de l’énergie, dans l’entreprise comme dans l’organisation publique des réseaux.

Mais il y a aussi des défis techniques à relever :
- celui de l’efficacité énergétique dans le chauffage, le transport, l’industrie, les réseaux... Si des expériences avancées existent, la capacité à les déployer à grande échelle pour réduire massivement les consommations en augmentant la réponse aux besoins reste un immense chantier. Les conditions de financement suppose une intervention publique forte, avec par exemple un plan national pour le logement collectif, social et privé. Une accélération du développement des transports en commun dans un objectif d’une réponse de qualité aux besoins justifiés de déplacement suppose une volonté politique forte pour un aménagement urbain qui révolutionne nos voiries conçues pour prioriser la voiture individuelle, mais qui dépasse l’opposition transport collectif/individuel en multipliant les formes collectives de réponse adaptée aux besoins individuels, notamment pour le maillage fin des quartiers, développant des formes mutualisées de taxis collectifs, sans oublier la part des modes doux adaptés aux agglomérations (vélos avec stationnement sécurisé, location...)
- celui de la part de l’électricité et donc de la part d’énergies locales intégrée dans un réseau qui repose aussi sur des centres de production intensifs et donc centralisés... Il est légitime de chercher à produire localement l’énergie sous une forme utilisable localement si cela est pertinent économiquement. Par contre, les milliers d’installation photovoltaïques individuelles sont une aberration. Leur production au coût élevé est revendu sur le réseau au lieu d’être consommée localement, réseau qui n’en a pas besoin et est au contraire fragilisée par ses productions locales, réseau qui doit de plus subventionner ses installations ce qui revient à faire payer à tous les abonnés la rente de situation des propriétaires d’installations par ailleurs subventionnés pour l’investissement, sans compter l’effet d’aubaine chez les professionnels conduisant à une véritable bulle spéculative.
- celui du stockage de l’électricité qui pourrait bouleverser tous les scénarios si des solutions à grande échelle existaient. C’est le cas par exemple du solaire thermodynamique qui intègre le stockage de l’eau chauffée le jour pour assurer une production continue la nuit... Les batteries les plus efficaces existantes peuvent jouer un rôle, notamment dans le transport, mais sans oublier leur fort impact environnemental de leur production à leur recyclage
- Celui des énergies du futur, à commencer par le développement des différentes technologies solaire, mais aussi du nucléaire de 4eme génération, de la pile à combustible, de la fusion qui apporterait peut-être une solution radicale au-delà des années 2050.

Enfin, mobiliser de larges forces sociales dans un grand débat ouvrant un projet novateur répondant aux besoins humains en forte croissance tout en réduisant les émissions de gaz à effet de serre suppose d’affronter de véritables défis idéologiques, malgré l’affaiblissement des critiques de fonds du capitalisme, la domination d’un discours écologiste le plus souvent gérable par le capitalisme et qui peut même en être un des axes de développement, comme le montre l’origine du concept de décroissance, issu des travaux de la commission trilatérale animée pour la France par le célèbre meilleur économiste de France, Raymond Barre, celui qui vilipendait déjà les manifestants !
- Comment sortir de l’illusion de la croissance capitaliste qui n’est que la croissance du capital, de son accumulation, sans tomber dans le piège d’une décroissance que le capital ne connaît que trop bien quand il cherche une issue à ses crises dans la destruction justement d’une fraction du capital, la guerre en étant l’étape ultime ?
- Comment construire l’intérêt général à partir des revendications locales et partielles en les situant dans la perspective du dépassement des intérêts privés ? Autrement dit, comment réaffirmer à partir des besoins, les bases d’une alternative socialiste au capitalisme ? Peut-on faire l’économie d’une analyse de classe et de la reconstruction d’une classe ouvrière consciente de sa force et de son rôle ?
- Quelle humanité demain ? Peut-on sortir des menaces d’une société humaine toujours plus violente, entre guerre et terrorisme, mafias et fascisme ? Faut-il penser l’avenir avec Mad Max ou dans celui d’une humanité enfin sortie de sa préhistoire ?
- Faut-il avoir peur d’une humanité avec 9 milliards d’humains, de services publics adaptés à des dizaines de millions de citoyens, de réseaux qui relient des millions d’acteurs à grande échelle. Faut-il revenir à une société centrée sur le local ? Une société villageoise ou de petite ville ? Comment sortir de la désertification rurale qui transforme les campagnes françaises en désert et concentre tout sur une dizaine de grandes agglomérations, tout en répondant à tous les besoins de chacun dans tout le territoire. Comment trouver des formes de démocratie qui s’appuient sur la souveraineté des acteurs là ou elle peut s’exprimer d’abord, au niveau local de l’atelier ou de la commune... tout en étant capable de penser le monde, de l’organiser, de maîtriser les échanges à grande échelle ce qui suppose des organisations internationales, une conscience politique internationaliste ?
- …

Les communistes doivent relever un triple défi, un défi démocratique qui nécessite de relever le défi idéologique de la réaffirmation d’un point de vue marxiste sur la société humaine et son devenir dans les luttes de classes, s’appuyant sur l’appropriation des connaissances scientifiques et technologiques en science de l’énergie, de l’écologie, en urbanisme, sociologie, agriculture... pour relever les défis techniques et industriels d’une réponse socialiste aux enjeux de l’énergie.

[1Toute chose égale par ailleurs, si on augmente la vitesse de 10% la consommation augmentera de 20%. Si une voiture consomme 7 litres à 118 km/h elle consommera 8.4 litres à 130 km/h et 10 litres à 143 km/h.

[2avec la surgénération

[3Nucléaire : débattre avant de décider : Denis Cohen, Note la fondation Gabriel Péri, Novembre 2011

[4Une recherche Google a un coût... énergétique, Le monde.fr, 12/01/2009

[5Rappelons-nous que les médias n’avaient pas de mots assez durs contre la RDA qui polluait l’atmosphère européenne avec ses centrales au lignite... Depuis que c’est l’Allemagne capitaliste, silence dans les rédactions !

[6Voir l’article sur ce sujet sur le site http://lepcf.fr/de-croissance-de-quoi-pour-qui « pour une critique marxiste de la (dé)croissance capitaliste... »

[7Certains parlent de précarité énergétique, expression qui, comme pour la précarité sociale, semble désigner une qualité des personnes elle-même, et non pas de leur situation sociale. Pour les communistes il est important d’éviter ce vocabulaire qui divise le peuple en catégorie et culpabilise les victimes de cette société.

[8Que dire de Haiti, dévasté par le colonialisme, le tourisme, les soldats de l’ONU et les catastrophes naturelles, et dont toute forêt a disparu !

[9Merci à Claude ACKET et Pierre BACHER pour leur « Analyse du scénario Négawatt 2011 » (site de Sauvons le climat, 10 novembre 2011)

[10A noter de plus que ce scénario ne tient pas compte des tendances à l’augmentation des surfaces par personne (retraités dans un grand appartement, familles recomposées...)

[11...contre lesquelles les écologistes s’opposent le plus souvent (contournement fret de Lyon, Lyon-Turin...)

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  • (2002) Lenin (requiem), texte de B. Brecht, musique de H. Eisler

    Un film
    Sur une musique de Hans Eisler, le requiem Lenin, écrit sur commande du PCUS pour le 20ème anniversaire de la mort de Illytch, mais jamais joué en URSS... avec un texte de Bertold Brecht, et des images d’hier et aujourd’hui de ces luttes de classes qui font l’histoire encore et toujours...

  • (2009) Déclaration de Malakoff

    Le 21 mars 2009, 155 militants, de 29 départements réunis à Malakoff signataires du texte alternatif du 34ème congrès « Faire vivre et renforcer le PCF, une exigence de notre temps ». lire la déclaration complète et les signataires

  • (2011) Communistes de cœur, de raison et de combat !

    La déclaration complète

    Les résultats de la consultation des 16, 17 et 18 juin sont maintenant connus. Les enjeux sont importants et il nous faut donc les examiner pour en tirer les enseignements qui nous seront utiles pour l’avenir.

    Un peu plus d’un tiers des adhérents a participé à cette consultation, soit une participation en hausse par rapport aux précédents votes, dans un contexte de baisse des cotisants.
    ... lire la suite

  • (2016) 37eme congrès du PCF

    Texte nr 3, Unir les communistes, le défi renouvelé du PCF et son résumé.

    Signé par 626 communistes de 66 départements, dont 15 départements avec plus de 10 signataires, présenté au 37eme congrès du PCF comme base de discussion. Il a obtenu 3.755 voix à la consultation interne pour le choix de la base commune (sur 24.376 exprimés).