Socialistes, frondeurs, trotskystes, refondateurs, mouvementistes, écosocialistes... la grande alliance de ceux qui ne veulent pas de candidat communiste ! Réaction à la déclaration du PRCF

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La déclaration du pôle de renaissance communiste en France (PRCF) soutenant la candidature de Jean-Luc Mélenchon a surpris de nombreux communistes qui suivent avec attention ce que fait et dit le PRCF. La lettre ouverte à André Chassaigne confirme cette position et place de fait le PRCF dans l’arc-en-ciel hétéroclite de tous ceux qui ne veulent pas de candidature communiste en 2017.

C’est réellement dommage et incompréhensible. Lecteur régulier d’Initiative Communiste et des livres de Georges Gastaud, j’avais pris soin, avec d’autres, de faire connaitre aux responsables du PRCF notre position, l’opportunité de faire bouger les lignes chez les communistes, en les aidant à réouvrir la question communiste, et à l’inverse la certitude que le faux choix des deux M (Mélenchon/Mondebourg), n’était que les deux faces du même renoncement, le renoncement au parti communiste.

La déclaration du PRCF justifie sa position de soutien à Jean-Luc Mélenchon en constatant qu’une candidature du PCF ne porterait pas un programme réellement communiste, et pourrait se retirer au profit d’une candidature type Mondebourg.

La lettre ouvert à André Chassaigne détaille les arguments critiques de son éventuelle candidature, le cadre affirmé par la direction du PCF d’une candidature retirable au profit d’une candidature de rassemblement, enfermée dans la stratégie d’union de la gauche avec le parti socialiste, le refus d’’affirmer la nécessité d’une rupture progressiste rapide et franche avec l’euro et l’UE-OTAN dans la perspective du socialisme pour la France.

Nous savons en effet ce que la direction du parti communiste veut et ce qu’elle ne veut pas. Elle veut [1] une nouvelle forme de rassemblement électoral après l’union de la gauche, la gauche plurielle, les collectifs anti-libéraux, le Front de Gauche... ne tirant aucune leçon, ni de cette longue impasse stratégique qu’a été le programme commun et l’union de la gauche, ni de l’impasse tactique dans lequel s’est retrouvé le Front de Gauche après ce qui avait semblé être un succès en 2012 [2]. Elle assume une orientation totalement électorale, centrant tous ses efforts sur les rassemblements de partis, de personnalités, sans jamais se confronter à la réalité de l’union du peuple et de ses difficultés. Elle ne pense plus la transformation politique autrement que dans le cadre du système tel qu’il est, et notamment dans le cadre européen.

Et elle ne veut surtout pas d’une candidature communiste, ce qui a conduit Pierre Laurent, constatant qu’il n’arrivait pas à faire accepter la primaire à gauche, ni l’attente de la primaire socialiste, et qu’une proposition Montebourg serait rejetée massivement, à annoncer son soutien à Jean-Luc Mélenchon la veille de la conférence nationale du PCF.

Cette volte-face de Pierre Laurent, qui a sans doute énervé plus d’un de ses soutiens et contribué à ce vote surprise, n’a fait que grandir la liste de tous ceux qui considèrent que Jean-Luc Mélenchon serait l’outil politique efficace en 2017, s’ajoutant à sa légitimité offerte gracieusement par le parti communiste en 2012, sans compter tous ceux qui comme Marie-Georges Buffet, prédécesseure de Pierre Laurent à la direction du PCF, considèrent que la question du PCF est réglée vers sa disparition.

Le fait est qu’objectivement, les trotskystes de la Riposte, les socialistes contestataires qui ont suivis Mélenchon, les marxistes des rassemblement des cercles communistes, du PCOF, et donc du PRCF, les mouvementistes d’Ensemble, et une grande part de ce que "la gauche radicale" a produit de collectifs, mouvements ou cercles se retrouvent donc avec Jean-Luc Mélenchon. Il faut bien prendre acte qu’ils ont tous un point commun au final, ils pensent que le PCF doit (ou va) disparaitre.

Jean-Luc Mélenchon est de ce point de vue le fils politique de François Mitterrand, son "rouge" verbal vaut bien d’ailleurs celui qui en 1981 haranguait le monde du travail sur un ton qui nous parait aujourd’hui totalement révolutionnaire, tellement le débat politique s’est droitisé.

Nous répétons donc ce que nous avions dit au PRCF avec insistance quelques jours avant son communiqué...

1/ Oui, la direction du PCF ne veut pas mener une bataille communiste en 2017 et son programme refuse toutes les ruptures pourtant nécessaires avec la dictature des institutions européennes comme des institutions bancaires et monétaires. Nous le savons depuis longtemps, mais ne pas voir qu’elle est mise en difficulté par le vote de la conférence nationale est une faute. Car ce qui compte, ce ne sont pas les déclarations, ce sont les situations concrètes ! Si celui qui prend la barricade est plein d’idéalisme, il apprendra si on l’aide à tirer des leçons de son expérience, et donc s’il a un parti organisé, un parti communiste ! Si les communistes ont une bataille à mener en 2017, une bataille sur leur nom propre ce qui serait une nouveauté pour toute une génération, ils apprendraient !

2/ Oui, il n’y a pas de programme communiste véritable porté par le PCF et les questions décisives de la rupture avec le système existant restent enfouies sous le discours réformiste de l’Europe sociale ou de la 6ème république. Clairement, le socialisme n’est pas à l’ordre du jour au PCF. Mais ne pas voir que tout échec de la direction sur la base d’une volonté d’affirmation des militants de l’existence d’un parti communiste autonome est le meilleur chemin pour faire bouger les consciences est tout autant une faute. Car le PRCF est bien placé pour mesurer les difficultés de la construction d’une organisation communiste efficace, les difficultés des assises du communisme comme par ailleurs les vicissitudes de l’URCF, montre le chemin à parcourir et comme nous avons eu souvent l’occasion de le dire, l’affaiblissement d’une base militante communiste, quelle que soit son histoire, n’est une bonne nouvelle pour personne.

3/ Non, JLM n’est pas un moyen efficace pour « combattre le fascisant FN, Valls-MEDEF et la droite thatchérienne, tout en ouvrant l’espace politique le plus large possible aux luttes à venir ». Les législatives de Hénin Beaumont en 2012 ont montré les limites de la mise en scène médiatique des "fronts", quand le combat contre le FN suppose une bataille quotidienne au cœur du monde du travail et des quartiers populaires. JLM ne peut pas ouvrir un espace politique aux luttes tant il ne se définit que par la présidentielle et sa mise en scène médiatique, tant il l’incarne, cherchant à concilier les deux figures tutélaires de la 5eme république, Charles de Gaulle et François Mitterrand dans un "appel au peuple". Car cet appel est l’appel à un sauveur suprême qui vient tous les 5 ans mobiliser la colère de gauche dans l’urne. Mais pour en faire quoi ? Qu’a-t-il fait des 4 millions de voix dont une bonne part fourni par le PCF en 2012 ? Quel rôle politique dans les luttes quand ses militants étaient sur les trottoirs des manifestations contre la loi travail, et pas dans l’organisation des grèves ?

Certains au PRCF se disent peut-être qu’après tout, que le PCF aille au bout de son réformisme, qu’il disparaisse, l’espace politique sera plus ouvert pour reconstruire. Il ne faut pas une longue expérience militante pour se rendre compte que c’est exactement l’inverse. Si le PCF allait au bout de sa métamorphose comme en Italie, ce serait un recul historique pour le camp du travail, l’effacement d’une longue histoire qui reste, quoi qu’on en dise, un repère politique utile aujourd’hui. Quand un habitant, parfois plus jeune que moi, me dit "ah si nous avions Marchais !", il me confirme à quel point le PCF reste un objet politique "chaud", porteur d’une capacité populaire subversive que JLM ne porte au mieux que dans les couches moyennes.

Les communistes du PCF peuvent peut-être créer la surprise. Non seulement, ils peuvent confirmer en l’amplifiant le vote de la conférence nationale, mais ils peuvent déjouer jusqu’au bout les manœuvres de la direction du PCF qui tentera de retirer une candidature au profit d’un des deux M. Bien sûr, il aurait fallu un candidat plus jeune, plus porteur du mouvement social, et d’un programme pleinement communiste, mais André Chassaigne est sans doute, dans le délai contraint que nous a imposé la stratégie de la direction, le seul capable de s’engager rapidement dans la bataille, et contraint alors d’ouvrir en grand le chantier d’une bataille communiste. Pour mobiliser les militants, pour chercher l’appui du mouvement social, pour exister dans l’affrontement terrible qui monte en puissance, il devra prendre des risques, il ne pourra pas en rester au discours idéaliste de l’Humain d’abord qui est la base du programme des "insoumis"... L’avenir sera alors ouvert, et personne ne peut dire à quel rythme les consciences avanceront dans cette bataille.

Quel que soit le résultat, une chose est sûre. Le PS sera sanctionné et nous aurons une bascule à droite terrible et douloureuse. Nous oublierons tous les diverses opérations médiatiques pour "vendre" les présidentielles au peuple, on devrait dire les 3 M... Mélenchon, Mondebourg, Macron, tous ces leurres médiatiques pour que la question communiste disparaisse de l’histoire. Et nous mesurerons alors une seule chose. Combien de travailleurs ont mis un bulletin communiste dans l’urne, sans aucune illusion sur le résultat électoral, mais pour se donner de la force, pour donner de la force à la reconstruction communiste.

Les militants qui se réclament du communisme et qui auront contribué à une nouvelle illusion électoraliste avec JLM devront en tirer toutes les leçons. Le fait d’être en dehors du PCF n’immunise pas contre l’idéalisme. [3]

[1Enfin, elle cherche un peu désespérément.

[2Enfin semblé à ceux qui se berçaient encore d’illusions électoralistes.

[3Franchement, si les motivations sont bien sûr opposées, cela doit fait mal au PRCF de se retrouver avec les trotskystes et la direction réformiste du PCF sur le même soutien en 2017 : quelle ironie de l’histoire !

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