Quelques remarques sur le Centralisme Démocratique et le Parti Communiste Français

, par  Hervé Fuyet , popularité : 6%

Le site Cocowikipedia (
https://cocowikipedia.org/index.php?title=CocoWikipedia:Accueil ) que je coordonne, dit à ce sujet :
( https://cocowikipedia.org/index.php?title=Centralisme_d%C3%A9mocratique )

« Le centralisme démocratique est le nom donné aux principes d’organisation interne utilisés par les partis politiques communistes, et le terme est parfois utilisé comme synonyme de toute politique léniniste à l’intérieur d’un parti politique. L’aspect démocratique de cette méthode d’organisation décrit la liberté des membres du parti politique de discuter et débattre des questions de politique et d’orientation, mais une fois la décision du Parti prise par un vote majoritaire, tous les membres sont censés défendre cette décision. Ce dernier aspect représente le centralisme. »

Comme Lénine l’a décrit, le centralisme démocratique se compose de "la liberté de discussion, l’unité d’action" [1]. Les statuts des organisations communistes ont généralement défini les principes clés suivants du centralisme démocratique :
« Élection de tous les organes du parti du bas vers le haut et renouvellement systématique de leur composition, si nécessaire. Responsabilité des structures du Parti vis-à-vis des structures inférieures et des structures supérieures.
Discipline stricte et consciente dans le Parti : la minorité doit suivre les décisions de la majorité, jusqu’à ce que la politique soit modifiée. Les décisions des structures supérieures sont obligatoires pour les structures inférieures. Coopération de tous les organes du Parti, de façon collective, à tout moment et, corrélativement, responsabilité personnelle des membres du parti pour les missions qui leur sont données et pour les affectations qu’ils créent eux-mêmes
. »

Le texte « Que faire ? » de 1902 est communément considéré comme le texte fondateur du centralisme démocratique. A cette époque, le centralisme démocratique était généralement considéré comme un ensemble de principes pour l’organisation d’un parti ouvrier révolutionnaire. Le modèle de Lénine pour un tel parti était le Parti social démocrate allemand.

La doctrine du centralisme démocratique a été l’une des sources de la scission entre les Bolcheviks et les Mencheviks. Les Mencheviks ont soutenu une discipline moins stricte du Parti dans le Parti social-démocrate russe en 1903, de même que Léon Trotsky dans « Nos tâches politiques » [2] bien que Trotski ait rejoint les Bolcheviks en 1917. Après la consolidation réussie du pouvoir par le Parti communiste après la révolution russe de 1917 et la guerre civile russe, la direction bolchevique, avec Lénine, a institué une interdiction des factions au sein du Parti communiste russe par la résolution n°12 du 10ème Congrès du Parti en 1921. Cette résolution a été adoptée dans la matinée du 16 Mars 1921 (Protokoly 1933 ed. 585-7, 1963 ed. 571-3). Les partisans de Trotsky prétendent parfois que cette interdiction était destinée à être temporaire. Mais il n’y a rien dans la discussion lors du 10ème Congrès du Parti suggérant que cette interdiction était destinée à être temporaire (Protokoly 1933 ed. 523-548). Le groupe du centralisme démocratique était un groupe au sein du Parti communiste russe qui préconisaient différentes conceptions de la démocratie pluraliste.

Sous Brejnev, le centralisme démocratique a été décrit, dans la Constitution soviétique de 1977.

Le centralisme démocratique en Union soviétique

Du temps de l’Union Soviétique, dans les années 1980, le centralisme démocratique [3] était perçu de la façon suivante :
« Principe de direction de la société socialiste, d’organisation et d’activité du parti communiste et de l’Etat soviétique. En U.R.S.S. et dans les autres pays socialistes, le centralisme démocratique est à la base de la direction du parti, de l’Etat et de l’économie nationale. Il s’exprime dans l’unité de deux principes d’organisation corrélatifs : la démocratie et le centralisme. La démocratie suppose l’élection des organes dirigeants, leur responsabilité devant les masses et l’obligation de rendre compte à celles-ci de leur activité. Le centralisme, c’est l’application d’une politique unique, la subordination des organismes inférieurs aux organismes supérieurs, de la minorité à la majorité. Le centralisme démocratique allie à la direction unique les initiatives et l’activité créatrice à la base, la responsabilité de chaque organisme de l’Etat et de chaque fonctionnaire pour les tâches dont ils sont chargés. »

Le principe du centralisme démocratique centralisme permet d’orienter le développement social vers les objectifs fixés, d’harmoniser les intérêts locaux et ceux de l’Etat. Le perfectionnement de la structure d’organisation et des méthodes de direction entraîne une consolidation des deux composants du centralisme démocratique : le centralisme se développe, faisant ainsi obstacle aux étroitesses locales et au compartimentage administratif, tandis que les principes démocratiques connaissent un développement qui stimule au maximum les initiatives à la base.

Le centralisme démocratique depuis la chute de l’Union soviétique :

La plupart des grands partis communistes conservent le principe du centralisme démocratique (Parti communiste chinois, Parti communiste russe, parti communiste du Viet Nam, Parti communiste de Cuba, Parti communiste grec, etc)

Le Parti communiste français a abandonné le principe du Centralisme démocratique à son 28ème Congrès en 1993 [4]

Voici l’argumentation qui a été utilisée :

Abandon du centralisme démocratique :

« Les fondateurs du Parti communiste ont choisi pour principe de fonctionnement le centralisme démocratique. Ce principe a permis de se dégager de la pratique profondément antidémocratique des "tendances" à laquelle il ne peut être question de revenir avec ses enjeux de pouvoir et ses compromis entre leaders qui cristallisent les positions et conduisent à ce que les adhérents n’ont pas de prise réelle sur les choix de leur propre parti et à ce que les électeurs n’ont aucune assurance que les engagements qu’ils prennent seront tenus.
Mais il correspond à une conception du combat révolutionnaire qui fut celle du Parti communiste, qui n’est plus la sienne, et qui doit aujourd’hui être pleinement dépassée : celle qui attribuait à ce parti un rôle de direction de la transformation sociale et mesurait sa capacité de jouer ce rôle à son unité de pensée et d’action autour de la ligne politique décidée centralement.
Cette conception conduisait à confondre unité et uniformité et donc à considérer comme des adversaires potentiels, à combattre, à mettre à I’écart des communistes sincères qui n’étaient pas d’accord avec cette ligne et le disaient. Le Parti communiste, ses militants le regrettent et ne veulent plus que de tels faits puissant se reproduire.

Certes, l’application concrète de ce principe a beaucoup varié selon les époques. II fut un temps où la direction du Parti exerça sur celui ci un pouvoir outrepassant celui que le centralisme démocratique lui conférait. Inversement, son renouvellement a amené dans les faits le Parti communiste à s’éloigner de plus en plus de ce principe, notamment à partir du 25ème Congrès en 1985, lorsque fut décidé de distinguer les positions prises dans la tenue et la conclusion des débats politiques et les critères d’élection des dirigeants.

La volonté politique qui marqua le 27ème Congrès en 1990 de "travailler ensemble" à tous les niveaux du Parti entre communistes tels qu’ils sont, donc de sensibilités et d’opinions différentes, à constitué un tournant irréversible. Cette volonté à impliqué que le respect d’autrui, la totale liberté de ton, l’écoute mutuelle président aux rapports entre les adhérents, et que ceux-ci deviennent de mieux en mieux les maîtres de leur parti.

A son 28ème Congrès, le Parti communiste décide de tirer toutes les implications de ces évolutions. Il appelle tous ceux qui ont été membres du Parti communiste français ou qui se considèrent communistes de cœur à prendre ou à reprendre leur place au sein du PCF pour contribuer à son activité et à son renouvellement. Parce qu’il considère que c’est dans la démocratie, c’est-à-dire l’intervention consciente du peuple, de chaque individu, que réside la solution aux problèmes posés, il adopte des règles de vie entièrement conçues pour libérer les capacités d’initiative et de créativité des communistes, pour dépasser la coupure omniprésente dans notre société entre ceux qui décident et ceux qui exécutent, dirigeants et dirigés. » [5]

Notes et références :

(http://publ.lib.ru/ARCHIVES/K/KPSS/_KPSS.html#010) Transcript of 10th Party Congress, 1933 edition (in Russian)
• Transcript of 10th Party Congress, 1963 edition (in Russian). (http://vkpb2kpss.ru/book_view. jsp ?idn=002410&page=571&format=djvu)
• On Democratic-Centralism & The Regime (http://www.marxists.org/archive/trotsky/1937/xx/democent. htm) Leon Trotsky.
• Notes on democratic centralism (http://www.marxists.org/archive/cliff/works/1968/06/democent.htm) Tony Cliff, June 1968.
• Bolshevism, Fraudulent Practice Of Democratic Centralism (http://www.weisbord.org/Fraudulent.htm) Albert Weisbord, 1976.
• On Democratic Centralism (http://www.plp.org/pl-magazine/selections/democent.html) PL Magazine, 1982.
• Democratic Centralism (http://www.etext.org/Politics/MIM/wim/democent.html) MIM Notes 51, April 1991
• On democratic centralism (http://www.sa.org.au/index.php?option=com_content&task=view&id=74& Itemid=124) Mick Armstrong, 2000.
• Democratic Centralism (http://www.marxists.org/glossary/terms/d/e.htm) Glossary of Terms on http:// www.marxists.org

Cet abandon du Centralisme démocratique par le PCF a généré diverses réactions. Le lien suivant permet de consulter certaines d’entre elles dont nous ne partageons pas forcément les conclusions

https://lepcf.fr/spip.php?page=recherche&recherche=centralisme+d%C3%A9mocratique

Paradoxalement, cet abandon du centralisme démocratique par le PCF, qui tout en gardant l’étiquette communiste, était devenu dans les faits un parti social démocrate réformiste, a permis le développement, à l’intérieur du PCF réformiste, d’un courant de pensée révolutionnaire, conscient de l’importance primordiale du socialisme aux caractéristiques de la Chine dans la mondialisation. Le lien suivant permet de consulter plusieurs articles sur le sujet :

https://lepcf.fr/spip.php?page=recherche&recherche=Chine

C’est l’influence grandissante de ce courant de pensée révolutionnaire à l’intérieur d’un PCF réformiste qui a permis, après divers compromis avec d’autres courants de pensée du PCF, l’élection de Fabien Roussel en remplacement de Pierre Laurent.
https://lepcf.fr/spip.php?page=recherche&recherche=FVRPCF

https://lepcf.fr/spip.php?page=recherche&recherche=Roussel

La première visite officielle de juillet 2019 en Chine de Fabien Roussel montre un infléchissement positif de l’attitude du PCF envers la Chine socialiste.

https://www.facebook.com/Particommuniste/posts/2275738525873429?comment_id=2280738902040058

http://french.cri.cn/interview/list/714/20190730/323522.html?fbclid=IwAR0S96d_VrxSWZhX_iD6Cs_KtMNDV5pr4Buhyy_8fsnv9JNucpNrdDLR9ew

Le Centralisme démocratique est un outil à évaluer selon le contexte

Les travaux du grand psychiatre communiste et ami de la Chine socialiste, Hervé Hubert, montre que le centralisme démocratique est un outil qui ne fonctionne que dans le cadre d’un transfert social positif.

https://cocowikipedia.org/index.php?title=Transfert_social

Le transfert social [6] est un outil psychanalytique conçu par Hervé Hubert (Hervé Hubert, Psychiatre des Hôpitaux, Psychanalyste,Chef de service, Docteur en Psychanalyse, Docteur en Psychologie ) à partir du texte de Freud « Psychologie des foules et analyse du moi » [7], remanié par les apports de Lacan et Marx.

Il repose sur le fait qu’un individu tout seul cela n’existe pas, paraphrasant ainsi le pédiatre et psychanalyste Winnicott à propos des bébés « Un bébé tout seul cela n’existe pas ». Il s’appuie également sur la VIème Thèse sur Feuerbach qui indique que l’essence de l’homme est dans les rapports sociaux « (…) Mais l’essence de l’homme n’est pas une abstraction inhérente à l’individu isolé. Dans sa réalité, elle est l’ensemble des rapports sociaux. » [8]. Un individu est un être social pris dans un mouvement transférentiel avec les autres individus dans le cadre des rapports sociaux de production.

Le terme psychanalytique de transfert a pour base un mécanisme de déplacement. La personne en psychanalyse déplace sur le psychanalyste des sentiments authentiques (amour, haine, ignorance) et produit un savoir inconscient par son dire sur le divan, associant librement des mots, des images, des sensations de corps. Le produit du transfert est une circulation de mots, d’images, de sensations de corps et cela circule dans l’affect qui vectorialise le processus. Cela met en évidence le nouage inconscient qui organise le mouvement social d’une personne, nouage entre mot-image-sensation de corps. Freud note dans son travail à plusieurs reprises qu’il y a un transfert commun qui fonctionne dans la société entre les individus. Lacan confirmera ce point de vue. Ce qui est à noter est le texte qu’il écrit en 1921, déjà cité, « Psychologie des foules et analyse du moi » et qui considère en partie l’individu comme social. Ce texte de Freud est sans doute le plus proche de l’œuvre de Marx. Il analyse en effet dans cet ouvrage les rapports existant dans le groupe social, entre les individus entre eux, ce que Hervé Hubert appelle transfert horizontal, ainsi que les rapports entre le groupe et un meneur, ce que Hervé Hubert appelle transfert vertical. Freud étendra ce mécanisme envers le meneur aux rapports entre le groupe social et donnera les exemples de l’Eglise ou de l’Armée.

Transfert social et Transfert commun

Hervé Hubert substitue le terme de transfert social à celui de transfert commun pour éclairer les rapports décrits par Freud. Ce dernier parle en effet dans ce texte d’angoisse sociale, de pulsion sociale, mais reste enfermé dans le concept psychanalytique d’identification. Hervé Hubert invente ce terme de transfert social dans le même mouvement où, suivant Lacan, il introduit Marx dans le champ concret de la psychanalyse, celui de la pratique de transfert dans la société. Hervé Hubert fait mention de ce concept pour la première fois dans l’article « Déchéance de nationalité et plus-de-jouir » in Lemonde.fr paru le 25/08/2010. Cet outil du transfert social est simple, composé dans sa géométrie d’une verticale et d’une horizontale. La verticale fait fonctionner le groupe social qui se situe sur l’horizontale en reliant tous les membres du groupe en un point unique (meneur, Eglise, Armée) Ce point unique recouvre un trou fondamental. Si on enlève ce qui fait tenir la verticale, les éléments sur l’horizontale se délient, l’ensemble du groupe social se défait transitoirement en particules séparées par des trous. Il se produit un dé-nouage, un dénouement. Ce transfert a toutes les caractéristiques du transfert psychanalytique, seuls la situation et le maniement de l’outil sont différents de ce qui ressort de l’expérience psychanalytique. Le transfert social fait fonctionner des valeurs sociales dans les groupes et devient de fait déplacement de valeur de jouissance, convoquant le rapport à la vérité, au savoir et ses différents modes de négation dans le collectif (le déni étant le mode le plus fréquent de négation de savoir). L’apport de Marx est décisif pour donner toute sa mesure à l’analyse du déplacement de jouissance, du transfert social de jouissance sociale.

Transfert social 1

La jouissance est ici à entendre sous la forme juridique du droit : le droit à jouir d’un bien social par exemple, avoir possession d’un bien social (la santé par exemple) Marx est le premier psychanalyste de l’Histoire : il analyse les rapports sociaux de production et montre la duperie qui l’organise dans les rapports de classe et d’exploitation. Il met en évidence dans le Capital les ressorts de la duperie, la mystification et le fétichisme liés à la mise en rapport des marchandises avec le profit. Il y a une place homologique entre cette duperie sociale et la duperie du fantasme produite dans la cure psychanalytique, où il conviendra de saisir la construction du transfert, qui se produit entre le psychanalyste et le psychanalysant, dans son point d’arrivée à ce qui a dupé la personne jusqu’alors dans sa vie dans son rapport à son désir et sa jouissance propres. Dans le transfert de la cure, l’analyste prend la place de déchet à mettre à la poubelle, résultat du vidage de ce qui pousse un humain à jouir dans son rapport aux autres et à lui-même. Quelque chose est tombé dans le transfert et cela renverse et oriente l’éthique.

Bascule transférentielle

Quelque chose est tombé, quelque chose s’est dénoué. Cette logique de bascule transférentielle et de dénouement peut nous éclairer de façon décisive dans l’issue révolutionnaire transformatrice du transfert social lorsqu’un changement d’ordre de jouissance sociale se produit sous la pression de la tromperie, de l’humiliation et de l’angoisse sociale en rapport avec la privation sociale et la déchéance sociale qui l’accompagne. C’est là où se produit l’articulation avec la Révolution. Dans le transfert social, la tromperie (rapport à la vérité) et l’humiliation sociales (castration) vont être des moteurs essentiels dans ce qui pousse au niveau social vers un changement lorsqu’une privation sociale devient un fait social majeur (crise). Ce changement n’est pas nécessairement une révolution socialiste mais peut-être l’arrivée du fascisme ou du nazisme. Ainsi l’angoisse sociale peut ébranler ce qui fonctionne comme garantie entre les deux axes transférentiels, et Hitler a su transférer son plus de jouir barbare pour sortir d’une position de déchéance, de privation et faire circuler la valeur de la race [9].

Cela relève du mécanisme transférentiel qui met en fonction la supposition et l’attribution dans ce qui fait signification quant à un drame social. Face à un drame social, une privation sociale, différentes suppositions individuelles et collectives vont venir faire tentative de signification. Il y aura des oscillations entre des extrêmes et puis pour faire cesser ces oscillations et suppositions une attribution sera effectuée au niveau de l’intention de tromper et détruire une puissance. Ainsi Hitler après différentes phases contradictoires de la pensée va basculer du côté de l’antisémitisme et de l’anticommunisme. Il estime que dans le contexte de déchéance sociale de 1924 en Allemagne, après l’humiliation subie par le peuple allemand à l’issue de la première guerre mondiale, une séparation avec cet état de privation insupportable est nécessaire. Il se dit dupé par la social-démocratie qui trahit les idéaux politiques qui lui sont attribués ; il se sent également dupé par les Juifs qui tromperaient sur leur civilité allemande, restant dans leur jouissance à part "juive".

C’est donc à partir des moments de bascule dans un rapport à la déchéance d’une fonction sociale pour un individu ou pour un groupe que la psychanalyse liée au transfert social pourra éclairer une logique inconsciente. Il s’agit ainsi de contribuer à l’enjeu énoncé par Marx d’analyser la Raison et son irrationalité. Cette irrationalité est en correspondance avec les termes d’inconscient, de passions qui s’articulent à ceux de pulsion et de puissance. La question du meurtre est ainsi centrale. Des actes historiques peuvent ainsi être analysés dans leur dimension de transfert social, complémentaire d’autres analyses. La décapitation du Roi Louis XVI qui instaure la République en France, "tranche" le lien entre le pouvoir concret du pouvoir sur un peuple et le transcendantal divin : le pouvoir de Droit Divin. Les effets sociaux concernant la Terreur ou la naissance de l’Etre Suprême ou la Déesse Raison sont des effets de dé-nouage de la place sociale et de la fonction sociale de Dieu. Lorsqu’il y a faillite du pouvoir social en cas de crise dans une société libérale comme en 1929, l’angoisse sociale est importante. La fonction d’une valeur, l’argent, est en faillite et marque l’impuissance de l’individu. Elle marque aussi la jouissance abusive de certains propriétaires du Grand Capital. La mise en circulation par le nazisme des valeurs

Transfert social 2

"Sang" et "race" viennent mettre en place un nouveau nouage, permettant face au dénouement (dé-nouage) tragique prévisible, d’anticiper et d’avoir l’illusion d’une puissance. La tromperie et l’humiliation portées par la Social-Démocratie poussent à ces solutions barbares. Selon Hervé Hubert l’homologie avec la situation de 2015 en France, en Europe et aux Etats-Unis d’Amérique est frappante. Le pouvoir social ne se résume pas à la vulgarité du concept de pouvoir d’achat, il est aussi un "pouvoir faire" pour l’individu dans le socius, pouvoir faire selon ses besoins, ses désirs, ses vœux de création.

La célèbre question « Que faire ? » posée par Lénine qui revient régulièrement dans notre actualité a aussi cette portée. Il est important de saisir le transfert historique grâce à l’outil proposé et son corrélat de nouage.

Nouage transidentitaire

Selon Hervé Hubert, un autre exemple est la situation transidentitaire. Le transfert social permet de saisir la logique qui fait obstacle puis passage vers un nouage mot-image-corps, à savoir pour les MTF, passage du nouage hommeimage masculine – trait corporel viril au nouage femme-image féminine- trait corporel féminin. C’est lorsque la valeur dite virile ne fonctionne plus que le passage transférentiel peut se produire vers un autre nouage où la valeur dite féminine fonctionne. La personne MTF fabrique un nouveau nouage avec l’abolition du nouage ancien et ainsi un nouvel ordre de jouissance se met en place, l’ordre fonctionnant comme un nouage si nous suivons Lacan. Pour les FTM le nouage est inversé. Cette conceptualisation permet de donner des bases d’appui transférentiels dans les passages transidentitaires et offre des outils d’analyse à ce qui marque de façon claire la psychiatrisation de différences parmi les humains

Nouage de civilisation

La question du nouage et de l’ordre peut se transposer au niveau collectif et politique L’acte révolutionnaire de Lénine en 1917 sera de mettre en place un autre rapport à la jouissance sociale dans le cadre de la lutte des classes. Selon Hervé Hubert, il y aura avant qu’un autoritarisme ne se mette en place après la mort de Lénine, des effets d’un nouveau nouage avec la création de l’Union Soviétique, qui a dans sa constitution, sa consistance et sa formulation même, l’idée de nouage. Il y aura ainsi des transferts sociaux émancipateurs souvent méconnus avec une révolution sexuelle, la mise en place de centres psychanalytiques gratuits, la perspective d’inventer un rapport transférentiel de peuple vers la création artistique (Pour ce dernier point l’influence de Gorki et de Loucharnasky sera importante).

Selon Hervé Hubert, saisir avec le concept de transfert social, l’échec de cette émancipation puis son effondrement en 1991 paraissent d’une grande importance dans la proposition nécessaire d’abolir le capitalisme. Multiples pertinences du concept de transfert social Pour Hervé Hubert, les pertinences du concept de transfert social sont donc multiples et les perspectives de son utilisation opérationnelle peuvent toucher différents champs : la pratique psychanalytique bien sûr mais aussi, l’Histoire et le Matérialisme Historique, la Philosophie et le Matérialisme Dialectique, l’Esthétique, la Sociologie, l’Economie, l’Ethique, l’Epistémologie.

Liens et documents externes :
http://www.legrandsoir.info/bonnes-fetes-de-faim-damnee.html
http://www.legrandsoir.info/penser-le-defaut-de-civilisation-capitaliste-aujourd-hui-avec-georges-politzer.html
http://www.legrandsoir.info/hugo-chavez-un-transfert-historique.html
Sources et contributeurs de l’article "Transfert social" : https://cocowikipedia.org/index.php?oldid=12213
Contributeurs : Hervacacia, Hervé Hubert-Klein, Zenshine

Selon moi, dans la perspective d’Hervé Hubert, le culte de la personnalité est une dérive du transfert social qui affaiblit l’aspect rationnel du centralisme démocratique, alors que le transfert social positif est nécessaire à la viabilité du centralisme démocratique.

Débat Alain Badiou/Georges Gastaud du PRCF - Combat de coqs ou version marxienne moderne d’un débat scolastique ?

https://www.initiative-communiste.fr/articles/culture-debats/georges-gastaud-repond-a-alain-badiou-renaissance-communiste/

Ce long échange lourd de pédanterie s’apparente à la fois à un combat de coq et à une version marxienne moderne d’un débat scolastique. Il se conclut par une méconnaissance commune du socialisme aux caractéristiques de la Chine :

– Quel regard portez-vous sur la Chine d’aujourd’hui ?

Alain Badiou – Grâce à l’héritage de l’époque maoïste : un système éducatif efficace

Georges Gastaud : mais largement devenu… payant, hélas, à la suite des réformes de Deng, sans parler des universités !

Alain Badiou – suite – un secteur scientifique performant, l’habitude de la discipline au travail (que n’avaient pas, longtemps avant le socialisme, les constructeurs de la Grande Muraille ?), un socle industriel solide, une main d’œuvre d’origine paysanne en quantité illimitée, un Etat-Parti bien installé (qu’est devenu dans cette analyse le « feu sur le quartier général » maoïste ?), autoritaire et respecté, la Chine a pu se lancer dans le développement capitaliste avec des chances importantes de succès. La maxime “dialectique” de Deng Xiaoping [secrétaire général du Parti communiste chinois (PCC) de 1956 à 1967, violemment attaqué par les gardes rouges pendant la Révolution culturelle, ndlr] : « La première étape du socialisme, c’est le capitalisme », comme son dicton favori selon lequel la seule vérité, c’est le développement, ont donné le "la" de brillantes années de réussite et d’accumulation primitive. La Chine est devenue un pays capitaliste qui mixte et organise un capitalisme de milliardaires et un capitalisme d’État, une puissance concurrentielle et féroce, qui se bat jusqu’en Afrique, tout comme le font Français, Anglais, et Américains, pour le pillage et les débouchés, mais avec un style un peu nouveau, un impérialisme plus avisé.

Georges Gastaud – Sans partager toutes ces formulations quelque peu péremptoires, qui font l’impasse sur le fait que, pour le moins, la contre-révolution n’est pas achevée en Chine, pas plus qu’elle n’était achevée sous Brejnev et qu’il a fallu pour cela la contre-révolution eltsinienne, on peut apprécier l’effort d’A. Badiou pour montrer la réalité chinoise actuelle dans sa complexité.

Suite Alain Badiou – Quel est l’avenir de tout cela ? Probablement, comme en 14, la guerre. Tout le monde, du reste, la prépare. Nous ne pouvons que nous replier sur la maxime de Lénine : « Ou bien la révolution (je dirais plutôt ici "la politique communiste") empêchera la guerre, ou bien la guerre provoquera la révolution ». Espérons que ce sera la première hypothèse, mais le temps presse…

Georges Gastaud – Et si déjà, concrètement, on combattait la guerre mondiale impérialiste qui approche à grand pas et qu’on remette en pratique, contre Macron, contre l’UE atlantique, contre le fascisant et irresponsable Trump, le slogan de Liebknecht, « l’ennemi principal est dans ton propre pays »… En ajoutant à ce slogan, pour se distinguer du social-impérialisme européen et de ses fariboles sur « l’Europe sociale, pacifique et démocratique » : « et sur ton propre continent », ne serait-ce que pour ne pas implicitement préférer la gentille – mais incurablement impérialiste – Europe germano-centrée, servilement suivie par le pouvoir macronien, aux méchants Etats-Unis trumpistes ? La révolution, on la prépare en combattant la contre-révolution ici et maintenant, et l’une de ses formations étatico-continentale majeure qui est l’UE supranationale. Certes la révolution peut empêcher la guerre impérialiste qui accourt. Mais inversement pour hâter la révolution au lieu de l’attendre eschatologiquement, rien de tel que de combattre la guerre impérialiste et ses infrastructures étatiques et transétatiques, au centre desquelles se trouve ce « partenaire stratégique de l’OTAN » que se veut très officiellement l’UE. Et si nous réclamions tous ensemble, non pas l’inepte "révolution européenne", qui oublie que les « Etats-Unis d’Europe » ne sauraient être sous le capitalisme, selon la démonstration classique de Lénine, « que réactionnaires ou utopiques », mais le Frexit progressiste, antifasciste et internationaliste en tant qu’il peut ouvrir, à l’initiative du prolétariat, une dynamique nationale, voire continentale de rupture avec le capitalisme ? D’autant que, même si une large partie de l’extrême gauche feint de l’ignorer, le parti lepéniste a largement tombé le masque "eurosceptique" en se ralliant quasiment à l’euro et à l’UE entre les deux tours de la présidentielle…

Gastaud et Badiou, alliés objectifs de l’impérialisme occidental :

En s’attaquant au socialisme aux caractéristiques de la Chine, soit au chef de file de la lutte contre l’impérialisme occidental, nos deux compères, Gastaud et Badiou se situent, objectivement, en dépit de leurs déclarations "franchement communistes", du côté de l’impérialisme occidental. Car comme le disait bien Elsa Triolet, une barricade n’a que deux versants !

Or pour en revenir au centralisme démocratique, l’objet de nos remarques, le PRCF est un fervent partisan du centralisme démocratique, pour renforcer ses analyses... qui confortent objectivement l’impérialisme occidental !!! https://www.initiative-communiste.fr/articles/prcf/pour-le-centralisme-democratique-par-georges-gastaud-video/

Cela montre bien qu’on ne peut pas évaluer le centralisme démocratique en dehors de son contexte d’application.

Rebâtir un contexte dans le PCF et dans le journal L’Humanité y rendant souhaitable le rétablissement du centralisme démocratique !

Nous soutenons les efforts du réseau FVRPCF (http://lepcf.fr/) visant à rétablir dans le PCF et dans le journal L’Humanité une vision objective et factuelle des faits, en particulier en ce qui concerne le socialisme aux caractéristiques de la Chine.
Des indices laissent espérer que nous sommes dans la bonne direction. Mais rien n’est encore gagné et les tenants de la mutation engendrée par Buffet et Hue sont encore puissants dans le PCF.
L’article suivant de l’Humanité sur Hong Kong le montre bien :
https://www.humanite.fr/hong-kong-face-une-revolte-qui...

Par contre, le soutien précautionneux, mi figue mi raisin, de Dominique Bari aux routes de la soie est encourageant ; « L’ambition de créer une communauté de destin pour l’humanité est-elle utopique ou saura-t-elle, si les forces du progrès y participent activement, donner toute sa mesure pour inventer la suite de l’histoire et non plus d’en décréter la fin ? C’est le grand enjeu des routes de la soie ».
Si Dominique Bari dit cela en France (et pas seulement à Beijing) sur le magazine officiel du PCF (Cause Commune : http://66.pcf.fr/112363), il y a vraiment de l’espoir !

[3Onikov et N. Chichline, Petit dictionnaire politique, Editions du Progrès, Moscou, 1980, 1982 pour la traduction française, p.50.

[4Article : Le centralisme démocratique doit aujourd’hui être abandonné car c’est la condition nécessaire pour développer la capacité d’ouverture des communistes sur le fond, vers les cellules (Humanité, 21-06-1993)

[5Extraits du document « Le Manifeste » au 28ème congrès de 1994 : http://reveilcommuniste.over-blog.fr/article-24975910.html

[6« Déchéance de nationalité et plus-de-jouir in Lemonde.fr paru le 25/08/2010

[7Freud S, Massenpsychologie und Ich-Analyse, 1921

[8Marx K., Engels F., L’Idéologie allemande, 1ère partie « Feuerbach », Editions sociales, Paris, 1966

[9Hubert H., Déchéance de nationalité et plus-de-jouir, Le Monde.fr 25 août 2010

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  • (2002) Lenin (requiem), texte de B. Brecht, musique de H. Eisler

    Un film
    Sur une musique de Hans Eisler, le requiem Lenin, écrit sur commande du PCUS pour le 20ème anniversaire de la mort de Illytch, mais jamais joué en URSS... avec un texte de Bertold Brecht, et des images d’hier et aujourd’hui de ces luttes de classes qui font l’histoire encore et toujours...

  • (2009) Déclaration de Malakoff

    Le 21 mars 2009, 155 militants, de 29 départements réunis à Malakoff signataires du texte alternatif du 34ème congrès « Faire vivre et renforcer le PCF, une exigence de notre temps ». lire la déclaration complète et les signataires

  • (2011) Communistes de cœur, de raison et de combat !

    La déclaration complète

    Les résultats de la consultation des 16, 17 et 18 juin sont maintenant connus. Les enjeux sont importants et il nous faut donc les examiner pour en tirer les enseignements qui nous seront utiles pour l’avenir.

    Un peu plus d’un tiers des adhérents a participé à cette consultation, soit une participation en hausse par rapport aux précédents votes, dans un contexte de baisse des cotisants.
    ... lire la suite

  • (2016) 37eme congrès du PCF

    Texte nr 3, Unir les communistes, le défi renouvelé du PCF et son résumé.

    Signé par 626 communistes de 66 départements, dont 15 départements avec plus de 10 signataires, présenté au 37eme congrès du PCF comme base de discussion. Il a obtenu 3.755 voix à la consultation interne pour le choix de la base commune (sur 24.376 exprimés).