Un débat : pour éviter d’avoir une droite ou une gauche, ils ont tourné en rond.

, par  Danielle Bleitrach , popularité : 1%
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Disons tout de suite à chaud quelques impressions, à notre manière du moment, qui est celle non de la neutralité, comme l’affirmait ici un de nos interlocuteurs, mais de l’impression étonnante de ne pas avoir de candidat à la présidentielle qui me représente.

Un exemple, Jean Luc Mélenchon, dont sur bien des points je devais me sentir la plus proche, mais qui perd de plus en plus toutes les caractéristiques qui font qu’un communiste se sentirait en adéquation, il reste la question de la paix, de la volonté de négocier. Très important, mais à ce moment là je dois dire que la démonstration de Fillon est tout aussi claire. Un seul point essentiel et qui est le seul à emporter ma décision, la sortie de l’OTAN. A propos de Mélenchon et de mes réserves, il y a l’anecdotique : voir cet homme qui n’est pas sans qualité au plan intellectuel toujours flanqué de quelqu’un comme Corbière ou Simmonnet alors même que tout dans sa posture dit que c’est sa dernière campagne, c’est se demander qui il intronise et quelle serait la postérité d’un tel vote ? La fin du PCF, pour qui et pourquoi ? C’est ma principale réserve et rien ne la lève bien au contraire, comme son couplet sur l’Europe qu’il faudrait à la fois contester et ne pas détruire, c’est à peu près aussi clair que du Macron.

Mais sur le fond, il y a pire, on se demande exactement ce qu’il attend justement de Macron, le moins que l’on puisse dire c’est qu’il ne l’a pas attaqué. Une illustration : une brève escarmouche, la seule sur la question des affaires, il proteste « cette accusation concerne deux d’entre nous, Fillon et Le Pen, tous les autres nous ne sommes pas concernés ». C’est un véritable cadeau qu’il fait à Macron dont il sait pourtant qu’il est lui-même soupçonné de conflit d’intérêt. Mais ce n’est pas le seul cas, alors que Macron représente théoriquement tout ce à quoi il s’oppose, il se montre intéressé et curieux, le tirant vers la gauche. Pourquoi ? Il a affaibli ce faisant les molles tentatives de Benoit Hamon. Est-ce que ce n’est pas là la réponse : son seul adversaire c’était Benoit Hamon ?

Ce dernier a du mal avec sa position européenne qui le colle à Macron, à se dégager de celui-ci. Il lui fait sans le vouloir le cadeau d’assumer le quinquennat, ses expéditions, ses catastrophes sur le plan social, à la place du dit Macron qui peut de ce fait déployer son "vide pragmatique", et son "je suis souris et je suis oiseau comme la chauve-souris de la fable".

Marine Le Pen qui a eu du mal à s’accrocher, a marqué un des rares bon point de la soirée en disant à ce dernier : « personne ne peut se souvenir d’une seule de vos propositions. moi on peut ne pas m’aimer mais on sait ce que je dis, vous il n’y a rien, des phrases creuses ». Macron effectivement joue la séduction de la nouveauté, mais sa seule nouveauté c’est la tentative de ne pas déplaire pour ratisser large dans les eaux les plus usées de la vie politique. Emmanuel Macron semble avoir parfaitement assimilé les techniques du management. Celles qui se situent entre le chef de service motivant ses troupes par des activités du week-end ou la promesse d’embauche aux plus insécurisés des stagiaires, il s’agit de "motiver", de faire miroiter un avantage personnel sans trop s’engager... Mais c’est aussi le marchandage colporteur plaçant des polices d’assurances auprès des retraités en leur parlant de l’avenir des petits enfants. Quelle que soit l’activité c’est l’enfumage où moins on en dit de concret, mieux ça vaut, tout en vantant son pragmatisme qui peut se définir en une phrase type : "je parle mais en même temps je ne dit rien".

En fait ce type n’argumente pas, il hypnotise... Son regard et sa gestuelle sont caractéristiques des démarcheurs pratiquant la PNL pour vendre, à des couples de retraités sous tranquillisant, des contrats d’assurance-vie foireux...

Benoit Hamon rame comme il peut, mais il démonétarise "la nouveauté" de ce qui lui a permis de gagner les primaires en restant au niveau des gadgets, ce qui laisse de la crédibilité à Macron qui n’a à son actif que les voyages en car concurrents de la SNCF et dont les entreprises ferment les une après les autres. Benoit Hamon assume l’Europe, les armées, le quinquennat, bref le PS, et Macron peut hypnotiser à son gré le couple de retraités qui pensent à leur petit fils qui lui aussi fait des études et peine à trouver un emploi.

Ce qui était plutôt réjouissant était la contre performance de Marine Le Pen, elle aussi paraissait en train de se dégonfler sans que personne n’en profite réellement. Le renchérissement sur le budget de l’armée, pas 2% mon brave homme, mais 3%, a permis à Fillon de froncer les sourcils et avoir un sourire sarcastique sur les milliards que l’on distribue sans les avoir. L’avare était crédible. Derrière elle, il y avait Philippot comme derrière Mélenchon il y avait Corbière, dans le même rôle, celui de la figurine qui hoche la tête pour approuver, mais Philippot aurait été nettement plus convaincant, ce qui n’est pas le cas de Corbière. Cette présence et pas celle de Marion Maréchal Le Pen dit à quel point le FN aura du mal sur la longue période à tenir deux lignes, bref il y avait quelques cruautés dans la démonstration qu’elle n’était pas présidentiable. Fillon littéralement transparent dans la première partie a peu à peu réussi à s’imposer face à ce glissement de la favorite.

Bon, il est clair que nous n’avons plus en magasin de Maurice Thorez, de Jacques Duclos ou de Georges Marchais pour ancrer le débat, rendre incontournables un certain nombre de questions et ce n’est certes pas Marine Le Pen qui soit en capacité de jouer ce rôle. A gauche non plus d’ailleurs. Ce camaïeu de rose pâle veiné de bleu, réversible en bleu veiné de rose macronien, jusqu’au rouge, bleu, blanc, bleu mélenchonien en passant par la rose flétrie de Solferino, agite d’autant plus ses drapeaux que l’on est loin de cette capacité à dire les choses simples d’un peuple malmené. Au moment même où chacun s’évertue à s’affirmer "hors système", au-delà de la gauche et de la droite, c’est pour mieux témoigner de l’incapacité à faire autre chose qu’à poursuivre l’existant.

Bref oserai-je vous avouer que je n’ai pas avancé d’un pouce tant les positions tactiques ont commandé le débat, autant que l’art de prétendre faire du neuf avec du vieux.

Danielle Bleitrach

Voir en ligne : Sur le blog "histoire et société" de Danielle Bleitrach

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