Quand le Front national prospère sur l’aveuglement d’une gauche bien-pensante

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Réflexion intéressante sur la fuite en avant de la "gôôôche" (j’y inclus la direction du Front de gauche...), pour qui finalement, la seule différence visible entre la gauche et la droite serait basée sur la façon de traiter de l’immigration et du racisme, accentuant cette fuite éperdue dans les bras de l’Union européenne loin de la nation ringardisée : c’est tout bénef pour le capitalisme, cela évite de parler de là où ça fait mal, la plus-value. Car vouloir toujours plus d’Union européenne avec notamment ce slogan d’"Europe sociale" vide de sens, c’est institutionnaliser le dumping social, c’est pouvoir utiliser l’immigration comme instrument de pression sur les salaires, c’est en finir avec la souveraineté nationale et donc la souveraineté du peuple, et c’est continuer de détruire le seul cadre de résistance qui vaille, la nation. Sans compter que l’Union européenne a fondamentalement été créée pour libérer le capitalisme de toute entrave à l’accumulation ! Que demandent de plus les patrons ?...

Pascal Brula


Depuis plus de trente ans, les résultats de l’extrême droite suscitent incompréhension et stupeur au sein d’une partie de la gauche, avec des relents de la lutte antifasciste d’antan dont des journalistes militants se veulent les nouveaux héros. Il ne suffit pas de dire et de répéter que Nicolas Sarkozy a repris les thèmes du Front national et veut récupérer ses voix, en mettant hors champ les thèmes et les électeurs en question, pour comprendre les conditions qui ont rendu possible la montée du FN.

Depuis les années 1980, les catégories ouvrières et populaires ont été les laissées-pour-compte d’une adaptation à une économie mondialisée régie par les lois du libre-échange. Les populations des anciennes régions industrielles ont vu leurs emplois disparaître au fil des ans, sans que les nouvelles activités puissent compenser les emplois perdus, les aides sociales et les formations proposées représentant un pis-aller à l’absence de travail. Des catégories entières de la population se sont retrouvées dans une situation de précarité et de déshérence. Mais la dégradation des conditions économiques et sociales n’explique pas tout : pourquoi le succès du Front national et non celui de l’extrême gauche, qui n’a cessé de critiquer le capitalisme et la "dictature des marchés", bien avant que Marine Le Pen se mette à dénoncer l’"hypercapitalisme", l’"hyperlibéralisme", l’"hyperclasse mondialisée"... ?

La fracture que le Front national exploite n’est pas seulement économique et sociale, elle est tout autant politique et culturelle. La mondialisation économique s’est accompagnée de bouleversements culturels qui ont désorienté une bonne partie de la société. A gauche, le "mouvement social" a succédé au "mouvement ouvrier" sous la forme d’un composite où les salariés des services publics, les "exclus", les "mal-logés", les "sans-papiers"... côtoient les étudiants, les écologistes, les femmes, les "gays, lesbiennes et trans", puis les "indigènes de la République", les "Noirs de France" et autres groupes réclamant de nouveaux droits. La valorisation médiatique dont ont pu bénéficier ces groupes a accentué le sentiment d’abandon et de désarroi des couches populaires.

Au sein de la société, la précarité socio-économique combinée à l’effondrement de la cellule familiale, gentiment rebaptisée "monoparentale" ou "recomposée", a produit des effets puissants de déstructuration et de désaffiliation. La gauche a du mal à affronter cette réalité parce qu’elle s’est voulue à l’avant-garde dans le domaine des mœurs et de la culture. Elle a mêlé en un seul bloc question sociale et modernisme culturel, désorientant ainsi une bonne partie des citoyens qui n’adhèrent pas à ce dernier.

Malgré leurs critiques du libre-échange mondialisé, la gauche et l’extrême gauche n’ont pas réussi à reconquérir une partie de l’électorat populaire parce que leur conversion au modernisme est largement apparue comme un rejet ou l’abandon de la nation, de son héritage culturel et politique qui demeurent des éléments essentiels de l’existence collective d’un peuple et de la démocratie.

Fuite en avant

Le fossé qui s’est creusé entre une partie des élites et le peuple n’est pas une simple affaire d’inégalités et de scandales financiers, elle renvoie en même temps à une façon de faire de la politique placée sous le signe d’un "changement" perpétuel, d’une fuite en avant. La façon dont s’est construite l’Union européenne est l’un des exemples les plus frappants, quand des politiques se montrent incapables de tenir un discours clair et cohérent sur l’articulation de la nation et de l’Union européenne. C’est toute une opposition sommaire qui s’est mise en place, enfermant le débat public dans un faux choix entre un repli nationaliste et xénophobe et une ouverture culturelle qui tend à se représenter le monde comme une vaste société que la morale, les droits de l’homme et l’écologie suffiraient à réguler. La question de l’immigration n’échappe pas à cette représentation angélique qui dénie la spécificité de notre culture et du modèle français républicain d’intégration. Que signifient, du reste, les idées de "candidats de la diversité" et de "minorités visibles" dans le cadre du modèle républicain de citoyenneté dont on ne cesse en même temps de se réclamer ?

Nombre d’élus et de militants de gauche n’ont pas partagé ces dérives, mais la peur d’être qualifiés de "réactionnaires" par un milieu parisien, restreint mais influent, en a fait taire beaucoup. François Hollande opérera-t-il dans ce domaine une difficile "synthèse" ou saura-t-il rompre clairement avec les impasses d’un petit milieu pour, comme il le dit, parler aux électeurs du Front national et rassembler le pays ?

Jean-Pierre Le Goff, sociologue, est auteur de "La Gauche à l’épreuve. 1968-2011", éditions Perrin, coll. "Tempus", 2011.

Lu sur Le Monde-Idées du 26 avril 2012

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