Texte de contribution pour le 36ème Congrès du PCF

Quand le « choix des Lumières » n’éclaire pas les lanternes ! Réponse à Patrice Bessac sur la partie intitulée « Déracialiser le débat français : le choix des Lumières »

, par  Peggy Cantave Fuyet , popularité : 2%

Les mesures compensatoires et le PCF

D’abord, il me semble qu’il vaut mieux essayer d’analyser une situation concrète en la replaçant dans son contexte historique, économique, politique, géographique, etc.

La diversité ethnique et culturelle existe en France et c’est un fait. Selon moi, il ne s’agit pas d’inventer des catégories sorties de nulle part, ni de « valider » quoi que ce soit.
Quant au terme « discrimination positive », c’est un terme hautement discutable qui devrait, à mon sens, être rayé de notre vocabulaire tant le terme en lui-même est péjoratif. Il ne s’agit pas de discriminer les uns en faveur des autres, mais bien d’utiliser des mesures concrètes pour tenter de pallier à des injustices qui existent de fait dans la société. Ce sont donc des mesures compensatoires et non pas discriminatoires dont il s’agit en réalité !

Est-ce que je « pose, valide, circonscrit » le fait de l’existence des femmes ? Pourtant, elles bénéficient (pas assez d’ailleurs !) de mesures compensatoires telles que la parité, pour tenter d’enrayer une injustice qui existe de fait. Est-ce qu’alors on appelle cela de la discrimination ? Dans ce cas, pourquoi quand il s’agit des personnes de couleurs ou issues des classes populaires, voire souvent des deux, appliquer des mesures compensatoires serait discriminatoire ?

Il ne s’agit pas d’opposer les uns aux autres, mais bien de lutter contre ces injustices qui touchent un bon nombre de personnes qui appartiennent objectivement à des catégories diverses. Est-ce que ce sont les femmes, les personnes de couleur et les classes populaires qui souhaitent être cantonnées dans des catégories ou est-ce la société qui, la plupart du temps, les y enferme ? Je pense qu’il faut poser les questions dans le bon sens ! A qui la faute ? Pourquoi jeter la culpabilité sur les victimes d’une société qui stigmatise ? Ne faudrait-il pas plutôt réfléchir à la façon la plus efficace de diminuer les injustices qui sont faites envers certaines catégories de la population (classes populaires, femmes, personnes de couleurs, Musulmans, etc. ) ?

Si on ne veut pas que certains se referment sur eux-même, il ne faut pas qu’ils se sentent rejetés par la société comme des citoyens de seconde zone parce qu’ils sont de telle ou telle couleur, qu’ils pratiquent telle ou telle religion, qu’ils viennent de tel ou tel milieu social, etc. Ne peuvent-ils pas être considérés comme des « Français à part entière » au lieu d’être considérés comme des « Français entièrement à part » (clin d’oeil à Aimé Césaire). 

Dire que la « Gauche » fait simplement le contraire de la « Droite », c’est aller un peu vite en besogne, me semble-t-il ! D’une certaine façon, je dirais « tant mieux » ! 

Demandons-nous plutôt si, au PCF, nous avons trouvé la bonne façon de faire. Prenons-nous vraiment cette question au sérieux ? Combien de temps, combien d’argent met-on pour accueillir au Parti ces catégories de personnes qui sont stigmatisées au jour le jour telles que les personnes de couleurs, les personnes issus de milieux populaires, les ouvriers, etc.? A-t-on formé un groupe qui s’occupe essentiellement de ces questions ? Est-ce que nous ne gagnerions pas à faire plus d’effort en ce sens ? Ne serions-nous pas plus au fait des difficultés rencontrées par ces catégories de personnes et moins déconnectés de certaines réalités si nous avions plus de personnes issues de ces catégories dans notre Parti ? N’est-ce pas essentiel de renouer avec ces populations dont une bonne partie ne sait pas vers qui se tourner, et qui parfois trouvent refuge dans des branches religieuses fondamentaliste ou des partis ou groupuscules politiques d’extrême-droite ?

Discriminations, lutte des classes et capitalisme

Concernant la « lecture de classe », la lutte de classe, pour faire simple, existe toujours qu’on l’admette ou non ! Il faudrait m’expliquer en quoi les divers groupes, dits « nouveaux » (ce en quoi je ne vois pas vraiment de nouveauté) tels que les femmes, les immigrés, les habitants des banlieues, les associations ethno-culturelles, seraient nouveaux ! Avant 1981 les femmes, les immigrés, les habitants des banlieues, les associations ethno-culturelles n’existaient-ils pas ? Ces populations ne font-elles pas partie du combat de classe qu’elles mènent chacune de façon spécifique ?

En quoi ces groupes seraient-ils des alliés objectifs du capitalisme ? Le capitalisme ne s’est-il pas d’abord engraissé sur leur dos (Esclavage, guerres coloniales et colonisation, exploitation des travailleurs, pillage des richesses de pays d’Afrique, d’Asie, etc.) ?

C’est le capitalisme qui a mené et qui mène encore à la situation sociale que l’on connaît aujourd’hui en France et dans le monde. Une association comme le CRAN ( Conseil Représentatif des Associations Noires) n’aurait pas besoin d’exister si les personnes de couleur noire n’étaient pas victime de discrimination et de racisme ! Pourquoi est-ce que ce problème existe encore de nos jours en France ? Le racisme d’aujourd’hui n’est-il pas l’héritage du passé esclavagiste et colonial de la France ? 

J’irais même plus loin, qui sont les véritables alliés objectifs du capitalisme ? N’est-ce pas plutôt ceux qui disent que le combat de classe n’existe plus ? N’est-ce pas ceux qui prônent les interventions militaires (souvent camouflées sous le prétexte de « devoir d’intervention humanitaire ») pour imposer la « démocratie » et les « Droits de l’Homme » (Droits humains seraient plus approprié) là où, jadis on allait « civiliser les barbares » ?

Quant à la référence au « Choc des civilisations », je dirais que, pour un Communiste, elle est mal venue... La constitution d’associations sur des bases ethnique, culturelle, etc. n’a rien à voir avec une soit-disant « réplique interne du choc des civilisations » (Est-ce que les associations de la communauté française à Montréal, New-York ou Shanghaï, doivent elles aussi être considérées comme des « répliques internes du chocs des civilisations » ? ). Reprendre la thèse diffusée par Huntington, n’est-ce pas là se faire l’allié objectif du capitalisme qui aime « diviser pour régner » ?

Que veut dire « revenir aux Lumières » ? Éclairez « mes » lanternes pour ne pas faire un mauvais jeu de mots ! En effet, à l’époque des Lumières, la traite négrière transatlantique allait « bon train », pour ne pas dire « en bateau », y compris dans les colonies françaises. Vous me direz, les esclaves n’étaient ni considérés comme des Français, ni même comme des êtres humains, mais enfin, il s’agit bien de la même époque dont nous parlons, n’est-ce pas ? Bref, revenons à nos moutons ! 

Qui divise vraiment la société française et dans quel but ? Est-ce vraiment les catégories et groupes stigmatisés ou ne serait-ce pas plutôt le système capitaliste qui engendre des politiques d’exclusion (Par exemple, qui est-ce qui crée le chômage pour faire baisser les salaires et augmenter la concurrence entre les travailleurs ? Le sans-papier qui accepte d’être payé encore moins cher est-il coupable ou victime d’un système économique qui contribue à l’appauvrissement de son pays qu’il a quitté en rêvant de jours meilleurs ? Le « Français de souche » qui n’a pas décroché l’emploi qu’un sans-papier occupe à sa place est-il coupable ou victime lorsqu’il vote Marine Le Pen ? Et on pourrait énumérer beaucoup d’autres situations de ce genre.) ?

Mesures compensatoires : outil de l’intérêt général

Appliquer des mesures compensatoires c’est permettre une certaine égalité et non pas discriminer. La discrimination, c’est de ne pas le faire ! Croire que nous sommes tous égaux, c’est faire du « Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles » (clin d’oeil au Candide de Voltaire) ! Dans la société d’aujourd’hui, l’égalité réelle, et non pas seulement l’égalité formelle, ne pourra être réalisée que grâce à certaines mesures compensatoires. Sinon, l’égalité reste un mythe pour certaines catégories de la population.

Ne pas tenir compte des origines, de la couleur de la peau ou de l’appartenance de classe, c’est bien pour celui ou celle qui n’en souffre pas ! Mais pour celui ou celle qui en souffre, voire même qui cumule les « handicaps ou désavantages » (ce qui est fréquent), les mesures compensatoires peuvent être fondamentales, car elles peuvent lui donner la chance d’être justement enfin sur un pied d’égalité avec d’autres.

L’hypocrisie est de ne pas tenir compte de ce ou de ces « handicaps ou désavantages » que certaines personnes ont par rapport à d’autres. « L’égalité fantasmée », c’est la négation de cette inégalité de fait et non pas le contraire ! On devrait prôner : « A capacité égale, chance égale » ! Or, pour l’instant, la réalité est toute autre. Dans ce cas, comment lutter contre la stigmatisation de certaines catégories de la population si on ne leur donne pas la chance de prouver leur compétences et si on ne tient pas compte des obstacles qu’ils ont eu à franchir ?

Par exemple, si une personne est noire, n’est-elle qualifiée que pour jouer au football, au basketball ou pour faire de l’athlétisme ? Pour faire simple, les Noirs ne seraient-ils bons que dans le sport, sous-entendu que la réflexion intellectuelle n’est pas faite pour eux ? Ils peuvent refuser qu’on leur colle cette étiquette, encore faut-il qu’on leur laisse la chance de prouver qu’ils savent faire autre chose !

Il ne faut pas sous-estimer la puissance de la représentation dans l’inconscient collectif des populations stigmatisées. Parvenir à être sportif de haut niveau et champion, c’est bien et c’est très difficile. En réalité, peu de gens en sont capables. Or, si les populations discriminées voit autant d’hommes et de femmes politiques de premier plan, de journalistes, de scientifiques, d’avocats, d’auteurs, d’enseignants, de médecins, d’acteurs, etc. reconnus, inconsciemment elles retiendront que ces domaines ne sont pas uniquement réservés à d’autres.
Elles pourront alors croire en leurs chances, malgré le fait qu’elles cumulent certains « handicaps ou désavantages » liés à leur condition sociale, origine ethnique, couleur de peau, religion, etc. 

En effet, un bon nombre des populations stigmatisées intériorisent le fait qu’elles ne sont pas faites, par exemple, pour les études, car c’est trop « intellectuel ». En ce sens, c’est nocif, car à partir du moment où on se croit incapable, on le devient ! C’est une perte pour la société qui aurait pu bénéficier des capacités de ces personnes douées qui s’ignorent et qui sont ignorées par la société. De plus, cela contribue à un certain sentiment d’infériorité, parfois à un dégoût de ce à quoi on a pas droit, voire même de ce que l’on est et que l’on représente. Cette suggestion aiguille le présent et le futur de la vie de ces personnes, et par la même occasion, influence également le présent et le futur de notre société.

Je ne pense pas que des mesures compensatoires pour les personnes de couleurs, les personnes issues de milieux populaires ou défavorisés, etc. empêcheraient le dialogue (L’application de la parité homme-femme a-t-elle empêché le dialogue ou n’a-t-elle pas au contraire fait progresser le débat et la situation des femmes ?). Je crois même que cela permettrait peut-être d’avoir plus de dialogue ! D’ailleurs, cela n’empêche en rien de lutter contre l’obscurantisme, contre l’extrémisme religieux ou politique, bien au contraire ! On évitera peut-être même à certains d’y être attirés !

L’universalisme doit être vu comme l’intérêt général. L’intérêt général est, entre autres, que notre société soit plus égalitaire et fraternelle. La fraternité est plus facile lorsqu’il y a l’égalité. L’égalité se gagne par des luttes et selon moi, les mesures compensatoires font parties de ce combat pour l’égalité. L’égalité des chances pour des catégories de la population qui vivent et ont vécu des discriminations, parfois dès la naissance, est un combat que l’on doit mener dans la société, comme dans notre Parti. Bien sûr, ce n’est pas facile à appliquer. Par exemple, une personne peut vivre une triple discrimination en tant qu’ouvrier, de couleur noire et femme.

Il faudra donc réfléchir à la façon la plus efficace et concrète de procéder. Bien entendu, les mesures compensatoires ne régleront pas tout les problèmes de discrimination et d’inégalité. Cependant, jusqu’à nos jours, les belles paroles sans action concrète ont-elles été plus efficaces ? Je crois fermement que cela vaut la peine d’être tenté et que c’est même essentiel. Malgré les difficultés que l’on risque de rencontrer, il faudra persévérer et redoubler d’effort, car comme on dit « A vaincre sans péril on triomphe sans gloire » (clin d’oeil au Cid de Corneille qui est de l’époque Classique, mais qui peut malgré tout nous apporter un peu de lumière !).

La devise de la République française de 1789 « Liberté, Égalité et Fraternité » (fraternité ayant été ajouté par un député noir d’Haïti, Jean-Baptiste Belley lors de la Convention) est une belle devise, encore faut-il qu’elle ne serve pas uniquement à faire de beaux discours ou à décorer les devantures d’écoles et de mairies...
Bien sûr, on peut ignorer l’Histoire, tenter de la falsifier, voire même de l’effacer, mais une chose est sure : l’Histoire, elle, ne nous oublie jamais...

Peggy Cantave Fuyet

Membre du Conseil départemental des Hauts-de-Seine et de la Section de Malakoff du PCF ; étudiante en master à l’Université du Peuple de Chine à Pékin.

Voir en ligne : P. Bessac - Un Congrès combatif pour le PCF, une nouvelle ambition pour le Front de gauche

Malgré mon éloignement géographique, j’ai tenu à contribuer au débat sur ce sujet qui me tient particulièrement à coeur. Il s’agit surtout de faire progresser le débat à l’intérieur de notre Parti comme dans la société française, étant donné que notre Parti a aussi vocation à transformer la société.

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