Patrice Carvalho, un député communiste à découvrir Le seul ouvrier du Parlement

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Sous le titre un peu grinçant « Patrice Carvalho, "embourgeoisé" mais toujours marxiste », le journal Le Monde a réalisé un court portrait du nouveau député Patrice Carvalho, portrait qui, même s’il émane d’un journal très peu "objectif", reste très intéressant. Certaines des déclarations du député ont fait l’objet de commentaires peu amènes de la part de dirigeants du PCF, ce qui en dit long sur les dérives idéologiques de cette direction vers des objectifs sociétaux arbitraires refusant toute contradiction et donc tout débat (cf. mes commentaires en fin d’article).

Pascal Brula


Patrice Carvalho, "embourgeoisé" mais toujours marxiste

Patrice Carvalho n’est pas vraiment un petit nouveau à l’Assemblée nationale. Quinze ans après un premier mandat, cet élu communiste a retrouvé, le 17 juin, son siège dans la 6ème circonscription de l’Oise. Cette fois, l’ancien ouvrier mécanicien a remisé au vestiaire le bleu de chauffe qui l’avait fait remarquer lors de ses premiers pas au Palais-Bourbon en 1997. "Je ne regrette rien, dit-il. J’étais le seul ouvrier qui entrait à l’Assemblée nationale".


Patrice Carvalho en bleu de travail en 1997.

Le nouveau député "ne renie pas ses origines", lui qui a grandi à Thourotte (Oise), dont l’histoire est profondément liée à celle de la glacerie Saint-Gobain et de son usine, implantée dans les années 1920. Maire de cette ville de 5.000 habitants depuis 1989, M. Carvalho est issu d’une famille de dix enfants. Il a très vite marché dans les pas de son père, militant communiste et ouvrier à l’usine voisine.

A 15 ans, il rejoint le PCF. Quatre ans plus tard, un CAP de mécanique générale lui permet de débuter, à son tour, chez Saint-Gobain, entreprise que cet ancien syndicaliste CGT, devenu cadre, s’apprête à quitter à 59 ans. "Il s’est embourgeoisé", sourit son éternel adversaire, François-Michel Gonnot (UMP), qu’il a battu le 17 juin.

M. Mélenchon a "un côté donneur de leçons"

A la mairie de Thourotte, on est visiblement dépassé par le nouvel agenda du "patron". Il faut dire que son élection n’était pas gagnée et l’a été à la faveur d’une triangulaire avec l’UMP et le FN. "C’était sa seule chance, alors que, pour moi, c’était un schéma assez meurtrier", soupire M. Gonnot.

Sur ses affiches de campagne, aucune mention du Front de gauche ni du PCF. En revanche, sur fond rose, un slogan désormais bien connu : "Ici aussi, le changement, c’est maintenant !" Son suppléant est d’ailleurs un apparenté socialiste. "Mon adversaire a passé son temps à dire que je suis communiste. C’était suffisant, non ?", plaisante M. Carvalho qui se pose en candidat du "rassemblement à gauche". "Les gens de Thourotte sont carvalhistes et pas autre chose. Ils ont voté pour l’homme que j’incarne", ajoute-t-il.

Le Front de gauche ne semble pas vraiment la tasse de thé de celui qui avait voté André Chassaigne, en 2011, à la primaire interne du PCF pour la présidentielle. M. Carvalho avoue "ne pas trop aimer" Jean-Luc Mélenchon, dont il juge le parcours "chaotique". "Même s’il est brillant, son côté donneur de leçons en meeting ne me plaît pas trop", explique-t-il. Des rumeurs ont situé le député au Mouvement unitaire progressiste (MUP) de Robert Hue, l’ancien numéro un communiste. Il dément catégoriquement, en précisant : "Je reste un marxiste et je suis profondément communiste".

Liberté de parole

La loi actuelle sur le cumul des mandats a obligé M. Carvalho à quitter le conseil général de l’Oise. Le nouveau député veut se consacrer à ses nouvelles fonctions et entend bien garder sa liberté de parole. Comme en 1997, où il ne s’était pas vraiment coulé dans le moule de la "gauche plurielle". Malgré la présence de ministres communistes au gouvernement, il avait voté contre la plupart des lois de finances. Contre les 35 heures aussi. "Ce n’était pas adaptable aussi rapidement", justifie-t-il.

Au PCF, on ne se presse pas pour donner son téléphone. Et on redoute d’avance ses prises de position. "Ce n’est pas le signe de modernité et l’image du Front de gauche que l’on veut donner", dit un de ses collègues du groupe. Car, si M. Carvalho a suivi ses camarades, en s’abstenant comme eux dans le vote de confiance au gouvernement, il n’en sera pas toujours ainsi. Il a promis, par exemple, pendant sa campagne, de combattre le droit de vote des étrangers aux élections municipales si ce texte arrive un jour devant l’Assemblée.

Pour expliquer son choix, il accuse un lobby des "associations musulmanes", avant d’enchaîner sur "les dames qui ont des foulards sur la tête et qui ne parlent pas français". "Ce sont ces gens qu’on veut faire voter ? Pour moi, l’intégration ne se fait pas par le vote, mais en parlant la langue et en participant à la vie collective", soutient-il.

Autre sujet qui risque de s’avérer délicat : le mariage et l’adoption pour les couples homosexuels. "Avec le pacs, ces gens sont protégés, avance-t-il. Un mariage, c’est entre un homme et une femme". Et pour ceux qui en douteraient encore, Patrice Carvalho enfonce le clou : "Je ne serai pas un député godillot".

Raphaëlle Besse Desmoulières

Le Monde, le 12 juillet 2012.


Commentaires :

Les propos de Patrice Carvalho, que ce soit sur le mariage gay comme sur le droit de vote des immigrés, posent des questions dont la réponse n’est pas si évidente ; en tous cas, son point de vue est respectable et invite au débat. Pourtant, ce n’est pas l’avis de Ian Brossat qui paraît-il serait président du groupe communiste au Conseil de Paris, et qui réagit, à la manière démesurée d’un chefaillon : « Ces propos sont honteux, tant sur l’ouverture du mariage que sur le droit de vote des étrangers. Ils sont en contradiction profonde avec les valeurs fondamentales du Front de Gauche. C’est lamentable et il faut une expression très claire des parlementaires communistes et FdG lors des débats. Je ne doute pas que nos élu-e-s, je pense en particulier à Marie-George Buffet, seront aux avants postes pour défendre nos convictions et notre engagement sur ces questions ».

Je ne doute pas, moi non plus, que MG Buffet, comme elle l’a toujours fait, sera à la pointe du combat contre les moulins à vent, mais à quelles valeurs fondamentales ce "paltoquet", comme aurait dit G. Marchais, fait-il allusion ? Comme je ne connais pas les valeurs fondamentales du Front de gauche (si quelqu’un les connait, qu’il me fasse signe), je suis obligé de me tourner vers celles du communisme auquel il prétend se rattacher. Or l’objectif fondamental du communisme, à ce que je sache, n’a pas changé ; il est de mettre fin à la dictature de la bourgeoisie capitaliste ou dit autrement à l’exploitation de l’homme par l’homme.

Questions : en quoi le mariage homosexuel va-t-il contribuer à mettre fin à l’exploitation capitaliste ? et en quoi se couler dans le moule de cette institution bourgeoise qu’est le mariage contribuera à rendre la vie plus facile aux homosexuels, qui bénéficient du PACS par ailleurs ? Le mariage homosexuel est un problème sociétal qui doit être réglé par le débat et non par les invectives. Et ce débat n’a rien à voir avec de soi-disant "tables de la loi" ou valeurs fondamentales. Une telle attitude relève de l’autoritarisme et du sectarisme digne d’un dogmatisme révolu. Je n’irais pas jusqu’à brandir le spectre de Staline que beaucoup utilisent à tort et à travers pour rejeter l’histoire du mouvement communiste... quoique...

Il en va de même pour le sujet du vote des étrangers. Là, on touche à la nation et la patrie, que Marx et Lénine ont toujours analysé comme étant une réalité incontournable à respecter pour qui veut combattre efficacement le système capitaliste. Proposer le droit de vote des étrangers mérite réflexion, analyse et débats. Il est vrai que le PCF a proposé depuis longtemps le vote des travailleurs immigrés aux élections municipales. C’était un autre temps. N’y aurait-il pas besoin de relancer le débat sur une telle position ? Le contexte de l’époque n’a-t-il pas changé avec l’évolution de la religion musulmane sous une influence grandissante de l’intégrisme et du communautarisme ? Ne doit-on pas tenir compte de cette "moisissure médiévale" comme l’appelait Lénine en son temps ?

Toutes ces questions ne peuvent être résolues par des invectives. Est-ce de cette manière que la direction du PCF entend traiter les contradictions au sein du PCF ? Il semblerait qu’elle ne sache hélas faire autrement... A propos de Patrice Carvalho, un député du groupe prétend que « Ce n’est pas le signe de modernité et l’image du Front de gauche que l’on veut donner ». Mais de quelle modernité et image s’agit-il ? Du sociétal et du réformisme en lieu et place du communisme ?

Pascal Brula

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