Lettre ouverte à Jean-Luc Mélenchon et Pierre Laurent

5 questions qui demandent des réponses claires...
dimanche 17 juillet 2011
par  Hugues Miller
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Hayange, le 13 juillet 2011

Chers camarades,

La crise du capitalisme est là. Elle menace les uns après les autres tous les pays d’Europe. Le peuple a besoin de réponses claires. Jamais autant que maintenant il n’est apparu que les demi-mesures et l’accompagnement du système ne peuvent apporter de solution.

Vous avez décidé de conjuguer vos efforts pour imposer aux militants communistes la candidature de Jean-Luc Mélenchon aux élections présidentielles. C’est chose faite. Cependant, personne ne peut ignorer que de très nombreux communistes se sont prononcés pour une candidature communiste (je faisais partie de ceux-là). Par ailleurs, quel que soit leur choix lors de la consultation interne, je suis persuadé que tous les militants communistes veulent que notre parti assume, comme il a su le faire dans les grands moments de l’histoire de notre pays, toutes ses responsabilités pour faire face à la crise et dégager des solutions positives pour les travailleurs et le peuple de notre pays. Des millions de salariés, de jeunes, de chômeurs, de retraités sont victimes de toutes les politiques de casse sociale, de destruction des services publics, de suppressions de postes, de blocage des salaires : n’est il pas temps d’ouvrir une autre issue politique à laquelle aspire une grande majorité de français ? Dans l’année qui vient, de grandes questions vont être posées. Elles devront, d’une manière ou d’une autre, trouver des réponses.

Puisque Jean-Luc Mélenchon représente le Front de gauche à l’élection présidentielle, puisque Pierre Laurent, comme secrétaire national du parti, est en charge de notre campagne dans le cadre des élections législatives, il vous revient de répondre clairement aux questions et demandes suivantes :

1) Allez-vous reprendre l’argumentation que nous avions développée comme Parti communiste français en 1992 dans la bataille pour le Non au traité de Maastricht. Qu’on ne tourne pas autour du pot. Il ne s’agit pas de « désobéir à Lisbonne », de redemander une « réorientation de la politique de l’Union européenne », ou d’un éphémère contrôle politique sur la « Banque centrale européenne ». Le traité de Maastricht institue la Banque centrale européenne comme indépendante de tout Etat et gouvernement. Tant que ce traité ne sera pas remis en cause, c’est-à-dire dénoncé, abrogé, il n’y aura aucune possibilité d’une Europe sociale. La BCE, avec le FMI et la Commission européenne, est en train d’imposer un plan d’austérité draconien à tous les peuples, à commencer par ceux de Grèce d’Irlande, du Portugal et d’Espagne mais cela ne s’arrêtera pas là. Le pacte euro plus de Merkel et Sarkozy entend bien détruire toutes les conquêtes ouvrières et cela au nom de la réduction des déficits publics dont on sait qu’ils sont fabriqués par l’aide aux banques et, du coup, le remboursement des intérêts de la dette.

Donc la question est simple : Etes-vous oui ou non favorable pour que la France se retire du traité de Maastricht et dénonce l’Union européenne, êtes vous pour l’abandon de l’euro ?

2) Nicolas Sarkozy a dû renoncer à faire voter sa réforme pour constitutionnaliser la rigueur, mais il entend bien sûr pratiquer la politique européenne de réduction des déficits.

Deuxième question simple : Pensez-vous qu’il faut se libérer du dogme de la réduction des déficits publics et dire clairement que le peuple ne doit rien, il n’a pas à payer ?

3) Des millions de travailleurs ont manifesté contre la réforme Sarkozy de destruction de nos régimes de retraites par répartition. Les récentes décisions gouvernementales allongeant la durée de cotisation pour les générations nées après 1955 montrent que c’est une spirale sans fin. Après ils veulent créer la retraite par points. Cela suffit. Stop !!

Le 3e point est donc une demande :

Prononcez-vous publiquement pour l’abrogation des loi Woerth et Fillon, le retour à la retraite à 60 ans pour tous à taux plein (cela est d’autant plus important que l’on voit que les dirigeants du Parti socialiste ne sont pas clairs à ce propos, c’est le moins que l’on puisse dire).

4) L’Union européenne et le gouvernement Sarkozy sont en train de remettre en cause tous nos acquis, de détruire toutes les conquêtes du CNR de 1945. La catastrophe de Fukushima au Japon vient de rappeler ce que signifie la privatisation des services publics. (Nous savons que cela signifie « désobéir aux directives européennes ». Et alors ?) Précisons que la renationalisation d’EDF-GDF est inséparable du retour au monopole du transport, de la distribution et de la production.

En conséquence, voici une nouvelle demande : Dites clairement partout dans la campagne que vous êtes en faveur de la renationalisation et du retour en monopole public d’EDF-GDF et de la Poste ainsi que de l’arrêt de tout processus de privation en cours des Services Publics ?

5) Les Communistes et les forces de progrès ont toujours combattu contre la guerre. C’est notre histoire. Le gouvernement français est engagé dans un nombre croissant d’opérations militaires. Il participe à l’agression contre la Libye dans les airs et au sol.

C’est une évidence : Ce n’est pas aux gouvernements impérialistes de décider du sort des peuples. L’expérience de l’Irak et celle de l’Afghanistan sont toutes proches. Vous devez dire partout, dans toutes les réunions : Arrêt de l’intervention en Libye et ailleurs, retrait de toutes les troupes françaises !


Ce sont là, chers camarades, cinq questions et demandes auxquelles vous devez répondre clairement puisque vous avez pris la responsabilité de la direction des campagnes présidentielles et législatives. J’appelle les Communistes qui se retrouvent dans ces questions et demandes à les appuyer en contresignant cette lettre.

Signatures à retourner à : MILLER Hugues 46 rue Jacqueline Auriol 57700 HAYANGE
- hugues.miller@cegetel.net
- ou bulletin.communiste564@gmail.com


Commentaires

Logo de Gautier Weinmann
dimanche 21 août 2011 à 14h05, par  Gautier Weinmann

Pierre Laurent, tout juste désigné président du PGE, déclara le 8 décembre 2010 : « ce n’est pas la sortie de l’euro qui peut arranger les choses.(…) Donc changeons l’euro et la manière de l’utiliser mais ne bazardons pas l’instrument ».
Ces déclarations sont justes bonnes pour les médias : force est de constater qu’une proposition du Front de Gauche signe tout bonnement, dans les conditions actuelles, l’arrêt de mort de l’euro ! Incroyable !
« Nous proposons que la Banque centrale européenne (et les banques centrales nationales comme la Banque de France qui constituent ensemble, l’Euro-système) finance directement, par création monétaire, un Fonds de développement social, solidaire et écologique européen. Celui-ci viendra en place du Fonds de stabilité financière institué en mai 2010 par les dirigeants de l’euro et que ceux-ci entendent remplacer, à partir de 2013, par un « Mécanisme européen de stabilité » flanqué du « pacte pour l’euro plus ».
Des titres publics pour le développement social seraient rachetés directement par la BCE et les banques centrales. Cette création monétaire, allouée via le fonds de développement, permettrait de répartir des masses volumineuse de financement, à taux d’intérêt nuls ou très bas, entre les pays membres de l’euro, en fonction de leurs besoins propres et ,expressément, pour le développement des services publics nationaux et de leur coopération européenne.
Le fonds financerait également des projets publics démocratiquement sélectionnés sur la base de critères précis de création et de sécurisation des emplois, de développement de la formation et de la recherche, de respect de l’environnement, d’élévation du potentiel de création de valeur ajoutée des territoires. Cela permettrait, non seulement de défendre, mais d’élever le modèle social européen.
Sans attendre, la Banque de France sera mise au service de ces objectifs. »
Les trois premiers paragraphes sont de doux rêves, mis au conditionnel, et dont la réalisation dépend totalement du bon vouloir des autres pays.
Par contre, est inscrite la certitude suivante : la Banque de France sera mise au service de ces objectifs sans attendre.
C’est intéressant ; il ne s’agit pas d’une mince affaire !
Pour comprendre les implications d’une telle mesure, imaginons un Gouvernement du Front de Gauche en 2012. Sans attendre de consensus européen, la Banque de France est mobilisée[1] pour la création et la sécurisation des emplois, le développement de la formation et de la recherche, le respect de l’environnement, l’élévation du potentiel de création de valeur ajoutée des territoires.
Il s’agirait d’une politique d’une sauvagerie sans nom pour les tenants de l’orthodoxie financière. Utiliser ainsi la création monétaire implique d’extraire la Banque de France du SEBC (le Système Européen de Banques Centrales), dont le seul objectif est la stabilité des prix.
Les règles du jeu, initialement acceptées par tous, seraient bouleversées unilatéralement. Ce serait le phénomène du « passager clandestin » : la France profiterait de la stabilité financière des autres, tout en menant pour son compte une politique monétaire inflationniste, avec des objectifs de croissance !
En conséquence, la zone euro exploserait littéralement.
Premièrement, il y aurait une intenable instabilité financière, par l’introduction, dans le système, d’un mélange d’euros « impurs » et « purs ». Il y aurait une subversion totale de la politique monétaire commune, dont les principes monétaristes seraient contrariés, rendant l’euro non crédible aux yeux des « marchés ».
Mais surtout, la réaction des autres pays de la zone euro ne se ferait pas attendre : constatant l’apparition d’une source de création monétaire anarchique, affranchie des règles communes, et sans possibilité légale d’exclure la France de l’euro (ce n’est pas prévu dans le Traité de Lisbonne), ils sortiront immédiatement de l’euro !
Les pays, qu’ils soient dirigés par la « gauche » ou par la droite, en désaccord complet avec la pratique en France, n’auront d’autre choix que de rétablir leurs monnaies nationales. Ce sera le cas, en premier lieu, de l’Allemagne, nation traumatisée par l’inflation et qui a accepté l’euro sous ses seules conditions. L’Allemagne retournerait immédiatement au Deutsche Mark pour retrouver sa monnaie forte !
Diable ! Ne pas prôner la sortie de l’euro pour soi-même, mais en faire sortir les autres... Il fallait y penser !
Jean-Luc Mélenchon dit souvent sur les plateaux : « la France est un grand pays ». Il cherche ainsi à convaincre l’opinion que nous avons une capacité d’entrainement autour de nous.
Quand de sa gouaille habituelle jaillit l’idée que la sortie de l’euro serait une « solution d’essence maréchaliste » (comprendre, réactionnaire et capitularde), a-t-il seulement conscience qu’il vilipende les autres peuples de la zone euro ? A-t-il conscience qu’il défend un programme qui, tout en restant dans l’euro, dans les conditions actuelles, pousserait inexorablement à la fin de l’euro ?
Car le temps politique, d’un pays à l’autre, n’est pas le même. Sauf à se placer dans la perspective d’une révolution socialiste européenne, ce qui n’est pas le cas (pour le moins !), si un pays réquisitionne sa banque centrale comme le propose le Front de Gauche en France, l’euro est mort.
Assez instinctivement d’ailleurs, comment croire que l’on peut proposer de retrouver la souveraineté monétaire, sans sortir de l’euro ? C’est complètement illusoire, insensé, on marche sur la tête !
Décidément, cohérence, hauteur de vue et courage politique ne sont pas la marque du programme « populaire » et « partagé » du Front de Gauche, et encore moins de ses dirigeants !
[1] Cela suppose d’abroger la loi n°73-7 du 3 janvier 1973 sur la Banque de France (aussi appelée loi Pompidou-Giscard ou Rothschild), dont l’article 25 interdit au Trésor Public d’emprunter directement à la Banque de France à un taux d’intérêt faible ou nul (par création monétaire) (« Le Trésor public ne peut être présentateur de ses propres effets à l’escompte de la Banque de France »). De même, puisque cet article est repris par les articles 104 du Traité de Maastricht et 123 du Traité de Lisbonne, cela suppose de réviser la Constitution française pour désobéir à l’Union européenne, dans la mesure où la Constitution incorpore des articles plaçant le droit français, dans la hiérarchie des normes, à un rang inférieur à celui du droit européen. Tous les traités européens et les actes juridiques de l’Union européenne, comme les directives, ont valeur constitutionnelle, et voter des lois qui leur seraient contradictoires provoquerait la censure du Conseil constitutionnel.

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mardi 19 juillet 2011 à 23h30, par  Gautier Weinmann

C’est très bien.

J’ajoute (on pourrait dire plus) :

Sous quelles formes se feront les "coopérations mutuellement profitables entre les peuples" ?

Quelles sont les règles du commerce international que nous préconisons ? Qu’entendons-nous par "un commerce équitable fondé sur des normes sociales et environnementales exigeantes" ?.

Quelle réforme précise de l’OMC est préconisée ?

Qu’est-ce que le « visa social et écologique » (voir page 6 ?) pour les échanges commerciaux" (rien ne figure page 6).

Proposons-nous la fin du libre échange au sein de l’UE ?

Enfin, partie 7 "instaurera un contrôle des mouvements de capitaux et le blocage de ceux à visée spéculative, la taxation du capital
et des transactions financières" : ces mesures sont-elles des propositions que nous ferons au niveau européen ou des mesures d’application immédiate, unilatérale, nationales ?

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